‹ BonaldChapitre 34 sur 108 · LA SOCIÉTÉ CONSERVATRICE DES ÊTRES QUE LA FAMILLE A PRODUITS · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ CONSERVATRICE DES ÊTRES QUE LA FAMILLE A PRODUITS

Le genre humain a commencé par une famille, et la preuve en est sensible, puisqu'il continue par des familles ; et que, si on pouvait le supposer réduit à

(i) M. Izoulet va jusqu'à voir dans la cité la « cause efficiente de l'àme ». {La Cilé moderne, p. 149, i5o.) L'homme isolé, ajoute-t-il, « n'a ni la raison ni le verbe ». {Ibid.^ p. i63.)

(2) Recherches philosophiqîies, chap. xiii.

une famille, il suffirait d'une famille pour le recommencer.

Trois êtres semblables, puisqu'ils appartiennent tous à l'humanité, mais non égaux, puisqu'ils ont des fonctions différentes, ^<^r^, inère^ enfant, constituent la famille : constitution naturelle et nécessaire, puisqu'on ne peut supposer la famille composée de plus ou de moins que du père, de la mère et des enfants.

Ce n'est encore là que la famille, rapprochement d'êtres physiques pour la production d'un être semblable à eux.

Mais le genre humain se compose non des êtres produits, mais des êtres conservés ; la brute vit passagèrement en famille, mais seulement pour la production de ses semblables, et non pour leur conservation ; et, une fois la production assurée, le père, la mère, les petits vivent étrangers les uns aux autres et ne se reconnaissent plus.

Mais, si la brute vit passagèrement en famille, pour la production de ses semblables, l'homme, être moral, doit vivre en société pour la conservation des êtres que la famille a produits. L'animal naît parfait, et n'a rien à apprendre, pour sa conservation, des animaux de son espèce ; l'homme naît perfectible, et a tout à recevoir de la société de ses semblables, car il ne peut se conserver au physique ni au moral que dans sa perfection relative ; et, de même que le gland périt s'il ne devient chêne, l'enfant périt s'il ne devient homme.

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L'homme ne naît pas, comme la brute, vêtu et armé ; il n'a pas reçu de la nature cet instinct de conservation personnelle, qui, sans éducation de leçon, ni même d'exemple, fait discerner à l'animal ce qui lui est utile ou ce qui lui est nuisible, et lui fait chercher sa proie ou éviter son ennemi ; l'animal, je le répète, naît parfait, et ce que nous lui apprenons est pour nos besoins ou nos plaisirs, et non pour les siens ; l'homme n^àt, p e r/ec h' b le : il faut qu'il apprenne à vivre, qu'il jtcge par son intelligence tout ce qui est nécessaire à sa conservation, qu'il combatte par l'action de ses organes tout ce qui s'oppose à l'accomplissement de ses besoins ou au développement de ses facultés. Il faut donc qu'il apprenne tout de ceux qui l'ont précédé dans la carrière de la vie, qu'il apprenne à parler pour apprendre à exprimer ses pensées, et pour les autres, et pour lui-même ; il faut donc qu'il écoute et qu'il obéisse (i).

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