‹ Bombardement de Valparaiso (documents officiels) suivi du Combat du CallaoChapitre 27 sur 32 · LA CHAMBRE DE COMMERCE D'EXPORTATION DE PARIS · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DE COMMERCE D'EXPORTATION DE PARIS

à M. le Ministre des affaires étrangères

. Paris, le 29 mai 1866.

Monsieur le ministre,

La nouvelle du bombardement de Valparaiso a excité une émotion profonde au sein dv commerce d'exportation. Tous nos sociétaires, sans distinction des contrées avec lesquelles ils sont en relations d'affaires, se sont sentis atteints, par cet acte inqualifiable, dans la sécurité de leurs personnes et de leurs propriétés. Une ville do 80,000 âmes, exclusivement Commerciale, ouverte do toutes parts el^ sans défense, bombardée et incendiée pendant trois heures, à moins de 400 mètres de distance, sans qu'un seul coup de canon ait répondu à cette agression, est un fait qui n'est plus de notre temps, et qui doit soulever une réprobation universelle. Comment donc l'Espagne na-t-e\\e ^^.^ ct^vvvI^ ^^r ce

retour aux praliqueb pdieuses d'un autre siècle, de se uiettn au bari des nations civilisées?

Valparaiso,p!u' son heiiretise situation, est l'entrupôt général et en quelque sorte le port franc du Pacifique, Ses iumienses m3gasia.s, placés en dehors du aiégti principal délit popiilotîon et lies édifices du gouvernement, étaient escliisjveuient jeniplis de marchandises étrangères, qui en faisaient yne véritable propriété noutrc. Le coinm;andant de l'escadre espagnole le savait ; et malgré la protestation des représentants des Etats-Unis, de la France, de l'Angleterre et de toutes les autres puissances, il en a fait volontairement le point de mire des projectiles incendiaires des deux frégates la Blanca et la Ville-de-Madrid.

Le boml)ardement lui-même ne pouvant être suivi d'une descente et d'une occupation militaire, n'était et ne pouvait être qu'une œuvre de vengeance et de destruction, indigne d'une nation civilisée; le canon espagnol n'a respecté ni les églises, ni les hôpitaux, ni les autres établissements charitBbles.

Et qu'on ne dise pas que les étrangers, dûment avertis, çnt eu le temps de mettre leurs marchandises en lieu de sûreté ; le 27 mars, le commandant des forces espagnoles a notifié au commandant de Valparaiso l'intention de bombarder la ville le 3i au matin, t afin, dit sa déclaration, de permettre aux vieillards, aux femmes et aux enfants de se retirer et, en même tciops, il l'invitait à faire arborer un drapeau sur les églises et les établissements de bienfaisance pour les préserver dos ravages de la guerre, a Le 28, le gouverneur civil de Valparaiso a annoncé aux habitants l'imminence du bombardement, et, au milieu de l'atTrcux désordre qui a accompagné l'immense émigration d'une population de 80,00,0 âmes, le commerce étran^w étvi-vV.

' impuissant à sauver les marchandises qui remplissaïeni entrepôts, dans le délai dérisoire de trois jours accordé par l'amiral Nunez.

Ainsi, rien n'a manqué à l'odieux de la mesure ; la forme & été digne du fond, et l'événement lui-même a trompé toutes les prévisions, sous l'empire des principes du droit des gens moderne consacré par les plus mémorables exemples.

Le 29 mars 1854, en elfet, après la rupture avec la ilassie, le gouvernement do l'empereur, d'accord avec les cabinets de Londres et de Turin, publiait la déclaration suivante ;

II A une époque où les relations marilimes et les intérêts commerciaux occupent une si large place dans l'existence des peuples, il est du devoir d'une nation qui se ti'onve contrainte à faire la gnerro de prendre les mesures nécessaires pour en adoucir les effets, en laissant au commerce des peuples neutres toutes les facilités compatibles avec cet étal d'hostilités auquel ils cherchent à demeurer étranf^ers. »

Le 16 avril 1856, le congrès do Paris confirmait solcnneltenient le principe de cette déclaration en proclamant l'inviolabilité de la propriété des neutres, même sons pavillon ennemi, et l'Espagne acceptait cette proposition.

tl'est ainsi que l'armée française devant Rome épargnait, au prix de son sang, les monuments de l'antiquité ; c'est ainsi que, pendant la guerre de Crimée, les flottes alliées, qui pouvaient brûler Odessa, et qui avaient affaire à un adversaire en état de se défondre, ont préféré lui laisser celte ressource importante, plutôt (jue de violer la propriété privée, neutre ou ennemie.

L'Espagne en méconnaissant ces principes de justice ft d'humanité, a plus fait certainement pour sa vengeance que pour son honneur ; et quand le 27 mars dernier, les repréaealants de loules les puissances ont déclaré à l'amiral {san

f^iiol que le bombardement de Valparaiso serait un acte i que, auquel l'histoire attacherait une flétrissure étt^rnelle, qu'ils le rendraient responsable des pertes incalculables qui devaient en résulter, ils n'ont fait que devancer le sévère jugement de l'opinion publique.

Le désordre qui a suivi l'événement et le départ immédiat du courrier, ne nous ont pas encore permis do connaître toute l'étendue du désastre qui a frappé spécialement notre commerce; nous savons seulement que les dommages sont énormes, et nous attendons avec anxiété le prochain courrier, pour en fixer le chiffre.

Mais dès ce moment, monsieur le ministre, nous protestons énergiquement contre l'acte aussi insensé que barbare qui a détruit tant de fortunes privées. Nous espérons que tous les cabinets s'entendront pour demander k l'Espagne la réparation du mal qu'elle a fait, au mépris du droit des nations, tout en déplorant amèrement que dans des circonstances aussi critiques, le pavillon de la France, qui n'était représenté dans la baie de Valpniaiiso que par un modeste bâtiment de charge, n'ai pas pu, en so joignant aux pavillons anglais et américain, couvrir les entrepôts éti'angers d'une protection que l'Espagne eût certainement respectée, ou que, dans tous les cas, elle n'eût pas violée impunément.

Veuillez agréer, etc.

Les présidents et membreu de la chambre,

H. de Goër, président; A. Delaportc, vice-président; E. Bei Irand, vice-président; J. Levois, trésorier, de Claimont; Duirau-Paoillac, A. Israël, P. Jourde, G. Miccio, F. Moutan'Jon, A. Monliic,* Arthur Petitdidier, F. Thomas, nerinann, Dunup.

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Ont signé avec les membres de la chambre, les principales maisons intéressées dans le commerce du Pérou et du Chili.*

Les négociants du Havre ont signé aussi une pétition adressée à la chambre de commerce de cette ville, pour rengager à examiner la question déformer une commission internationale, qui serait chargée de poursuivre contre le gouvernement espagnol la réparation des dommages causés au commerce neutre par le bombardement de Valparaiso, et de régler la part afférente aux parties lésées.

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