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CHAPITRE H Boileau ju(jé en Italie

Le lecteur n'a pas oublié de quelles attaques l'Italie fut l'objet, en France, dans le dernier tiers du xyii*" siècle*. Rapin, Bouhours, Mambrun, Baillet, Boileau se signalèrent par leur animosité contre la littérature de nos voisins. Cette hostilité ne resta pas inconnue à ces derniers. L'orage éclata dans la Péninsule aux

* Voir plus haut le chap. iv de la 1" partie.

premières aimées du xviii" siècle. Un groupe d'Italiens entreprit de venger l'honneur national. Les plus connus étaient le marquis Giovan-Gioseffo Orsi, de Bologne, à la fois mécène et poète, et le célèbre érudit Antonio-Ludovico Muratori. Ils s'émurent des griefs de Boileau contre leurs compatriotes '.

On ne saurait, pense Orsi, prêter au satirique de méchantes intentions, quand on le connaît bien. Animé d'un profond respect pour les choses saintes, il s'est plié aux conseils de Desmarets en effaçant de sa première satire des termes susceptibles de froisser des consciences religieuses. Esprit très impartial, il a, dans sa traduction de Longin, accordé une place aux sages remarques de M. Dacier, et pourtant celui-ci n'était pas toujours d'accord avec lui. Exempt de tout amour-propre exagéré, il s'est à diverses reprises complu à se reprendre lui-même; il a reconnu qu'après tout, plusieurs de ses victimes valaient mieux qu'on ne pourrait l'imaginer en lisant ses vers; il n'a pas craint d'avouer que seule la commodité d'une désinence l'a plus d'une fois amené à mettre en vedette un nom propre plutôt qu'un autre. Son seul défaut, si l'on peut ainsi appeler une habitude si joyeuse, c'est de plaisanter toujours. Car il ne cesse de plaisanter; bien niais serait le lecteur qui, le prenant au mot, croirait que le satirique a sérieusement déclaré les commerces illégitimes supérieurs à l'amour conjugal, sérieusement dissuadé la noblesse française de choisir la profession des armes, sérieusement dépeint Paris en termes comparables à ceux qu'emploie Pétrone pour flétrir Rome corrompue". Aucun doute possible : il s'amusait, à son ordinaire, quand il opposait l'or de Virgile au clinquant du Tasse. S'il apprenait qu'en Italie quelqu'un a pu se laisser influencer par ce vers, au point de refuser toute estime à l'auteur de la Jérusalem, Boileau ne manquerait pas de dé-

^ Sur cstlo polémiqiio, voir notre Etude sur l'évoL iiitell. de l'Italie, p. 253 suiv.

' Orsi fait allusion jl des passages des sat. IX, X, VIII, I.

— Gi — clarer : « Dites donc à cette personne, en mon nom, que j'ai plaisante. Par suite, sa vénération envers le Tasse doit rester intacte. D'autant plus qu'on le sait bien : elle est, plus que (nutes les autres, hardie et vive la satire qui contient ce trait'. »

Muratori n'adopte pas cette opinion un peu fantaisiste. D'abord il se demande si Boileau cède à un mouvement de jalousie, lui dont la patrie ne peut opposer aucun chef-d'œuvre épique aux poèmes d'Homère, de Virgile, du Tasse? Mais comment croire le satirique capable d'une telle bassesse? Sans doute il aura voulu condamner les sots dont l'audace va jusqu'à préférer à VEnéide entière quelques médiocres octaves de la Jérusalem, celles dont la beauté apparente ne résiste pas à l'examen. Dans ce cas, tous les Italiens sensés partageront l'avis de Boileau. Ils le condamneraient au contraire sans hésiter, s'il avait injustement avancé que le poème du Tasse, par rapport à VEnéide, est comme le clinquant comparé à l'or".

L'interprétation de Muratori' était de nature à réconcilier les Italiens avec Boileau. Quelques années plus tard, un critique de Vérone tendra au même but par des voies différentes. Il ne doute pas que le satirique français, comme d'ailleurs la généralité de ses compatriotes, ne s'égarent quand ils jugent sévèrement l'Italie. Mais on ne saurait leur en vouloir. Chaque peuple marque ses œuvres au coin de son génie propre. Elles sont le reflet de sa nature *. Par suite, elles ne peuvent être comprises que de lui. La beauté en échappe aux étrangers, sans qu'on puisse leur reprocher cette incapacité à la goûter \

' Considerazioni sopra un famoso lihro franccse, p. 491 et suiv. Brossette parle de cet ouvrage dans une lettre il Boileau du 18 aoilt 1709.

^ DcUa perfetta poesia, I, 48.Ô.

' Elle lui est commune avec Desfontaines et Giuguené. Voir plus haut les chap. I, § 1, et IV de la 1" partie.

* La nouveauté et la hardiesse des idées de Becelli ont frappé M. Emilio Bertana. Voir son article : Un precursorc del romaniicismo.

° Deîla noveîla poesia, p. 294-295.

Perô alcuni precrtti dar si possono generalissimi di pensare, che a tutti servano. quali sor.o ; vho il pensiero sia vero. che sia sublime, o mezzano. o*menomo

D'autres Italiens ont relevé avec moins de bienveillance les attaques de Boileau. Tel l'abbé Antonio Conti, dont voici quelques lignes : « M. Despréaux a jugé de l'Arioste comme du

Tasse, c'est-à-dire sans assez les avoir examinés Paolo Béni,

célèbre professeur de Padoue, a fait la comparaison des trois poètes, Homère, Virg-ile et le Tasse, M. Despréaux n'aurait pas mal fait de les lire avant de faire le procès au Tasse'. »

Vincenzo Monti' et l'auteur d'un article inséré dans le journal le Poligrafo", en 1811, s'indignaient que Boileau eût fermé les yeux devant les beautés qui pullulent dans la Jérusalem, pour arrêter ses regards seulement sur quelques petites taches disséminées dans ce poème.

secondo la raaloria, e clio sia cliiaramente e con parole convonevoli otl eleganti spfesafo; ma non si puù far si, clie i preoetti doll' infino stilo al sublime scrvano, e vice versa. Cosî far non si pnote, che si' Italiani pensino alla foggia do Francesi, o enlrambi a (piolla degli Spagnuoli. Dunqne, non i precetti generalissimi, i quali a tntto le nnzioni sono gli stessi, ma i meno geuerali e soLtoslanti, che ad una nazion servono, non possono ail' altra servire. Come un uomo con le stesse misure e modi o guise, con le quali è bene vestito alla Spagnuola, non puô essere egualmente bene alla Francese vestito. I Francesi perô (con pace sia dette di sî chiara nazione, per piil arti liberali, come per le civili e canoniclie ragioni, per la sacra ed nmana storia per le filosofie ed altro), in ciô a mio credere nell' arto critica di poesia errati sono, che con le misure e pesi del pensar loro. i pensieri nostri assaggiano. Lasciamo ora, che nel trafiggere i poeli nostri. hanno sorvolate le migliori etfi ed il fiorire délia italiana Poesia, attenendosi per lo piii a più tardi tempi, ed a autori di essa, ed il Padre Rapin e il Signor Boileau. e il Padre Bouliours. perciochè o degli anziani non seppero, o finsero di non sapere ; certa cosa è che il loro genio e naturale inclinazione conie è in parte dalla nostra dissimile, cosî il lor modo di pensare saril ; ne, se non sia in certe generali cose, piacerà a noi quel concetto ohe a loro place, e lo stesso sia del nostro ad essi loro.

' Prose e Poésie, t. II, p. xcix et xcvii.

* Opère inédite e rare di Yincenzo IMonti, t. V. p. 244, Frammento di lezione : « Chindendo gli occhi aile vive e immortali bellezze di questo grande epico e fermandosi solamente sn qualche raffinamento di stile e di spirito, chiamô oro fivlso la poesia del Tasso, le clinquant du Tasse; e la Francia che risgnardava e risgnarda tuttora il Boileau per infallibile oracolo di buon gusto. raccolso come uscita dalla bocca dello stesso Apolline qiiella sentenza, che in tntto conforme al genio sprezzatore di quella nazione si mantiene in crédite tuttavia e forma presse i Francesi una regola di giudizio alla quale rade voile danno eccezione. »

' // Polioriifo. 1811. n" 9. article indlulé ^'(n■ict<'l,

— 0.'j - L'abbé A[iloiiini, dans Ja préface do son Dictionnaire italien, latin et français, avait, sans hésiter, attribué cette injustice aune mesquine jalousie, « Il n'est pas difficile, disait-il, de deviner l'origine de ce beau mot de Boileau, qui est dans la bouche de tout le monde :

Et le clinquant du Tasse fl tout Tor de Virgile.

« Cette satyre ne peut être que l'effet du dépit qu'eut ce Poëte de voir qu'un Italien eût composé avant lui un poème épique, tandis que la France ne fournissoit aucune production en ce genre qui pût figurer avec son Lutrin^. »

Selon Giuseppc Baretti, le fameux auteur de la Frusta lelteraria, jamais une œuvre n'est, hors du pays de son auteur, l'objet d'un jug-ement impartial et pondéré. On en exagère et surtout on en rabaisse le mérite, sans réfléchir longtemps, mais pour se donner à soi-même un air entendu et avec la préoccupation plus ou moins inconsciente de satisfaire un amour-propre national toujours en éveil. Les attaques de Bouhours, de Boileau et de tant d'autres Français contre Arioste et le Tasse ne s'expliquent pas autrement que par ce préjugé et cette légèreté ^

Quant au reproche qu'adressait Boileau, non plus à un poète déterminé, mais à l'Italie elle-même, de sacrifier au goût des « faux brillants », plusieurs Italiens illustres l'ont relevé : Muratori, Eustachio Manfredi, le célèbre astronome de Bologne, correspondant de notre Académie des Sciences, Scipione Maffei, Saverio Bettinelli. Ajoutons trois écrivains moins connus : Antonini, auteur déjà nommé d'un dictionnaire plusieurs fois réimprimé, Ranieri de Casalbigi et Angeloni. Leurs réponses ne diffèrent que par les termes employés et l'abondance des argu-

' On a vu plus haut (luo Muratori, siucèronicnt ou non, rejetait une telle supposition.

^ DincoutH mir fUialc.^pcarc. Nous n'avons pu retrouver cet ouvrage dans sa foi'nie française oriirinale. Nous avons sous les yeux l'analyse et la traduction qu'en donne Luiffi ^^orandi : VnHnire coniro Shakespeare^ Y voir la p." CA).

monts invoqués en faveur d'une thèse qui leur est commune à tous.

On a tort, disent-ils, de juger l'ensemble des poètes italiens d'après Marino et son école, d'oublier qu'il fut un temps où le mauvais goût ne sévissait pas encore dans la Péninsule; il en a d'ailleurs à peu près complètement disparu dès le dernier quart du xvif siècle. D'ailleurs, de quel droit les Français accuseraient-ils Marino de leur avoir porté les germes de la maladie? On pourrait au contraire soutenir qu'il s'est gâté parmi eux. Longtemps avant de connaître l'auteur de VAdone et de la Gallcria, ce peuple appréciait et employait les jeux de mots, les pensées fmes. En 1582, un certain des Accords publia un livre intitulé les Bigarrures, plusieurs fois réédité. Il y enseigne, avec des exemples, toute la généalogie des équivoques, des allitérations et d'autres bagatelles du môme ordre. Du Bartas, qui mourut en 1500, raffolait lui aussi des pointes. L'Italie souffrit de l'épidémie des concetli pendant une bonne partie du xvif siècle. Mais la France fut alors sa compagne d'infortune : les faux brillants sont-ils rares dans les œuvres de Vincent Voiture ou de Jean Racine'? Voilà des vérités qui échappent aux Français : une

' Nol MitrhUiic, dpplorando qiiosto re la passione che sente por jMonima, cho sospetta innamorata del suo dilettc figlio Zifares, si lagna in tal guisa : J'ai su, par une Ionique et pénible industrie. Des plus mortels venins prévenir la furie : Ah ! qu'il eût mieux valu, plus sage ou plus heureux, Et repoussant les traits d'un amour dangereux, Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées Un cœur déjîl glacé par le froid des années. Questi versi sono citati dal Voltaire con nazionale compiacimento, e spacciati come degni di servir di modello. Avrebbe egli perù dovuto dirci che cosa siano questi ardori avve'ienati. Forse quelli délia veste di Deianira a Ercole, e di ^ledea a Creusa ? Avrebbe dovuto discolpare il concetto che tanto è osservabile negli ultimi due versi, ne' quali con un giochetto di parole scherza il poeta fra questi avvelenati ardori e il core agghiacciato dal freddo degli anni. Tna tal freddura li dégrada, a mio ci-edere. Se si unisca ail' altra di quel citato verso di Pirro nell' Andromaca :

Brûlé de plus de feux que je n'en allumai, ed a qualche altra ancora che trovar potrei in Racine, pare che avrebbe dovuto trattenofe i Francesi dall' imputare con tanto disprezzo il difetto de' concetti al

complaisance outrée pour leur propre pays leur ferme trop souvent les yeux.

Ce n'est pas exclusivement contre le tort fait par Boileau à l'Italie, que s'élevèrent des protestations chez nos voisins.

La querelle qui, à la fin du xvii* siècle et au début du xviii', divisa, en France, les partisans des anciens et ceux des modernes, eut son écho dans la Péninsule. Elle provoqua notamment quelques réflexions de Muratori. Sans doute, il n'approuvait pas Perrault, assez audacieux pour trouver plus savoureuses les Provinciales de Pascal que les Dialogues de Platon. Mais il jugeait un peu idolâtre le culte dont Boileau honorait les anciens. Le satirique français aurait pu, disait-il. combattre les erreurs de Perrault, sans repousser toute comparaison entre les modernes et leurs devanciers de Grèce ou de Rome, sans vouloir imposer à autrui, en faveur de ces derniers, une admiration aveugle et exclusives sans témoigner tant d'injustice à ses propres compatriotes.

En exprimant cette dernière idée, Muratori pensait peut-être à Pionsard, qui, dans la première moitié du xviii' siècle, a trouvé plusieurs champions en Italie. Pour le marquis Orsi, Boileau a voulu plaisanter quand il a transformé le chef de la Pléiade en un brouillon, en un rustique et vil bavard. Il a oublié que ce grand homme fut, en son temps, aux yeux de ses compatriotes, le prince de la poésie, le grand maître de l'idiome national. Donner un soufflet à Ronsard signifiait faire une erreur de langue. Les œuvres du maître furent commentées par l'insigne

Tasso nostro. e di chiamare clinquant la sua poesia imraortale, in parola del niente pittor-poeta Boileau. Sfido chiunque di trovare due freddure pi(\ solenni di queste in tutta la Gerumlemmc libcratu.

Lettera di Ranicri de' Caïsaligi alT Autorc (Alfieri), sulle Quattro sue prime tragédie, dans Opcre di Y. Alfieri. VII, 104, note. * Pcrfetta poc8ia, I, 480.

Murel; un Ici soin, venant d'un tel personnage, suffit pour les rendre dignes de niémoire '.

De son eôté, Pierjacopo Martello raisonne ainsi : Pétrarque, on ne saurait le nier, est le prince de la poésie lyrique; or personne en France ne s'est mieux approprié sa manière que Ronsard. A celui-ci convient donc une place glorieuse sur le Parnasse français, quoi qu'en pensent ses nombreux détracteurs, Boileau surtout. Celui-ci l'accuse d'avoir, en français, parlé grec et latin. La langue de Ronsard pouvait sembler impure à un homme vivant sous Louis XIV, car l'idiome avait varié depuis un siècle. Mais, au temps de la Pléiade, elle n'encourait pas un tel reproche: autrement les lettrés du temps n'auraient pas témoigné à Ronsard l'enthousiasme que l'on sait. A quoi se réduisent les emprunts grecs et latins du poète? A certains arrangements de mots, à certaines alliances de termes: mais les vocables euxmêmes qu'il faisait entrer dans ces combinaisons n'étaient pas étrangers. D'une audace si raisonnable, on doit le louer'.

^ Clii non avosse cognizione di Ronzard altronde che dalle Opère di Boilean. e vôlesse quindi solamente ritrarre un ginsto coucetto di quell' antico Poêla Franzese, bisosnerebbe, che lo concepisse per nn' imbroglione délia Gallioa Poesia. e per un rustioo vilissimo Ciarliero. E pure si sa. che fn e.c:li il Principe délia Poesia Franzese ; e ch' egli fu il Maestro délia lor linsna : di modo che passa appresso dl loro in Provei'bio il dare uno schiaffo à Ronzard. per indicare. che nno erri in lingna, come appresso a' nostri ^laestri di Scuola passa altresi in proverbio il bastonài-e Prisciano. per sisnificare. che si erri nella Gramatica latina. Si sa, che furono l'Opère sue comentate in parte dall' insigne Mureto : la quai cura d'un tanto Uorao basta certamente per renderle memorabili : sic come il giudizio d'un tal degno Critico (quand' anche fosse solo a favor di Ronzard, come non è) sarebbo capace di sovrastare al giudizio apposto di cent' altri Critici, non che di cento Satii'ici. Si sanno di pirt gli onori. che ricevette da' Rè Franzesi vivent i al suo tempo, da Arrigo Secondo. da Francesco Secondo, e da Carlo Nono. e i premj. che da loro, e da altri supremi Personaggi stranieri, non raen che da insigni Università. riportù la sua "S'irtù soprammodo celebrata in que' tempi : Ne crederô io, che il moderno Satirico s'avanzasse ad oppormi, non esser la munificenza de' Principi sufficiente argomento del valore de' Letterati : nv'ntre egli stesso per sua gloria. e per giusta mercede del suo merito puô vantar le munificenze del présente Monarca di Francia : Grande non meno, che in ogni altro pregio, nel proteggerc la ^'i.rlti. e nel riconoscerla con generosa siustizia. — Orsi. Oonmlcrasioni, 491 et suiv.

* // Vcro l'aiigiiio italiaiio, dans Opcrc di T'ierjacopo Martello. V, 3G0-3(>4. « I\fa i)eicliè il nostro ragionamenlo gira particolarmente ir^torno alla Lirica

Encore en 1732, nous voyons deux Italiens en appeler du jugement de Boileau contre Ronsard. Sur la demande d'Algarotti, Francesco-Maria Zanotti se transporte à la bibliothèque de San Michèle in Bosco, à Bologne. Il y copie dix sonnets du poète français, les premiers qui se soient offerts à lui. Peut-être, dit-il, ne sont-ils pas des meilleurs; toutefois, ils lui semblent si beaux que le sort n'a pas dû le tromper en les lui plaçant sous les yeux. Ils suffisent à prouver que Boileau s'égarait quand il accablait durement ce poète.

Algarotti, lui répondant, ne sait s'il doit appeler ces sonnets des pierreries ou des trésors. Il met Ronsard au-dessus de Bembo et presque de Pétrarque : tant il trouve à ses vers un charme, une grâce, une délicatesse incomparables. Quant aux églogues du chef de la Pléiade, Algarotti déclare ailleurs qu'au lieu de les appeler gothiques, Boileau aurait dû les qualifier romaines ou siciliennes, car elles sont dignes de Théocrite et de Virgile \

Outre Ronsard, il y a deux écrivains français pour lesquels

Poesia, ed è fuor di dubbio, che il Petrarca in grado pccellente 1' ha posseduta. rosla da esaminarsi, se Ronsard nolla maniera di pensare, d'immaginare, di verse^igiare, e di favcllare si sia accostato al Petrarca; e se questo mi riuscisse mai di provarvi, due decisioui. l'uua provegnento dall' altra. ne nasceranno. La prima, che Ronsard è stato un abil poeta lirico fino a quel segno, che l'idioma Franzese puô sopportare. La seconda, che tutti quelli, che presentemente da lui si scostano, per tener nuova strada, non tengouo buon cammino. » Martello cite ensuite plusieurs sonnets de Ronsard, qu'il rapproche de sonnets de Pétrarque. Puis il conclut : « ^^oî vedete adunque, come Ronsard non mancava di fantasia, e sapeva con lirica félicita immaginare ; o cosî per tutti gli scritli suoi Iraluce non so che di poetico, e di passionato. che non mérita di esser deriso da i moderni vostri messieurs. » Il établit ensuite que Ronsard avait une grande estime pour Pétrarque, dont il approuvait en particulier la richesse d'épilhètes. De plus, Ronsard, dans quelques sonnets, emploie une sorte de vere voisin de l'hendécasyllabe italien et, sans aucun doute, plus doux que l'alexandrin. Enfin, sur la langue de Ronsard, Martello dit : « Che, se, ritenuto il costume délia sua lingua ne i vocaboli. nelle forme poi ha, quanto lice ad un linguaggio prender vaghezza dall' altro, imitandone anche le poetiche collocazioni délie parole, la Greca. e la Latina lingua imitate, non so quai maggior elogio. appresso gl' intendenti di Poesia, possa farsi a Ronsard. » .' Opnc iiicdifr del Conte Algarotti. I. 287. 290, M08.

— es —

on prit parti, en Italie, contre Boileau. Il s'agit de Grcbillon ' et de Qiiinault.

Oiiinault semble particnlièrement en butte aux traits de Roiloau. Et pourtant, dit Orsi, les théâtres français, réservés ou non à l'opéra, lui sont extrêmement redevables. On a même pu le mettre en ligne avec Pierre Corneille. Son malheur fut d'avoir un nom rimant avec défaut l

Quinault, dit Arteaga, à la fm du xyiii" siècle, dans son histoire des Rivoluzioni del tealro musicale, Quinault s'était attiré l'antipathie de Boileau pour de mauvaises tragédies, péchés de jeunesse. Mais le satirique aurait dû changer de sentiment lorsque Quinault passa maître en l'art de composer des opéras et excella non seulement dans le tendre, mais encore, à l'occasion, dans le sublime. Il est alors sans rival et Boileau lui-même ne saurait lui opposer la fameuse ode où, sur la prise de Namur, il a voulu faire pompe de magnificence lyrique '. Du reste, la

^ Dans des observations sur la ZcnoMa de Métastase, un anonyme écrit : « Col medesimo titolo un altro solo componimento ho ritrovato, ed è quello del francese Crébillou ; quantunque pero io non dubiti di dare la preferenza a quella del Metastasio sopra la Francese, credo nondimeno troppo ingiusto il sentimento di Boileau, che lesse quest' ultima essendo ammalato : « Qu'on m'ote ce « galimatias : les Pradons etoient des aigles en comparaison de ces gens-ci ; je « crois que c'est la lecture de Rhadamiste qui a augmenté mon mal. » (Metastasio, Opère, t. VII, p. 323.)

* Orsi, Considerazioni, p. 499.

Dans une dissertation sur Métastase, un anonyme cite un air « di Quinault SI ingiustamente dal satirico Despréaux svillaneggiato :

Régnez, divin sommeil, régnez sur tout le monde.

Ghi gusta la lingua Francese troverà questi versi di un' armonia, e pienozza mirabile. »

Osservazione sulV Olimpiade del C*** dans Opère del Metastasio, t. IV. p. 272.

* Rivol. del teatro musicale, II, 54, 59-60. « Questo célèbre poeta tanto criticato nel suo secolo qnanto lodato nel nostro, avea avuta la disgrazia di comporre alcune cattive tragédie per le quali era talmente incorso nella disgrazia di Boeleau, che il satirico non perdeva occasione di motteggiarlo, ovunque gli cadeva in acconcio. La sfortunata riuscita délie sue prime fatiche fecero capire a Quinault essere il suo talento poco a proposito per la tragedia. » Puis, s'occupant des opéras de Quinault. Arteaga dit : « E non si creda giil che Quinaut

postérité a bien vengé Quinault. Autant il était critiqué en son siècle, autant il est loué et traité en grand homme à l'époque d'Arteaga.

Outre qu'on défend parfois en Italie les victimes de Boileau, il arrive qu'on y conteste un point de ses doctrines, ou qu'on parle sans enthousiasme de quelqu'un de ses ouvrages.

Manzoni discute et trouve trop étroite la règle contenue dans les vers fameux :

Qu'en un lieu, qu'on un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à, la fin le théâtre rempli.

A son avis, « on ne peut croire que Boileau ait prétendu s'exprimer rigoureusement quand il a dit : un seul fait. S'il n'avait voulu qu't<7i fait dans chaque tragédie, sa théorie, absolument inapplicable, serait en contradiction avec la pratique de tous les théâtres ».

Quant aux unités de temps et de lieu, Manzoni s'élève contre ceux qui, pour en prouver la nécessité, montrent que, « sur certains théâtres où la règle n'est pas admise, on a donné souvent à l'action une étendue excessive ». Ils citent « avec un mépris triomphant ces tragédies dans lesquelles un personnage,

Enfant au premier acte, est barbon au dernier.

« Gela est absurde, sans doute: et ceux qui ne veulent pas de la règle font mieux que de reconnaître simplement cela pour ab-

riuscisse bene soltanto nelle cose amorose. Niuu poeta Francese, compreso ancLe lo stesso Boeloau, che il deprimeva sî ingiustamente, 1' ha uguagliato, quando egli ha voluto, nella sublimitti e nella forza délia espressione. Sentasi in quai guisa parla un coro di seguaci di Plutone nell' Alceste. S'avverta inoltre al discorso che fa Ercole a Plutone : si rifletta al coro, che nella Proserpina ringrazia gli Dei per la sconfitta de' giganti : si leggano i versi dove si fa por ordine di Dio la creazione del Mondo : si paragonino poi codesti squarci, e molti dî più ; che potrebbero in mezzo recarsi coU' Ode suUa presa di Namur, dove Boeleau ha voluto far pompa di lirica grandiosità : indi si giudichi se sia, o no, più facile il criticar un grand' uomo. che l'uguagliai'lo. »

surde; ils en prouveiil l'absurdité par des raisons tirées de leur système. Ce qu'ils contestent, c'est la règle :

(.Ju'en un lieu, qu'en un jour, etc.

« On peut très aisément éviter l'excès signalé dans les vers de Boileau, sans adopter la limite posée par lui. Se fonder sur cet excès pour établir cette limite, c'est faire comme celui qui, après avoir sans peine démontré que l'anarchie est une fort mauvaise chose, voudrait en conclure qu'il n'y a rien de mieux, en fait de gouvernement; que le gouvernement de Gonstantinople \ »

Venant à se demander lequel est supérieur à l'autre, le merveilleux païen ou le chrétien, l'abbé Antonio Gonti se prononce pour le second. Dans les pages qu'il consacre à ce problème, nul doute qu'il ne pense à Boileau en même temps peut-être qu'à d'autres; il ne le nomme pas, il est vrai, mais il connaissait trop à fond notre littérature pour ne pas savoir que nul en France ne s'était prononcé avec plus d'énergique autorité en faveur des dieux de la fable. Les lignes suivantes peuvent donc paraître une réponse à des vers célèbres de VArt poétique. « Si j'ai le talent de représenter Dieu, les Anges et les Démons, avec leur dignité, comme ont fait le Tasse, et Milton ; n'est-il pas vrai que je pourrai me moquer de toutes les critiques des Iconoclastes? Les catholiques les plus zélez et les protestans les plus fiers ont adopté les anges et les démons dans leurs poésies. Les Conciles et les papes ne les ont jamais excomuniez. Laissez-les donc en repos et n'ayez pas peur de profaner la Religion en les emploiant^ »

De la satire X contre les femmes, Algarotti "" et l'abbé Aurelio Bertôla* se sont plus spécialement occupés. Au premier elle

* Lettre à M. C'*** sur l'unité de temps et de lieu dans la tragédie, dans le 'Tragédie gV imn sacri e le Odi di Al. Manzoni, p. 311 et 331.

Cette lettre est eu fraugais. Il ne s'agit pas d'une traduction faite par nous. '■' Lettre à Mad. la Présidente Ferrant, dans Prose e Poésie, II, p. xciii. '' Opère, t. IV, p. 394.

* Per ciô clie appartiene aile itiovalilà diretto al gentil sesso. potrîl l'apologo

semble pesante : Boileau, dit-il, y donne l'impression du bœuf qui se travaille et se tourmente à faire son sillon tout droit. L'autre juye les sarcasmes du poète propres moins à corriger les femmes qu'à les irriter et à les éloigner toujours davantage de la vertu et du bon sens. Ils sont, en un mot, impuissants à réaliser ce que peut seulement la leçon adroite de l'apologue.

La critique italienne ne semble pas avoir été enthousiaste du Lutrin. Elle ne lui accorde qu'une demi-faveur. Du moins n'en a-t-elle, à notre connaissance, jamais parlé sinon pour le sacrifier, suivant les cas, à la Secchia rapita de Tassoni, au Râpe of ihe Lock de Pope, au Giorno de Parini. Apostolo Zeno déclarait à un ami : « Ce poème est meilleur que celui de Pope; mais on ne peut quand même le comparer à la Secchia rapita, ouvrage unique en son genre et que les étrangers n'arriveront jamais à égaler \ » Au contraire, l'abbé Antonio Conti, traducteur du poème anglais, écrivait au marquis Manfredo Repetta en lui envoyant sa version : « Qui ne voit que le Râpe of the Lock surpasse le Lutrin pour l'agrément du sujet, la finesse des caractères, l'ingéniosité de la satire, l'invention et la variété des épisodes"? » Mais, d'autre part, il juge le comique de la Secchia un peu bas et sans rapport avec « la fine satire en honneur dans les cours européennes les plus polies ». Après avoir lu le Mattino, Giuseppe Barelti attendait impatiemment le Mezzodi et la Sera de Parini. 11 était convaincu qu'on pourrait sans crainte opposer ces trois chants aux deux ouvrages de Pope et de Boileau''.

più facilmente clie la coinmedia. e infinitamente meglio che la satira o preservarlo o correggerlo da quel ridicolo che tanto nuoce ail' amabilitîl, e da quella inquiéta frivolezza che talvolta fa scempio anche de" doveri. E quai mezzo più acconcio che quelle délia soavittl per questi esseri sî dolci c sensibili ? Le in\ettive, le accuse, i sarcasmi di Giovenale, dîl Menzini, del Boileau altro non fauuo che irritarli, e allontanarli sempre piil dalla virtù e dal buon senso.

Aurelio Bertola, Saggio sopra la Favola, au t. III, p. 77, des Opérette.

^ Lettre au mai-quis Giuseppe Gravisi, 15 octobre 1740, dans Lettere di Ap. Zeno, t. III.

* Prose e Poésie, t. II, p. xxii.

* lo ti csorto, abate élégant issimo, a uou dehulere la speranza che ne dai nella

Poscolo considère que la Secchia vise bien plus haut que le Râpe et le Lutrin. En ceux-ci, il ne voit guère que des badinages; ils raillent agréablement des travers propres à certaines classes de la société. Ce qui est l'essentiel ici n'était qu'un accessoire dans le poème italien, dont la portée est considérable : Tassoni détestait les maîtres étrangers qui subjuguaient l'Italie; il voulait présenter à ses compatriotes une vive peinture des misères qu'engendrent les guerres civiles et les querelles intestines '.

Gesare Gantù veut bien concéder que le Lutrin, l'ouvrage oîi Boileau « mit le plus de poésie, soit supérieur au poème de Tassoni par une heureuse application de passages classiques, une finesse continuelle, et par la correction », mais, ajoute-t-il, en revanche, « il lui cède sous le rapport de la conception; car il n'est pas possible d'exciter l'intérêt avec ces chanoines se battant pour une question de prééminence au choeur, ni de trouver de la variété au milieu des habitudes paresseuses et gourmandes de semblables héros* ».

La fortune semble avoir été beaucoup plus propice à VArt -poétique. Du moins ne connaissons-nous qu'un seul Italien ayant parlé avec dédain de ce poème. C'est llgo Poscolo. Il n'aime pas les écrivains qui se posent en arbitres des ouvrages d'autrui et se font de la critique une spécialité. Il accable de son antipathie surtout ceux qui, « en des vers à la fois élégants et ennuyeux », ont prolongé l'influence d'un Aristote de convention. Pope et Boileau en particulier ne durent, pense-t-il, un succès fort exagéré, qu'à l'amertume de leurs attaques contre les contemporains

prefazione, tli scrivere anche il Mezzodi e la /Sera de' tuoi effemminati nobili. Dacci il quadro finito, che te ne avremo obbligo, e contrapporremo senza paura i tre canti del tuo poema al Lutrin di Boileau, e al Rapè of thc Lock di Pope, massimamente se ti darai l'incomodo di ridurre i tuoi vei"si sciolti in versi rimati. {La Frusta letteraria, dans Opère di G. Baretti, t. I, p. 2G.)

On verra plus loin l'avis de Carducci sur le Lutrin comparé au Giorno.

' Opère, t. X, p. 152-155.

* Histoire universelle, t. XVI, p. 252.

et à l'usage d'un vers uù !a rime cuiilribue admirablement à souligner la spirituelle malignité de l'épigramme '.

Nous avons épuisé l'examen des censures dirigées par des Italiens contre Boileau. Elles n'ont le plus souvent rien d'acerbe. D'ailleurs, on se tromperait fort si l'on croyait que, dans son ensemble, la critique italienne s'est montrée défavorable à Boileau.

A notre connaissance, l'historien Cesare Gantù seul Ta traité avec une impitoyable sévérité. « Sa muse, dit-il, ne palpite jamais sous l'influence des sentiments; elle raisonne, elle raille, elle soigne la périphrase; mais elle n'a jamais ni pitié, ni tendresse, ni générosité. Elle fait sourire, admirer par moments; jamais elle n'émeut. L'art de Boileau consiste dans les détails; il procède de paragraphe en paragraphe, bond par bond, sans liaison de l'un à l'autre; et à chaque fin de phrase on trouve un repos non seulement du vers, mais du sentiment; c'est, pour

ainsi dire, une inspiration asthmatique Il s'inspire si peu de

la nature qu'il trouve au coin d'un bois le mot qui l'avait fui; la cadence, la rime, la césure viennent le tourmenter sous l'ombrage des forêts... Boileau représente donc le sens commun sans grandeur, ce qui le rend propre à la satire et aux préceptes... Boileau, en faisant surtout appel au bon sens, réduisit la poésie à ce ton uniforme que d'autres louent chez lui... Tyrannique dans les sentences qu'il porte, parfois capricieux dans ses préceptes, il vous enseigne à faire le second vers avant le premier, ^afm qu'il n'y paraisse pas rajusté. Sa critique toujours négative signale les défauts, prévient les erreurs; mais il ne sent pas profondément et il ne réchaulTe pas l'imagination. Une rime heureuse le touche plus qu'une pensée élevée, et il substitue la

' Opère di U. Foscolo, lY, 119.

plaisanterie au sentiment du beau. Plus régulier qu'Horace, il est bien loin de lui pour la sûreté des transitions. Horace semble rire en se jouant, tandis qu'on sent le travail chez Boileau; on sent même la partialité \ »

Gesare Gantù mis à part, Boileau recueille de grands éloges chez ceux-là môme qui, sur un point, s'éloignent de lui. Ainsi, parlons-nous des Satires?

En ce genre Boileau est, suivant Orsi", plus enjoué qu'Horace, plus pénétrant que Perse, et il surpasse Juvénal en énergie. Muratori se contente d'égaler le poète l'rançais à Horace pour son art à mordre avec grâce et sans méchanceté. Mais Boileau, ajoute-t-il, s'attaque plutôt à des travers et son devancier latin à des vices. Eustachio Manfredi note que, si Boileau s'est distingué dans la satire, il le doit un peu à la langue de son pays : par elle-même, elle apporte des grâces à ce genre, car elle est très apte à exprimer la raillerie. Le professeur florentin Anton.- Maria Salvini loue notre poète d'avoir employé ses satires à instruire le public, à développer la vertu ^

L'abbé Andres ne trouvait que le seul Boileau digne d'être mentionné à côté d'Horace parmi les satiriques modernes. 1\ admirait surtout ses traits piquants lancés au bon moment avec une apparente négligence, la pureté de son style, la régularité de sa versification, son habileté à donner une apparence vraiment française aux emprunts qu'il fait à Horace. Perse, Juvénal ^

UArt poétique n'a pas obtenu dans la i^éiiiiisule un accueil moins favorable. Considérons d'abord la période qui s'écoula jusque vers 1806.

^ Histoire uiiiocrscïlc, t. XVI, p. 251-253.

^ Considerazioni, p. 501.

' Discorsi accadcmici, II, 312.

* DclV Origine, de' Progrcssi dcllo slutn attnolc d'oy)il Ictteratura.

Sans doute, disent Pierjuco^io Marlello et Saverio Quadrio', on n'y trouve pas — surtout quand on est Italien — tous les conseils nécessaires à une muse hésitante. Il n'en est pas moins un ouvrage bien ordonné, très pratique, digne d'être placé parmi les meilleurs en ce genre. On en saisit tout le mérite, quand on le compare aux subtils et inefficaces commentaires ou traités de tant d'érudits bavards et chicaneurs.

Vers le milieu du xviii" siècle, le comte Algarotti rappelle que l'avocat Patru avait dissuadé Boileau d'entreprendre son Arl poétique. Si ce conseil eût été suivi, ajoute-t-il, les belles lettres étaient privées de cette « pierre précieuse" ».

En f806, un traducteur italien de VArt poétique, Buttura, justifiait son entreprise par le désir de mettre à la portée de ses compatriotes « le monument littéraire peut-être le plus parfait que vante la France », un poème dont les préceptes, sauf ceux qui concernent la technique des vers, sont également applicables à toutes les langues ^ Manzoni aurait voulu que le gouverne-

^ Nous commentons ici les réflexions suivantes de ces deux auteurs : Scrmolli deïla poetica, dans les Oyere de P.-J. Martello, t. VI, p. 211. « Orazio nella lettera a' Pisoni, e dopo lui Boileau nel suo famoso Poema délia Poetica, appianando gli ardui insegnamenti in riflessioui pratiche non meno clie agevoli fauno partir cbi li legge contento di aver qualche cosa di suo profitto imparato. E comecchè tntlo il dicevole sia stato detto da qnesti due sovra di raolti particolari, ma -non di tutti quolli, clie al Poeta, ed al Poeta specialmente Italiauo son necessari, ho io creduto opportuno il compilare a guisa di poetiche instituzioni gli annossi versi. »

Saverio Quadrio : Stor. e ruy. d'ofjiii poesia. I, 2'A : « Questi molti commeutatori occupati con tutto l'aninio a rischiarare con le loro interi^i'etazioni l'autore che avean per le mani, senza molto pensare alla nécessita, che avevano gli studiosi, d'una Poetica piena e metodica, che servisse loro di scorta alla Pratica, tutti furono in mover quostioni su questo. e su quel senso, e in contender tra essi, chi di loro meglio il facesse parlare. Per la quai cosa altri molti desiderosi nel vero di recar piil, che i primi. giovamento agli amadori délia Poesia, applicarono l'animo a tessere da se stessi co' lumi lasciati lor dagli antichi opère di ben ordinati insegnamenti ripiene. con le quali accrescere, e pei-fezionare quest' arte. » Parmi beaucoup d'autres guides de ce genre, Quadrio cite Boileau. Martello était encore plus favorable, car il ne retenait que les noms d'Horace et Boileau.

* Algarotti, Opcrc, Y, 313.

' ^'oir plus haut le n" 19. dans le chap. i de la 2' partie.

ment, autant pour servir les intérêts nationaux que pour honorer Buttura, introduisît dans les lycées de la Péninsule VArt 'poétique revêtu de cette parure italienne '.

Divers critiques italiens du xviii''" siècle ont vanté plus si)écialement quelque partie de l'œuvre. Saverio Quadrio ' traduit et approuve le morceau qui commence ainsi :

11 n'est point de serpent, ni de monstre odieux Qui par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.

Il faut, dit-il ailleurs, approprier le langage de vos héros à leur condition et à leur état d'âme, ne pas tomber dans l'erreur que Boileau reproche si justement à Sénèque :

Que devant Troie en flamme Ilécube désolée Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée.

Arteaga recommande au futur auteur dramatique de se former à l'école de Longin, d'Horace et de Boileau, et c'est Boileau qu'il nomme le premier des trois ". Voulant exclure de la scène les pièces d'inspiration sacrée, il se réclame de Boileau ', et se contente de citer, puis de commenter les vers suivants :

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles.

{Art poétique, 111.)

Cette phrase, une trentaine d'années auparavant, le comte Algarotti^ l'avait déjà citée, puis expliquée, à peu près en ces termes : « Les dieux anciens étaient tout voisins de l'homme. La foi païenne, loin de lui recommander, comme le christianisme : humilie-toi, fais pénitence, renonce au monde, semblait au con-

' Epistolario, I, 15.

- Storia e rugione d'of/ni poesia, I, 449. ■ — M., I, 4G5.

' Uivol. (Ici tcatro musicale italinno, 1, xix : « Dotato di cuor sensibile e d'immaginaziono vivace, osservator fedele délia natura e degli nomini, ammaestrato ai fonti di Boileau, di Lougino e di Orazio, versato nella lelteratura de' primi modelli antichi e moderni, l'uomo di genio è il solo, che prenda lo spettacolo per se stesso e non per gli accessori. »

* Id., p. XIX.

■• Opcrc, m, 165.

traire flatter ses sens et allumer son imagination. Voilà comment les poètes modernes, contrairement aux Grecs et aux Latins, sont obligés de n'accorder dans leurs œuvres aucune place au Dieu qu'ils adorent et aux mystères, objet de leur religieux respect. » A la fin du xviii* siècle, divers commentateurs de Métastase monlrèrent bien à quel point ils connaissaient et admiraient Boileau. L'un, voulant établir combien il est difficile à l'auteur dramatique d'écrire une exposition à la fois complète et vraisemblable, remarquait que les poètes français eux-mêmes n'ont pas toujours bien résolu le problème : « et pourtant Boileau leur avait déjà fait entendre ses préceptes' ». Tournons quelques pages. Cette fois, on regrette que Métastase n'ait pas tenu compte du sage conseil qu'exprime cette phrase :

Gai-dtz de donner, ainsi que dans Célie, T.'air ni l'esprit français il l'antique Italie.

De plus, il eût pu éviter quelques petites taches qui compromettent le caractère de son personnage Porsenna : il lui suffisait d'avoir trois vers français présents à la mémoire et d'en bien pénétrer le sens :

D'un nouveau personnage inventez-vous l'idée ? Qu'en tout avec soi-même il se montre d'accord. Et qu'il soit jusqu'au bout tel qu'on l'a vu d'abord ^

En revanche, le même critique fait un mérite à Métastase de n'être pas seulement « la délice des cœurs sensibles et des âmes délicates », mais encore un objet « d'admiration pour les plus sages philosophes » : de la sorte, dit-il, on ne peut appliquer à l'auteur italien les vers où Boileau flétrissait les opéras de Quinault,

Et tous ces lieux comnuins de morale lubrique, Que Lulli réchauffa dos sous do sa musique.

(Satire, X, 142.)

^ Motastasio. Opcrc, VIII. 185 : Che piû ? I Francesi modesinii padri seuza contraste dol moderno teatro, dojjo ancora avor uditi i precetti di Boileau (Art poéiiqne, ch. m) a taie proposito. in taluna dollo loro tragédie non diedero pionamente nel segno.

= 1(1, p. 198. Ces vers sont tirés do VArt pocaqic;, III.

Plus loin, c'est à BoiJeau qu'on emprunte des formules pour résumer en quelques phrases expressives l'admiration qu'inspire Métastase : ce génie sait

d'une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère... Orne, élève, embellil, agrandit toutes choses.

Dans une dissertation sur ÏAdriano de Métastase, certain Giambatista Alessandro Moreschi^ craignait que l'auteur de la pièce n'y eût pas assez appliqué le précepte de Boileau {Art poétique, HT, 103) :

Des siècles, des pais, étudiez les mœurs.

Les climats font souvent les diverses humeurs.

Vantant au contraire l'élégante facilité de Métastase, la richesse de son coloris, l'harmonie suave de son rythme, il observait qu'il n'est point de plaisir pour le spectateur, dès que font défaut ces qualités. 11 confirmait cette observation par deux vers de Boileau :

Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée

Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée

(Art poétùjiie, L .3.)

L'auteur anonyme d'observations sur VIssipile de Métastase constate que dans cet opéra le poète viole l'unité d'action : et pourtant, dit-il, Boileau, en une formule célèbre, avait, après Horace, formulé la règle des trois unités".

Vers le même temps, un autre commentateur de Métastase citait avec complaisance les vers oi^i Boileau recommande la peinture de l'amour comme étant la route la plus sûre pour aller au cœur. Dans quel but, disait-il, la plupart des hommes fréquentent-ils le théâtre? Pour accompagner des femmes ou les y retrouver. Les femmes sont les reines du spectacle. Or un auteur ne saurait leur agréer, à moins de leur offrir un tableau de la

' Oftarrvazioin aopra rAdrinno, dans Opcic d(>l Metnstasio. t. IV, p. 232, - Opcre (Ici Meiastasio, t. TV, p. 234.

passion qu'ollos connaissent le mieux et dont elles cnfoiident parler le plus volontiers \

Sur cette passion, un tout autre passage de Boileau avait, en 1706, frappé Muratori. Presque toutes les tragédies françaises, dit-il, peignent de tendres attactiements sous les couleurs les plus séduisantes. Par nature les hommes sont déjà bien assez portés à l'amour; inutile de les y encourager. Il ne peut toujours passer pour un vice, soit; mais on doit y voir une folie ou une légèreté peu louable. Aussi ne saurait-on trop approuver la réserve prudente de Boileau : songeant peut-être à bLâmer plus d'un parmi ses compatriotes, il professe que cette passion ne doit être ni langoureuse, ni romanesque, mais combattue par des remords et réputée une faiblesse. Avec ce caractère, et pourvu qu'elle n'envahisse pas tout, l'auteur de la Perfelta Poesia veut bien ne pas la proscrire du théâtre '.

En 1752, un dominicain célèbre en son temps par sa lutte contre les probabilistes et son ardeur à combattre l'immoralité du théâtre, le P. Daniele Goncina, citait et approuvait à la fois les vers de Boileau et le commentaire qu'en donne Muratori '.

D'auteurs italiens du xviir siècle, nous avons encore à signaler une page du P. jésuite Saverio Ouadrio. La France, dit-il, est le pays de l'épigramme. C'est là qu'il en faut chercher des modèles. La nature l'a aouIu ainsi, car elle a créé le Français « malin », suivant le mot très juste de Boileau*.

' Metastasio. Opcrc. t. IV. p. 241.

= Pcrfetta Poesia. II. GG.

■^ De spcciaetilis tJieatralihiis. p. ISl.

* Bettinelli, Opère. XXII, 5. Parlevù doll' altro lor gusto un po* malisnetto e malizioso. poichè Boileau ne fa un carattore délia nazione : Le franoois ne malin forma le vaudeville. Se voleté la spiegazione di questo verso, vi citerei un bravo francese autor di Riflessiotii filosofichr sopra certi quesiti propnsti (hiW aecademia di Metz in quest' anno : « Il francese. ei dice, è vivo, impazitnte, incoslante. allejrro. frivolo, onoralo. cortese, buono, pietoso, ed è insieme audacp. coragdoso. altiero. vano. critico. burlevole, invidioso. e<I estreniaraente schizzinoso. » Yedete voi, se dall' impasto di tanti colori esca forsc il malin, di cui parla Boileau a proposito dci vaiidcrilles. che sono stretti parenti degli epiirramnii. Sia quel che vuole, non puù neirarsi che parlandosi appunto d'epigramnii bisouna jiarlar de' francesi piû che d'ojmi altra gente. e ciô foi-se per quel privilegio d'esser nati malins

Au cours du xtx" siècle, Y Art portique semble avoir moins souvent attire l'attention de la Péninsule.

De nos jours, deux des meilleurs critiques italiens ont parlé avec une bienveillante sympalliie du rôle de législateur joué par Boileau. M. Alfredo Galletti ne croit pas les doctrines de ce poète bien originales: il les a héritées de divers devanciers parfois obscurs, mais il a eu le grand mérite de trouver la formule saisissante qui les graverait dans les esprits. « Il a écrit les vers dorés de la critique classique '. » M. Galletti note en outre comment Roileau, interprète du bon sens, ne pouvait manquer d'asséner ses coups redoutables aussi bien aux Italiens qu'aux Français, atteints d'une même maladie, originaire de la Péninsule".

Le sentiment de la mesure, le goût de l'harmonie, la profonde et communicative conviction d'exercer une sorte de sacerdoce pour le plus grand bien des poètes, par suite l'art de les entraîner à partager ses propres idées, le culte passionné de la raison guide et maîtresse, mais non despote et tyran de l'imagination : voilà, suivant M. Arturo Farinelli, les traits caractéristiques de Boileau".

* La Poctica di Boileau raccoglie, coordina, fissa defmitivamente le regolc délia poetica classica ; cssa annulla tutte le opère précèdent! e a Boileau rimane sino al secolo xix il nome di « legislatore del Parnaso ». A lui guardoranno i romantici come al maggiore nemioo e contro lui aeuiranno la punta dei loro epigrammi. Pure tutta la rete dei precotti famosi era già tessuta prima di lui, ed egli vi ha aggiunto o tolto bon poco, ma nel suo verso preciso e forte, meditato e severo, ha dato aile regole uua forma plastica e sentenziosa, le ha mutate in proverbi che la meute del lattore si appropria e ricorda naturalmente. Egli ha scritto i versi dorati délia critica classica.

Galletti : Le ieorie drammatirJic c la trag. in Ital. ncl sec. XVIII, p. 48.

- M., p. S-11. M. Galletti n'aborde pas la question de savoir si Boileau avait raison de s'en prendre au Tasso en particulier. Mais il montre comment les pointes étaient un héritage de Sanazzaro et de (îuarini.

" Al regno di Boileau non poteva mancare ne felicitïi, ne tranquillità. Erano in Boileau de' germi di una prima natura coraggiosa e audace, distrutti assai per tempo, con rigor di disciplina e di studio; sicchè vi appare modello di quella accennata soppressione volontaria délia scapestrala e scioperata, baldanzosa ed ingannevole età di passaggio dalla fanciullezza ail* etA. matura di fatti e di consiglio. placido, in pieno equilibrio mentale, in possesso del più squisito e tenace buon senso. Tntelletto regolare e classificatore, se altro mai fu, tutto armonia.

On a déjà pu s'en apercevoir : les Italiens ne sont pas restés indifîérents à l'art lui-même de Boileau, nous voulons dire à son talent d'écrivain. C/est ce que prouvent quelques phrases citées plus haut de MM. Galletti et Farinelli. A ces témoignages, on

tutto limiti ed argini, tutto misura, Cartesio yer i letterati e poeti. Tutti gli fanuo onore. Anche i più grandi di lui, e più possenti, gli si sommettono. Entrano con lui i pocti nell' inespngnabil fortezza, da lui in gran parte agguerrita, dove imperano le regole, le norme dello scrivere. e posano gli stampi e le foggie, indispensabili alla fattura dei capolavori, in tutti i generi imaginati e imaginabili. L'ispirazione, non frenata e domata, appare piil di danno che d'utilità ai poeti. La fantasia, figlia del cielo, calata in terra, rassomiglia allora un po' air Italia, che nel canto di Sordello ci è dipinta « indomita e seivaggia » ; e saril la ragione che dovrà inforcame gli arcioni.

Esclusa ogni eccentricitil ed esuberanza, ogni frenesia dell' imaginazione, ogni capriccioso ed audace volo, Tarte sarà corpo al verosimile. Il belle saril tutf una eosa al vero. Per il vero, che il Pascal, poeta cristiano, chiamei'il, nelle Provinciales (II, 247), « la plus grande des vérités chrétiennes », per il vero. « tomba dei vati », a giudizio del Monti {Sulla mitologia), e che, nel dominio dell' arte almeno, non rimarrû, nel giro de' secoli, che inafferabil larva, tutti ostentano grande e sviscerato amore. Pizzica il Boileau di poeta. Si crede un beniamino délie grazie. Le Muse l'hanno baciato in fronte : hanno tolto a lui pure le rughe deformi. Vostinate a chiamarlo un pédante, con gran parrucca, pien di pi-osa e di tedio ; ma lui vi dice quale orror gli infonda « un sublime ennuyeux et pesant » (Art poétique, III), come preferisca l'Ariosto a quegli autori « toujours froids et mélancoliques... ». E, in fatti, non è tutta freddezza e negazione délia pocsia quest' araldo délia ragione e del buon senso. In quelja pacatezza interiore entra, se non il calore, il tepôre dell' arte. Quell'alta e tranquilla intelligenza ha l'afflato del poeta. Non .> ch' ei voglia uccidere la fantasia, sopprimere il primo getto dell' ispirazione ; ma esige subordinazione illimitata. assoluta, alla ragione, la sua pretesa natura, o veritîl, o realtA, il suo Dio. La convinzione di agire. ammaestrando con precetti, per il bene e la sainte de' poeti, in tempi ormai avanzatissimi, gli dîl la forza, la fermezza, queir aria di supériorité ch' è ne' suoi scritti. L'ironia nelle satire ô frutto anch' essa délia calma e sicurczza interiore ; è penetrata dai raggi del sublime buon senso ; è fatta per convincere, per condurre i traviati sulla retta via. Ti trovi innanzl un saggio, a cui non sfuggon di bocca che memorande parole, e sentenza ; e comprend! quai potere dovessero esercitare, come tutti si dessero briga per raecoglierne. e farne tcsoro. Espressioue, o incarnazione se si vuole. délie tendenze di un secolo, délie attitudini ed aspirazioni di un popolo. in 'cui sembra che la Francia oggidî ancora si debba specchiare. {Dante c la Francia, II, 78-SO.)

peut en ajouter plusieurs autres. Un jugement- comme le suivant s'applique aussi bien au style qu'au fond : « En France, disait Muratori (1703), ont fleuri Messieurs Racine, Boileau, de Fontenelle, qui, dans leurs vers, me semblent vraiment faire preuve d'un goût exquis et d'une délicatesse consommée \ » « Boileau. écrira une trentaine d'années plus tard l'abbé Antonio Gonti, Boileau a pris presque toutes les idées de ses satyres et le fond de sa poétique d'Horace et des autres pontes Latins : cependant n'a-t-il pas sceu rendre les poésies originales par sa manière de peindre?... Les grands peintres et les grands poètes se sont toujours distingués par la manière; et ce n'est que par elle que nous avons nos Michelanges, nos Raphaels, nos Correges. nos Titiens en poésie aussi bien qu'en peinture '. » — Voulant citer des exemples d'harmonie imitative, le comte Algarotti n'en trouvait, dans toute la poésie française, que deux essais vraiment heureux, dont l'un dans l'Ode sur la prise de Namur, alors que Boileau montre un soldat qui veut

Sur les monceaux de plcjucs,

De corps morts, de rocs, de briques,

S'ouvrir un large chemin''.

Non seulement les Italiens ont plusieurs fois rendu justice à la valeur artistique de Boileau, mais il est arrivé à un de leurs journaux de la défendre contre un Français. L'abbé Gondillac, dans son Covrs d'études pour Vinstruction du prince de Parme, avait avancé que Boileau se trompe parfois dans le choix des détails destinés à mettre en valeur la pensée principale. Heureuse peut étro l'idée do comparer une idylle à une bergère et

> Perfetta Poesia, ï, .38.

- Proxe c Pocsie, II, CXIV

^ Aljrarotti, Opère, t. VIII, p. 170. « I^'crudilo o sonsato Abate du Bos non mena buona a' suoi compatriotti altra frase iniitativa. salvo (piella clie trovasi

neir oda fatta da Desproaux por la presa di Namur

Si potrebbe foi-se aRsinnsere a quosia quel tralto di Kacine ; clie è nella famosa nnrrasîione délia morte d' Ippolito

I/essieu crie et se rompt. »

de donner ponr tout ornement à l'humble fille, des fleurs cueillies en un champ voisin. Mais pourquoi les mots « au plus beau jour de fête »? Circonstance inutile! A quoi bon ce vers : De superbes rubis ne charge point sa tète?

On sait bien qu'une gardeuse de moutons ne possède point de joyaux.

Gondillac, objecte le Giornale de' lelterati di Pisa\ oublie que

* Année 1777, article 5.

Ad onta di tali censure, qualunque anima sensibile che la natura abbia dotata di quel tatto delicato atto a sentire il bello poetico, ancbe senza intenderne le ragioni. si troveril mirabilmente dilettata da qnesta vaga pittura. ne amerjl di toglier da essa quell' oro c quelle gemme che offendono tanto il nostro autore. ^'a d'uopo pertanto aditar la causa da lui non avvertita. per cui tali idée invece d'esser fuor di loco, giovano a sviluppar davvantaggio il pensiero. e a dargli un risalto maggiore. L'Uffizio principale del poeta è di dipingere. e i colori acquistano maggior vivezza per il loro constrasto. Cresce agli occhi dello spettatore la bianchrzza e le delicatezza délia faccia e del seno di Proserpina accanto ail' afl'umicato ispido volto, ed aile ruvLde braccia di Plutone. Quest' arte medesima si pone in arte dal poeta. Volendo egli dipingere lo stile naturale dell" Idillio lo pone in questa pittura a contraste col sublime stile deir epica o lirica poesia : e giacchô ha scelto la s^^imilitudine délia pastorella, che si adorna di semplici abbigliamenti, e quali la Natura le présenta, pone a confronte con questi l'oro e le gemme délie quali si cariea la fastosa dama, e in tal guisa i fiori e i semplici ornamenti formano co' rubini e coll' oro un vivo contrasto. per il quale la semplicità délia pastorella acquista maggior rilievo, e per conseguenza per mezzo di questo paragone si paragona in un istante dalla fantasia del lettore la strepitosa epica tromba colla rustica ed umile sampogna. la soave e naturale armonia délia quale per questo contrasto assai piû ci diletta. Neppure inutile circostanza, come crede VA. le plus beau jour de fête; questo ê uno di quel leggieri e fuggitosi tocchi che servono ad allargar la vista del quadro ; se il poeta si trattcnesse a descrivere la festa pastorale escirebbe certameute fuori di sti-ada. ma col trovarla di passaggio altro non fa che riunire in un brève spazio più imraagini relative allô stesso soggetto : questi brevi tocchi corrispondono aile figure non compite. ma accen nate soltanto o mostrate in distanza dagli eccellenti pittori. Altrove riferisce (il nostro critico) i versi :

Si sur la foi des vents tout prêt Jl s'embarquer Il ne voit point d'écueil qu'il ne l'aille choquer colla seguente osservazione :

« La falsità di questo pensiero è sensibile. perché s"è ancora in terra, quando stiamo per imbarcarci. e p<n- conseguenza non si va allora iid urtar contro iscogli. » Ma è egli possibile che mon abbia sentito la forza di quelle espressioni? Si dipinge con esse la timidit:1 d'una persona alla quale ancor prima d'inibarcai-si par di vedere gli scogli. anzi di urtarvi sopra. Quoste sarebbcro

l'office principal du poète est de peindre et que les couleurs tirent une plus grande vivacité de leur contraste même. Voulant montrer combien naïf est le style de Téglogue, l'auteur de VArt poétique l'oppose avec raison au style sublime qui caractérise les genres épique et lyrique, — A d'autres censures du même genre, le Giornale répond sur le même ton.

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