PROTESTATION DU CORPS CONSULAIRE
Valparaiso, le 27 mars 1866.
Les soussignés, consuls résidant à Valparaiso, ont pris connaissance de la dépêche en date de ce jour, que M. le commandant en chef de 1* escadre de S. M. C, mouillée dans ce port, vient d'adresser à M. le consul général de Portugal, en lui remettant copie du manifeste adressé par ledit commandant en chef au corps diplomatique résidant au Chili.
Après avoir lu ces documents,, nous ne pouvons que déclarer à V. E. que nous avons vu avec la plus profonde douleur que Y. E. avait pris la résolution de bombarder cette ville et tous les autres points du littoral chilien qu'il jugerait convenable, n'accordant qu'un délai de quatre jours, pour que les neutres résidant dans cette ville mettent en sûreté leurs vies et leurs intérêts] Loin de nous la pensée de vouloir entrer en discussion avec V. E. touchant les motifs qu'elle fait valoir pour justifier l'adoption d'une mesure aussi extrême, mais nous devons faire tous nos efforts pour que V. p. ne donne pas de suite à un acte qui sera la ruine de presque tous nos nationaux résidant dans cette ville. /
Le droit aes gens ne permet pas le bombardement de places sans défense et la destruction de ports tel que celui-ci. Donc, un tel acte se condamnerait lui-même ; mais dans le présent cas spécial, il est encore plus condamnable, dès que l'Espagne, en toutes occasions, a déclaré d'une manière solennelle qu'elle respecterait toujours, dans cette guerre, la propriété des eutres et qu'elle ferait tous ses efforts pour éviter à ces derniers les
vaamsLges et préjudices de la guerre. Sous la sauvegarde de cette pro-
.messe, les étrangers résiilanl dans cetto villp ont continué paisibleme^ leurs travaux, dans la conQancp que l'Espagne remplirait fidëlement des promesses aussi solennelles. Le port dft Valparaiso, V. E. le sait bien, représente dans toutw son ûtcndue des propriétés considérlLIes appartenant aux neutres, et leur destruction retomberait presque exclusivement sur des sujets de puissances amies de i'Espaijne, tandis que le paya proprement dit éprouverait à peine les effets d'un acte aussi violent; le boml>ardement de Valparaiso peut être considéré plutôt comme un acte d'hostilité contre les neutres résidant ici. vu que tes conséquences n'en seraient préjudiciables que pour eux,
Lebombardemontdc Valpai'aiso par l'Espagne sera une tacbe sur sa repu- I tation de peuple civilisé; que le moindre désordre soit évité dans cette ville qui va être le théâtre du martyr et do l'héroïsme de tout un peuple ; que les Espagnols, et rien que les Espagnols, soient couverts d'ignominie en contemplant les décombres fumants de la ville qui a été le grand centre du commerce dans le Pacifique du sud et qui va être convertie en un lieu de désolation et de ruine.
Si, malgré tout, Yolre Bxcellonce mot à exécution ses menaces, nous nous verrons dans l'absotue nécessité do protester de la manière la plus solennelle, comme nous protestons, en effet, contre un semblable pro.cédé, contraire aux intérêts de nos nationaux, laissant à nos gouvernements le droit de réclamer de celui de S. M. C. les énormes préjudices que leurs sujets éprouveront; nous protestons également, devant le monde civilisé, contre la consommation d'un acte en contradiction avec le degré dp civilisation où se trouve notre sii'-cle.
Nous;
E l'honneur, etc.
jné : Jorje Lyon, consul général de Portugal ; H. Fischer, consul de I Prusse; Nicolas G. Bchuth, consul général de Danemark; Amb. W, ïlark, consul général des États-Unis; Francisco Matthaêi, consul du ■e; O. Ad. Berckraeyor, consuf général d'Autriche; Art. Th. brosto. consul général de Breraen et d'Oldenbourg ; B. Fischer, consul ^H SuiSîte; P. A. Toi'res, consul du Colombie; J. II. Pearson, vîcei»nsul du Brésil; J. Curletll, délégué consulaire d'Italie; J. Grisar, Kconsul do Belgique et do Hollande; Ph. Catmann, consul de Guatemala; iCh, Dablsen, consul général do Sui>de et do Norwége; OharieB Piiii,
consul général de Hambourg et de Mecklembourg ; D. Thomas, consul général des îles Sandwich ; G. Rojsemberg, consul de la république du Salvador.
A S. Exe. M. Gasto Mendez Nunez, commandant en chef les forces navales de S. M. G. dans le Pacifique et son ministre plénipotentiaire, à bor4 de la frégate Numancia,
PÉTITION Dr COMMERCE FRANÇAIS
Monsieur le chargé d'aflaires
Les ROusaignés, résidants français, établis h Valparaiso, en vue de l'ultiœatum que le chef de l'escadre espagnole vient d'adresser au gouvernement de Santiago, et sous la menace d'un bombardement, nous vanons, Monsieur le chargé d'alTaires, implorer res^pectueusement votre haate protection pour la défense de nos vies et de nos intérêts.
Il nous semble inutile, Monsieur le chargé d'affaires, de vous faire un tableau de ce que serait le bombardement de Valparaiso, ville de SO, 1)1111 iUnes. consacrée exclusivement au commerce, construite presque ' totalement en bois, sans aucune défense; bombardement qui ne tarderait pas à produire l'incendie général de la ville. Nous no doutons pas, Monsieur le charge; d'affaires, que, vu la nombreuse population française' établie à Valparaiso et les intérêts immenses qu'elle représente, et qui s'élèvent à plus de cent millions de francs, vous ne souffrirez pas qu'un semblable attentJil soit consommé, sans protester énergiquement et sans unir votre voix à celle des représentants des nations amies, afin d'exiger du commandant de l'escadre espagnole la suspension d hostilités de ce genre, qui, après tout, retombent sur les personnes et sur les biens dt vos nationaux.
Nous savons, Monsieui' le chargé d'affaires, que vous n'avez pas en ce
moment de forces navales à votre disposition, à Valparaiso ; mais quand
/ on parle au nom de la France, il nous semble impossible qu'un chef mi-
I litaire ne fasse pas droit à des réclamations complètement basées sur
/ des raisons d'humanité.
Monsieur le chargé d'affaires, pleins de confiance dans la protection que vous voudrez bien accorder à vos nationaux, nous avons l'honneur de nous dire respt^ctueusement, Monsieur le chargé d'affaires.
Vos dévoués et obéissants serviteurs,
Le Quellec et Bordes — Th. Lachambre et C« . — M. Fauché Goyenèche et C« — A. Couve et C« — Antony et Meric — P. J. Queille et Bilhviller — A. Lamotte du Portail — A. Momus — Poisson et C* — Ramondaux et G« — Devès frères — Henri Worman — E. Decombe
— Jules Ellies — G. Lataste — J. Charton — Raymond — W. Schefter
— Fardan et Ghofris — V. Mannet — G. A. Worman — Horeau et G« — Emile Guy — Rob de la Mahotière — Azimon et Dausset — Docteur Gognar — P. Verdier — Aug. Onfray — Grètenet frères — Paul Abadie
— Guérin Hermand — Gaston Saint- Glaire, et suivent environ deux cents signatures formant tout le commerce français à Yalparaiso.
f A Monsieur E. Flory, chargé d'affaires de S. M. l'Empereur des /Français, à Santiago du Ghiii.