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CHAPITRE III

Opinion do Boileau sur quelques Italiens.

Nous ne connaissons l'opinion de Boileau que sur fort peu d'auteurs italiens : Vida, Sannazar, Arioste, le Tasse, Guarini. Il ne s'occupe guère des doux premiers, car ils n'apparaissent,

dans ses criivres, que comme écrivains de langue latine. On lit dans une lettre à Brossette ' : « C'est une étrange entreprise que d'écrire une langue étrangère, quand nous n'avons point fréquenté avec les naturels du pays; et je suis assuré que si Térence et Gicéron revenoient au monde, ils riroient à gorge déployée des ouvrages latins des Pernels, des Sannazars et des Murets... Ne croyez pas pourtant que je veuille par là blâmer les vers latins que vous m'avez envoyés d'un de vos illustres académiciens. Je les ai trouvés fort beaux et dignes de Vida et de Sannazar, mais non pas d'Horace et de Virgile. »

On le voit, tout en désapprouvant les modernes qui écrivent en latin, il considère néanmoins deux Italiens, Vida et Sannazar, comme ayant usé, avec le plus de perfection, d'une langue désormais morte. Sera-t-il aussi bienveillant pour Arioste, le Tasse, Guarini?

Nous l'avons dit : Boileau est l'auteur d'une Dissertation sur Joconde. Brossette la fait précéder de ces lignes : « Il parut en 1663 deux traductions en vers françois de la Joconde, l'une desquelles étoit du célèbre La Fontaine et l'autre du Sr. Bouillon, très méchant poëte. Il y eut une gageure considérable sur la préférence de ces deux ouvrages, entre Monsieur l'abbé Le Vayer et Monsieur de St. Gilles. Molière étoit leur ami commun : ils le prirent pour Juge; mais il refusa de dire son sentiment, pour ne pas faire perdre la gageure à St. Gilles, qui avoit parié pour la Joconde du S' Bouillon. Monsieur Despréaux, jeune alors, décida le différend par cette dissertation en forme de Lettre qu'il adressa à Monsieur le Vayer. Il ne l'a jamais fait imprimer parmi ses autres ouvrages, ne se faisant pas honneur d'avoir emploie sa plume à défendre une pièce du caractère de la Joconde. »

* ŒuvrcH. t. TV, p. 4.53, édil. Gidcl. Lettre du 0 octobre 1701.

Que loue, que blâme Boileau dans le récit d'Arioste?

D'abord, ce « conte de vieille » n'est pas à sa place dans un poème héroïque et sérieux. D'ailleurs le burlesque côtoie étrangement le sublime dans le Furioso, « corps composé de mille espèces différentes » et disparates, oii la religion elle-même n'est pas épargnée.

Revenons au Joconde. Comment souffrir le sérieux avec lequel Ariost« fait son récit? Il n'y a « rien de plus ridicule que de raconter une histoire comique et absurde en termes graves : à moins que ce sérieux ne soit affecté tout exprès pour rendre la chose encore plus burlesque ». La Fontaine, traitant le même sujet qu'Arioste, lui est bien supérieur. « Il rapporte à la vérité des avantures extravagantes, mais il les donne pour telles; par tout il rie et il joue; et si le lecteur lui veut faire un procès sur le peu de vrai-semblance qu'il y a aux choses qu'il raconte, il ne va pas, comme Arioste, les appuier par des raisons forcées, et plus absurdes encore que la chose même; mais il s'en sauve en riant, et en se jouant. »

La Fontaine l'emporte encore sur Arioste en ce que, disciple de Térence, d'Horace et de Virgile, il est partout « simple et naturel », tandis que son devancier cultive avec trop de faveur les plaisanteries froides et les équivoques ridicules.

Ce parallèle, Boileau le terminait par deux phrases oh il répétait à nouveau les mérites de La Fontaine, sans toutefois refuser une part d'éloges au poète italien. « Donnons, si vous voulés, à Arioste toute la gloire de l'invention, ne lui dénions pas le prix qui lui est justement dû pour l'élégance, la netteté et la brièveté inimitable avec laquelle il dit tant de choses en si peu de mots; ne rabaissons point malicieusement, en faveur de notre nation, le plus ingénieux auteur des derniers siècles. Mais que les grâces et les charmes de son esprit ne nous enchantent pas de telle sorte, qu'elles nous empêchent de voir les fautes de jugement qu'il a faites en plusieurs endroits; et quelque harmonie de vers dont il nous frappe l'oreille, confessons que Monsieur de La Fontaine aiant conté plus plaisamment une chose très-plaisante, il a mieux compris l'idée et le caractère de la narration, »

De grands éloges, en somme, rachètent les critiques assez vigoureuses semées dans cette dissertation. Ailleurs, Boileau vantera l'agrément et la gaieté du poème :

J'aime mieux Arioste, et ses fables comiques, Que ces auteure toujours froids et mélancoliques, Qui clans leur sombre humeur se croiroient faire affront, Si les grâces jamais leur déridoient le front '.

Mais, sauf cette fois, il ne reparlera guère du Furioso que pour le censurer. De nouveau, il regrettera d'y trouver des éléments hors de leur place. S'il faut en croire une note insérée dans l'édition de ses œuvres parue en 1713, il pensait à l'Ariost^ quand il écrivait :

Ce n'est pas que j'approuve en un sujet chrétien Un auteur follement idolâtre et païen ".

Il considérait sans doute que les héros du Furioso, le poète qui l'a composé, le prince auquel il est dédié, étant tous chrétiens, Arioste aurait dû faire une part moins considérable à la mythologie.

Il revient aussi sur le goût de cet auteur pour l'invraisemblance. Il écrit dans un Avis au lecteur" : « Je ne ferai point ici comme l'Arioste qui, quelquefois sur le point de débiter la fable du monde la plus absurde, la garantit vraie d'une vérité reconnue, et l'appuie même de l'autorité de l'Archevêque Turpin. Pour moi, je déclare franchement que tout le Poëme du Lutrin n'est qu'une pure fiction. »

Nous n'avons pas encore épuisé tous les jugements que Boileau croit devoir porter sur l'œuvre de l'Arioste. Dans la satire X

' Art poétique, III, 291.

== Ifl, III, 217.

' Pour la première édition du Lutrin, en 1674. — Voir cependant dans Les 8at. de B. commentées par lui-même. Reprod. du comm. de P. Le Verrier, p. 100, un passage oil Boileau semble contredire sa sévérité : « L'Arioste en use avec plus de sagesse [que le Tasse]. Car en racontant les plus grandes absurditez, il leur donne un air de vérité. On a beau les savoir fausses, elles paroissent du moins suportables et comme vray-semblablcs au lecteur. »

— '61 — (vers 145), parlant de la femme qui vient d'assister à l'un de ces opéras où triomphe une morale lubrique, il écrit :

Je ne te répons pas qu'au retour, moins timide, Digne Ecoliere enfin d'Angélique et d'Armide, Elle n'aille il l'instant, pleine de ces doux sons, Avec quelque Médor pratiquer ces leçons.

Boileau veut parler de deux opéras, le Roland et VArndde. « Quinault y peint la volupté comme une vertu, par le caractère qu'il donne à x\ngélique et à Médor. L'Arioste, au contraire, tout Arioste qu'il est, peint la volupté sous les mêmes personnages, mais il se donne bien garde de donner un air de vertu à la volupté '. » Ainsi parlait le satirique à son confident Le Verrier.

Ne nous méprenons pas sur les compliments qu'il accorde ici à Arioste. Ils sont tout relatifs. Boileau ne prétend pas morales les peintures du poète italien. Il reconnaît simplement à celui-ci le mérite de la franchise : Arioste n'a pas donné un faux air de vertu à ce qui n'était que volupté.

Mais, quant aux hardiesses de cet auteur, Boileau, du moins à la fin de sa vie, les condamnait. Il avait, dans sa jeunesse, donné le pas au Joconde de La Fontaine sur celui d'Arioste, — mais pour la vraisemblance. Sur la licence commune aux deux, il se taisait. « Dans la suite, nous dit Brossette, il témoignait à ses amis un grand regret d'avoir emploie sa plume à défendre un ouvrage du caractère de Joconde. » En effet, deux vers de la satire X sont cinglants pour ce « conte odieux », qui « salit » la mémoire ".

Boileau n'éprouvait aucune peine à reconnaître que « le Tasse a été un génie sublime, étendu, heureusement né à la poésie et

' Les S^atires de B. commentées par lui-même. Reprod. du comm. de Le Verrier, p. 111.

* Je sais que d'un conte odieux

Vous avez comme moi sali vôtre mémoire. Mais laissons-la, dis-tu, Joconde et son Histoire.

— 38 ^— à la grande poésie' ». Il ne contestait pas que la Jérusalem délivrée « n'illustrât » l'Italie et ne fût un titre de gloire pour elle ^

Mais il reprochait à son auteur trois fautes principales. La première est d'avoir employé le merveilleux chrétien :

Et quel objet enfin à présenter aux yeux Que le Diable toujours hurlant contre les Cietix, Qui de A^otre Héros veut rabaisser la gloire, Et souvent avec Dieu balance la victoire ^.

Heureusement que « la tristesse du sujet » est « égayée » par « Renaud, Argant, Tancrède et sa maîtresse* ».

Ce que Boileau regrette encore dans la Jérusalem, c'est le dédain de la vraisemblance. Un jour il eut, chez Madame de Mazarin, une discussion avec le Duc de Nevers °. Celui-ci préférait le Tasse à Virgile. Boileau lui répondit : « Quelle différence, bon Dieu! Virgile ne s'écarte pas un moment du vray-semblable, même dans la fable. L'autre ne s'en aproche presque jamais dans une histoire vraye. Dez l'invocation qui est au commencement de son poëme, il dit à la Vierge qu'il introduit :

Tu riscbiara il mio canto, e tu perdoua S'intesso fregi al ver.

« Voilà une belle manière de disposer son lecteur à croire que tout ce qu'on va luy dire est plein de vérité. »

C'est, paraît-il ^ au même duc de Nevers que pense Boileau quand il écrit :

Tous les jours à la cour un sot de qualité Peut juger de travers avec impunité ;

^ Pellisson et d'Olivet, Hist. de l'Acad. franc., t. II, p. 252.

' Il n'eût point de son livre illustré l'Italie.

{Art poétique, II, 212.)

=■ Art poétique, III, 205-208. Une note de Boileau dans l'édit. de 1713 indique qu'il vise le Tasse. D'ailleui-s la suite de son texte l'indique.

* Art iwctique, III, 215-216.

' Les Satires de Boileau cornineiitécs par lui-même. Reprod. du commentaire inédit de Pierre Le Verrier, p. 100.

' Les Sat. de Boileau. Reprod. du comm. de Le Verrier, p. 100.

- rîi) -

A Malherbe, ;1 ftacan préférer Théophile,

Et le clinquaut du Tasse îl tout l'or de A'irgilc '.

Peu de temps avant sa mort, Boileau commentait ainsi ce dernier vers, « à une personne qui lui demandoit s'il n'avoit point changé d'avis sur le Tasse : J'en ai si peu changé, dit-il, que relisant dernièrement le Tasse, je fus très-fâché de ne m'être pas expliqué un peu au long sur ce sujet, dans quelqu'une de mes Réflexions sur Longin. J'aurois commencé par avouer que le Tasse a été un génie sublime... Mais ensuite, venant à l'usage qu'il a fait de ses talents, j'aurois montré que le bon sens n'est pas toujours ce qui domine chez lui; que dans la plupart de ses narrations, il s'attache bien moins au nécessaire qu'à l'agréable; que ses descriptions sont presque toujours chargées d'ornements superflus; que dans la peinture des plus fortes passions, et au milieu du trouble qu'elles venoient d'exciter, souvent il dégénère en traits d'esprit, qui font tout à coup cesser le pathétique; qu'il est plein d'images trop fleuries, de tours affectés, de pointes et de pensées frivoles, qui, loin de pouvoir convenir à sa Jérusalem, pouvoient à peine trouver place dans son Aminte. Or, conclut M. Despréaux, tout cela opposé à la sagesse, à la gravité, à la majesté de Virgile, qu'estce autre chose que du clinquant opposé à de l'or"? »

Dans le Lutrin (V, 149-150), on lit, alors que sur le perron de Barbin les volumes volent, lancés de tous côtés par des combattants furieux :

Lft, près d'un Guarini, Térence tombe à terre. Là, Xénophon dans l'air heurte contre un La Serre.

"■ Satire IX, 173-176.

^ Hist. de VAc. franc., par Pellisson et d'Olivet, t. II, p. 253-4.

Aux attaques de Boileau contre le Tasse nous n'ajouterons pas le vers 144 du chant V du Lutri)i. Il vise la traduction française de Le Clerc et non la Jérusalem elle-même du Tasse.

L'antithèse est très nette dans le second vers, comme dans le premier; le rapprochement de Guarini et de Térence est malicieux. Nul doute que Brossette ne traduise bien l'idée de Boileau quand il écrit en note : « Guarini, auteur du Paslor Fido, pastorale italienne, remplie d'affectation et de sentimens peu naturels. Térence est la nature môme. »

Toujours au nom de la nalure, Boilcau s'élevait, non plus contre un auteur déterminé, mais contre l'Italie elle-même, dans un passage bien connu de V Art poétique (I, o9 et suiv.)

La plupart, emportés d'uue fougue insensée,

Toujours loin du droit sens vont cherclier leur pensée :

Ils croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux.

S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux.

Evitons ces excès : laissons à l'Italie

De tous ces faux brillants l'éclatante folie.

Tout doit tendre au bon sens

La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.

Peut-être, dans ces \ers de portée générale, soulageait-il une sourde rancune notamment contre les ancêtres intellectuels des Scarron et des Scudéry? Ne l'oublions pas, en effet. « Le burlesque effronté » venait de la Péninsule : ses pères s'appelaient Berni, Molza, Firenzuola, Caporali. Avant Scarron, Lalli avait écrit un Virgile travesti\ D'autre part, les romans français du xvif siècle et les poèmes héroïques nés en Italie à la môme époque ou peu avant, ont un air de famille : même galanterie raffinée, mêmes extravagances vides et stériles. La Calprenède, Georges et Madeleine de Scudéry ne doivent-ils rien au Conquis to di Granata, à la Croce riacquistata, au Boemondo, à la Presa di AntAochia et à tant d'œuvres médiocres qui pullulèrent sur le tronc de la Jérusalem délivrée? On a le droit de le supposer avec M. Alfredo Galletti ■ et de soupçonner qu'une telle filiation n'échappait pas à Boileau, bien que, nulle part, il n'ait déclaré quel était, à ce propos, son vrai sentiment.

^ Morillot, Scarron, p. 142 et suiv.

^ Galletti, Le teorie drammatiche, p. 11.

Jamais non plus il no nomme Marino. Peut-être pense-t-il à lui en même temps qu'à beaucoup d'autres quand il écrit :

Jadis de uos auteurs les Pointes isnorées Furent de l'Italie en nos vers attirées.

(Art poétique, II, 105.)

En tout cas, le fait seul (pi'il ne lui accorde pas une i^lace à part prouve bien qu'il ne le considère pas comme spécialement redoutable, en raison dune influence toujours vivace. En réalité, le cavalier napolitain dut exercer en Franco un prestige beaucoup moins éclatant et durable qu'on ne l'a bien des fois affirmé \ Autrement Boileau n'eût pas hésiter à ruiner un crédit injuste et dangereux. Il aurait entrepris la lutte avec d'autant l)lus d'ardeur que Marino ne fut pas seulement un maître dans l'art d'aiguiser des concelti. Le dévergondage et la lubricité régnent en souverains dans ses écrits. Or, on connaît la sévérité de Boileau envers

Ces dangereux auteurs Qui, de l'honneur, eu vers, infâmes déserteurs, Trahissant la vertu sur un papier coupable, Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable.

{Art poétique, IV.)

On a déjà vu comment Boileau flétrit le Giocondo, parce ijuo ce conto licencieux « salit la mémoire ». Des préoccupations du même ordre ont contribué plus d'une fois à le détourner de l'Italie.

A cet égard, ce n'est pas la seule littérature qu'il voulait protéger contre l'influence italienne, mais encore les mœurs. Il les croyait en péril alors que Paris continuait à nourrir tant d'aventuriers, partis, de l'autre côté des Alpes, pour accourir dans un pays auquel, depuis un siècle, leur patrie avait donné deux rei-

' Voir H. Hauvette, Le chevalier Marin et la prceiosité.

— /i2 — lies et un proniior iiiinislrc. Peu après la mort de Mazarin, il écrivait à leur intention ces vers cinglants où Damon, sur le point de l'uir « la ville », exhale son amertume :

Et pour dernière horreur, pour comble de misère. Qtii pourrait aujourd'hui, sans un juste mépris, Voir l'Italie en France et Rome dans Paris V Je sens bien mon devoir et ce qu'on doit à Rome Pour avoir dans ses murs élevé ce grand homme, Dont le génie heureux, par un secret ressort Fait mouvoir tout l'Etat encore après sa mort ; Mais enfin je ne puis sans horreur et sans peine Voir le Tibre à grands flots se mCler dans la Seine Et traîner Ti Paris ses mômes, ses farceurs. Sa langue, ses poisons, ses crimes et ses mœurs. Et chacun avec joie en ce temps plein de vice Des crimes d'Italie enrichir sa malice \

C'est aussi à un aventurier venu de la Péninsule que pense Boileau lorsqu'il attribue cette question à un fiancé (satire X, vers 465) :

Savez- vous que l'Epouse avec qui je me lie Compte entre ses parents des Princes d'Italie ?

Seulement il intervertit les rôles. Pour être exact, il aurait dû écrire « l'époux » et faire tenir ce langage à une femme. Le Verrier, confident du poète, commente ainsi ces vers : « On parle icy de Primi qui est entré à la Cour sur le pied d'un Diseur de bonne aventure, et qui a épousé la Fille de Léonard le libraire. La Pille croyoit que Primi estoit un Prince d'Italie. Le beaupère n'en croyait rien, et avoit des preuves du contraire '. »

Contre un autre Italien, le Florentin Jean-Baptiste Lulli, en qui la bassesse des mœurs faisait un contraste saisissant avec le talent musical, Boileau lance un trait cruel (épître IX, 104) :

* \'oir Boileuu, Œuvres, éd. Berriat-Sainl-Prix, t. I, p. 80, ou éd. Gidel, t. I, p. 06. Ces vers font partie d'un groupe de quarante, d'abord insérés par Boileau dans sa satire I et dont il « n'avait conservé que quatre et encore avec q\ielques changements, et qu'il a fini par tous supprimer ».

* Les satires de Boileau commentées par lui-inêmc, p. 110.

Eii vain, par sa griiiiuco uu Bouffon odieux

A table nous fait rire, et divertit nos yeux.

Ses bons mots ont besoin de farine et de plAlic

I*reuez-le tête à tête, ôtez-lui son théâtre.

Ce n'est plus qu'un cœur bas, un coquin ténébreux.

Son visage essuyé n'a plus rien que d'affreux \

Ici c'est à l'homme que s'en prend Boileaii. Il s'attaque an compositeur (satire X, 141) quand il condamne

Ces lieux communs de morale lubrique.

Que Lulli réchauffa des sons de sa Musicjue.

■ Ces vers appartiennent à l'un des passages où Boileau charge contre les opéras. Il en est un adversaire si décidé qu'un de ses griefs les plus sérieux contre les Italiens fut évidement d'avoir créé, puis introduit en France, ce genre dramatique. Il y voit une école de dépravation. Il poursuit de sa haine (satire X)

Ces danses, ces héros il voix luxurieuse

pour qui l'amour est un « Dieu suprême », auquel

Ou doit immoler tout, jusqu'il la Vertu même.

Conduit-on une jeune femme au théâtre, pour l'exposer à de telles embûches?

Je ne te réponds pas, qu'au retotir, moins timide, Digne Ecolière enfin d'Angélique et d'Armide, Elle n'aille à l'instant, pleine de ces doux sons, Avec quelque Médor pratiquer ces leçons.

l)e tels vers remplissaient d'aise le cœur janséniste de M. Arnauld ', et le pieux vieillard, renchérissant sur son ami Despréaux, ajoutait : « Ce qu'il y a de pis, c'est que le poison de ces

' Boîaeana, p. 63. Sans doute l'auteur de ce recueil, Monchesnay. a écrit ses souvenirs à un fise avancé, si bien que sa mémoire ne le sert pas toujours fidèlement. Mais ces vers s'appliquent bien il ce que l'on sait de Lulli. D'autre part, Boileau ne l'aimait pas. A propos du vers 491 de la satire X :

Mais eussé-je comme eux des meuniers pour parents. Le Verrier {Les Sat. de B. commentées par lui-même. p. 120) écrit : « Il en veut toujours au fameux Lulli. »

* Lettre de M. Arnatild, docteur de Sorhonne, à ^f. Perrault au sujet de la dlrième satyre de M. Despréaux. Voir Boileau, Œuvres, 1775, t. I, p. 372.

chansons lascives ne se termine pas au lieu où se jouent ces pièces, mais se répand par toute la France, où une infinité de gens s'appliquent à les apprendre par cœur. »

Quand Quinault, ayant renoncé à écrire des tragédies propres à être déclamées, épancha dans des Ubrelli d'opéra son àme trop tendre, ce fut pour des raisons d'ordre moral que Boileau lui décocha un trait dans la satire X, où il désignait les opéras de Boiand et ô^Armide parmi les plus dangereux pour la jeunesse ',

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