Œuvres, édit. Saint-Marc, t. II, p
4. Voici les noms des douze chanoines, en 1672, dans l'ordre des chanoinies : Danse, du Tronchay, Gobert, Barjot, Aubery, de Broglio, Dongois, Barrin, — qui était en même temps chantre, — Le Cyrier de Neufchelles, Olivier, le Fèvre de l'Aubrière, du Fos. On sait que Danse, Aubery, Tardieu de Gaillerbois, prédécesseur de Broglio, le Fèvre et Barrin figurent àms le Lutrin. Danse, Aubery et Le Fèvre, sous les noms de Evrard, Allain et Fabri, sont très nettement ridiculisés.
la Sainte-Chapelle était à ce point ouvert et familier à l'auteur du Lutrin, qu'il dut se défendre d'y avoir choisi ses modèles.
Concluons donc que l'invraisemblable serait qu'il n'eût pas connu Violart. Sûrement, il fréquenta sa maison, qui était celle de la cinquième chanoinie, — toutes ces demeures canoniales se touchaient ; — il y vit sa nièce, distingua cette agréable compagne de ses dernières années ; voilà, sans forcer les choses, nos jeunes gens réunis. Tout n'est pas dit cependant ; le chemin leur reste à faire de la cour du Palais à Saint-Prix. Là est le rendez-vous signalé dès le début, et où il faut les conduire, parce que, là seulement, l'historien du village a le droit de s'emparer d'eux.
Le passage ou, si l'on veut, la transition est inattendue et fort simple ; Boileau, qui s'y connaissait, l'eût appréciée. Claude Violart n'était pas seulement chanoine et prieur de Saint-Paterne, comme on l'a dit jusqu'ici, mais en même temps prieur de Saint-Prix, — de notre Saint-Prix. — Le bonhomme cumulait ; le cas n'était pas rare. Gilles Dongois nous l'apprend, dans ses Mémoires pour servir à Vhistoire de la Sainte-Chapelle du palais royal de Paris (^). Il donne, à propos de chacune des douze chanoinies, — numérotées comme des fauteuils à l'Académie française, — la liste de ceux qui les ont occupées, avec quelques traits de leur carrière. Voici dans son entier la notice consacrée à Violart: « Claude Violart, natif de Reims, fut reçu le 31 décembre 1644, au lieu d'Antoine Loisel, auquel il donna l'abbaye d'Épernay au diocèse de Reims, pour cette chanoinie. Il avait été archidiacre de Reims, et posséda sa chanoinie, avec les prieurés de Saint-Prix, proche Paris, de Saint-Paterne, faubourg de Pont- Sainte-Maxence, jusques à sa mort, arrivée au mois de février 1662, par une apoplexie qui le prit ; il est enterré à la basse chapelle. » Ajoutons qu'il succéda, dans le prieuré de Saint-Prix, à Antoine de Montholon et à Pierre Doizet, chanoines comme lui de l'église de Reims. Ce fut une série de trois prêtres de la même origine, interrompue après Violart (").
I . Recueillis par M. Gilles Dongois, chanoine de la même église, prêtre licencié en théologie, conseiller en la chambre souveraine du clergé et en celle du diocèse de Paris. — Revus et mis en ordre, afresson décès. — Archives nationales, LL 630, 651, 632. Ces trois volumes sont trois copies des mêmes mémoires, avec certaines différences qu'il n'y pas lieu de signaler ici.
3. Archives départementales de Seine-et-Oise. On peut consulter aussi, à la Bibliothèque de Poatoise, un Extrait de l'histoire manuscrite de l'abbaye de Saint-Martin par dom Racine, religieux de la congrégation de Saint-Maur, mort à Saint-Denis en France, en IS77- La publication de cet ouvrage est due à Pihan de la Forest. — Violart et Barrin assistèrent, comme
La suite de notre histoire est aisée à comprendre ; le prieur, à de certaines époques, allait à Saint-Prix toucher le fermage de la dîme, cueillir les fruits de son jardin, disputer avec le curé, Messire Robert Cuvernon, docteur de Sorbonne, comme fut Jacques Boileau. Il y avait une vieille querelle, incessamment reprise entre prieurs et curés : ceux-là voulant réduire ceux-ci au rang de vicaires perpétuels, pour jouir, à titre de curés primitifs, de tous les droits honorifiques et utiles. Doizet, Montholon et, avant eux, un prieur avocat au Parlement, Guillaume Dompoint avaient plaidé là-dessus. Maint prieuré a son histoire écrite par des procureurs (').
Le voyage de Saint-Prix était de quatre grandes lieues, et le vieux prêtre réclamait l'assistance de Marie Poncher ; mais
La solitude ^raie une âme de vingt ans.
Pour y faire diversion, un jour, on invita Despréaux.
Lui, bouillant comme on est à son âge, ne s'attarda point à user « des carrioles et charrettes couvertes » dont l'établissement fut concédé par privilège, vers ce temps, « pour personnes, bardes, paquets et marchandises », de Paris à Notre -Dame-des-Vertus, Saint- Denis et Saint-Prix, trois lieux de pèlerinage. Il accourut de toute la vitesse des jambes de Rocinante.
§ 4. Boileau prieur, — A/"« de Bertouville religieuse.
A Saint-Prix, le voyageur pouvait hésiter au premier abord, car il y avait deux prieurés : l'un en face de l'église, l'autre à côté. Un paysan consulté eût dit bonnement : « C'est ici le prieuré blanc ; là le prieuré noir ». Suivant l'usage populaire, on les désignait par la couleur de la robe des moines coUateurs de ces bénéfices. Le premier, appelé prieuré du Bois-Saint-Père, et dont le siège primitif était dans la solitude du vallon de Sainte-Radegonde, dépendait de Saint- Victorde-Paris. L'autre, le prieuré de Saint-Prix proprement dit, membre de Saint-Martin-de-Pontoise, était celui où Despréaux avait affaire.
députés de la Sainte -Chapelle, à l'assemblée de la Ville du 4 juillet 165a, jour du massacre et de l'incendie que l'on sait [Registres de l'Hôtel-de-Ville, II, 448).
I. Voira la Biblothèque nationale : Factum pour M' Robert Cuvernon, curé de Saint-Prix, contre M* Claude Violart, prieur de Saint-Prix. [S. 1. n. d.) in-4». — Collection Thoisy, aS) , (0 392.
S'il avait frappé par mégarde à la porte du prieuré blanc ; il eût été surpris, sans doute, d'y trouver un religieux appelé Sevin, de la famille du docte Sevin, sous lequel lui, ses frères et ses neveux Dongois avaient fait leur troisième au collège de Beauvais, et qui, reconnaissant ses dispositions, l'avait encouragé à suivre la carrière poétique (*). J'ai été trompé par la fausse lueur de ce rapprochement, jusqu'au jour où la rencontre de Claude Violart m'a mis enfin sur le chemin de l'autre prieuré.
Le prieuré noir nous est fort connu. Des déclarations de 1551, de 1730, et de 1746 en ont donné les traits sommaires (') ; puis, la Révolution l'ayant adjugé en bloc à un spéculateur jacobin, le cadastre de 1832 l'a trouvé intact, et tel on l'a vu jusqu'en 1840, où il fut morcelé et vendu (^). La contenance, d'un hectare environ, avait à peine varié en trois siècles ; les bâtiments étaient pareillement situés, s'appuyant d'un côté à la terrasse Au cimetière, de l'autre au mur de l'église. Une baie intérieure s'ouvrait, dans ce mur commun, sur un bas côté, et permettait de voir de là, comme d'une tribune, l'affluence des pèlerins et la célébration des offices. Lebeuf remarquait avec raison que le prieuré et l'église paroissiale ne formaient alors « qu'un seul et même édifice » (4).
La grande porte de la cour est restée debout jusqu'en 1896, à vrai dire ruinée, tenant à peine : c'était celle du jardin presbytéral, avant la loi de séparation et la confiscation qui s'en est suivie. Au-delà des bâtiments, s'ouvrait le jardin, « à l'endroit où le village forme une espèce d'amphithéâtre qui est aperçu de Paris ». L'enclos avait pour limites : au levant le jardin et le bois dit de l'École ; au couchant et au nord, il était bordé, sauf l'enclave de l'église et du cimetière, par le chemin de la Croix-Jacques et celui qui passe sous la Solitude ; au sud, il descendait jusqu'à la grande rue, comprenant même, selon les prieurs, la fontaine aujourd'hui communale, miraculeuse dans le temps du pèlerinage. Des terrasses successives s'étageaient sur la pente, « partagée en un fruitier et un potager », avec « une étoile plantée de charmille ».
Tel est le cadre des promenades du poète et de son amie : au
i. Œuvres, édit. Berriat-Saint-Prix. t. I, p. xxvij. — Édition Saint-Marc, 1. 1, p. xxxiv. a. Archives de Seine-et-Oise, fonds de Saint-Martin-de-Pontoise, carton 46, V* et y liasse.
3. Après la mort de Jean-Abraham Lebreton, « coloriste », dont le père le tenait d'un acquéreur de biens nationaux.