‹ BonaldChapitre 33 sur 108 · L HOMME EST UN ETRE SOCIAL · texte numérisé non relu

L HOMME EST UN ETRE SOCIAL

La société est la vraie et même la seule nature de l'homme (i).

L'homme est capable de tout apprendre ou de tout inventer ; mais il ne saura un jour que ce qu'il aura appris de la raison des autres ou découvert avec sa propre raison ; et telle est, pour former l'homme, l'influence nécessaire de la société, que l'homme, jeté parmi les animaux, se rapprocherait peut-être de l'animalité (comme on le raconte de cet enfant trouvé parmi les ours de la Lithuanie, qui imitait le grognement de ces animaux), tandis que l'animal, vivant auprès de l'homme, ne contracterait aucune des

(i) Recherches philosophlqties, chap. ii. — Joseph de Maistre a insisté avec force sur cette vérité : « Pour connaître la nature de l'homme, le moyen le plus court et le plus sage est incontestablement de savoir ce qu'il a toujours été... Or, si nous demandons à l'histoire ce que c'est que l'homme, l'histoire nous répond que l'homme est un être social et que toujours on l'a observé en société... L'anatomie de l'homme, de ses facultés physiques et morales, achèverait la démonstration, s'il manquait quelque chose à celle que l'histoire nous fournit. Les facultés de l'homme prouvent qu'il est fait pour la société, parce qu'une créature ne peut avoir reçu des facultés pour n'en point user. » {^Mélanges, p. 477, 479 1 492.)

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habitudes de l'espèce humaine. Si l'homnie n'apprend donc de son semblable à parler, et par conséquent à penser^ il ne parlera pas, il ne pensera pas ; il ne connaîtra pas ce qui lui convient ni ce qui lui est nuisible : dans cet état d'isolement absolu et d'iornorance invincible, s'il était possible de l'y supposer, il ne sera pas homme (i), il ne sera même pas animal, car l'animal nait avec son instinct, et il n'aura, lui, ni instinct, ni intelligence, et il sera hors de toute nature, parce qu'il ne sera pas dans la sienne, et que la société est la nature de l'homme moral, comme la terre et l'air sont la nature de l'homme physique. L'homme, dans cet état où quelques sophistes se sont plu à le considérer, s'il mange, digérera ; s'il veille trop longtemps, dormira ; comme il tombera, s'il heurte contre une pierre : lois nécessaires des corps animés, et indépendantes de la volonté ou de l'instinct ; mais il sera incapable de toute action, même de tout sentiment qui suppose intelligence, attrait et choix. Il n'aura rien de la société, parce qu'il sera hors de toute société (2).

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