Naples
sur a voie, c'est d'abord les fameuses robes couleur du temps, de la lune et du soleil, que Peau -d'Ane demande à son père et qu'elle revêt dans son réduit à l'heure où le prince (autre soleil) la regarde par la serrure; autant d'indices du caractère mythique du personnage ; c'est ensuite l'anneau caché dans le gâteau : comme la couronne ou le collier qui figurent en d'autres récits, l'anneau est l'emblème des cycles du temps, annulus, annus. Ce sont aussi les pièces d'or, que l'Ane excrète, fragments de lumière. Enfin, c'est l'Ane lui-même : en Orient l'Ane est estimé presque à l'égal du cheval , et non à tort : il suffît de voir l'onagre, l'hémione, le zèbre. On en fait, sans hésitation, un coursier du Soleil... Quel manteau convenait mieux à l'Aurore que la peau du Soleil? La peau d'Ane, c'est la brume du matin... Traduisons Peau d'Ane en langage ordinaire : quand le soleil couchant va se précipiter dans la nuit, l'aurore du soir (le crépuscule), que nos aïeux distinguaient mal de l'aube, échappe à l'astre qui tombe ; elle se cache dans la brume. . . etc. »
J'ai tenu à citer textuellement. Si ingénieux qu'il soit, ce mythe, quoique solaire, n'est pas d'une clarté parfaite. On ne saisit pas bien comment, si le père qui poursuit sa fille est le Soleil, la peau d'âne sous laquelle celle-ci se cache pour échapper à ses poursuites est la peau du Soleil.
La Barbe-Bleue a également son interprétation mythologique, très ingénieuse aussi, je le veux bien, mais pas beaucoup plus claire, quoique solaire encore. « Il ne manque pas, nous dit -on, de Barbes- Bleues dans les mythologies. Sans parler de rÉgyptien Bès, face terrible à langue pendante, terminée par une barbe peinte en bleu, on peut citer parmi les personnages à barbe d'azur Indra
le dieu radieux, pluvieux, tonnant Barbe-Bleue
est de complexion amoureuse, et surtout inconstante : c'est là le cas de tous les personnages solaires... Comme eux, Barbe-Bleue est possesseur de grandes richesses ; mais ce qu'il a de plus précieux, c'est la chambre secrète où sont enfermés les cadavres de ses femmes, les dépouilles et les
trésors des aurores disparues L'Aurore, selon les
poètes védiques , visite toute demeure, voit tout et fait tout voir. C'est, par excellence, la curieuse. La femme de Barbe -Bleue est fort curieuse aussi : elle ouvre la chambre défendue ; mais la clef demeure à jamais tachée de sang, du sang des aurores passées*. »
M'excusera- t-on de dire que ces interprétations, où l'érudition et la fantaisie se prêtent la main pour faire avec désinvolture leurs plus jolis tours, rappellent un peu ce petit jeu de société qui se nomme les ressemblances et les différences^