Œuvres, édit. Daunou, t. I, p. Ixxiij
3. Pas même Musset et Nodier, dans leur voyage à Pontchartrain, sujet d'une * odyssée cadencée » publiée dans Y Année des poètes, chez Fischbacher.
4. Œuvres, édit. Saint-Marc, p. 435- Sur le vu des signatures de son père indiquées plus loin, j'ai changé le nom de « Bretouville », donné par Brossétte, en celui de cBertouville ».
et que le nôtre ne connaît plus guère. Ces vers de Malherbe l'assimilent à la dame des anciens chevaliers :
L'on ne peut trop louer trois sortes de personnes : Son saint, sa maîtresse et son roi.
Un roman semble commencer, dont il faut définir les personnages. Pour Boileau, ce qui le touche alors est fort connu. Il était le quinzième enfant, sur seize, d'un greffier de grand-chambre au parlement de Paris ; il n'avait pas beaucoup plus de vingt ans (vingt-deux probablement), et venait à peine de descendre de cette guérite, située au-dessus du toit paternel, où l'on avait logé sa triste enfance. Fils, frère, oncle, cousin, beau-frère de greffier,
il étudiait la procédure chez un autre greffier au Parlement, son beau-frère Jean Dongois ; il se faisait recevoir avocat, sans aller plus loin qu'une première cause.
Son père, soixante ans au travail appliqué,
En mourant lui laissa, pour rouler et pour vivre,
Un revenu léger et son exemple à suivre.
Dans la poudre du greffe un poète naissait. Dès lors, à la richesse, il fallut renoncer (»).
Ainsi la vie s'annonçait pour lui médiocre, incertaine. D'une façon précise, il trouva dans le patrimoine paternel douze mille écus et une petite noblesse, si jamais il y eut noblesse ailleurs que dans un mémoire payé fort cher à un généalogiste mal famé, et dans un arrêt critiqué par les d'Hozier et les Clairambault. Le clerc de Dongois, qui se qualifia plus tard « écuyer, sieur des Préaux ou Despréaux » fun pré situé au bout du jardin familial de Crosnes), se croyait simplement alors « né d'aïeux avocats ». Tel se présente, en sa jeunesse et en sa modestie, échappé de basoche, avocat naïf, poète à peine éveillé, ce Nicolas qui aurait été amoureux et accueilli de M»« Poncher.
Il est assez long de dire la naissance de cette jeune fille, quoique je me sois efforcé de réserver pour un Appendice les problèmes d'érudition.
I, Œuvres, édit. Saint- Marc, Épître V, vers iia, io8 et s., ii6, 119.
§ 2. Origines de A/"* de Bertouville.
Qu'est-ce que les Poncher? Un des généalogistes, combien nombreux, qui ont, dans des vues intéressées, embrouillé leur histoire, — celui-là au xviiP siècle, — nous donne un commencement de réponse, en faisant pressentir aussitôt les difficultés du sujet : « Quelques auteurs mal informez ont dit que cette famille ne tiroit son origine de Tours que depuis environ l'an 1400, et qu'elle étoit finie dès l'an 1580 ». Ce fut, en effet, la commune renommée, à tel point que le Père Anselme s'est strictement enfermé dans ces limites ; on le verra par les lignes essentielles de la généalogie retracée ci-bas. Je le copie en l'abrégeant, et en changeant toutefois le nom de « Poncher » en celui de « Ponchier », exemple donné par la signature de presque tous, comme on le verra. Le tableau que les lecteurs vont avoir sous les yeux est celui d'une famille de grands bourgeois tourangeaux, de cette élite qui s'imposa par sa richesse, par la forte cohésion de ses alliances, se poussa aux plus hauts postes de l'administration et de l'Église, aida à trouver de l'argent pour la guerre où elle ne se mêla point. Elle eut ces armoiries : « d'or au chevron de gueules, chargé en chef d'une tête de Maure de sable bandée d'argent, et accompagné de 3 coquilles de sable, 2 en chef, I en pointe ». Blason passagèrement terni par une flétrissure judiciaire retentissante, tronqué plus tard par la bâtardise, usurpé enfin par l'arrière-petit-fils de marchands parisiens nommés Poncher, tout simplement. Mais lisons la page du Père Anselme (').
I. (T. VI, p. 449). Martin de Ponchier, receveur des tailles dans le Maine.
Etienne,
évêque de Paris,
archevêque de Sens,
Jean I l'aîné, argentier des rois Charles VIII et Louis XII.
Louis,
trésorier
de France,
Jean le jeune, Jeanne.
Jean II,
général des finances,
pendu,
François, Marguerite, François I, Charlotte,
personnage Marie, évêque Anne,
n'ayant Catherine, de Paris, Jeanne,
pas existé. Denise, i5?2. Marie.
Jeanne. |
Etienne, Nicolas II, Jean III, Marguerite, Postérité archevêque président maître femme de bâtarde,
de Tours, des Comptes. des Jacques Hurault, rap- 1509-1553. requêtes. 1582. portée
Anne, religieuse, plus loin.
Il cite d'abord deux Jean de Ponchier, successivement gardes de la Monnaie de Tours, en 1422 et en 1427. La grande fortune de cette famille paraît dater d'un fils du second: Martin, qui traversa nombre de fonctions fort lucratives, et qui était quand il mourut, vers 1484, « receveur des aides et tailles au pays et comté du Maine, auparavant chargé du paiement des officiers de l'hostel du feu roi Loys, et grènetier à Tours ». Trois de ses six enfants veulent être tirés de pair, soit, sans observer pour les deux derniers l'ordre de primogéniture : Etienne, Louis, Jean, dit l'aîné par rapport à un frère dit Jean le jeune, et que j'appellerai Jean I, pour l'opposer à son fils. Etienne, évéque de Paris, archevêque de Sens, chancelier « très homme de bien en son temps », reste une figure historique. Louis, seigneur de Lésigny et d'autres lieux, un des quatre trésoriers de France, se défend de l'oubli par la magnificence de son tombeau, conservé au Louvre ('). Il eut quatre filles (^) et un fils fâcheusement plus notoire : François que j'appellerai François I, conseiller au Parlement en 1510, évéque de Paris en 15 19, héritier de la charge de son oncle, non de ses vertus. Finalement prisonnier d'État à Vincennes, il y mourut en 1532 (^), laissant une postérité bâtarde, qui s'est, par les femmes au moins, perpétuée jusqu'à nos jours. Le troisième des fils de Martin de Ponchier, dans l'ordre adopté plus haut, Jean I, seigneur de Chanfreau et d'autres lieux, argentier de deux rois, épousa une nièce de Semblançay : source de fortune et de malheur. Deux fois marié, il eut cinq filles (4) et Jean II, un unique fils, quoi qu'en dise le Père Anselme, qui faussement, et c'est sa seule erreur, lui accole un frère prénommé François, d'ailleurs sans le moindre détail sur sa carrière, et qui en ferait ainsi le cousin et l'homonyme de François l'évéque, fils de Louis. Jean II, trésorier des guerres, puis général de Languedoc, fut tardivement inculpé de malversations pareilles à celles de son grand oncle Semblançay et, huit ans après, éprouva le même sort que le surintendant (5). Pendu à Montfaucon
I. Voir Auguste Rey, Jacques Bachot et le tombeau des Poncher {Mémoires de la Société ttationaU des Antiquaires de France, t. LXX, 19 n).
a. Charlotte, femme successivement de Nicolas Briçonnet et de Geoffroy delà Croix ; Anne, d'Antoine Bohier ; Jeanne, de Raoul Hurault ; Marie, d'Eustache Luillier.
î. Arch. nat., U, 786, f» 24 v».
4. Marguerite, femme de François de la Mothe ; Marie, de François Crespin du Gast ; Catherine, de Jean de Pomcreu ; Denise, successivement de Je;)» Brosset et d'Adrien de Launay ; Jeanne, de Jean Lombart.
5. Alfred Spont, Semblançay, la bourgeoisie financière au début du xvi» sièclf, Paus, 1895. in-8».
le 24 septembre 1535, il y eut une histoire horrible de cadavre disputé entre les gens de justice et la famille, enfin « mis en pièces et osté de là, tellement qu'on ne sceut ce qu'il devint ». J'ai signalé récemment cette misérable dépouille, dans l'église de Saint-Symphorien, près de Gallardon (').
Le général de Langliedoc laissa, comme il appert du tableau cidessus, trois fils et deux filles: Etienne, conseiller au Grand Conseil, maître des requêtes, évêque de Bayonne, archevêque de Tours, seigneur d'Éclimont, de Tremblay-le-Vicomte et d'autres lieux, le fondateur, en 1546, d'une abbaye de Célestins dans la paroisse de Saint-Symphorien ; Nicolas, président des Comptes, seigneur de Châteaufort et de Jouy-en-Josas ; Jean III, maître des requêtes, seigneur de Chanfreau ; Anne, religieuse ; Marguerite, épouse du conseiller d'Etat Jacques Hurault, seigneur de Vibraye, son cousin, frère aîné du chancelier de Cheverny. Marguerite, qui survécut à ses frères et recueillit leur fortune, la transmit avec ses propres biens à son beau-frère Philippe le chancelier. Celui-ci raconte dans ses mémoires qu'il hérita en particulier de terres qu'on sait avoir appartenu aux Ponchier notamment: Éclimont, Bertaucourt (^), Tremblay[-le- Vicomte], Chanfreau (3). A propos de quoi, il eut de très pénibles démêlés avec son frère Vibraye, son neveu d'Huriel, et « mesme quelques autres petits héritiers de la feue dame » ; difficultés qu'il termina « par plusieurs accords et transactions qu'il en fit et passa
1. La Fin de Jean de Poncher, petit-neveu de Semblançay. (Rapport à la Commission dee Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise, XXIX' volume, 1909).
s. Bertaucourt (aujourd'hui Brétencourt), dont le nom était assez ordinairement joint à celui des Ponchier, semble, en effet, avoir eu une certaine importance comme lieu fortifié. Salisbnry le cite, dans sa lettre du 5 septembre 1438 à la commune de Londres, parmi ceux qu'il avait récemment réduits par ses armes. (Longnon, Revtte des Questions historiques, — les Limites de laFrame... 1875, XVIII, 487).
5. Fief relevant de Loudun, sis en l'ancienne paroisse de Nueil-sur-Dive, confondue actuellement avec la commune de Berrie. L'auteur de VÉpitaphier du vieux Paris a mal lu, sur la pierre recouvrant au couvent des Célestins le cœur de Jean III de Ponchier, seigneur de « Champereau», pour Chanfreau, qu'il a hypothétiquement changé eu « Champeaux »; seconde faute. — Mentionnons quelques propriétés rurales, que Jean II, le concussionnaire, acquit successivement, dans la vallée et la forêt de Montmorency, de 1511 k 1524, et qu'il revendit en bloc à Anne de Montmorency, en 1526. Elles étaient situées en majeure partie sur les terroirs de Soisy, Saint-Prix et Domont. A Soisy : le fief de la Chaumette, qu'il posséda, prit quelque temps le nom de fief de Ponchier (Bibl. nat., Mss, Collection Dupuy, vol. 623, f 84; Arch. nat., ]. 958; Arch. du Musée Condé. B.-A 26 et 27, 114 E"*).
avec eux tous en l'année 1 583 », qui suivit celle de la mort de la testatrice (^).
Là, de l'aveu du généalogiste que nous avons cité au début, et qui se préparait à l'encadrer dans une nouvelle série d'aïeux et de descendants, l'opinion commune bornait l'histoire des Ponchier, quand une curieuse suite lui fut donnée : résultant d'un procès dont le Père Anselme n'a eu nulle connaissance ou nul souci. Deux frères, Daniel et Abraham « de Poncher », habitants de Loudun, — qu'on remarque le changement de nom, et que « Ponchier » ne reparaîtra plus, — se prétendent inscrits indûment, en raison de leur noblesse, au rôle de la taille. Ils gagnent leur cause, le 18 novembre 1606, devant les élus de Loudun, et le 13 mars 16 10, sur appel, devant la Cour des aides. Ils ont exposé leurs arguments dans un mémoire dont on possède le brouillon et la mise au net, utiles à comparer comme nous le ferons surtout dans l'Appendice. L'histoire des Ponchier y est reprise avec de notables erreurs, et surtout celle des deux personnages déshonorés, Jean II et François I, dont on fait deux frères. Je cite : « Le général de Poncher [Jean II] eut une fin malheureuse, sur ce que, aucuns de ses acquits luy ayant esté soubstraits, on luy fit son procez, et il fut condamné et exécuté à mort, à la poursuite du président Gentil, en 1527 [date du supplice de Semblançay, mise au lieu de 1535]». Les biens du concussionnaire, sauf Limours, furent laissés à ses enfants. François de Poncher, « conseiller au Parlement en 15 10, évéque de Paris en 15 19, avant que de se faire d'Église — ou depuis », dit le juriste conseil dans le brouillon de son mémoire, restriction supprimée dans la copie, se maria avec Jeanne du Haultbois, « fille » dans le brouillon, « sœur ou cousine » dans la copie, de Jean du Haultbois, évêque de Tournai et président de la Cour des aides. De cette union naquirent deux enfants morts jeunes et un troisième, François II.
Ce dernier, penchant vers la religion réformée d'une façon qui l'exposait à un péril de mort, passa à Genève, où il se fit ministre ; plus tard à Neuchâtel, où il tint une école, dissimulant son identité sous l'anagramme de son nom : « Cherpont » ('). A une certaine
1. Mémoires de Cheverny, édit. Michaud et Poujoulat, i" série, X, 480. Marguerite mourut, en effet, « le 28 novembre dudit an [1582] », et non pas 1580, comme l'ont écrit par erreur le Père Anselme et ceux qui l'ont copié.
2. Une généalogie, existante en original aux Archives de la Vienne, (série £, 3, liasse 939), et dont le Cabinet des titres possède une copie {Pièces orig., vol. 3326, p. 205, 3o6), donne ici la date de 1640. M. le pasteur Jacques Pannier, à l'érudition et à l'amitié
époque, il put rentrer en France, et il épousa successivement, sans souci de mésalliance, Catherine Bruslé, de Paris, et Marguerite Chevalier, d'Orléans. Il eut de la première Jean et Daniel, et de la seconde Abraham, trois fils, dont deux, Daniel et Abraham, ont été nommés plus haut, à propos du procès de Loudun, où Jean resta étranger. François II habita Montargis, puis Mer près deBlois, Loudun, Tours. Une recrudescence des troubles religieux, la Saint-Barthélémy finalement (^), l'obligèrent à repasser la frontière, victime avant cela de pillages où il perdit tous ses papiers. Il serait mort en 1596. Ses enfants, convertis, réintégrèrent de nouveau le sol de la patrie, mais ne purent rien recouvrer du patrimoine paternel, ni de l'opulente succession de Marguerite de Vibraye, accaparée par la famille de son mari. Les revendications exercées sur ce dernier point par d'autres collatéraux, les Crespin du Gast et les de Launay ("), se brisèrent, contre le grand crédit du chancelier de Cheverny. Il y eut cependant, on l'a vu, « plusieurs accords et transactions ». Les enfants de François II auraient été paralysés surtout par cette circonstance que, ayant eu besoin d'emprunter des titres aux Hurault pour prouver leur noblesse, ils ne les obtinrent que sous la condition de n'en tirer aucun argument en faveur d'une revendication d'hérédité.
J'annonce que nous sommes presqu'au but. Des trois fils de François II, l'un, Jean, donné sans indication de carrière, épousa une la Pommeraye de Bretagne ; un autre, Daniel, sieur de La Salle, officier, Renée du Houssot ; le troisième, Abraham, sieur de Lomény, interprète du roi en langue germanique, Marie le Grand, fille de Jacques le Grand, général des Monnaies de Paris, et de Denise de Gaumont(3), et de ce mariage, une mésalliance encore, il eut deux
duquel je dois plusieurs citations du Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français et de la correspondance de Calvin, me signale, entre autres, dans Joannis Calvini opéra... (vol. XVII) ; « Franc, de Cherpont Parisiensis, qui 1/57 ludimagister Neocomensis creatus est yy.
I. La date de 1572 est expressément indiquée dans la généalogie de Poitiers précitée. Une citation du Bulletin du Protestantisme est exacte : «■ Trois anciens collègues de Chandieu à l'église de Paris n'arrivèrent à Genève qu'à d'assez grands intervalles [après la Saint-Barthélémy] -.Cherpont, le 9 octobre 1572... (vol. XXXVII, p. 598) ». Le passage suivant indique une résidence antérieure de François II, non signalée dans le mémoire de ses fils : « Avant la Saint-Barthélémy, Paris compta au nombre de ses pasteurs, François de Cherpont... {loc. cit., p. 134) ». Enfin, résidence postérieure : « Cherpont, pasteur à la Gravelle, en 1583 (vol. VII, p. 330) ».
3. Descendants de Marie et de Catherine, deux demi-sœurs de Jean II nommées plus haut.
3. Bibl. nat., Mss. Cabinet d'Hoiier, vol. 274, dossier 7408, fol. 2 et 3 ; Pièces originales, vol. 1682, p. 13 et 14 ; vol. 1298, p. 17, 19, 30 et 31. Denise de Gaumont est veuve en 1606, et vit encore en 1622 .
fils et deux filles : Laurent-François, Rodolphe, Denise et Marie ('), Rodolphe était, en 1654, truchement des gardes suisses ; il revendiqua, en 1672, une chapelle fondée par Louis de Ponchier à Saint- Germain-l'Auxerrois ('). Laurent-François, lieutenant aux gardes françaises, signait, en 1645, des quittances d'appointements : « de Poncher Bertouville » (^). Bertouville, dont le nom a beaucoup varié (ci-bas Brethonvrlle), était une petite métairie, fief relevant du seigneur de Bertaucourt, qui fut longtemps Jean II de Poncher (4). Bertouville, — pour suivre la forme adoptée parle seigneur au temps de Boileau, — entra, sans doute, dans un de ces accords que le chancelier de Cheverny dit avoir été conclus avec des « petits héritiers» de sa belle-sœur. Laurent-François, marié à Jeanne Violart, eut d'elle un fils Claude et une fille Marie : Marie de Poncher Bertouville, l'héroïne de ce récit, que nous atteignons enfin, après une si longue recherche (5).
C'était une Poncher issue, non de la branche luxuriante des financiers, mais d'un rameau bâtard, dépéri en terre étrangère et qui en