INTRODUCTION XI
dans un chang-ement radical et pourtant trop peu remarqué, qui s'est accompli depuis un demi-siècle dans les hautes intelligences françaises, sur un point, en apparence bien éloigné des théories de Bonald : la définition, Tobjet propre et l'avenir de la Science. Nous avons pour mesurer et la force et le sens de cette évolution, un document de premier ordre : la correspondance de Taine. J'écrivais tout à l'heure les deux mots de scientifique et de positif. Ces lettres du grand philosophe nous montrent combien la forme d'esprit représentée par ces termes était encore incertaine aux environs de 1850. Pour ne prendre qu'un seul des problèmes soulevés par l'avenir de la Science, les meilleures têtes d'alors étaient persuadées d'un accord complet entre cette Science et la Démocratie. Nos aînés acceptaient, comme un dogme, cette naïve croyance qu'il y avait eu, avant lexix^ siècle, une civilisation tout entière fondée sur l'erreur, etque nous assistions aujourd'hui à une magnifique tentative pour redresser cette erreur et constituer une autre société.