DÉFINITION DE LA « VOLONTÉ GÉNÉRALE » CONSTITUANTE
Dans la société politique, être général et collectif, la volonté générale est cette volonté ou cette tendance qu'a tout être de parvenir à la fin pour laquelle il a été créé ; volonté ou tendance qui, jointe aux moyens de parvenir à la fin, constitue la nature de cet être.
Mais cette volonté et ces moyens, qui constituent la nature d'un être, lui ont été données par le Créateur, qui a créé les êtres pour wn^Jln, et par consé-
(i) Théorie du pouvoir ^ part. II, liv. VI, chap. m. (2) Ibid, part. Il, liv. VI. Conclusion de la Théorie du pouvoir religieux.
quent avec la volonté et les moyens d'y parvenir. Donc la volonté générale conservatrice de la société religieuse constituée, et celle de la volonté politique constituée, ne font qu'une volonté générale qui est la volonté de Dieu. Ce sont les effets de cette volonté générale conservatrice que les hommes qui croient à Texistence de Dieu appellent Providence.
Si la volonté générale conservatrice de la société civile est Dieu même, pourquoi, dira-ton, y a-t-il des sociétés qui se détruisent ou qui ne parviennent pas à leur fin ? La société parvient nécessairement à S2ifin, et la société ne se détruit pas, parce que, si l'homme nous paraît retarder, par le dérèglement de ses volontés particulières, les progrès de la société et l'accomplissement de la volonté qu'elle a de parvenir à sdijin, cette volonté n'en a pas moins un effet infaillible, nécessaire, qui, dans un temps ou dans un autre, triomphe toujours des obstacles que lui oppose la volonté dépravée de l'homme. Et comme sa fin est la conservation des êtres, et qu'elle ne peut assurer cette conservation qu'en se constituant, il s'ensuit que, malgré les efforts de l'homme, elle tend nécessairement^ invinciblement, à se constituer (i).
(i) Théorie du pouvoir, part. II, liv. IV, chap. i. — La « volonté générale » définie par Bonald ressemble beaucoup à ce que Claude Bernard, dans des lignes fameuses, nomme idée directrice. Faisons seulement une transposition. Entendons du corps social ce qu'il écrit du corps physique : « S'il fallait définir la vie, je dirais : la vie, c'est une création... Ce qui caractérise la machine vivante, ce n'est pas la nature de ses propriétés physico-chimiques, c'est la création de cette machine... d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie... Ce