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DISTIXCTIOX DU POUVOIR ABSOLU ET DU POUVOIR ARBITRAI KE

Le pouvoir absolu est un pouvoir indépendant des

(i) De la langîie poliliqîie. — Auguste Comte, qui rêvait d'instituer une « dictature positiviste », avouait son admiration et sa sympathie pour ceux qui exercèrent fortement le pouvoir. Il aimait le grand Frédéric et Louis XL (Lettre à Henry Dix Hutton, publiée dans Atcgusfe Comte conservaietir^ p. 202-2o3). Stuart Mill se moquait de son « culte idolàtrique » pour Jules César, qui sans doute l'avait séduit en renversant un régime de liberté. Sa lettre au Czar Nicolas (imprimée au tome III du Système de politique positive, p. 298) est un témoignage de plus de son goût pour les autocrates. Même le coup d'Etat de i85i, qu'il avait ridiculisé, au premier instant, dans une lettre privée, en faisant une mamamouckade, il le célébra comme une « intervention décisive, non moins opportune qu'énergique » qui faisait « irrévocablement prévaloir la situation dictatoriale sur le régime parlementaire ». {Appel aux conservateurs). Il s'en réjouit comme du « premier acheminement réel » au gouvernement de son rêve.

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hommes sur lesquels il s'exerce ; le pouvoir arbitraire est un pouvoir indépendant des lois en vertu desquelles il s'exerce.

Tout pouvoir est nécessairement indépendant des sujets qui sont soumis à son action ; car s'il était dépendantdes sujets, Tordre des êtres serait renversé : les sujets seraient le pouvoir, et le pouvoir le sujet. Pouvoir et dépendance s'excluent mutuellement, comme rond et carré.

Ainsi le pouvoir du père est indépendant des enfants, le pouvoir du maître est indépendant des serviteurs, le pouvoir de Dieu est indépendant des hommes.

Mais le pouvoir s'exerce en vertu de certaines lois qui constituent le mode de son existence et déterminent sa nature ; et quand il manque à ses propres lois, il attente à sa propre existence, ilse dénature et tombe dans l'arbitraire. Le pouvoir de Dieu luimême n'en est pas indépendant. « Il n'y a pas de pouvoir, » dit Montesquieu, « si absolu qu'il soit, qui ne soit borné par quelque endroit. Dieu ne peut changer l'essence des êtres sans les détruire ; il ne peut rien contre sa propre nature. »

Ainsi le pouvoir du père de famille est indépendant de ses enfants ou de ses serviteurs ; mais s'il les maltraite, lui dont la première loi est de les protéger ; s'il est injuste à leur égard, il devient arbitraire, et tombe sous l'action des lois publiques, conservatrices des lois domestiques, et elles lui ôtent le pouvoir dont il abuse ; et remarquez que ce ne sont ni ses enfants ni ses serviteurs qui lui ôtent ce pouvoir

mais une autorité supérieure. Ainsi le pouvoir public est indépendant des sujets ; mais s'il les opprime, lui dont le devoir est de les défendre de l'oppression, il est coupable aux yeux de Dieu, juge suprême des rois, et qui les punit par les propres passions qu'ils ont déchaînées. C'est ici que croit triompher une philosophie superbe, qui veut que les rois soient justiciables des sujets ; mais l'oppression, poussée au point où nous l'avons vue, était impossible à un roi, même à un tyran ; et elle n'a été possible en France que par le peuple lui-même, représenté par ses députés, qui donnaient l'argent, et ses sénateurs, qui donnaieut les hommes (i).

Déclarer le peuple souverain, dans la crainte hypothétique qu'il ne soit opprimé comme sujet, sans prévoir quel pouvoir on pourra opposer à celui du peuple, ou plutôt avec la certitude de n'en avoir aucun à lui opposer, si, à son tour, il devient oppresseur ; présupposer l'oppression, pour justifier la résistance ; ériger le désordre en loi, pour prévenir la violation de l'ordre, c'est imiter un insensé qui bâtirait sa maison au milieu d'un torrent, pour avoir de l'eau en cas d'incendie. « Ce que vous voulez faire, faible à vous opprimer, » dit Bossuet avec une raison si profonde, « devient impuissant à vous protéger. »

Je le répète, le pouvoir absolu est un pouvoir

( I ) Observations stir V ouvrage de M'"' de Staël,

indépendant des sujets ; le pouvoir arbitraire, un pouvoir indépendant des lois : et lorsque vous érigez le peuple en pouvoir, vous ne lui donnez pas un pouvoir absolu, puisqu'il est dépendant de tous les ambitieux et le jouet de tous les intrigants ; vous lui conférez nécessairement un pouvoir arbitraire, c'est-à-dire indépendant de toutes les lois, même de celles qu'ilse donne à lui-même (i). Car « un peuple », s'il en faut croire J.-J. Rousseau, « a toujours le droit de changer ses lois, même les meilleures. Car s'il veut se faire du mal à lui-même, qui est-ce qui a le droit de l'en empêcher ? »

Et remarquez qu'il faut toujours quelque chose d'absolu dans un Etat, sous peine de ne pouvoir gouverner. Quand l'absolu est dans la constitution, l'administration peut être sans danger modérée et même faible ; mais quand la constitution est faible, il faut que l'administration soit très forte : elle visera même à l'arbitraire, et les idées les plus libérales dans les agents du pouvoir n'empêcheront pas cet effet inévitable (2).

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