CHAPITRE III
SCULPTURE
Cinquième an on^ièiiie sièclr. — On ne trouve à Bologne que très peu de vieilles sculptures et les documents sur les anciens sculpteurs sont encore plus rares. La tradition attribue à Pétrone l'exécution de quatre croix, aujourd'hui dans la basilique consacrée au saint évêque, et qu'au V' siècle il aurait érigées près des anciennes portes de la cité. L'une de ces croix, intéressante par les figurations c[ui l'ornent, porte le nom des artistes C|ui l'exécutèrent : Petrus Albericus et son père : Pcl rus Albcrici jiu- ficit L'i/iii pci/rc.
Il taul mcnliimner une \-asque de marbre d'aspect liwaïuin doiinée à l'anticiue cathédrale Saint-Pierreet-Saint-I^aul, par les rois Lombards, Luitprand et Ilprand, au VilT siècle, et placée dans le cortilc de Pilate.
()n \()it. dans le cloître, derrière l'église du Sainl'Sé])ulcre (groupe de saint làiciuie , un calvdirr en bois dnnt les figures, raides et sans expressiiin, ra]i]i('llcnt: les dessins des m(isaïi|ucs b\v.antines.
Comme sculpture remontant au siècle sui\anl. indi<|uons, à .Saint-
Pierre-et-Saint-Paul, les deux sarcoplmges des martyrs Vitale et Agricola, jadis titulaires de cette église. Ces tombeaux qui servent de devant d'autels dans les deux chapelles faisant face aux petites nefs de l'édifice, malgré un dessin assez fruste, dénotent cependant une habileté de main qui n'est pas sans mérite.
Saiiit-Eueiine. — Croix de bois
Douzième siècle. — Nommons maintenant Wriiibon ei l\iii/tl de l'église du Saint-Sépulcre (groupe de saint Etienne). L'ambcjn, curieusement orné des symboles desévangélistes, a été restauré avec autant de soin que d'exactitude. La construction du tombeau à bas-relief et c[ui rappelle celui de Jérusalem remonte au Xli"' siècle, à le comiiarer aux monuments de cette époque, dans ritalie du Sud Or, la même observation s'applique à Tambon et à l'autel qui ne sont pas sans rappeler certains détails de sculptures de Saint-Xicolas de Bari. ou plusieurs ambons des Abruzzes.
C'est encore au XII'' siècle qu'il faut faire remonter un artiste nommé
SCULPTURE
Ringhieri ou Ringhiero. Il avait travaillé en terre sainte (iiiO;, et il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'une fois revenu à Bologne il ait mis la main à l'autel de marbre de l'église du Saint-Sépulcre. En tout cas iTliirardacci . dans son Histoire de Bologne '1596), attribue à ce maître l'incision des lettres : Proepofens Genneiisiiim prœsidittni surmontant l'autel en ([uestion.
T/'eiyièiiie siècle. — Un certain A'entura dei Lamberti florissait de 1197 à 1237. Il fut à la fois architecte et sculpteur. C'est à lui, au dire de Ghirardacci, ciu'Henri, évèque de Bologne, fit exécuter la porte latérale, côté midi, de la cathédrale actuelle de Saint-Pierre, en marbre précieux et ornée de nombreux et beaux personnages. Les deux lions de marbre rotige qui soutiennent les vasqtie.s du bénitier, dans la même église, seraient de sa main. On attribue à l'un de ses élèves une des portes de Saint-Jacques- 31ajeur.
Le Musée de l'Université de Bologne renferme, depuis 1777, une remarquable et curieuse statue du pape Boniface ^'III. Elle est formée de plaques de métal -forgé, rivées les unes aux autres. Ce travail en repoussé, par la composition et la technique, se rattache encore aux modèles byzantins. Le regard est inexpressif. La tète est coiffée d'une simple mitre. Le corps, rigide et droit, se drape dans une simple robe. La main
gauche s'appuie sur la poitrine; l'autre est levée dans tm geste de bénédiction. L'importance de cette œuvre provient de sa gaucherie même. L'auteur est un orfèvre du nom de .^lanno.
Muste. — Bonit.ice VI II [bronze de Maiiiio).
Transportons-nous à l'église Saint-Dominique, et faisons une station dans la chapelle où reposent les restes du fondateur des Frères Prêcheurs, mort à Bologne, le 6 août 1221. Son corps fut tout d abord déposé dans un modeste cercueil de; bois, sans aucune mar([ue honorifique. On l'y laissa jusqu'à ce que le pajK- Grégoire IX, au moment de la canonisation du saint, eut enjoint au liienheureu.x Jérôme de Saxe, deuxième général de l'Ordre, de transférer les restes de Dominique, après examen
liOI.OC.XE
par l'archevêque de Ravenne, dans un simple sarcophage de pierre. C'est à ce moment que le prieur des Dominicains, désireux de donner au santo atleta un mausolée digne de sa gloire, fit appel au grand srul])lcur Nicola Pisano, qui devait y travailler à plusieurs reprises de 1237 a 126.4. Pour la décoration du tombeau de saint Dominique, dont le sarcophage très ordinaire re])osait librement sur des colonnes dans la cr^^pte, Nicola plaça sur le devant et les côtés de VArca, quatre scènes empruntées à la \ie du religieux. Des deux bas-reliefs occupant la face antérieure
Saim-Uoniinique. — KeliL-i de l'Arca, par Nicola Pisaiio
<lu sarcophage, le ])remier se rapporte à la résurrection du jcun(> Xapoleone di Torre-Xuova. mort à Rome d'un accident de cheval (1175).
Nicola Pisano a représenté le miracle à l'endroit même où l'accident sest ])roduit On \oit en scène le cheval renversé, le saint qui prie en fixant le mort et la foule apitoyée. Les personnages principaux sont pleins de naturel. Le corjis du jeune homme a encore la véritable souplesse de la \ie. ^\ l'arrière plan, au contraire, les spectateurs sont figés dans une immobilité attenti\(' et comme pétrifiés d'effroi.
Une fine statuette de la .Madone tenant entre ses bras l'Enfant sépare ce bas-relief du second. Celui-ci représente Dominique disputant contre les héréti(iues du Languedoc et mettant à l'épreuve du feu ses écrits, ainsi que les livres des .Manichéens qui périssent dans les flammes : les œuvres du saint restant intactes.
Les bas-reliefs des cotés de VArca, quoique fort remarquables, n'attei-
Saint- Dominique. — Tombeau de saint Dominique.
gnent pas cependant à la beauté des deux précédents. Il est à supposer que Pisano y a mis moins de soin ou les a confiés en partie à ses élèves, après leur en avoir donné le modèle, tout en se réservant d'y mettre la dernière main. L'une des extrémités de VArcii offre deux panneaux : le premier
Fragment de l'autel des Maxe^ne.
représente les apôtres Pierre et Paul remettant les Kvangiles au saint; dans le second, Dominique donne la parole sacrée à ses religieux pour qu'ils enseignent aux nations les lois du Seigneur. A l'extrémité opposée, des anges sans ailes, vêtus en acolytes, apportent du pain à la communauté pendant une famine. Aux angles de l'Arca, sont érigées quatre statuettes représentant les Docteurs de l'Eglise, d'une exécution des plus soignées, malgré leur dimension un peu trop longue par néces-
Saint-François. — Maitre-autel des Maxegnc.
nOLOGXF,
site décorative. Les deux panneaux de la face postérieure, séparés par une statuette du Rédempteur et qu'on attribue généralement à Kra Guglielmo Agnelli de Pise, sont beaucoup moins bien traités. Les personnages sont plus grands et plus durs; les extrémités trop longues et quelque peu boursouflées; les têtes aplaties et grosses.
Le 5 juin 1267, au dire dun témoin oculaire, Bartolomeode Vicence, rarchevèque de Ravenne transférait solennellement les restes du fondateur des Dominicains, extraits du simple cercueil de pierre qui les renfermait.
dans le sarcophage sculpté par Nicola Pisano aidé de .ses élèves, et C[ui reposait alors librement sur des colonnes dans la crypte (le l'église.
Abandonnons maintenant le tombeau de saint Dominique pour }• revenir quand nous aurons à nous occuper des décoralions successives qui lui furent prodiguées au XV, au xvi'' et au xvir' siècles.
Ç)iiûtor;ièi)U' siè'L'h'. — Le .N.iv= siècle est inauguré à Bologne par deux artistes vénitiens de premier ordre, Pierre-Paul et Jacques Dalle Maxegne, avec le grand ûii/el de marbre de l'église .Saint-PVançois. Cette œuvre est de la plus rare beauté et occupe une place prépondérante dans la sculpture du moyen âge en Italie. Ouand, en 1402, ils eurent achevé leur palci, ce fut dans toute la ville un enthousiasme véritable. Ce tabernacle, modèle accompli de sculptures, ne contient pas moins de 80 statues de saints et d'anges, entières ou à mi-corps, disposées en pyramide, d'une élégance et d'une finesse réelles. Nous sommes en présence d'un très remarquable travail d'œuvre d'art médiéval italien. Il s'agit là d'un document des plus instructifs pour l'histoire de l'art à cette époque. On peut juger déjà de l'excellence sculpturale du temps par le sourire qui anime chaque figure, la grâce vivante de l'expression, le naturel des gestes, l'élégance des attitudes de ces purs visages
Couro.uienient de Marie, des Maxegne.
SCULPTURE
féminins, de ces graves faces d'évèques dans leurs niches respectives.
Cette œuvre fut commandée aux Dalle Maxegne par un acte du 1" novembre 1388, conservé dans les archives d'État, à Bologne, et contenant les indications minutieuses au sujet de l'ancône qui devait remplacer, dans Téglise Saint-François, un autel primitif en marbre monté suj colonnettes et datant de
Nous avons parlé, au chapitre de l'architecture, des tombeaux des Glossateurs, réminiscence lointaine du mausolée d'Halicarnasse. Donnons ici la gravure du nioiiiimciit de Rohiiidino de Roniûii;/ dans sa forme primitive, c'est-à-dire avant d"ètre transféré de la Chartreuse (cimetière actuel), au côté des sépulcres d'Accurse et d'Odofredus, près de Saint- François.
Un monument de stvle gothique qu'on ne doit pas passer sous silence est celui de Taddco PcpoIi\ dans l'église Saint-Dominique. Ce mausolée fut exécuté, en 1337, par le Vénitien Lanfrani.
C'est aussi à Lanfrani ((ue serait dû le tombeau du Juriste Giovanni d'Andréa Caldcrini (1348), qu'on peut voir au Musée ('i\ii|U('.
.M. Kubbumi, à l'aide di-s fragments qui se trouvaient au même Musée, a reconstitué \xn mouunirnl , placé jjrimitivement à Saint-François, et qui avait été élevé à Pieiro Canrloli, illustre docteur en droit, qui fut préteur à Florence et mourut l'an 1403, pendant la construction du campanile de l'église. Il est malheureusement imiiussible de dire à quel artiste
Je KolanJino au' Koniaii/i ^luiinc priniilivi.
ce travail, où la polychromie s'unit d"une façon si heureuse à la sculp-
ure, peut être attribué.
.Mentionnons encore, sur le devant de Téglise de Saint-Yitale-et-
Saint-Agricola, un /o»zheiui portant Teffisfie de Liuccio Liuzzi, mort en 1318, et ciui fut commandé à Rosso de Parme, i)ar un célèbre médecin, .Mondino, qui )• fut enterré, huit ans après; et, comme spécimen de sculpture sur bois, les remarcjuables stalles du chœur de S.
3laria dei Servi, exécutées, dans le courant du XlV siècle, sur les dessins du général de l'ordre des Servîtes, Fra Andréa .Manfredi da Faenza.
Oiiin^lième siècle.
— Nous savons que la Renaissance fit dans cette ville une apparition tardive. Les débuts (lu XV siècle, si magnifi(iucment repré.sentés à Florence, ne donnent à Bologne rien d'intéressant. Les noms de Jacopo, detto Rosetto. de Parto da Bologna, de fra Michèle Carmelitano, de (.iovanni d'Knricuccio, de Jacopo d'Antonio qui seconda Ghiberti quan.l il roula les portes du baptistère de Florence, ne représentent que de simples tailleurs de pierres. Tailleurs de pierres, également, les artistes suivants mentionnés, çà et là, dans les actes de commande : Bologna il A'ecchio ; Bartolomeo ; Giovanni degli Accursi (1450); Anchise (1470) ; Giovanni Francesco (1485) ; les Baroni (1490)-
Saint-Dominique. — Tombeau de Taddeo Pepoii
SCULPTURE 73
Une fois encore, devant la pénurie complète des sculpteurs locaux, la
Saint-Petrone. — (jrand portail, de J. délia Quercia.
ville de\ra faire appel à des étrangers pour peupler de chefs-d'ci>uvre aux belles formes les palais ou les églises.
Le premier des artistes auxquels eut recours Bologne fui le grand sculpteur siennois Jacopo délia Quercia (1372-1438). Il arrivait. Tan 1425, pour travailler à la décoration du portail principal de Saint- Petrone.
Le maître, dans les quinze bas-reliefs c^uil sculpta pour le porche de cette basilique, n'avait jamais atteint jusqu'alors une pareille perfection. Chacun des piliers, à l'extérieur, contient cinq scènes de la (ienèse
Saint-Petrone. — Fuite en Egypte. WS.Ïci Je ducrcia.
Le dessin de l'architrave est réservé à cinq scènes de l'enfance du Christ. Aux angles et sur l'arc de la porte on aperçoit les demi-figures des Prophètes. Quant à la Madone en ronde bosse assise et surmontant le tout, elle révèle autant de force c^ue d'habileté et de délicatesse de ciseau.
Ce beau travail, ci^ue Quercia s'était engagé à terminer en trois ou quatre ans, se traîna péniblement pendant plus de douze années, l'artiste ayant dû se rendre dans sa ville natale pour y mener à bien certains travaux, et, poussé par son esprit inquiet, ayant accepté d'autres commandes ailleurs. Las de son œuvre, il abandonnait Bologne, l'année i437et retournait à Sienne laissant inachevé le soubassement du portail. Il
SCULPTURE 75
avait seulement exécuté les piliers des montants et leurs bas-reliefs, plus la statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus. Des deux statues qu'il devait sculpter, aux termes du contrat, de chaque côté de la Madone, et repré-
fitt>SÊiù:iiaùie.iti.iam-
Saiiit-Fetroiie. — Adam
l'.U.uis. KdKl\ic O
sentant saint Pétrone et saint Ainljroise, la seconde fut ajoutée après COU]) par Aimo, (/// Varignana .
Bologne possède encore au .Musée civique deux bas-reliefs de Ouercia. Nous donnons la reproduction du plus remarquable.
Les tombeaux dits « des professeurs » deviennent fréquents à Bologne, à la fin du xu" siècle et au XV°. Mais, au lieu d'être isolés sur
piédestal, (■oiiinie au moyen
sont érigés dans les églises et le long des murs des cours de cloîtres. Le sarcophage est ])Osé dans une niche, sur des consoles, ou recouvert d un baldaquin. Le dcwantdu lonil)cau est rem])li jiar un basrelief représentant le maître entouré de ses élèves, placés à droite et à gauche. L'effigie du mort repose sur la façade en ])ente et sculptée en liaut-relief. Le faîte du sarco- ])hage est aplati et sert de liase à un socle à corniche jiorlant trois statues, presque toujours une Madone entourée de deux saints. Des figures allégoriques. Vertus, Sciences, s'érigent au bord du mausolée et de la corniche.
Au début du XV siècle .ijiljarticnt le iiioiuiilient (■levé au juriste Bartolomco Saliccti. mort en 1403.
Cette (iMivre du sculpteur toscan Andréa da Fiesole, se voit au JMusée civique.
Elle est d'apparence gothi- (|ue, mais on sent que l'auteur a subi visiblement aussi l'influence des formes antitiues.
In monument j)lus important cjui, par la construction, la disposition et la sculpture, est tout à fait dans le caractère de la première période de la Renaissance, et qui peut être justement considéré comme un chef-d'œuvre de Ouercia. est le /o;;2^ct?» du jurisconsulte ^«/o/;
Musée. — MaJone de J. dclla Quercia.
SCULPTURE
G(7/t'(?^~{0 Beiitivoglio, père d'Annibal I, à Saint-Jacques-le-Majeur. Le monument, adossé à la muraille sur des consoles gothiques, produit une impression d'extrême élégance.
•^igogoac^gig^l
Musée. — Tombeau Saliceli, d'A. de Fiesole.
Non loin du l(jml)euu Bentivoglio, encastré contre un pilier, est un portrait de Gio\'anni H, sculpté sur un rectangle de marbre. Cette œuvre provient des ruines du palais Bentivoglio, lors du soulèvement de la ville, contre le Seigneur de Bologne, en 150O. L'effigie porte, grav'és audessous ces mots : Aiitoiiius Bal. ûiiiuini i/oriis W'ill.
BOLOGNE Revenons maintenant à l'éolise Saint-Dominique et à VArcn. Jus-
Saint-Jacques-le-Majcur. — Tombeau d'Anton Galcazzo licnti
Quercia.
qu'alors le sarcophage, orné par Nicola Pisano, reposait librement sur les colonnes dans la crj^pte. Mais les religieux voyaient avec peine les restes du fondateur de leur ordre, renfermés dans un maonifiquc lom-
SCULPTURE
beau ainsi malencontreusement dissimulé sous la confession (démolie pendant les travaux, au cours du siècle passé}. Ils firent donc, en 1374, jeter les fondations d"une grande chapelle qui, en raison des fortes dépenses qu'occasionna sa construction, ne fut terminée que l'année 1411, où l'on opéra la translation des reliques du saint. Disons tout de suite que l'édifice ne paraissant ni assez sjoacieux, ni suffisamment bien décoré, on le réédifia en 1595, sur le dessin de Floriano
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Anges de Nicola dell'Arca (tombeau de saint Dominique'.
Ambrosini et on lui mit un revêtement de marbre, restauré comme tout l'ensemble, en 1843 et en 1883.
Or, une fois transporté dans cet oratoire plus élevé, le sépulcre parut trop gracile, en désaccord avec le local, incomplet et disgracieusement tronc^ué dans sa j^artie supérieure terminée par une rigide ligne droite. Pour obvier à ces disproportions, on fit alors une sorte de petite tribune de bois surmontée ensuite (1468-73) de l'admirable cimaise de marbre qui valut à son auteur, Nicolas de Fouille, le surnom, à jamais glorieux, de Nicolo dell'Arca : Nicolas du tombeau! Comme il fallait un couvercle, de manière à grandir le mausolée, Nicolas de Fouille srul])ta une surface courlje au-dessus de VArca, la couvrit de feuilles symétriques et la divisa en huit larges zones terminées par des volutes servant de supports à des statuettes. Au .sommet, érigé en pyramide, est une petite statue de Dieu
le Père, au visage impérieux et majestueux, le globe en main et [porté par un piédestal en forme de vase, dont les poignées sont ornées de festons, de fleurs et de fruits que deux petits anges repoussent des mains et des pieds. Sur la face antérieure, on voit VEcce Homo entouré de deux anges, les quatre prophètes et les saints Dominique, François, Florian, Vitale et Agricola, le tout de la main de Xicolo. auquel il faut attribuer aussi lAnge. agenouillé, de gauche. Michel-Ange sculpta l'Ange de l'autre côté, ainsi que les statuettes de S. Pétrone et de saint Proculus : cette dernière sétant rompue, en 1572, fut restaurée et remise en place par les soins d'un sculpteur du nom de Vincenzo. La haute architecture du couvercle de ÏArca est d'une originalité unique et contribue à faire de ce tombeau un des plus intéressants monuments de la sculpture italienne dans ses diverses périodes de développement.
Nicolas de Pouille, rendu célèbre par ce travail magnifique, a laissé à Bologne d'autres œuvres qui présentent cette particularité du temps d'être exécutées en argile. .Hais la maîtrise du sculpteur s'y atteste néanmoins d'une manière constante.
Notons d'abord la merveilleuse Mûiioiw à l'Eu fan/, en terre cuite, sur la façade du palais public ^1478).
Puis la Mise au tonibeati '1463;. de S. .Maria délia Vita. groupe en terre cuite représentant les saintes femmes j)leurant le Christ.
A l'église Saint-Jacques-le-Majeur. on trouve dans la chapelle Bentivoglio. un haut-relief colorié représentant Annibal I Beiitivoglio à chcj'al (1458).
Nicolas de Pouille n'eut ni élève, ni successeur. On peut tlire de ce maître qu'il s'était formé seul. 11 ne iniraît pas avoir subi l'influence de J. délia yuercia et semble ne devoir qu'à lui-même ses propres concep-
Saint Pétrone, de Quercia (portail de Saint-Petrone).
tio.os.
Il n'en sera pas de même d'un sculpteur dont nous avons à nous
SCULPTURE
occuper maintenant : Francesco di Simone. Cet artiste a laissé à Bologne d'assez nombreuses œuvres. Sa plus remarquable est le tombeau d'Alexandre Tartagiii, professeur de droit célèbre. Ce monument, jilacé dans l'église Saint-Dominique et qu'on a rapproché, non sans raison, du tombeau florentin de Marzuppini (1455) parDesiderio da Settignano, est
Saint Florian, de X. JcU'Arca (tombeau de saint Dominique).
Saint Pétrone, de Michel-.\nge (tombeau de saint Dominique).
intéressant avec sa niche cintrée, entourée de fleurs, de fruits, de tètes d'animaux, de colonnettes corinthiennes. Le mort, représenté couché, est solidement musclé et plein d'un naturalisme énergique. Au-dessus de lui, une Madone encadrée de deux anges : leurs vêtements sont riches et très fouillés ; leur attitude pleine de recherche et d'expression à la fois. Nous nous trouvons ici devant une œuvre qui est comme un présage de la Renaissance. Donatello et son école transparaissent d'une manière certaine, sous la complication et les tâtonnements de l'insjnration, et à travers ce bouilhjnnemenl d'idées, surchargeant de détails l'ensemble de
ce travail c/inciito.
Un fonihcûi/
BOLOGXIv premier triomijhe à Bologne des .s])lendeur.s du Rijias-
égalcmeni remarquable par la profusion ornementale qui rappelle les fantaisies d'un 31ino da Fiesole, est celui que Simone sculpta jîour Vianesio Albej-gati scnior-e, à l'église Saint- François, dans la sixième l'hapelle. qui appartenait jadis à cette famille. Ici encore la composition, la manière décorative, la drajierie, le corps soigneusement modelé du défunt, constituent, dans Tensem- V)le, un travail d'une rare excellence
Citons comme provenant de cet excellent arliste, les magnifiques et légères sculptures en terre cuite courant autour des fenêtres et des portes du palais Bevilacqua dont il fut l'architecte.
Parmi les œuvres du xV siècle, le pourtour du chœur de Saint-Jacquesle-Majeur contient le tombeau de Nicolas Fava (1439), d'un sculpteur inconnu, mais qui s'est inspiré visiblement du monument Benlivoglio, par Ouercia, dans la même église.
Lors du premier séjour que .Michel-Ange fit à Bologne, en 1495, au lendemain de la révolution qui chassa de Florence Pierre de Médicis dont la tyrannie avait soulevé le peuple, il fut chargé de sculpter pour l'autel de la châsse de saint Dominique. VAngc agenouille, placé à la
Palais Communal.
Madone, de N. dell'Arca 'liaut-relief en terre cuite'.
Saint-Dominique. — Tombeau Tartagni, de F. di Simone.
droite du spectateur et qui fait pendant à celui de Xicolas de Fouille. Beaucoup de critiques d'art ont marqué leur étonnement de la lourdeur de cette statuette, dun aspect maussade, eu égard au st3-le habituel du maître. D'autre part, on ne saurait révoquer en doute l'authenticité de l'œuvre, puisque \'asari et Condivi tenaient de Buonarotti en personne le récit de son séjour à Bologne. 31ichel-Ange. comme le voudrait Perkins, aurait-il donc « abandonné sa propre individualité, afin de se conformer au caractère des statuettes entourant la chaire » ? L'explication nous semble beaucoup plus simple. Quand le ieune maître reçut, l'an 1495, la commande de l'Ange, ainsi que celle des statues de Suint- Pétrone et de Saint-P/'oci/I/is, qui sont placées au-dessus de ÏArca, il avait vingt ans, étant né en 1475 ! Il est permis de supposer tout naturel-
mtSÊSÊÊmmmmmmmmiÊmmmÊmmammt^^
Frise en terre cuite du Pal.iis Bevilacqua, de F. di Simone.
lement qu'à cet âge sa personnalité comme sculpteur n'existait guère encore, étant donné surtout qu'il ne s'était livré, jusqu'alors, qu'à des études d'après l'antique et à des recherches exclusivement anatomiques.
Entre toutes les villes italiennes, Bologne possède de célèbres marqueteries avec figures. A la fin du xv" siècle, les petits-fils de maître Agostino de Marchis, de Créma, exécutèrent les magnifiques stalles de la cinquième chapelle de Saint-Petrone (1493).
Fra Raffaele da Brescia est l'auteur des fragments de stallrs de S. Michèle in Bosco, qui, après leur démolition, furent partiellement réutilisées pour la cha])elle J^lalvezzi, à Sainl-Petrone.
Sei:[ièvic siècle. — Un artiste qui subit l'influence de Michel-Ange et dont les œuvres participent un peu du style baroque à ses débuts, est Vincenzo Onofrio. Son tombeau de Cesare N^acci, évêque d'Amélie, contre un pilier de Saint-Petrone, est d'une ordonnance des plus fantaisistes. Un autre tombeau celui du savant Philippe Béroalde l'a/né, professeur de littérature ancienne à Bologne, dans l'église Saint-Martin
SCULPTURE
(au-dessus de la porte de la sacristie), est surmonté du buste du défunt, dont nous donnons la reproduction à la fin du chapitre.
On trouve, du même artiste, à Saint-Petrone, dans une niche placée
Portail du Palais Bcvilacqua, de F. di Simone.
sous l'orgue, une Mise au tombeau, composée de sept figures, plus maniérées que le groupe de Nicolo dell' Arca, à S. Maria dei Servi, qui possède un relief en argile peint, également d'Onofrio.
Mentionnons ici, comme oHurc du xvi" siècle, le remarquable sarco-
phagc de marbre des Grati dans la même église des Servîtes. Il date de
1 504 et semble d'origine florentine. Une frise de pampre court tout autour.
Kn 1525, les directeurs des travaux de l'église de Saint-Petrone, fati-
Saiiu-L'ctrone
Marquctciic Jc l-'ra Rjnae^d chapelle Malvc/./.i
gués des dissensions continuelles qui s'élevaient entre Zaccaria Zacchi de "Volterre, Xicola da Milano, Properzia de' Rossi et autres artistes employés par eux, députèrent à Florence un sieur Barba zzi pour chercher un sculpteur qui consentit à prendre l'entreprise générale de la décoration. I.e choix de Barbazzi se porta sur un élève de Jacopo Sansovino, Xicolo di RafFaello, surnommé Tribolo. Celui-ci arriva escorté
SCULPTURE
de deux camarades d'atelier : Solosmeo et Simone Cioli. Ils l'aidèrent à sculpter, d'après ses dessins, sur les voûtes des porches latéraux de l'église, doii^e bûs-rcliefs représentant la fuite de I,oth et la lutte de Jacob avec l'ange, l'histoire de Mo'ise et celle de Joseph .
Les détails figuratifs, malgré quelques surcharges, présentent des traits fort ingénieux.
Les reliefs de l'histoire de Joseph sont particulièrement remarc[ULibles.
Onze ans plus tard (1537)1 Tribolo re\enait à Bologne et y scul|itait un liaut-rclicf de ÏAssoiiiplioii de lu Vierge, pour la chapelle Zambeccari , dite aujourd hui des Reliques, dans la basilique de Saint-Pctrone.
Les œuvres de Tribolo furent comme une école nouvelle pour un artiste ferrarais, xVlfonso Lombard! ( 1488- 1537), *4ui travailla surtout à Bologne.
Un de ses travaux les plus importants, exé-
Saiiit-Petrone. — Tombeau Nacci (terre cuite d'Onofrio)
cuté en 15 19, représente la Mort de la Vierge, à S. JMaria délia Vila. Lombardi a donné, à Saint-Petrone, une Salutation angéliquc qui orne l'intérieur de la porte latérale droite. 11 y a comme un souvenir de l'ancienne sculpture lomliardo-gothique dans la représentation de Dieu, dp la N'ierge et de l'Anoc. Pour les statues d'Adam et d"I'"ve et le ser-
BOLOGNK
pent du portail intérieur gaucho, Loinbnrdi fut aidé par un sculpteur
milanais : Francesco.
l.oiiiliarcli aurait exécuté, également à Saint-Petrone, les médaillons de la cimaise. A citer aussi : le RrssKSCi le. groupe en marbre, même église.
C'est encore à la première Renaissance qu on songe en examinant les rrlii'fs du gradin de mar])re sujjportant VArca de saint Dominique», et que Lombardi sculpta l'année 1552. L'artiste a mis tous ses soins à cette œuvre d'une grande délicatesse de touche et d une finesse d exécution véritable.
Alfonso Lombardi eut pour émule, à Bologne, une femme célèbre en son temps, Properzia de' Rossi, renommée pour sa beauté, ])our son talent de musicienne, de sculpteur, et qui mourut en 1530.
La plus remarquable des compositions de Properzia est un relief conservé dans le petit JMusée de l'œuvre de Saint-Petrone, où se trouve représentée une figure de femme à l'expression sensuelle et passionnée, qui est peuti-tre son portrait. 31ais le groupe dont cette image fait partie, comme celui de la Reine de Saba et de Salomon qui lui fait pendant, se ressentent fortement de l'influence de Michel-Ange. Les deux Anges, placés de chaque côté du haut-relief de Tribolo, dans la chapelle des Reliques, à Saint-Petrone, furent exécutés par Properzia, d'après les inaiiuettes de l'artiste florentin. On lui attribue les sculptures des piliers du palais Bolognini, accomplies de concert avec Formigine. Elle déploya un talent plus per-sonnel dans le très bel encadrement, rju'elle sculpta à S. 3Iaria del Barracano (1524^.
Les œuvres sans contredit les jjIus intéressantes de Properzia sont au Musée civique de Bologne. Elles consistent en une série de vingt-deux figures taillées sur
onze noyaux de pêches avec un art des plus parfaits. C est ici vraiment
que l'élève du célèbre graveur .Marc-Antonio Raimondi sut mettre à
profit, de la manière la plus personnelle, les leçons qu'elle avait reçues
de cet habile artiste, de Bologne comme elle.
Properzia de' Rossi, tout secondaire que fut son talent, n'en reste
pas moins un des rares sculpteurs indigènes. La ville, en raison de cette
Tribolo.
Porches latéraux deSaiut-Pctrone.
SCULPTURE
pénurie, devait la plupart du temps faire appel à des étrangers, nous l'avons constaté jusqu'ici à maintes reprises. Nous allons en avoir une preuve nouvelle en nous occupant de Sperandio, célèbre médailleur de
S. Maria dci Servi. — Relief en argile peint, d'Onofrio.
3Iantoue. Ce sculpteur, qui mourut en 1528, est un réaliste. Il cherche dans la nature des motifs d'inspiration. Son tombeau de P. Filargo, qui devint pape sous le nom d'Alexandre "V (i482\ est frappant à cet égard. On le voit à l'église Saint-François. Fa statue gisante du Pape est modelée avec une admirable simplicité ; la tète a une expression de
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Aie intense et un grand aspect de vérité. Le culte de la forme antique sallie dans cette œuvre à une inspiration toute moderne.
On peut en dire autant des terres cuites ornant l'église du Corpus Doniini. L'analogie est étonnante de ces sculptures avec les motifs de décoration du monument d'.:\.le.\andre V. Sperandio a répandu à profusion les produits de sa géniale fantaisie sur la façade, dans la porte, autour
S.iint-Pt:troi!L', — .-Xssoniption de .Marie /elitt de l'ribolo).
des rosaces, dans la travée, dans les chapiteaux des piliers, sur les bordures des écussons. On peut voir ici la grande différence qui séjnire la décoration toscane de la décoration lombarde. ^Vutant la première est sobre et fine, subordonnée à l'architecture, autant la seconde est exubérante à l'excès, variée, riche en effets pittoresques et abondante en contrastes.
Cet artiste était d'aill(HU-s versé dans toutes les branches de Tart. On lui doit le dessin de la partie supérieure du campanile de Saint-Petrone (dont la construction remonte à 1470 , avec une double fenêtre à corniche
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de terre cuite ouvrant sur chaque côté delà tour. Véritable encj'clopédie de la Renaissance, Sperandio était considéré par François de Gonzague, seigneur de Mantoue, comme très versé dans l'art de l'artillerie et de l'architecture. A Frédéric ^lanfredi, seigneur de laenza, il promettait d'exécuter des travaux en bronze, en marbre, en plomb ; de produire des dessins; de faire de la peinture et de l'orfèvrerie. Giovanni II Bentivogiio le traitait avec amitié. A Bologne, Sperandio modela les portraits et les
S. Maria délia Vita. — Mort de Marie (terre cuiie d'A. Lombardi).
médaillons de nombreux princes et hauts personnages, entre autres celui de Galeazzo 3Iarescotti, fidèle partisan des Bentivogli.
Parmi les sculpteurs du XVI" siècle ayant travaillé à Bologne, mentionnons encore : Nicola di 31ilano, Jacopo de Franza, Solosmeo, élève de Cellini, Simone Cioli, Bernardino et Battista de Carrare, tous emplovés à l'ornementation de Saint-Petrone ; Domenico Aimo. dit le Varignana. qui sculpta le buste du duc Jean de Bavière, sur le tombeau de ce prince, à Saint-Petrone; Zaccharia Zacchi (15261, de Volterre, qui sculpta une statue de saint Dominique sur l'autel d'une des chapelles de la même basilique 'l'autre statue représentant saint François est l'œuvre de Nicolas de Mihin. nommé il y a un instant) ; (ii(>\-ani di Zacraria Za<~chi . auteur du lonihiciii Go;;c7(f/ui 'us.Vi). '^ S. .Maria dei Servi.
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Girolamo Coltellini (1508-1541), qui exécuta, d'après un dessin de G. -P. Boncomio, la statue surmontant le tombeau de L. Boccadiferro, à droite de la grande porte de l'église Saint-François ; Amico Aspertini. que nous retrouverons au chapitre de la peinture et dont on peut voir une Picta à Saint-Petrone. On lui attribue aussi, quoique d'autres la considèrent comme étant de la main de PoUajuolo. une niacsta représentant le martyr de saint Sébastien, au .Musée de la basilique.
Fra Giovanni Agnolo da .Montorsoli ,1500-1563^, de l'ordre des Servîtes. Appelé en 1555 à Bologne, afin de décorer le inattre-aiitcl de
Saint-Peirone. — Le Ressuscité, par A. LombarJi.
l'ég'lise Sainte-3larie des Servites, il y sculpta un .Mcjïse, \iNil)lcment inspiré de Michel-Ange, et une effigie d'Adam, les statues du Christ, de la Vierge et de saint Jean, placées dans des niches, plus les Pères de l'Église en relief et les Anges supportant un bas-relief du crucifiement.
Gabriele Fiorini, auteur des statues et des bas-reliefs entourant une épitaphe à la mémoire du cardinal .Vgucchi, sous la porte d'entrée de la 30" cha3Delle de Saint-Jacques-le-31ajeur.
Jacopo Tatti, dit Sansovino (1497-1570), dont la statue de saint Antoine de Padoiic, à Saint-Petrone (15' chapelle), est fort expressive.
Censori, qui fondit en 1 580 la statue largement modelée par Alessandro Menganti, du pape Grégoire XIII, réformateur du calendrier et qu'on voit sur la porte d'entrée principale du Palais Public.
SCULPTURE
Alessandro iNlenganti qui, outre la maquette de la statue du même Grégoire XIII '1572-1588), de la famille Bolonaise des Buoncompagni, exécuta le buste en bronze de ce pape (au^lusée civique) et, dans l'église Saint-Roch (i'" chapelle), une Pieta.
Prospero Clementi (1584) de Reggio, qui a laissé dans sa patrie, à Modène et à Parme, des œuvres intéressantes et auquel on attribue, sur le tombeau de Volt a, dans le passage de la porte latérale gauche de