HÉRÉDITÉ DU POUVOIR
Nécessité de la succession héréditaire dix pouvoir y première loi politique, conséquence nécessaire de la loi fondamentale Aw pouvoir social, et fondamentale elle-même ; loi sacrée qu'aucune nation n'a impunément méconnue, et la Pologne en est depuis longtemps un triste exemple .
Remarquez la concordance de cette loi avec le principe élémentaire de la société politique. Dans une société qui ne considère que les familles et jamais les individus, la volonté générale a dû confier le pouvoir général à une famille et non à un individu.
Les petites craintes, les petites prévoyances de
( I ) De l'esprit de corps et de l'esprit de parti.
l'homme disparurent devant les sublimes conceptions de la nature. Elle se réserva le soin de produire des grands hommes lorsqu'ils seraient nécessaires à la conservation de la société ; et elle lui laissa le soin de former de bons rois ; parce qu'une société constituée n'a que rarement besoin de grands hommes, qu'elle peut, par l'éducation, former de bons rois, comme elle forme des hommes utiles dans les autres professions, et qu'enfin le monarque ne conserve pas la société par son action, mais par sa seule existence (i).
QUE LE PRINCIPE DE l'hÉRÉDITÉ
SUPPLÉE, A l'occasion, PAR SON EXCELLENCE,
A LA faiblesse PERSONNELLE DU CHEF
vSans doute, les chances de l'hérédité portent à la tête des Etals comme à celles des familles privées des hommes forts et des hommes faibles ; toute famille nouvelle que l'usurpation élèverait au trône, n'aurait pas à cet égard de privilège, et très souvent les rois les plus forts ont eu pour successeurs les plus faibles des princes. C'est autant pour contenir les forts que pour soutenir les faibles, que la nature a donné aux Etats des lois fondamentales, contre lesquelles tout ce qui se fait par violence ou par faiblesse est mil de soi, dit Bossuet ; et les Etats constitués comme la France auraient peut-être plutôt péri par continuité
(i) Théorie du pouvoir, part. I, liv. I, chap. vi.
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de rois forts que par une continuité de rois faibles. De ces derniers, la France en a eu plus qu'aucune autre société, et plus qu'aucune autre aussi elle s'est accrue en population et agrandie en territoire, même sous les plus faibles de ses rois. C'est que la force de la France n'était pas dans les hommes, mais dans les institutions, et que le roi, fort ou faible, était toujours assez bon, pourvu qu'il voulut restera sa place : semblable à la clef d'une voiite qui en maintient toutes les parties sans effort, même sans action, et par sa seule position. La justice du roi de France était sa force ; sa force était dans la justice : elle n'était pas personnelle, cette force, mais publique et extérieure, parce qu'elle n'était pas en lui, mais hors de lui et dans des institutions. Aussi, toutes les fois que dans des temps de factions vous entendez accuser la faiblesse, l'incapacité des familles rég-nantes, ne voyez dans ces inculpations que des intérêts personnels ; ce sont des architectes qui allèguent le mauvais état d'un bâtiment, pour avoir l'entreprise de la reconstruction.
Sans doute le régent avait plus d'esprit que Charles V, Choiseul plus que Sully, Necker plus que le cardinal de Fleury ; mais lorsque les choses sont ce qu'elles étaient en France, l'homme médiocre qui maintient est plus habile que l'homme d'esprit qui ^ç.vX faire (i).
(i) De la société et de ses développements , — Au point de vue de la capacité des gouvernants, Renan redoutait plus les chances d'une élection que celle de l'hérédité : « Le hasard de la naissance est moindre que le hasard du scrutin. La naissance entraîne d'ordi-
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UNITE DU POUVOIR l'Évangile l'enseigne
La première condition du pouvoir est d'être tm^ et le pouvoir n'est entre les hommes un si grand sujet de division, que parce qu'il ne peut pas être un objet de partage. C'est la tunique sans couture qui ne peut être divisée et se tire au sort, et toiLJours eiiire les soldais.
Les fonctions du pouvoir peuvent être multiples, suivant que son action s'applique à divers objets ; mais son essence est d'être //;/ (i), car deux pouvoirs répondraient à deux sociétés, et de là vient que partout où le pouvoir est divisé, il se forme des partis qui sont plusieurs sociétés dans le même Etat ; et le grand Maître en morale ne nous dit-il pas que lotU pouvoir
naire des avantages d'éducation et quelquefois une certaine supériorité de race. Quand il s'agit de la désignation du souverain et des chefs militaires, le critérium de la naissance s'impose presque nécessairement. Ce critérium, après tout, ne blesse que le préjugé français, qui voit dans la fonction une rente à dL-stribuer au fonctionnaire bien plus qu'un devoir public. Ce préjugé est l'inverse du vrai principe du gouvernement, lequel ordonne de ne considérer dans le choix du fonctionnaire que le bien de l'Etat ou, en d'autres termes, la bonne exécution delà fonction. Nul n'a droit à une place ; tous ont droit que les places soient bien remplies. Si l'hérédité de certaines fonctions était un gage de bonne gestion, je n'hésiterais pas à conseiller pour ces fonctions l'hérédité. »
(i) Pascal a dit : « La multitude qui ne se résout pas à l'unité est confusion. » (Pensées.)
BOXALD
divisé en Ini-inême sera désolé ? [Matih., xii, 25 ; Luc, XI, 17) (i).
... Il faut prendre g-arde à cette expression divisé en hci-tnêine : la guerre civile elle-même, ce fléau terrible des sociétés, ne divise pas le pouvoir en Iniiitêine, puisque chaque parti le veut et le veut tout entier ; la division du pouvoir en lici-même est la division légale de l'unité de pouvoir, loi première, ou plutôt dogme fondamental de la société : tout royaume qui s'écartera donc de cette unité de pouvoir sera désolé : désolé par les factions, désolé par les haines, désolé par les ambitions ; il sera désolé et détruit, car deux pouvoirs forment deux sociétés toujours en guerre l'une contre l'autre, et une prospérité momentanée et toute matérielle n'empêchera pas sa ruine totale (2).