‹ BologneChapitre 12 sur 20 · L. Costj ; Madone trônant. S. Giovanni in Monte · texte numérisé non relu

L. Costj ; Madone trônant. S. Giovanni in Monte

veaux architectes de construire des édifices élégants comme en Toscane ; les rares relations avec Florence, centre et cœur du nouveau mouvement; par-dessus tout, spécialement en peinture, l'absence, presque absolue jusqu'alors, surtout avant Francia, de ciuelc^ues-uns de ces génies qui abondaient en Toscane, esprits ouverts à toutes les innovations, toujours disposés à comprendre les mérites de l'art renouvelé et à en faire profiter leurs concitoj'ens.

Et ]5rcsque à la fin du xv' siècle, alors que cet art triomphait partout, fort de beauté, d'inspiration, de fraîcheur, cherchant dans Tambiance des motifs pour ses propres manifestations, les maîtres Bolonais, et en particulier les peintres, résistant au nouveau courant esthétique, préférèrent rééditer les vieux motifs traditionnels. Les fêtes, le luxe des représentations et des vêtements, dont la ville, gouvernée par une Seigneurie éminemment gibeline, malgré son apparente soumission à rÉglise, était le théâtre animé, ne rencontrèrent pas, ici, de génies comme Pisanello, Masolino da l'anicale. lienozzo Gozzoli, Jacopo et Gentile Bellini, Carpaccio, pour s'en faire les interprètes sans pareils. La saine existence champêtre dont la simple représentation est une caractéristique de l'époque, et qui inspira des peintres toscans ou fut célébrée par des poètes tels que Battista Mantovano. Laurent le Magnifique, Pulci, Politien, ne trouva, dans cette région éminemment agricole, ni artiste, ni écrivain, pour en vanter et en perpétuer les douceurs. Seules les représentations des mystères religieux, qui se donnaient alors partout, sur les places et dans les monastères, ou les cérémonies des Triomphes qui présentèrent, à l'origine, un caractère exclusivement pieux, poussèrent parfois (iueli|ues artistes à en faire l'objet de leurs compositions.

Lorsqu'on 1463. Giovanni II Bentivoglio fut élevé à la dignité de chef de la Seigneurie, il voulut, émule des Podestats italiens, se montrer leur égal en magnificence et en luxe. Architectes, savants et sculpteurs accoururent alors de toutes parts, et l'on vit s'élever les admirables édifices de Pagno da Fiesole ou éclore les merveilleuses sculptures de Xicolo da Puglia. Les peintres ne furent pas les derniers à venir à la cour des Bentivogli. Parmi eux, il faut citer Zanobi di Migliore, maître florentin dont le fils et le neveu, Bartolomeo et Zanobi junit)r. travaillèrent plus tard à Bologne. Or c'est surtout de l-'errare que les artistes se rendirent dans cette ville.

Le premier Lcrrarais qui vint y chercher fortune fut Franccsco Cossa (1438-1480;.

Cossa ne laissa pas d'œuvres nombreuses à Bologne. .Maiscellesqu on voit de lui témoignent d'une maîtrise singulière et d'une puissance réelle ; comme la peinture à la détrempe 'Pinacothèque), qui représente La Vierge entre saiiit Pétrone et saint Jean rEvangélisie (1474) I-e» visages sont un peu vulgaires, le coloris un peu accentué, mais dans sa vigoureuse réalité, le travail est des plus remarquables.

Peu iivant la mort de Cossa, un autre peintre de Ferrare, était venu habiter liologne où il demeura six ans. Il s'appelait Ercole De Roberti

PEINTURE IIS

(1450-1496). Il n'émane pas seulement de Tura et de Cossa, mais il procède aussi non moins directement de Mantegna et de Giovanni Bellini. Artiste lumineux, coloriste habile, il coopéra à la fondation de l'école Ferraro-Bolonaise. et, de 1480 à i486, exécuta, dans la cathédrale de Bologne, des fresques ornant la chapelle Garganelli. Ces fresques,

Fiancia : Adoration Je rEnfaïU. Pinacothèque.

détruites actuellement, ont clé admirablement décrites par Vasari et la légende prétend qu'elles auraient fait l'objet des éloges de Michel-Ange. Il avait, pendant son passage à Bologne, peint aussi l'admirable petite predclla de S. Giovanni in Monte, aujourd'hui au Musée de Dresde. Un maître intéressant, qui dut beaucoup à Roberti et passa de longues années à l'.ologne où il laissa des ouivres renommées, de la tin du XV" siècle au iircmicr tiers du x\T. est Lorenzo Costa (1460-1535 , tormé

ii6 BOLOGNE

à Ferrare sous Tinfluence de Piero délia Francesca, Tura, Stefano di Ferrara avec qui il avait peut-être travaillé aux peintures du palais de Schifanoia décrivant, en allégories, les faits et gestes des Este, et donnant ainsi à l'art un mérite d'actualité, d'après l'exemple, si heureusement tenté déjà, par Mantegna, au château de .^la^toue.

Les meilleurs travaux de Lorenzo Costa sont dans les églises de Bologne. La Pinacothèque en contient aussi.

Le tableau représentant : la Vierge et les Saints, à l'église Saint- Petrone, est particulièrement digne d'intérêt à cause du large faisceau lumineux qui éclaire la scène, tout en y ménageant de curieux clairs obscurs. On voit aussi à Saint-Petrone une Annonciation qui n'est pas sans mérite, mais fort inférieure à l'œuvre précédente.

Parmi les grandes peintures à la détrempe, dans la magnifique chapelle que Giovanni II Bentivoglio fit construire à Saint-Jacques Majeur, passons rapidement devant les deux Triomphes allégoriques, composés d'après les modèles de Schifanoia, pour nous arrêter devant la Madone avec les portraits de la famille Bentivoglio en pied. Cette œuvre remonte à 1488. La Vierge avec son Fils sont assis, au-dessous d'une tribune, sur un trône que surmontent des arabesques et de légères décorations. Aux pieds de la 31adone. de chaque côté du trône, Jean II et sa femme se tiennent agenouillés. Près d'eux sont placés, à droite leurs filles, à gauche, leurs fils, tous debout et revêtus des costumes de 1 époque. Il faut, quand on regarde cette peinture, l'envisager comme un véritable document historique si l'on veut en comprendre la juste importance. Nous avons donné, au chapitre de l'histoire, les noms de tous les personnages.

Dans le tableau représentant le Couronnement de Marie, à S. Giovanni in .^ln^te 1497,. les six saints sont harmonieusement groupés, à la manière de l'école de Ferrare, tandis que dans le tableau de la Madone trônant (même église\ Costa détache avec beaucoup de bonheur, dans le fond, la silhouette de la Vierge sur un voile à dessins. Un paysage montagneux, avec trois personnages cheminant au premier plan, occupe tout l'espace laissé par la voûte où repose le trône de la Vierge. Deux chérubins, au-dessous de Marie, tiennent dans les mains des violoncelles; leurs fins visages, leur expressive douceur, rappellent les anges agenouillés par Bellini aux pieds de ses Madones, impression qui se dégage aussi de l'Entretien divin qu'on voit à .Saint-Petrone (7" chapelle).

]-'iafluence ombrienne apparaît dan^ ÏAssoiiiptio)i de la Vierge, à

PEINTURE

l'église Saint-Martin, ainsi que dans le Mariage de la Madone où saint Joseph est représenté en adolescent timide et effacé. Les types de ces deux tableaux offrent une certaine douceur expressive. Les teintes mates du fond y remplacent le coloris heurté habituel à Costa.

JMentionnons aussi, parmi bien d'autres oeuvres réunies à la Pinacothèque, une 17(Vi,i(' riifri- saint Sebastien et saint Jaeqnes, datée

Francia : Madone sur son trône. Chapelle Bentivoglio.

de 1497, et cette JMadone peinte à la détrempe avec sainte ïhècle et saint Pétrone, qui rappelle la \'ieri;e an trône de S. Giovanni in Monte.

On trouve de Costa, dans l'église de la Miséricorde, un Christ ressuscité cjui n'est pas inférieur à ses autres œuvres.

Costa partagea avec ses collègues Francia, Cesare Tamarocci, G. M. Chiodarolo, Amico Aspertini, la tâche de représenter, sur les murs du petit oratoire de Sainte-Cécile, la légende de cette bienheureuse et celle de son fiancé, l'empereur Valérien.

Ses deux fresques figurent la conversion de Valéricn par saint Urbin et la bienfaisance de sainte Cécile.

Ainsi, grâce à l'activité de Costa, se fonda et grandit, au xv" siècle, la nouvelle école de peinture Bolonaise, ou plutôt Ferraro-Bolonaise. C'est une erreur autant qu'une injustice de vouloir rattacher le renouveau dart. inauguré par les artistes en question, uniquement à l'école de l'artiste suivant, Francesco Raibolini 14501517 . surnommé Francia.

F'rancia descend en ligne directe des peintres de l'école de Ferrare chez lesquels s'étaient réunis les apports de ceux de Padoue et de Vérone : Squarcione, iMantegna, Pisanello, et de l'école ombrienne représentée par Piero délia F'rancesca. Il mit aussi à profit les exemples que lui offrirent les maîtres, attirés à Bologne par la munificence de Bcntivoglio : Cossa et Costa.

Maisà cet enseignement dune technique inédite, s'ajouta, tout à coup, une de ces fortes impressions qui laissent des traces pour toute la vie.

L'arrivée à Bologne du tableau de P. Pérugin, qui fut placé à S. Giovanni in 3î.onte et se voit maintenant à la Pinacothèque, fut un événement considérable pour Francia. Cette œuvre charmante figure la Vierge, l'Enfant, saint Michel, lévangéliste Jean, saintes Catherine et Apollonie. On peut vraisemblablement faire coïncider la date de cette arriv^ée avec celle où Raibolini commença la peinture. Et, de fait, 1 art de Francia semble un heureux mélange de la grâce ombrienne et de la vigueur ferraraise.

Il est impossible de procéder à un examen minutieux de toutes les œuvres de Francia. De chacune d'elles la note dominante est la sérénité. Cette impression se dégage même du tableau représentant le Christ mort avec deux anges, dans la Pinacothèque. L'artiste a exclu intentionnellement de cette toile tous les signes horribles tle la mort. La douceur du visage est pure : elle respire le jiardon des souffrances infligées.

Francia eut à un degré rare le sentiment des scènes pieuses. L'Adoration de rEnfant en est un des plus exquis exemples.

Toutefois on envisagerait insuffisamment le talent de cet artiste si l'on négligeait le culte qu'il rendit à la beauté féminine, mais seulement dans ce qu'elle a de plus sain au phvsique, et de plus naïvement candide au moral. C'est ainsi que Raphaël, bon juge en la matière, écrivait à Francia qu'il n'avait jamais vu de Vierges aussi belles, pieuses et bien faites que les siennes. La Madone trônant avec six saints et un auge jouant du luth (Pinacothèque), œuvre composée vers 1490; la Madone

trôiiaiit avec quatre saints et datée de 1499 (Pinacothèque), la Madone sur son trône (1499I, tableau d'autel de la chapelle Bentivoglio, à Saint-Jacques-le-Majeur ; rt'/Zc encore de l'église Saint-.Martin, .sont caractéristiques à cet égard.

Francia peignit deux fresques dans la chapelle Sainle-Cécile : le

Francia ; Marijge de saiiitL- Cccilc. .Saiiue-COcilc

Mariage de Wilérieii et de Cécile et la Mort de la Sainte, oii il se révèle comme un artiste de valeur ayant connu l'art des grands maîtres florentins dans leurs fresques du Quattrocento.

Raibolini eut comme orfèvre un très beau talent. Pour s'en convaincre, il n'est que de considérer les deux Paix de la Pinacothèque, pièces en argent niellé, d'un travail exquis : les seules vestiges de tant et de si nobles travaux de ce genre. Xommé Directeur de la Monnaie par Giovanni II

Bentivoglio. Francia se vit maintenu par le pape Jule> II dans cet emploi qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Parmi les nombreux élèves qui tirèrent du maître une manière spéciale, parce qu'en dehors du style de Raphaël, citons : les Aspertini, Guido (1492 ?j et Amico (1474-1352'. ce dernier très influencé, à la fin de sa vie. par JMichel-Ange ; Ci. Boateri; Timoteo Viti (1467-1523, : C. Tamarocci; (i. y\. Chiodarolo, représenté à la Pinacothèque et dans plusieurs églises par des œuvres intéressantes: Giacomo Francia (1496-1537) qui imite son père à s'y méprendre parfois.

LES RAPHAELLISTES

En 1516. un an axant la mort de Francia. il se produisit à Bologne un événement artistique qui influença fortement les destinées de la peinture locale. Nous voulons parler du fameux tableau de Sciiiitc-Cccilc, par Raphaël.

Au mois d'octobre de Tannée 15 13. une noble lîolonaise. Elena Duglioli, surnommée del ou dal Ogiio. et plus tard béatifiée, avait formé le projet de consacrer une chapelle à sainte Cécile, dans l'église S. Giovanni in Monte. Elle s'adressa, dans cette intention, à Antonio Pucci, florentin, son parent et son protecteur. Pucci se chargea d'ériger à ses frais la chapelle, et son oncle. Lorenzo Pucci. qui venait d'être nommé cardinal de Santi-Ouattro. à Rome, pria Raphai^l de ])eindre le tableau d'autel pour cette chapelle.

Santi se surpassa dans cette toile qui orne aujourd'hui la Pinacothèque Bolonaise. Jamais peut-être il ne fut mieux insjjiré. On a dit avec raison, que toutes les nobles figures de son tableau. Cécile. Paul. Jean, JMarie-Madeleine et Augustin, portaient l'empreinte céleste.

Aucuns artistes de Bologne n'avaient \u encore pareille élégance de style, unie à une si parfaite exécution de dessin. Ils comprirent qu'une voie, inconnue jusqu'alors, s'offrait à eux.

C'est ainsi qu'après Francia. la peinture, à Bologne, n'est guère qu'une imitation de Raphaël. Nulle part en Italie le grand artiste ne fut l'objet d'un culte analogue, ni aimé avec plus d'adoration.

Parmi le> Raijhaellistes, deux peintres occupent une place à part : Innocenzo da Imola (1494- 1550 et Bartolomeo Ramenghi (Bagnacavallo, 1484-1551). Ils furent dans leur jeunesse, élèves de Francia. Bagnacavallo

PEINTURE

se fit ensuite à Rome le compagnon de Raphaël. Innocenzo, lui, devint Raphaëlliste, pour avoir vu et copié avec amour la Saiiitc-Famille, joyau actuel du Musée de Naples, et qui appartenait alors à Lionello da Carpi. Tousdeux reproduisent, à l'envi, les motifs de Raphaël. La Saiiitc- Fûin/llc d'Imola, qu'on voit à la Pinacothèque, est presque la réplique de celle de Santi, à Naples. Le Sû/ii/-M/iJu-I (Pinacothèque), placé jadis à S. 31ichele in Bosco, ra^Dpelle, à s'v méprendre, le tableau de Raphaël qui appartint à François 1"' et qui est maintenant au Louvre.

Le groupe de la 3ladone, de l'Enfant, et divers personnages (Pinacothèque), s'inspire de la Vierge de Foligno. Et, de même, quand Bagnacavallo eut à peindre une Transfiguration, il ne la conçut pas différemment de la toile célèbre du Vatican.

Innocent fut jjourtant lui-même, le jour où il peignit, au-dessus de la porte du chœur nocturne de S. Michèle in Bosco,

cette fresque de la Rcsiirrcciioii. découverte, il )• a quelques années, sous l'enduit qui la dissimulait. Dans cette œuvre, l'artiste est encore fidèle aux peintres l""errarais de l'époque. 11 s'efforce d'en traduire le style. Les autres fresques placées dans le même endroit et représentant : la Fuite, V Assomption, V Annonciation, diffèrent étrangement de la Rcsurrrclion, tant par le rigorisme, outré au point d'en être froid, du dessin, •([ue par l'éloignement des règles les plus élémentaires du réalisme.

Raphaël ; Sainte Cécile. Piiiacothcque.

i.es fresques de liagnacavallo n'ont pas eu de chance : détruites celles qui ornaient le réfectoire de Saint-Sauveur; détruites celles de la chapelle de la Paix. Quant aux fresques de la chapelle Ramazotti, à S. JMichele in Bosco, elles ont été détériorées par de maladroites restaurations. Dans une autre fresque de la sacristie, toujours à S. .Michèle in Bosco, Bagnacavallo a peint la Transfiguration déjà citée, qui rappelle celle de Santi.

I.e tableau représentant la visite de la Merge à sainte Elisabeth, placé à l'église S. Vitale, offre, malgré ses détériorations, ceci d'intéressant que Bagnacavallos'y montre plus détaché que d'ordinaire de ses influenecs habituelles. La composition est bonne et pleine de grandeur. Le fond est rempli par un somptueux palais auquel on accède à l'aide d'un magnifique escalier, décoration qui montre en Ramenghi un précurseur de Paul Yéronèse.

Deux autres élèves de Lrancia, liirolamo ^larchesi, dit le Cotignola, '1470-1540) et Biagio Pupini dalle Lame prirent part, bien qu'avec moins de talent, au mouvement du Raphaëllisme Bolonais. On doit au premier dans la sacristie de S. .Michèle in Bosco, l'élégante décoration de la voûte qu'il exécuta en compagnie des ])cin:res Jérôme de Carpi et Jérôme de Trévise, et qui fut, pour cette raison, dénommée : la voûte des trois Jérômes. Dans son tableau le Mariage de la \'ierge. à la Pinacothèque, 31archesi se montre très influencé par Raphaël.

Ouantà Biagio Pupini, dit dalle Lame, son adhésion au Raphaëllisme ne put le soustraire à l'influence de Francia dont il provient directement. Ses carnations ont des teintes chaudes; les physionomies de ses personnages sont aimables. .^Iais, ni dans la Sainte-Ursule de l'église Saint- Jacques, ni dans la peinture faite en collaboration avec Bagnacavallo, dans l'ancienne bibliothèque des Pères des .Saint Sauveur Direction actuelle du Génie], on ne trouve une vraie pureté de dessin. Seuls peutêtre, la Crèche de la Pinacothèque, et les Anges et Evangélistes de la sacristie, à -S. .^llchele in Bosco, témoignent d'une plus grande préoccupation esthétique.

Un groupe de peintres occupe à Bologne une place à part, parce qu'ils tempérèrent la terribilita de -Michel-Ange par des éléments d'art provenant de Raphaël et de Corrège. Cette école, qu'on a appelée aussi école des Cangiantisti, à cause de son usage des tons changeants, est représentée, outre Innocenzo da Imola, qui en est le chef incontestable, par Ercole (1520-1571) et Camillo (1546-1625) Procaccini, Lorenzo .Sabbatini (1530-1577.; enfin Orazzio .Samacchini U5o--i577,-

PEINTURE

L'artiste qui suit occupe dans la peinture Bolonaise une place importante.

Bartolomeo Passerotti (1530-1592) jouit à Bologne d'une ré]JUtation méritée quand on examine des œuvres comme la Présentation ou le magnifique Saint- François, de la Pinacothèque; le lumineux tableau, daté de 1565. si heureusement composé à la manière de Corrège, représentant la Vierge assise et les saints Jean-Baptiste . Etienne .

Aiigiisti n et Nieo/as.

à Saint-Jacques-le-Majeur ; le Christ montré an peuple, église de la Mad(.)niia delSoccorso: V Adoration des Mages, dans une chapelle latérale de la cr\-pte de Saint -Pierre ; sans oublier le Christ en Croix.

église Saint- Pliilippe et Saint- Jacques. Ces œuvres témoignent d Un \riii sentiment de l'art.

Bartolomeo signe parfois ses œuvres du passereau s\'mboli(iue, allusion à son nom : comme dans le tableau d'autel où est figurée Marie--Madeleine 'à Saint -Philippe et Saint - Jacques}, ou comme le

Christ en Croix entre saint François et saint Bartliele)ny, dans la sacristie de l'église Saint- Joseph.

Le peintre auquel nous arrivons, nous est déjà connu comme architecte. Pellegrino di Tibaldo Pellegrini délia VaLsolda (1521-1596), fut un de ces rares artistes doués par la nature de beaucoup de goût esthétique et ■capables de briller dans toutes les branches de l'art. Pellegrino laissa

B. Kanienghi (Bagn.ncavallo) :

La A'ierge, l'Enfant et les Saints. Pinacothèque.

des travaux de peintures à Rome, Lorette, Aucune, fut longtemps à ^"^lilan au service de Charles Borromée, édifia et décora, en Espagne, l'Escurial ]30ur Philippe II. De retour en Italie, après neuf ans d'absence, il reprit, à Milan, sa charge de surintendant de la construction du Dôme et mourut entouré de l'estime générale. A Bologne, le cardinal Poggi, noble Bolonais, lui confia l'achèvement et les peintures de son palais, qui est aujourd'hui l'I'nixersité. Pellegrino. l'édifice terminé, en orna l'intérieur de fresques, tjue Ton peut considérer comme les mieux conservées de ses œuvres, et qui s'ins]jirent des gestes d'Ulysse.

Ce lra\ail mérita l'admiration unanime, qui ne connut plus de bornes quand Pellegrino eut élevé, à Saint-Jacques, la chapelle Poggi. 11 décora les murs de deux grandes compositions représentant : l'une, la Prédicat ion de Jean dans le désert, l'autre, la Séparation des Elus et des Réprouvés. La Pinacothèque jiossèdc de ce peintre une Lucrèce romaine d'un beau mouvement.

Tibaldi peut être considéré comme le véritable précurseur des Carrache. C'est à lui, en effet, et à ses confrères Bartolomeo Cesi, Calvart et Nicolo deir Abate, auxquels nous passons maintenant, c^ue sont dues les origines de l'école qui prit le nom de ses représentants les plus célèbres.

Bartolomeo Cesi, naquit à Bologne, le i6 août 1556, etmouruten 1629. Ses œuvres sont intéressantes et se recommandent par le soin et la minutie de la composition. Il faut mentionner d'abord ses fresques de la Chartreuse, figurant le Christ au Jardin des Oliviers et la Descente de Croix; puis les peintures d'une voûte, à Saint-Dominique, ainsi que la scène d'un des ^lA^stères, chapelle du Rosaire, même église; à Sainte-.Marie des Bulgares {ArcJiigginasio), les fresques où il s'inspira des faits les plus importants de la vie de la Vierge, et où il campait des sib3'lles et des prophètes dans des compartiments en stuc dont il donna le dessin ; enfin, les remarquables compositions du palais Fa\a où il peignit, avec les Carrache, Albane et Lucio .Massari, quelques épisodes de la légende de Jason et d'Enée.

Parmi ses peintures, on trouve, à Saint-Dominique, une belle Adoration des Mages. La Vierge entourée de saint Benoit, de saint Jean et de saint François, qu'on voit à l'église Saint-Jacques, en dépit de sa couleur un peu effacée, est une œuvre d'une e.\.quise simplicité et d'une véritable originalité. Une autre de ses meilleures œuvres, le Christ en croix, placée dans une des chajjelles de S. 31aria délia Pieta, se recommande par un sentiment de gravité qu'on retrouve, à la Pinacothèque, dans

PEINTURE

la Sainte-Anne agenouillée adorant rimmaculée Conception, Dieu le Père et TEsprit-Saint au milieu d'une gloire d'anges.

Originaire de ^lodène, Nicolo dell' Abate (151 2-1 571) travailla tout d'abord dans sa ville natale avec Alberto Fontana, son condisciple. Séduit ensuite par l'imagination légère de Jules Romain, Nicolas s'efforça d'introduire dans ses œuvres les mythes antiques et les sujets faciles, comme le prouve l'une des rares compositions de cet artiste qui aient été conservées à Bologne.

II s'agit des peintures de l'ancien palais Poggi (Université^ .

Un maître qui acquit une grande réputation fut Denis Calvart(i545-i6i9), originaire d'x\nvers.

Après avoir étudii' le paysage dans sa ville natale et en France, il résolut, comme beaucoup de jeunes

artistes le faisaient alors, d'entreprendre le v03'age d'Italie, d'aller à Rome copier les grands maîtres pour devenir peintre de figures. Mais, arrivé à Bologne, il trouva une école florissante que dirigeait Prospero Fontana.

Ce Fontana (1512-1597], qui avait appris les premiers éléments du dessin sous Georges Vasari quand celui-ci vint, en 1540, peindre ses trois

Innocenzo Ja Imola : La Vierge dans la gloire. Pinacothèque.

immenses tableaux pour les moines de S. ^lichele in Bosco, était le seul artiste Bolonais, en dehors d'Amico Aspertini, que séduisît la peinture de 3lichel-Ange. Ouand on examine sa vaste composition décorant la chapelle du Palais l^ublic. à Bologne, ou les fantaisies de son pinceau représentant des scènes mythologiques, de dimensions inusitées, au

rez-de-chaussée du palais 3lazzolini-.Alandelli anciennement Piella;, on se rend compte que cet artiste a plus de facilité que de génie.

Toutefois, les peintures de Fontana sont plus intéres>ante> que ses fresques. C'est ainsi que le Baptême du Christ, tableau daté de is'u, à Saint-Jacques, peut soutenir la comparaison avec les teuvres de Tibaldi ; et que le Clirist porté an Sépulcre par saint Jean et d autres disciples, qu'on \'oit à la Pinacothèque, tout en ra])])elant la manière de Jules Romain, témoigiw, 4K'aHiH<jinij. -d'une fermeté de dessin et d'un naturel dans l'exécution qu on n'aperçoit guère dans la Circoncision, de l'église Sainte-3larie .\lajeurc. commencée par l'.ezzi. ni dans les Atiges, de Saint-Pierre (voûtesde la chapelle Majeure). Il n'est pas jusqu'au tableau figurant le Christ en Croix au milieu de nombreux personnages, dans le chœur de l'église Saint-Joseph, qui n'étonne par ses démesurées proportions, ses poses tourmentées, l'effet théâtral de l'ensemble.

Malgré ses défauts, Prospero Fontana était fort renommé, quand Calvart s'arrêtait à Bologne.

-Vdmis tout d'abord, comme nous l'avons dit, dans l'alçlier de ce

B. Passerotù :

Madone aux saints et au donateur. Saint-Jacques-le-Majeur.

PEINTURE

maître. Calvart y apprit les premiers principes danatomie et de perspective. Il passa ensuite dans l'atelier de Sabbatini, qu'il accompagna à Rome. Il y séjourna deux ans. puis revint à Bologne. Il ouvrit alors, dans le palais des riches Bolognini, qui l'avaient accueilli quand il arrivait d'Anvers, un atelier qui eut l'honneur de compter parmi ses élèves Francesco Albani, Domenico Zampieri. Guido Reni.

Calvart a laissé de nombreuses œuvres. Citons d'abord comme les ])lus remarc[uables. V Assomption et le Christ au Jardin des Olives, à la Pinacothèque; \'Archa)igf saint Michel, à .Saint Pétrone ; la Flagellation du Christ, sacristie de l'église Saint-Sauveur.

Nommons encore la Vierge entourée de Catherine, Lucie et du liienheureux Ranieri, église .Saint- Jacques . Sa Madoiu avec V Enfant, -dans les .Magasins de l'orphelinat de Saint-Léonard, et V Iiniiiacuh'e Conception, delà chapelle du Sacré- Cœur-de-Jésus \ia d'Azeglio, . se recommandent i)ar une singulière élégance d invention .Ses ])aysag"es. tuu-

jcmrs ombragés d'ai'bres, sont charmants, leurs lointains jtleins d harmonie; une douce atmosi)hère les anime. Le Saint-François de l'église du Cor]ius Domini, le Martyre de sainte Ursule, à S. Maria délia Vita, et la belle toile de la cha])elle majeLire. église .Saint-Grégoire, où le Pontil'e montre à l'Iiérétic/ue eonrerti le eorporal teint de sang; V Aiinoueiation. de IV'glise .Saint- ! )nniinique : jieuvent, au point de \w du dessin, de la perspective et de la couleur, voisiner sans inconvénient avec les meilleures œuvres de 1 ibaldi et de Nicolo dell' Abate.

L'empreinte de ce peintre fut peu durable sur (iuide, Dominiquin .et Albane ([ui ne firent guère que passer dans son atelier. .Seuls :

Pellcgiino Tibaldi : Lucrèce, Pinacothcque.

Vincent Spisanelli. Bertusio et Savonanzi continuèrent les traditions de Calvart. Leurs œuvres sont disséminées dans plusieurs églises de Bologne.

On ne jieut séparer l'un de l'autre Cesare Aretusi '1509-1590) et (iio Battista Fiorini (i5i5(?)-i6i2). car ces deux peintres travaillèrent i>res(iue toujours de concert.

En général, le premier donnait le dessin de la composition, le second la coloriait et l'exécutait. Comme exemple de cette collaboration artistique, citons, dans la chapelle du choeur de Saint-Pierre, le tableau représentant le Christ remettant les clefs à saint Pierre en présence des Apôtres ; et dans la chapelle majeure de l'église de la Charité, la toile figurant la Vierge^ la Charité et saint François. C'est par contre sur le dessin de Fiorini r^u'Aretusi peignit la Déposition du Christ, église .Saint-Benoit, et sur une esquisse de L. Sabbatini. ([u'il exécuta un Saint-Rarthèlciny. dans l'église de ce nom. ^lentionnons aussi une lunette, jieinte dans l'escalier qui conduit à la Bibliothèque, à .S. Michèle in Bosco.

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