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DES FAMILLES « SOCIALES

ou DE LA NOBLESSE

Les nobles, dans une monarchie, sont l'action vivante, et comme les prêtres de la royauté (2) .

L'institution du ministère public, qu'on appelait noblesse, n'est en elle-même ni une décoration pour l'Etat, ni un lustre pour l'individu. Ces figures oratoires peuvent embellir une harangue, mais elles ne rendent pas raison de cette institution. La décoration de l'État est sa force, et le lustre de l'homme, sa vertu. Il n'y aurait jamais eu de noblesse dans aucun Etat chrétien ou civilisé, les seuls où l'homme ait des idées justes du pouvoir et des devoirs, si elle n'eût été qu'une décoration ; et elle n'aurait pas été,

(i) Sur l'augmentation de la Chambre des pairs. {Conservateur, mai 1819:7

(2) De l'Émigration, (18 19.) — Bonald l'a redit ailleurs, presque dans les mêmes termes r« ...La noblesse qui est le ministère ou, si l'on peut dire, le sacerdoce de la royauté. » {Siir le Mémoire de M. de Montlosier. (1826.)

parce qu'elle n'aurait rien été. La noblesse est une fonction générale, et le séminaire des fonctions spéciales.

DISTINCTION DE l' ARISTOCRATIE ET DE LA NOBLESSE, ET DEVOIRS PARTICULIERS DE CETTE DERNIÈRE

On confond perpétuellement, et le peuple surtout, l'aristocratie et la noblesse ; cesont cependant choses différentes, et en politique comme en toute autre matière, deux mots exprimant deux idées.

La noblesse n'est pas, plus que l'aristocratie, naissance, fortune, titres ou décorations.

La naissance, qu'on confond avec elle, est l'ancienneté de la noblesse et n'est pas la noblesse.

La fortune n'est pas la noblesse, mais elle lui était nécessaire pour remplir ses devoirs, sans être à charge à l'Etat.

Les titres, les cordons ne sont pas la noblesse, et l'ont plutôt affaiblie ; et quand des distinctions, jadis inconnues, ont mis la vanité à la place de la conscience, la jalousie a pris la place du respect.

L* aristocratie est la participation héréditaire an pouvoir législatif,

La noblesse est le service héréditaire du pouvoir exécîUif.

Faire des lois avec le pouvoir législateur, le pouvoir qui gouverne, c'est gouverner comme lui et avec lui.

Faire exécuter des lois sous les ordres et par la direction du pouvoir qui exécute, c'est le servir.

Ainsi r aristocratie partage le pouvoir, la noblesse le sert ( i ) .

La noblesse n'est donc ni une prérogative, ni un privilèg-e ; elle est un service et un devoir envers le pouvoir.

Le premier besoin de la société, et même le seul, est sa conservation, c'est-à-dire sa défense contre l'ennemi intérieur ou le méchant, contre l'ennemi extérieur ou l'étranger.

La défense de la société doit donc être la première loi du pouvoir qui fait les lois, et la fonction essentielle, spéciale, du pouvoir qui les exécute.

(i) Taine, qui ne se tient pas avec rigueur à la distinction de Bonald, a juge avec une équité supérieure le rôle de la noblesse française sous l'ancien régime. Il a dit comment ses services justifièrent d'abord ses privilèges ; comment son oisiveté brillante les fît ensuite oublier. A propos de la guerre qu'elle se vit déclarer par la Constituante, il a écrit : « Sans doute, c'est un grand mal qu'une aristocratie favorite lorsqu'elle est oisive, et que, sans rendre les services que comporte son rang, elle accapare les honneurs, les charges, l'avancement, les préférences, les pensions, au détriment d'autres non moins capables, aussi besogneux et plus méritants. Mais c'est un grand bien qu'une aristocratie soumise au droit commun, lorsqu'elle est occupée, surtout lorsqu'on l'emploie conformément à ses aptitudes, et notamment pour fournir une

Chambre haute élective ou une Pairie héréditaire, — En tous cas,

on ne peut la supprimer sans retour ; car supprimée parla loi, elle se reconstitue par le fait, et le législateur ne peut jamais que choisir entre deux systèmes, celui qui la laisse en friche ou celui qui récarte du service public. » {^Origines de la Ft^ancc contemporaine, la Révolution^ liv. II, chap. 11 et iir.)

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La défense de la société contre l'ennemi intérieur est confiée à la justice rendue par les tribunaux ; et contre l'ennemi extérieur, elle est dans le combat livré par la force des armes.

Kivi^ifnger et combattre sous les ordres et sous la direction du pouvoir exécutif, est la fonction spéciale ou plutôt la raison de l'institution de la noblesse, et il n'y en a pas d'autre.

C'est afin que la noblesse ne fût jamais empêchée par sa faute de remplir ses devoirs politiques, que les mœurs, plutôt que les lois, lui interdisaient tout engagement pécuniaire qui entraînât la contrainte par corps, lui défendaient de se livrer à aucun négoce, trafic, ou autre profession lucrative qui pût la mettre dans la dépendance des particuliers, d'occuper aucun emploi de finance ou d'administration civile (i) ; et jusqu'à la révolution, un cadet de Gascogne qui n'avait, comme on dit, que la cape et l'épée, et ne pouvait avoir d'autre perspective en se retirant du service, s'il n'y laissait pas la vie ou les membres,

(i) « Les préjugés qui, dans l'ancienne société française, faisaient attacher moins de faveur aux professions lucratives, et qui interdisaient tout commerce et toute industrie aux gentilshommes, étaient poussés sans doute à de fâcheuses exagérations ; mais, comme la plupart des préjugés, ils reposaient sur quelque secrète raison : ils r enfermaient une profonde notion de l'équilibre de la société, et entraînaient peut-être moins d'inconvénients que l'opinion qui tendrait à faire envisager la richesse et l'utilité comme la règle de la hiérarchie sociale, si cette opinion venait universellement à prévaloir. » (Renan, Essais de morale et de critique.)

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que d'obtenir un grade de capitaine d'infanterie et trois ou quatre cents francs de pension, n'aurait pas changé ses épaulettes pour une recette générale. C'est à peine croyable aujourd'hui, et je n'ose l'avancer que sur la foi d'hommes vivants encore qui peuvent en rendre témoignage (i).

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