‹ Bombardement de Valparaiso (documents officiels) suivi du Combat du CallaoChapitre 26 sur 32 · OPINION NATIONALE · texte numérisé non relu

OPINION NATIONALE

â6 mai 1866.

La Gazette de Madrid publie plusieurs dépêches de l'amiral Nunez. relatives au bombardement de Valparajso. La première dépêche, écrite le 31 mars, à l'issue du bombardement, débute ainsi :

« Sous la douloureuse impression que doit produire dans l'esprit d'un » chef d'escadre le devoir de diriger le feu des navires placés sous son com- « mandemesnt contre une population qui ne se défend pas, je m*empresse » de vous informer de la manière dont j'ai rempli ce pénible devoir, con- >» formément aux instructions du gouvernement de Sa Majesté. >»

L'amiral espagnol a donc agi en vertu d'instructions formelles reçues de Madrid, et il n'ignorait pas, avant d'ouvrir le feu, que la population ne pourrait lui opposer aucune résistance. Voici en quels termes il annonce la destruction des magasins de la douane :

« J'ordonnai à la frégate la Résolucion de cesser de tirer contre le

» point qu'elle avait en vain canonné jusque-là, pour diriger ses bordées >» contre les magasins de la douane, opération qu'elle exécuta avec assez » de succès. »

L'amiral n'était cependant pas satisfait. La Villa-de -Madrid fut chargée de hâter l'œuvre de destruction, après avoir canonné une caserne située sur une hauteur, au-dessus des magasins de la douane, oii flottait le pavillon chilien :

*' Les canonniers de la Villa-de- Madrid, dit M. Mendez Nunez, ont fait

» preuve d'une adresse admirable. Ils ont réussi à couper les attaches de » la hampe soutenant le drapeau qui est resté pendant avec le tronçon du » mât entre ciel et terre. '

» A midi, les quatre magasins de la douane étaient incendiés, de même » que la partie de la ville faisant suite à la Bourse. »

C'est donc de propos délibéré que la douane a été bombardée et que ses magasins ont été incendiés. En agissant ainsi, l'amiral espagnol savait fort bien qu'il causait un tort immense au commerce des neutres, dont les marchandises encombraient la douane. Et ce tort, il eût pu parfaitement ne pas le causer.

Quiconque a jeté les yeux sur un plan de Valparaiso, sait que la douane est située sur le j3ord de la mer, en dehors de la ville, dont elle est séparée par un ravin. L'amiral espagnol pouvait donc bombarder la ville sans bombarder la douane.

On sait qu'il a déclaré qu'il ne se gênerait nullement pour faire un nouveau bombardement, si cela lui convenait; il faUt espérer, dans ce cas, yu il prendra un peu plus de précautions pour ménager les intérêts des neutres, et en particuliers ceux du commerce français.

A. Malespine.

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