LES CARRACHE ET LEUR ECOLE
Seizième et dix-septième s/ècliS. — Tant et de si diverses influences allaient contribuer à former l'école des Carrache.
Leur programme esthéticjue fut ainsi formulé par Augustin :
Quicomiae veut devenir un bun peintre
Doit avoir dans la main le dessin de l'école romaine,
Le mouvement et l'art d'ombrer vénitiens,
F.t le beau coloris de Lombardie.
Il doit suivre la voie terrible tracée par Michel- Ange,
Le vrai naturel de Titien,
Le style pur et souverain de Corrége,
La juste symétrie de Raphaël ;
De Tibaldi la bienséance et les bases,
Du docte Primatice l'invention.
Et un peu de la grâce du Parmesan.
Ajoutf)ns : les qualités comj^lexes de Xicolo dell' Abate, et nous aurons un évangile qui consistait théoriciuement à dire aux élèves en peinture : « Exprimez les motifs de votre génie propre en regardant et en imitant le génie des autres. » L'Académie des Carrache eut de la chance.
PEINTURE
grâce au mérite exceptionnel de plusieurs de ses membres hautement favorisés par la nature, plutôt qu'en raison de l'application de ses théories particulières. L'éclectisme dont elle se vanta n'est jDas la raison d'être de son existence, mais doit être considéré simplement comme l'impression que donnent ses propres travaux.
Louis Carrache (1555-1619). le chef de l'école dont nous avons à nous occuper, était né à Bologne. Il fut tout d'abord l'élève de Prospero Fontana, étudia à Venise sous
Tintoret et à Florence sous Passignano, visita Mantoue, Parme, Padoue, Ferrare et revint à Bologne.
Ses premières œuvres, qui rappelaient les styles de Raphaël, de Titien et de Corrège, ayant été peu goûtées du public, il appela à son aide ses cousins Augustin (1557 1602} et Annibal( 1560-1 609).
Les frescj^ues du palais Fava mirent tout à coup en lumière les noms des trois Carrache. Cette suite de compositions sur VExpéditio)i df Jasoii et le Voyage d' Enéc est d'une rare hauteur de style et marque une grande habileté d'exécution. Puis ce fut la frise représentant l'histoire de RomulusetRémus.en 14 tableaux
séparés, au palais ."Magnani (158g). Trois ans plus tard, ils donnaient les fresques du palais Sampieri. Le choix des sujets : Hercule encouragé par la Vertu; Hercule enlevant à Atlas la voûte céleste; Hercule combattant avec Caciis ; Zens attendant Hercule pour combattre les Géants, est visiblement inspiré de Michel-Ange.
Ce travail commun consacra définitivement le renom de Louis. d'^Vnniljal et d'Augustin. Les ateliers de Fontana et de Calvart furent abandonnés par les jeunes gens, avides de venir entendre prêcher l'évangile de l'art nouveau qu'Augustin, le lettré de la famille, avait formulé dans le sonnet, déjà célèbre, cité plus haut. Au nomljre des transfuges se trouvaient .Vlbane, Guide et Dominiquin.