‹ Bombardement de Valparaiso (documents officiels) suivi du Combat du CallaoChapitre 25 sur 32 · INDÉPENDANCE BELGE · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE BELGE

Correspondance parisienne du 18 mai 1866.

Hier h la chambre des députés, M. Garnier-Pagès a voulu flétrir par avance, car, soyez-en sûr, on y reviendra, l'affreux drame de Valparaiso, cet horrible bombardement d'une ville sans défense, et dont les habitants, comme les marins du Vengeur, ne répondent, en périssant, aux coups de l'ennemi, que par le cri national.

A mon avis, la conduite de l'Espagne n'est pas

laite pour raccommoder l'Europe avec l'Amérique, et il est impossible que dorénavant, les Etats-Unis ne se mêlent pas des affaires du nouveau monde avec l'ancien. L'affreuse violence du gouvernement espa.^çnol aura donc eu du moins cela de bon qu'il aura groupé et réuni toutes les républiques américaines en un seul faisceau.

du 23 mai 1866

L'amiral chargé du bombardement de Valparaiso a adressé à son gouvernement un rapport dans lequel il cherche à concilier les éloges qu'il doit à son escadre, pour la vigueur de son action, avec l'horreur dont il pressentait que l'Europe serait saisie à la nouvelle du crime de lèse-humanité commis par les forces sous ses ordres, contre une ville ouverte et uxx^ v^pulation sans défense. Justification àc \a m^%\a«> ic^^Ve^ ^^:^^\r ^i;^^.^^'

donner, atténuation des dommages causés, intérêt témoigné aux victimes, tout se trouve dans ce document, qui devient ainsi, en même temps, une véritable apologie et une protestation indirecte contre la guerre. Mais le bombardement n'en a pas moins eu lieu, et le crime reste entier, pesant de tout son poids sur le gouvernement qui l'a ordonné, et sur rhomme de guerre qui l'a exécuté.

Nous vantons notre nvilisation. nous an sommes fiers, et prenons volontiers en pitié les gens des siècles passés. Mai» voici un événement qui pourra nous faire rentrer en nous-mêmes. C'est le bon.ljardement de Valparaiso par la flotte espa^ole. quia eu lieu le 31 marE dernier.

Le bombardement d'une place de commerce qui n'est ni forliiiée, ni défendue, dont la ruine ne peut aboutir à aucune des fins légitimes de la l^aerrc est, i>ar lui-mi^me, un acte atroce. Maia celui de Valparaiso a été accompagné de circonstances qui en aggravent encore l'horreur, s'il est jiossible.

Remarquex que ce bombardement a été ordonné tranquillement et de sang-froid par le cabinet do Madrid. Pourquoi? Parce que les officiers de son escadre du Pacifique lui écrivaient sans iloute comme ils écrivaient dans les journaux. « que leur croisière était insupportable, qu'ils n'avaient autre choKC à faire que de brûler les villes delà côte, et de s'en aller.»

L'amiral Mendez Nuilez, commandant de la flotte espagnole a, lui aussi, préparé son opération de sang-froid : il prétend même, qui le croirait? y avoir apporta' beaucoup d'humanité et de générosité. Déjà nous avions remarqué, dans le récit où ta Patrie a rendu compte des prouesses espagnoles, la délicate attention qu'il avait eue de prévenir la population dès le 27 mars ! Trois jours ])our déménager une ville de 60,000 âmes? Aussi la i'ulrie nous dit-elle qu'on a payé jusqu'à 2,500 fr. le loyer d'une charrette. Pensez si les meubles des pauvres gens, de la masse de la population, ont pu élre dËménagés à ce prii-Ià! — Notons, ea ^«s,iasa^

que cet avis i»rL'alal)lo dont un fait honneur à M. Mentlès avait été exigé par l'amiral anglais et le commodorc nord-américain.

Du reste, les relations nous l'apprennent, la ville était loin d'être déserte. Une partie de la population était sortie, mais des femmes, des enfants même ' étaient restés, et on les a vus, pendant le bombardement, ' arracher les mèches des bombes ou en éteindre le feu. Cette population a assisté, sans le moindre abattement, à la destruction et à rincendie de ses foyers, frémissante et indignée, comme il était naturel, mais animée surtout d'un sentiment de pitié pour le triste état moral des incendiaires.

Ce sentiment, que nous trouvons exprimé dans plusieurs lettres, et même dans les dépêches télégraphiques expédiées de Santiago pendant le bombardement, s'explique par l'acte lui-même, et mieux encore par la lecture du prodigieux manifeste publié, le 27 mars, par l'amiral espagnol.

Dans ce manifeste, que nous regrettons de ne pouvoii* publier textuellement, Tamii^al commence par rappeler comment la justice de la guerre qu'il fait a été établie par les notes de son prédécesseur; ensuite, il vante «< la générosité proverbiale de la nation espagnole, générosité natiu'elle en un peuple qui se sent noble et grand, » la douceur avec laquelle il a jusqu'à ce jour fait la guerre, puis il déclare que l'Espagne ne peut souffrir plus longtemps et va, « rompre définitivement avec un gouvernement qui ne comprend pas les devoirs de la civilisation... parce qu'il n'hésite pas à soutenir une guerre injuste, et méconnaît ce qu'exige la dignité d'autrui. »

Jusque-là, rien d'étonnant, si ce n'est les prétentions à la générosité et à la douceur, car tout belligérant prétend faire la guerre avec justice; mais ce qui est étrange, ce que les ennemis les plus acharnés de l'amiral et de sa flotte auraient eu peine à imaginer, c'est ce qui suit : « L'Espagne, dit-il, a fait ce qu'indique l'honneur... deux de ses navires se sont compromis, nautiquement parlant, dans des mers difficiles, où les diffilcultés se trouvaient augmentées par l'incertitude de la situation de l'ennemi, en passant où d'autres navires de la même dimension n'avaient pas passé; ils sont allés jusqu'à la témérité nautique, pour voir des ennemis qui, placés dans une situation bien choisie et entourés d'obstacles, n'ont éprouvé, tout en subissant des domma*^es importants, que ceux que peut faire un tir à grande distance.

» On n'a pas reculé devant ces difficultés, ou pour mieux dire ce» Han-

c^vra cuiitinus •inf iiou\, ni 'Icvaiil Ilv- hruuilliird> i(ui, un iiout II '■ouvtunL chaiiUK jour l'cnnauii. Une nouvelle exiicdilion cstulién li choi' ; maig, no, eo trouvan L pa» osiez en «drutà à «ou |ii'Omi^r mouilla.^'G, il avait cherchi3 son Malut dans dus Kinuosil^s éti'aitGs et nombreuse)^, barrlfcrti inoxpugnablo pour qui se cache derrière die, et ijui rendait l'attaque impoBKible pour des navires comme ceux <]ui composent l'escadre espagnole dans ces mers.

L'impossibilité donc d'arriver à portée de canon de navires qui se couvrent pard'in^urmontablcs obstacles locaux, impose à l'Espagne le devoir de faire sentir loul le poids des rigueurs auxquelles s'expose un pays qui méconnaît, ou prétend méconnaître les devoirs imposéB à la commutiauiirivilisée de l'univers : c'm( pourquoi, et pour raison de guerre, leis canons de l'escadre espagnole bamliarderont la ville de Valparaiso et toute autre qu'ils jugeront convenable. >■

Ainsi, l'amiral MeiHlez Nunez l'avoue -, c'est par uu sentiment dimpuisaance (]u'il est porté à bombarder Valparaiso; c'est par dépit d'avoir été repoussé à Abtao par quelques navires en réparation, et pour n'avoir pu, dans ea tieconde expéilitioa, débuniuer deux compagnie!) -dn garde nationale qui ont tenu tèie à son deux frtîpates: c'est pour n'avoir osé alta'juer la llotti> ennemii', qu'il est venu s'atlar|uer aux maisons, aux marcliandisi's. à la |iopulation civile de Valparaiso! Il lui sied bien, en vérit<'>. de parlor de générasitc, de douceur et des devoirs de " la communauté civilisi'e. » Depuis quand donc un bol%6ranl manquc-t-il aux devoirs de la dvilisation en cherchant ou évitant le combat à eon avan-

Ge manifeste, monument de déraison et de faiblesse, émut un moment on ïéléran des guerres de l'indépeniiance, le généra! Dianco |m a lonp temps représenté le Chili à Paris, ot le gouvernement chihen lui même Il lit proposer à l'amiral espagnol un combat en pleine mir lom des lirouillards et dpH dan/^ers iiautiijue!!, en écartant la frégate cuirasite Nu manda, ut en prenant pour juge du camp le commodore nord ami ncam qui acceptait ce riMc. C'était proposer un duel de 99 canons contre 160. Mais l'amiral espagnol ne trouva pas la partie assez belle, et il ilécLara vouloir tirer avout^e de i^ supériorité centre Valparaiso. Il tenait absolument à bnllur cettu ville- Ce fut en vain i^ue les négociants étrangers réclamèrent l'intervention dp leurs consuls, et que ceux-ci protestèrent unanûnement. en procla-

mant le droit des non- combattants et des neutres : ce fut vainement qu'après avoir fait appel à l'humanité et à la justice, ils se réservèrent de faire valoir contre l'Espagne la responsabilité des dommages que pourrait leur causer son représentant officiel. L'amiral espagnol fut sourd àtoutes les considérations, et passa outre.

Le bombardement a donc eu lieu. Mais avant de le commencer, Tamiral espagnol a déclaré qu'il ferait son possible pour respecter les propriétés neutres, et il a invité les autorités chiliennes à indiquer, par un drapeau blanc, les hôpitaux et établissements de chanté. Gela fait, à huit heures du matin, par un beau temps et sans obstacles nautiques, l'amiral Mendez Nunez s'est donné le plaisir de jeter 2,500 projectiles, creux ou pleins, en premier lieu, et avec un soin particulier, sur l'entrepôt de douanes, rempli, comme il le savait très-bien, des marchandises neutres qu'il avait promis de respecter; ensuite, sur les maisons occupées par les principaux magasins, sur la bourse de commerce, sur les hôpitaux et monuments signalés par un drapeau blanc !

Ces horreurs, méditées et commises de sang- froid, sans prétexte raisonnable quelconque, sans but miUtaire possible, ont eu pour Spectateurs, chose triste à direl les représentants officiels des nations qui se disent civilisées, et des commandants militaires qui, comme ceux des États-Unis et d'Angleterre, étaient en mesure de s'y opposer. Tout s'est borné à de vaines protestations. Pauvres nations qui payent chèrement des flottes pour se protéger, et qui les trouvent inactives lorsqu'au mépris de tout droit on attaque leurs citoyens par le fer et le feu !

Car le droit était clair, indiscutable : comme l'a très-bien écrit à l'amiral Mendez le chargé d'affaire des États-Unis, « le droit des gens n'admet pas la destruction des propriétés privées, quand elle ne peut conduire à aucun résultat conforme aux lins légitimes de la guerre. Ce droit excepte formellement de la destruction les populations purement commerciales, comme Valparaiso. » Ce droit a été invoqué par l'Espagne elle-même, lorsqu'elle a réclamé do toutcîs ses anciennes colonies et obtenu du Chili, une indemnité pour ceux do ses nationaux dont les propriétés avaient souffert dans les guerres de rindéi)ondanco.

Ce droit, il convenait aux représontants des nations européennes de le faire respecter par la force. Ils auraient, en prenant ce parti, rendu un grand service à l'Espagne, atteinte yiar la conduite de son gouvernement et de ses chefs militaires ; il h auraient prévenu les représailles légitimes

q\n peuvent suivre, et racharncmeiU dune guerre qui menace tous Ii intérêts moraux et matériels de la civilisation. Us auraient prévenu les réclamations pécuniaires qu'il faut soutenir maintenant, et cfui peuvent mener fon loin.

Voici, par exemple, les commerçants français dont les pertes étaient évaluées, le l" avril à 17,500,000 fr. N'est-il pas juste, de toute justice, ijue l'Esp^ne les indemnise? Le gouvernement ne fera-t-il pas très-bien de soutenir par tous les moyens,, et même par la force, s'il est nécessaire, leurs légitimes rédamations? PerBonne ne saurait le contester. Voilàdonc une réclamation qui, jointe à celles de même nature que présenteront les autres nations, s'élèvera peut-être à plus de 100 millions. Voilà ce qu'il faut maintenant demander au Trésor le plus obéré et au pouvernement le, plus discrédité qui existe au monde!

Il faut cependant exiger cette indemnité, car c'est le seul moyen de mettre fm aux exploits de l'amiral espagnol. Il faut l'exiger encore pour nn autre motif, pour ne pas laisser établir un précédent qui laisse toutes les places de commerce, situées au bord des mers, àia merci des caprices des commandants de flottes belligérantes : il faut l'exiger surtout dans l'intérêt de la civilisation, car, si on y manque, on pourra dire (jue le droit des gens est une cbimère; que !e plus faible est à la merci du plus fort, et que la population civile ne peut être protégée par des canons.

COUnCELLG-SEIfBIItL

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