I. Épître VI, vers aj, 59 et suiv
Celui de Saint-Prix n'en produisait que cinq cent cinquante ('). La fine conseillère visa le premier ; mais supposez au contraire Saint- Paterne le moins riche : Boileau eût été prieur de Saint-Prix. Notre église a manqué cet honneur,* comme une jeune fille un beau mariage, faute d'argent. Elle eut à la place Antoine Colombel, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois.
Pourquoi Boileau n'aurail-il pas cumulé, comme son prédécesseur ? Si l'on se fût avisé de poser cette question à lui même, il y a fort à parier qu'on se serait attiré quelque boutade dans le genre de celle qu'il lança à certain amateur de prébendes, et que Brossette lui rappelait en ces termes : « Vous dites, un jour, à cet abbé — possesseur d'une abbaye et de plusieurs prieurés : — « Qu'est devenu ce temps « de candeur et d'innocence, Monsieur l'abbé, où vous trouviez la « multiplicité des bénéfices si dangereuse ? — Ah ! Monsieur, vous « répondit-il, si vous saviez que cela est bon pour vivre ! — Je ne « doute pas, lui répliquâtes-vous, que cela soit bon pour vivre ; « mais pour mourir, monsieur l'abbé, pour mourir ! » Je voudrais bien, continue Brossette, savoir la vérité de ce fait, le nom de cet abbé... » Boileau, qui, d'ordinaire, ne refusait pas de s'expliquer avec son commentateur sur les moindres vétilles, ne répondit pas cette fois à sa question. Il se tut, on peut croire, pour ne pas toucher du même trait la mémoire d'un ami: l'ancien abbé d'Épernay, prieur de Saint-Paterne et de Saint-Prix (*).
Certes, on doit avoir toute confiance en Brossette, car l'épreuve est faite de sa véracité ; cela n'empêche pas qu'il ne faille prendre pied autant qu'on le peut sur le terrain de l'histoire. Essayons donc de retrouver la trace authentique de Boileau prieur de Saint-Paterne. On désignait sous ce vocable un prieuré dépendant de l'abbaye de Saint- Symphorien de Beauvais et situé à Pontpoint (3) : Pontpoint, village du Valois, classé administrativement aujourd'hui dans le canton de Pont-Sainte-Maxence (Oise), et formé de cinq hameaux, dont l'un s'appelle Saint-Paterne. Cependant la ferme qui groupait le domaine rural, d'une consistance de. sept hectares environ, portait le nom de
1. Mémoires des infendants sur l'état des généralités... t. I", Mémoire sur la généralité de Paris, publié par A. M. de Boislisle, p. 32. — I.ebeuf, t. III, p. 425. trouve même cette appréciation exagérée.
2. Auguste Laverdet, Correspondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, 1858 p. 36.
3. Une abbaye dont le célèbre abbé de Rancé eut la commende vers le même temps;il la résigna en faveur de son précepteur Jean Faviers, l'année qui précéda l'investiture de Boileau {Gallia christiana, t. IX, col. 812).
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Saint- Symphorien, comme l'abbaye. Elle existe encore sous le vocable d'autrefois. Aucun titre du xvii« siècle concernant ce prieuré ne subsiste malheureusement aux archives de Beauvais (') ; mais le pouillé du diocèse a ceci de fort curieux : « Procédures de M. Thomas Goguet, receveur des décimes du diocèse de Beauvais, tendant à ce qu'il lui soit permis de saisir les revenus du prieuré de Saint- Paterne sur M® Nicolas Boileau, nouveau prieur, pour arrérages dus par M« Claude Violart, son prédécesseur, [procédures] du 22 décembre [1662] (') ; à laquelle saisie ledit Boileau s'oppose, prétendant que ledit receveur n'a fait ses diligences pour se faire payer ci devant, à laquelle (sic) il est tenu par l'ordonnance d'Henri IV du 20 mars 1599, art. 16, qui porte que le receveur ne pourra faire aucune demande au nouveau successeur qu'en faisant apparoir de diligence. » Donc ce point d'histoire est aujourd'hui éclairci et documenté : Boileau était prieur, jeune prieur de Saint-Paterne, en décembre 1662, l'année finissant de la mort de Claude Violart. Il avait vingtsix ans ; Mlle Poncher, vingt-deux environ, d'après l'âge de son frère Claude.
On avait vu, avant, un avocat au parlement, Guillaume Dompoint, prieur de Saint-Prix. Des laïques possédaient ainsi parfois des bénéfices ; mais on en pouvait avoir des scrupules, et il en vint à Boileau, après un assez long temps. Son biographe conte le fait ainsi : « Il en jouit [du prieuré] pendant huit ans, sans prendre l'habit ecclésiastique, et sans trop se mettre en peine de faire un bon usage du revenu. M. le premier président de Lamoignon, s'entretenant un jour avec M. Despréaux, lui fit comprendre qu'en se conduisant de la sorte, il ne pouvait pas garder ce bénéfice en sûreté de conscience. M. Despréaux le reconnut: il fit sa démission entre les mains de l'évêque de Beauvais. Il fit plus : il supputa ce qu'il en avait retiré depuis le temps qu'il en jouissait et cette somme, qui montait à six mille livres, fut employée à faire la dot de M"" de Bertouville... Cette aimable et vertueuse fille se fit religieuse dans un couvent du faubourg Saint-Germain ». Singulier jeu de la destinée que cette alternance de la vie cléricale des deux amis. Boileau, à la vérité, n'en fut pas gêné, même pour médire; mais Marie Poncher s'y cacha profondément, et le voile l'a, depuis 1670 jusqu'ici, dérobée à la