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CONTRE

l'imitation des institutions politiques étrangères

Il y avait à l'église de Saint-Nicaise de Reims un arc-boutant qui remuait sensiblement au son de certaine cloche. Ce phénomène, dû au hasard, tenait sans doute à une certaine disposition des lieux environnants, peut-être au ^?><:?7;/^;// défectueux de quelques pierres qui entraient dans la construction de l'arc-boutant, peut-être à l'alliage des métaux dont la cloche était composée, ou à l'angle sous lequel l'air agité venait frapper l'arc... Quoi qu'il en soit, l'arcboutant et la cloche ont été détruits, et l'on pourrait défier tous les architectes du monde de reproduire ce singulier phénomène, même en plaçant dans les mêmes lieux une cloche et un arc-boutant, et en rétablissant avec la plus scrupuleuse exactitude leurs dimensions. Il manquerait toujours à cette copie le principe intérieur et inconnu du mouvement. Ne pourrait-on pas appliquer cette comparaison aux imitations indiscrètes d'institutions politiques étrangères ? On veut faire par art un ouvrage de hasard,

(i) Pensées.

dernier résultat des événements produits pendant une longue suite de siècles, par l'opposition des esprits, des caractères, des intérêts ; par les circonstances extérieuresau milieu desquelles un peuplea été placé, combinées avec des faits antécédents ; ouvrage de hasard, je le répète, et qui a été chez un peuple autant l'effet de ses rapports avec ses voisins, que de son état intérieur. \^ous aurez beau copier avec la plus servile précision les formes extérieures de ces institutions, en revêtir les livrées, en prendre les noms, en imiter les usages, en reproduire en un mot tout ce que vous pourrez en saisir ; vous aurez la lettre, une lettre morte, et vous n'aurez pas l'esprit, l'esprit qui vivifie, qui donne à cette grande et bizarre machine le mouvement ; et cet esprit, ce principe moteur, que vous cherchez dans une sage distribution de pouvoirs que vous croyez apercevoir, sera peut-être dans un abus que vous voudrez évi— ter(i).

L'industrie de l'homme peut bien, à force de soins, faire vivre quelques jours, dans un vase fragile, ces plantes exotiques dont l'art a fait jusqu'à la couche de terre qui les nourrit, que l'art abrite, qu'il couvre, qu'il défend des injures des saisons et des moindres variations de l'air ; mais la nature seule a semé une fois sur les sommets des montasfnes ces chênes altiers que l'homme n'a jamais cultivés, qui bravent, pendant des siècles, les vents et les orages ; et s'ils suc-

(i) Pensées.

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combent enfin à l'effort du temps, des rejetons sortis de leur tige, et appuyés sur leurs antiques racines, les reproduisent, et leur donnent une sorte d'immortalité (i).

UNE CONSTITUTION NE DOIT PAS s'ÉCRIRE

On ne peut pas écrire la constitution (2) ; car la constitution est existence et nature. Et l'on ne peut écrire l'existence ni la nature : écrire la constitution, c'est la renverser ; comme<^^Vr<?7^r l'existence de l'Etre suprême, c'est en anéantir la foi.

Mais là où il n'y a qu'une forme de gouvernement sans constitution, il faut écrire ; car les lois politiques n'étant que des volontés particulières, des opi-

(i) De l'unité religieuse en Europe.

(2) Joseph de Maistre, dans une lettre à Bonald (20 mai 1819), raille les légisfaiseurs, même ceux de la Restauration. Il professe que «plus on écrit et plus une institution est faible ». « La raison, ajoute-t-il, en est claire. Les lois ne sont que des déclarations de droits et les droits ne sont déclarés que lorsqu'ils sont attaqués ; en sorte que la multiplicité des lois constitutionnelles écrites ne prouve que la multiplicité des choses et le danger d'une destruction. Voilà pourquoi la constitution laplusvigoureusedel'antiquitéprofane fut celle de Lacédémone, où l'on n'écrivait rien. » {Considérât.^ chap. VI.) « Une constitution écrite, telle que celle qui régit aujourd'hui les Français, n'est qu'un automate, qui ne possède que les formes extérieures de la vie. L'homme, par ses propres forces, est tout au plus un Vaucanson ; pour être Prométhée , il faut monter au ciel. » {Ibid., chap. vu.)

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nions et des convenances, peuvent changer avec les volontés, les opinions et les convenances : et pour se reconnaître dans ce conflit de volontés, de convenances et d'opinions, il faut savoir quelles sont les volontés qui l'ont emporté, les convenances qui ont paru les plus sages et les opinions qui ont prévalu. Il faut donc les écrire (i).

Les lois domestiques et les lois politiques, en France, n'étaient pas écrites pour la plupart. Les lois domestiques non écrites s'appellent les mœurs, les lois politiques non écrites s'appellent à.ç.'àîtsages , des coutumes. Dieu parle à la première famille, il écrit pour le premier peuple, et les lois domestiques deviennent des lois publiques, lorsque la famille devient l'Etat. Le même ordre de choses se renouvelle sous nos yeux ; les peuples naissants n'ont rien d'écrit sur la société domestique, ni sur la société publique. A mesure qu'ils avancent, ils écrivent leurs lois politiques ; plus tard, ils écrivent jusqu'aux lois domestiques ou aux mœurs. C'est là que nous en sommes. Ainsi le vieillard ne se rappellerait rien, s'il n'écrivait tout. Malheur peut-être à une nation obligée d'écrire, et de faire des lois même de ses mœurs (2) !

(i) Théorie du pouvoir, part. I, liv. I, chap. xii. (2) Législation primitive, part. I, liv^ II, chap. xviii.

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