V-^iTTi
EN ÉGTPTB 195
monticules irréguliers, une vallée assez profonde séparait les deux partis.
Les Français étaient formés à peu près dans le même ordre que dans la journée du 6. Après deux heures de marche, Desaix vit la cavalerie ennemie s'avancer rapidement vers lui, au son d'une musique barbare. Les pelotons avancés étaient à peine repliés sur les petits carrés, et les deux pièces d'artillerie légère mises en batterie, lorsque les Mameluks se précipitèrent de toutes parts sur les Français. Ceux-ci les virent arriver avec le plus grand sang-froid. Desaix avait commandé aux grenadiers de la 21® légère de faire feu : « A vingt pas, Général, répondirent ces braves; nous ne tirerons pas avant. » Le canon éloigna les Mameluks du front du grand carré ; mais ils se jetèrent sur les deux petits carrés placés aux angles, l'un devant, l'autre derrière. Le capitaine Vallette, qui commandait celui de droite, ordonna à ses chasseurs (de la 21* légère) de ne faire feu qu'à dix pas et de croiser la baïonnette. Cet ordre fut exécuté ; l'ennemi, trop nombreux pour être arrêté d'abord par un feu trop court et trop peu nourri, arrive jusque sur les baïonnettes; il ne peut rompre le petit carré; le feu des second et troisième rangs le foudroie, et les baïonnettes du premier éventrent les chevaux. Les Mameluks jettent alors sur leurs adversaires, fusils, tremblons, haches, pistolets, masses d'armes, et jusqu'à leurs sabres et leurs poignards; plusieurs soldats succombent sous ce nouveau genre de traits; les Mameluks pénètrent dans le carré; douze
Français tombent morts, trente sont blessés; mais l'ennemi paye cher cet avantage; autant des siens mordent la poussière. Bientôt la mitraille et le feu du grand carré parviennent à dégager les întré» pides chasseurs du capitaine Vallette, qui rentrent dans ce carré après avoir dépouillé ceux de leurs riches adversaires qui sont restés sur le terrain. La conduite de ces trop braves soldats qui, pour la plupart, n'avaient voulu se battre qu'à la baïonnette, est au-dessus de tout éloge.
Pendant que cela se passait au petit carré de droite, d'autres Mameluks, aussi nombreux que les premiers, s'étaient avancés sur le carré de gauche, commandé par les capitaines Sacrost, de la 21® légère, et Geoffroy de la 61® de ligne, mais le feu de cette troupe, beaucoup plus prompt et mieux nourri que celui du carré de droite, repousse la charge. L'ennemi se porta alors sur le côté du grand carré formé par la 88"; il fut accueilli de même. Avant de marcher sur le gros des troupes ennemies, il fallut transporter les blessés Malgré toute la diligence que mirent les Français à cette opération, Mourad-Bey eut le temps de faire placer quatre pièces de canon sur un monticule : déjà ces pièces faisaient un grand ravage, lorsque Desaix ordonna de marcher dessus au pas de charge La mitraille ne put arrêter la marche du carré, non plus qu'une charge vigoureuse entamée sur le front de la 88*^, au milieu de la course. L'ennemi, étonné de cette intrépidité, s'enfuit dans le plus grand désordre; et le capitaine Rapp, aide de camp
EN éGTPTB 197
de Desaix, à la tête des tirailleurs, s'empare des <iuatre pièces. Embarrassé de ses blessés, et voulant reposer ses soldats, haletant de soif et de fatigue, Desaix arrêta la division sur les bords de l'inondation du Fayoum. Après quelques instants de repos, les troupes marchèrent sur Sédiman, évacué par les troupes de Mourad, pour que les blessés y ftssent pansés et transportés ensuite sur les djermes <'e la flottille.
Les Français avaient perdu dans le combat qua-
^^tite hommes tués et quatre-vingts blessés. Le
^^pitaine Humbert, de la 21® légère, fut du nombre
d^s morts. Le chef de la 61® demi-brigade, Conroux
®t ïlapp, aide de camp du général Desaix, furent
"Icssés. Plus de trois cents Mameluks restèrent
s^ï*le champ de bataille, et Mourad emmena un plus
gï'and nombre de blessés ; la plaine était couverte
^^ cadavres et de chevaux. Les beys et les kâchefs,
^^tant par bravoure personnelle que pour animer
l^Urs gens, s'étaient plus particulièrement exposés
^^ danger; aussi plusieurs d'entre eux reçurent-ils
1^ mort ou des blessures graves. Les beys Sélim-
^oouJix, Osman-Bardizy,Osman-Tamburdji étaient
^^ nombre des tués. Mohammed-Elfy-Bey avait
^^çu un coup de feu à la cuisse. Ici, comme à la
^^taille des Pyramides, les soldats firent un butin
^^nsidérable. Pas un Mameluk sur lequel on
^ ^ittrouvé quatre ou cinq cents louis. Les chefs
^^ bataillon Eppler et Morand (1), les capitaines
* ailette, Sacrost, Geoffroy, les lieutenants Horman
* V Devenu géaëral de division.
198 BONAPARTB
et Nicolier, les sergents Pierre Laurent, JérAmei, les soldats Parilès, Rougereau, Richouy, Tremier, Gérard, Tissot, Châtelain, Demonge, Marchand, Duchêne et Morin, méritèrent une mention plus particulière dans les rapports des généraux et chefs de corps. Il n'est pas besoin d'ajouter que ces derniers donnèrent de nouvelles preuves de leur sang^ froid ordinaire : notamment le général Priant, l'adjudant général Donzelot, et les chefs de brigade Robin et Conroux.
Bonaparte reçut la nouvelle de cette victoire avec la plus vive satisfaction ; Robin fut promu général de brigade. « Vous mettrez a l'ordre, écrivait le général en chef au général Berthier, que les citoyens Gérard, caporal de la 21®, Petitjean, Châtelain, Claude, Tissot, Claude des Acoules et Julien Marchand, chasseurs de la 21®, ont montré beaucoup de valeur à la bataille de Sédiman ; extrait de l'ordre sera envoyé à leurs communes (1). »
L'Egypte n'avait point encore vu de combat pins opiniâtre et plus meurtrier, et ce qui rend encore le succès obtenu par les Français plus remarquable, c'est que les troupes de Mourad-Bey étaient six fois plus nombreuses que celles de Desaix; celui-ci avait à peine deux mille hommes. Le résultat de cette action brillante, fut la séparation des Arabes d'avec les Mameluks, et l'occupation de la fertile province du Fayoum, où Desaix alla s'établir pour reposer ses troupes. Les Mameluks se retirèrent d'abord derrière le lac de Gaza et, de là, W
(1) Currcspondance do Napoléon, piùco 3489.
EN B6TPTE 199
village de Delgé^ à la hauteur de celui de Melaoueh^ sur le Nil. Un autre avantage de la victoire de Sédiman, fut de démontrer à Mourad-Bey son impossibilité de vaincre l'infanterie française en bataille rangée. Il faut attribuer à l'expérience qu'il fît dans cette journée de l'intrépidité surnaturelle de nos soldats, le parti-pris par ce chef des Mameluks de ne plus se mesurer franchement avec eux. Il résolut de les harceler, de fuir quand il serait poursuivi et ne se laisser jamais approcher d'assez près pour être contraint d'engager un combat désavantageux. Cette tactique de Mourad était celle des Arabes. Ce ne fut pas sans une extrême répugnance que ce guerrier se soumit à des manœuvres si opposées à son courage impétueux et à son audace naturelle. Quoiqu'il en soit, cette nouvelle manière de faire la guerre aux Français, tînt ceux-ci dans un mouvement continuel, et leur fit éprouver, dans les marches et contre-marches auxquelles ils furent forcés, plus de mal qu'ils n'en auraient eu dans des combats réguliers.
Le général en chef, désireux de faire connaître au Directoire l'état réel de l'armée d'Orient, de présenter les drapeaux conquis, et de savoir exactement ce qui se passait en France, choisit son frère pour cette mission délicate (1). Louis Bonaparte s'embarqua, vers le 15 octobre, sur le brick la Revanche. Après un voyage de deux mois, durant lequel il échappa, comme par miracle, aux vaisseaux
(l) Correspondance, pièce 3439. — Lettre au Directoire.
turcs, russes, anglais et mème']portugais et à des tempêtes journalières, il aborda à Tarente en Calabre, y fit une quarantaine de vingt-sept jours, et arriva à Porto-Vecchîo, en Corse. Il croyait si peu échapper à la mer, à cause du mauvais état du bâtiment, soutenu par une seule et mauvaise pompe, quHl donna Tordre au capitaine d'entrer à Messine, quoiqu'il sut que la guerre était déclarée entre la France et Naples. Mais la force du vent jeta le bâtiment hors du détroit de Messine et une frégate anglaise le pour^ suivit. Cela fut cause qu'il jeta à la mer les drapeaux qu'il devait présenter au Directoire.
EN ÉGTPTE 201
Révolte au Caire (21 octobre) ; Rapport de Bonaparte au Directoire. — Tentative des Anglais contre Aboukir (24 octobre). — Rétablissement du divan du Caire ; proclamation du général Bon aparté (21 décembre) ; travaux de défense exécutés au Caire : usines, fonderies, manufactures, établissement d'un Tivoli. — Combat de Fayoum par le général Desaix (9 novembre). — Excursions des membres de l'Institut. — Excursion de Bonaparte à Suez; passage de la Mer Rouge ; canal des deux mers (24 décembre 1798).
Deux moîs étaient écoulés depuis l'entrée des Français dans le Caire et jusqu'alors la population de cette immense capitale avait paru étrangère ^ toutes les trames ourdies contre les nouveaux ^onfiinateurs de TÉgypte par les agents secrets des ^^ys, des Turcs et des Anglais. Le général Bonaparte n'avait négligé aucun des moyens qui pou- ^^lent établir la confiance chez les principaux '^^bitants, paralyser les intrigues des ennemis des ^^^nçais et rendre, sans effet, les déclamations ^^énétiques des ulémas, des imams et autres '^^nistres de la religion mahométane. Le divan éta-
*^ par lui était consulté sur les moindres intérêts, ^^ il s'empressait de faire droit aux demandes ou
^^lamations légales que lui adressait cette Assem-
202 BONAPARTB
blée municipale. II avait mis ses soins à respecter lui-même et à faire respecter par tous ce qui tenait aux usages religieux et civils. Cette conduite avait concilié, au général en chef, Testime et la vénération de plusieurs personnages en crédit parmi le peuple, et, dans leur reconnaissance, ils l'avaient appelé Ali. Le nom du gendre de Mahomet, digne successeur de l'auteur du Coran^ et Prophète comme lui, leur avait paru le plus convenable pour exprimer l'opinion qu'ils avaient conçu du caractère et des grandes qualités du vainqueur des Mameluks.
Mais plusieurs des chefs de la religion, et tous les sectateurs de 1 islamisme, étaient loin de parta* ger l'enthousiasme de ceux dont nous venons de parler; au lieu de regarder comme un bienfait la protection que le général français accordait aux musulmans, ils ne voyaient dans ses démarches qu'une profanation insultante, un grand avilissement. Les ennemis de la République trouvèrent donc, parmi ces fanatiques, des gens disposés à se rendre les instruments de leur haine et de leurs machinations. Les dernières classes du peuple ne tardèrent pas à recevoir l'impulsion qui leur fut donnée dans ce sens. L'esprit d'insurrection se propagea avec activité : les meneurs n'attendaient plus qu'une occasion favorable pour jeter le ma»" que et lever l'étendard de la révolte, lorsque, mallieurcusenicnt, cette occasion fut hâtée par les Français eux-mêmes.
En Kgypte, comme dans toutes les contrées Je
l'Orient où régnait le despotisme, presque toutes les propriétés n'étaient que des concessions temporaires du gouvernement ; elles pouvaient être retirées ou renouvelées, suivant le caprice du maître absolu, à la mort du fellah.
Le général Bonaparte n'avait point trouvé dans les finances de TEgypte les ressources qu'il en espérait. La cessation du commerce extérieur, les trésors emportés par les Mameluks, la méfiance générale des propriétaires et des gens riches, avaient fait disparaître une grande partie du numéraire, dans un pays, d'ailleurs, où ce dernier n'est pas très abondant et où toutes les impositions légales se payent en nature. Pour se procurer l'argent nécessaire aux besoins de l'armée, il aurait fallu recourir à la voie des avanies, moyen odieux, précaire et qui aurait trop rappelé les Mameluks, dont il importait de faire oublier les mesures vexatoires. Un projet de Poussielgue, administrateur général des Finances, consistait d'établir le droit d'enregistrement, de soumettre toutes les concessions à une revision, et de faire enregistrer tous les actes portant confirmation. Ce moyen fiscal, absolument inconnu dans l'Orient, fut regardé comme une avaûie déguisée, et excita un mécontentement général, notamment au Caire, séjour habituel de presque tous les grands concessionnaires de l'Egypte. Les mêmes hommes qui, par amour pour^la tranquillité, avaient résisté aux insinuations des malveillants, tant qu'ils avaient cru leurs propres droits en sûreté, partagèrent les ressentiments des ennemis
des Franij'.aîfi gnanH ils se ^-îrent attaqués dans leurs intérêts. Cette disposition d'esprit chez les grands propriétaires, patrons des classes inférieures do peuple, gagna promptement celles-ci. Les malveillants, et surtout certains ministres des mosquées, trouvèrent Toccasion favorable pour mettre en œuvre le grand ressort de la religion. Les temples retentirent de prédications séditieuses, où Ton dusait intervenir l'autorité de Dieu et du Prophète. Le fanatisme égara bientôt toutes les tètes, et le désir de secouer un joug qu'on lui représentait comme plus odieux encore que celui des beys, réunit sous l'étendard de la foi musulmane le peuple entier de la capitale de l'Egypte.
Voici le rapport fait par le général Bonaparte an Directoire (1) sur ce mouvement insurrectionnel.
Le 30 venddmîaîre (21 octobre), à la pointe du jonr, Ut* manifesta quelques rassemblements dans la ville du Gaiit-
A sept heures du matin, une population nombrenK s'assembla à la porte du cadi Ibrahim-Ekhtem-Effendli homme respectable par son caractère et ses mœurs. Uie députation de vingt personnes des plus marquantes se res* dit chez lui et l'obligea à monter à cheval, pour tous ensefliU* se rendre chez moi. On partait, lorsqu'un homme de boo sens observa au cadi que le rassemblement était trop BOV' breux et trop mal composé pour des hommes qui Dt \ voulaient que présenter une pétition. Il fut frappé àt l'observation, descendit de cheval et rentra chez lui. *«■ populace mécoutente, tomba sur lui et sur ses gens A coop* de pierre et de bâton, et ne manqua pas cette occasion pO^^ piller sa maison. Le général Dupuy, commandant la plt^> arriva sur ces entrefaites ; toutes les rues étaient obstra^'
Un chef <lr bîitaillon turc, altiiché à la police, quÎTCWl*
1) Correspoudancc. \m'vv :i538 (27 octobre 1798).
EN ÉGTPTB 205
8 pas derrière, voyant le tumulte et l'impossibilité e cesser par la douceur, tira un coup de tromblon. ace devint furieuse ; le général Dupuy la chargea ;scorte^ culbuta tout ce qui était devant lui, s'ouvrit ^e. Il reçut sous l'aisselle un coup de lance qui lui ?tèrc ; il ne vécut que huit minutes, éral Bon prit le commandement. Les coups de ilarme furent tirés, la fusillade s'engagea dans . rues; la populace se mit à piller les maisons des ir le soir, toute la ville se trouva à peu près tranirmis le quartier de la grande mosquée, où se tenait l des révoltés, qui en avaient barricadé les ave-
lit, le général Dommartin se rendit avec quatre à feu, sur une hauteur, entre la citadelle et Elqui domine à cent cinquante toises la grande mos* s Arabes et les paysans marchaient pour secourir tés. Le général Lannes fit attaquer par le général iiatre à cinq mille paysans, qui se sauvèrent plus n'aurait voulu. Beaucoup se noyèrent dans l'inon-
heures du matin, j'envoyai le général Dumas, avec alerie, battre la plaine. 11 chasse les Arabes au -Qobbeh. A deux heures après-midi, tout était } hors des murs de la ville.
ïu, les principaux cheiks, les docteurs de la loi,
ésentés aux barricades du quartier de la grande
les révoltés leur en refusèrent l'entrée ; on les
à coups de fusil.
fis répondre à quatre heures par les batteries de le la citadelle et les batteries d'obusiers du général ;in. En moins de vingt minutes de bombardement, ;ades furent levées, le quartier évacué, la mosquée
mains de nos troupes, et la tranquillité fut parfai- Hablie.
lue la perte des révoltés de deux mille à deux mille 3 hommes ; la nôtre se monte à seize hommes tués ittant, un convoi de vingt-et-un malades, revenant 2e, égorgés dans une rue, et à vingt hommes de \ corps et de différents états.
je sent vivement la mort du général Dupuy, que
206 BO?rAPARTB
les hasards de la guerre avaient respecté dans cent occasions (i). Mon aide de camp Sulkowski, allant, à la pointe du jour, le 22 octobre, reconnaître les mouvements qui se manifestaient hors de la ville, a été à son retour, attaqué par toute la populace d'un faubonrg; son cheval ayant glittéi il a été assommé. Les blessures qu'il avait reçues au combat de Sàlheyeh n'étaient pas encore cicatrisées. C'était on ofUcier des plus grandes espérances (2).
Bo?(APABTS.
Le châtiment fut terrible. Le Grec Barthélémy, lieutenant du gouverneur du Caire, alla du côté de Sérakout, à la poursuite des fuyards et leva des impositions dans toutes les bourgades qu'il rencontra sur son passage. Les aides de camp Croizier et Eugène Beauharnais se rendirent dans la tribu des Arabes qui avaient, aux portes du Caire, surpris et égorgés le détachement de malades de la division du général Reynier. Suivant les ordres du général en chef, ils s'emparèrent des hommes de cette tribu, et ayant jeté leurs têtes dans des sacs, ils revinrent au Caire chargés de ce sanglant trophée. Les sacs furent ouverts sur la plaee Ezbekyehy en présence du peuple, qui fut terrifié par ce terrible spectacle. Le 23, le commandant de
'Il Dnpuy (Dominique) était né à Toulouse, en 1764. A dix-neuf servit on (|'iinlit<'' de soldat dans le régiinont d'Artois, puis dans laB <>;ons de la ganlc nationale do Toulouse; en 1791, il fut nommé comi <Iunt en second du 1*'' bataillon do la Haute-Garonnc, qui fut eilT(^ à rarniée des Pvrcnt'os-Orientales; il contribua par son courago à la pril* du canii) de Jalès. {lassa en 1792 à Tarméo des Alpes, fit partie doTarinéc d'Italie avec la 32* demi-brigade et fut ffrîèvemcnt Mciaé Iv l'> avril ITOô an combat de Dego; à Caldero, n reçut une baUe i U trie; il était ri>nnnandant de Milan, lorsque Bonaparte qui saTait ^^pfKé <>i(>r son courage et sa bravoure l'emmena avec lui en EgfYpte.
(2) Sulkowski, issu d'une des plus nobles familles do la" FMogM. n'avait nas voulu demeurer le témoin passif do l'assorvissemeilt de |â patrit?: il était venu chercher la liberté ut la gloire dans les range det soldats français, ({u'il étonna souvent par son dévouement et son wtvépiditc.
td
EN BGYPTB 207
i place du Caîre reçut l'ordre « de faire couper le 3u à tous les prisonniers qui ont été pris les armes la main. Ils seront conduits cette nuit aux bords u Nil, entre Boulâq et le Vieux-Caire ; leurs calavres sans tête seront jetés dans la rivière (1). »
Les ulémas firent des proclamations; elles callèrent les révoltes qui s'étaient déjà déclarées sur ivers points. Plusieurs d'entre eux, envoyés en lission dans les provinces parlèrent avec chaleur ; îur cœur était plein de reconnaissance pour la énéreuse conduite qu'on avait tenue à leur égard, [s furent persuadés plus que jamais que Bonaarte aimait le Coran^ le Prophète, et qu'il était incère dans toutes les protestations qu'il leur avait lites sur le désir de voir heureux le peuple de Arabie. Mille bruits se répandirent dans la ville t dans les provinces. Mahomet avait apparu au ultan Kébir au moment de la révolte, et lui avait it: « Le peuple du Caire est criminel; tu as été on pour lui, ainsi tu seras victorieux; tes troupes ntreront dans Gama-el-Azhar, mais aie soin de especter les choses saintes et les livres de la loi ; ar si tu n'es pas généreux après la victoire, je esserai d'être avec toi et tu n'éprouveras plus que es défaites. » Tout ceci était un mélange de uperstition et d'orgueil; c'était le Prophète qui vait tout fait et qui continuait à les protéger. L la vérité, Bonaparte tira de sa victoire im avanige précieux, celui d'imprimer dans l'esprit des
(1) Correspondance, pièces 3427, 3429. — Ordres du général Bonaïrte.
208 BONAPARTB
Égyptiens, et particulièrement des habitants da Caire, une grande idée des forces qu'il avait à sa disposition. Malgré tout on remit Texécution des projets que Ton avait conçus au moment où la paix serait rétablie avec le sultan de Constantinople, ou bien au moment où quelques événements militaires assez importants auraient dissipé cet orage qui menaçait encore. En effet, tout n'était pas pacifié. L'influence anglaise, qui avait provoqué la sédition du Caire et le soulèvement de toute rÉgypte, parvint aussi à déterminer le divan de Constantinople à des actes d'hostilités contre la France. Un manifeste du Grand Seigneur, rempli d'imprécations et d'invectives, vouait le drapean de la République à l'ignominie, et ses soldats à l'extermination. Bonaparte répondit à ces outrages et à ces provocations homicides par une proclamation qui se terminait ainsi: «Le plus relir gieux des prophètes a dit: La sédition est endormie ; maudit soit celui qui la réveillera ! »
Deux jours après que la populace du Caire M fut révoltée, les Arabes accoururent de différents points du désert et se réunirent devant Belbeys. Le général Reynier les repoussa partout: un senl coup de canon à mitraille en tua sept ; après différents petits combats ils disparurent, et, quelqae temps après, ils firent leur soumission. ÂRamleh, [ où quelques djermes chargées de chevaux avaient été pillées, et deux dragons tués, il y eut une ^ petite attaque dans laquelle le général Murât tnt p une centaine d'Arabes.
Le général Lanusse, instruit que le célèbre Abou-Cha'yr, un des principaux brigands du Delta, était k Kafr-el-Cha'yr, put le surprendre dans la nuit du 20 octobre ; le général cerna sa maison, le tua et lui prit trois pièces de canon, quarante fusils, cinquante chevaux et beaucoup de subsistances. Ce cheik, Abou-Cha'yr, faisait sa résidence habituelle dans une espèce de château fort, d'où il sortait de temps à autre pour désoler la contrée. Abou-Cha'yr était possesseur d'un trésor et de biens considérables ; plus de vingt villages étaient sa propriété, et l'on trouva chez lui des caisses remplies d'argent monnayé et d'argenterie, beaucoup d'effets pillés sur les Français, une grande quantité d'armes de toute espèce, et trente chevaux fort beaux. Ce brigand pouvait mettre en un moment douze cents hommes sur pied, quand il le voulait ; mais il n'en avait alors qu'une centaine dont une partie parvint à s'échapper. Le général en chef écrivit au général Lanusse (26 octobre) :
c Je vous fais mon compliment, Citoyen Général, sur la mort d 'Abou-Cha'yr; c'est une véritable victoire de nous avoir défaits de ce brigand »...
La tête d' Abou-Cha'yr fut promenée dans les différents villages de son domaine.
Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnières et quelques petits bâtiments, se sont approchés du fort d'Aboukir, les 24, 25, 27 et 28 octobre. Ils ont eu plusieurs chaloupes coulées bas. L'ordre était donné de les laisser débarquer ; ils ne l'ont pas osé faire. Ils ont perdu quelques hommes ; nous avons eu deux blessés et un tué. Le citoyen Martinet, commandant la légion nautique, s'est distingué.
Depuis la bataille de Sédimaiiy le général Deaai dans le Fayoum. Dans cette saison, on ne peat, en t aller ni par eau, il n'y en a pas assez dans les can par terre, elle est marécageuse et pas encore sècl pouvant donc poursuivre Mourad-Bey, le général s'occupa à organiser le Fayoum. Cependant Mour en profita pour faire courir le bruit qu'Alexandri pris- et qu'il fallait exterminer tous les Français. Les i se refusèrent à rien fournir au général Desaix qui b> le 9 novembre, pour punir le village de Kerânyc Zàouych el-Kerânyeh), qui était soutenu par deu Mameluks ; une compagnie de granadiers les mit end Le village a été pris, pillé, brûlé ; l'ennemi a perdu hommes.
Dans le même temps, cinq cents Arabes, autant de luks el un grand nombre de paysans, se portaient à N el-Fayoum. pour enlever l'ambulance. Le chef de b. de la 21', Eppler, sortit au-devant des ennemis, les par une bonne fusillade et les poussa la baïonnette c reins. Une soixantaine d'Arabes, qui étaient entrés d maisons pour piller, ont été tués (1).
Le général Destaing fut nommé command la place du Caîre, après la mort du général D et, quelques jours après la révolte de cette la tranquillité s'y trouvait entièrement ré La confiance ne tarda pas à renaître ent: habitants et les Français. Le soin que prît parte de ne faire peser sa vengeance que 8 principaux moteurs de l'insurrection lui r l'affection de la multitude, qui parut se re d'avoir cédé trop facilement aux insinuationi fides dos agents soudoyés par les beys, le Scifrnour et les Anglais. Satisfait du calnr habitants du Caire, le général en chef ne
(1) Letiro do lidiiaparlo au Dirccloiro, 16 novembre.
pas priver plus longtemps cette ville et l'Egypte entière d'une assemblée représentative qui put discuter avec lui les intérêts nationaux, en rattachant continuellement le peuple à la domination française. Oeux mois après la dissolution du premier divan, Bonaparte ordonna la formation d'une nouvelle assemblée des principaux cheiks, tant du Caire î^e des autres provinces, au nombre de soixante, '^armi ceux-ci, il devait être choisi un comité ou "ivan permanent, spécialement chargé de l'administration de la justice et des intérêts des habitants ^® l'Egypte. Un commissaire français fut attaché ^ ^e comité avec voix délibérative, et pour rendre c^nipte de ses opérations au général en chef, il ®*^ît en outre chargé de requérir au besoin toutes '®^ mesures relatives aux intérêts de l'armée. Cette ''^Organisation fut annoncée par la proclamation "Vivante :
Quartier général, au Caire, 1®' nivôse an VII (21 décembre 1798).
Aux Habitants du Caire.
Oes hommes pervers avaient égaré une partie d'entre î^^s ; ils ont péri, Dieu m'a ordonné d'être clément et misé- ^'^ordieux pour le peuple; j'ai été clément et miséricordieux ^^^'^'ers vous.
**'ai été fAché contre vous de votre révolte; je vous ai f **XTé8 pendant deux mois de votre divan : mais aujourd'hui •^ 'VOUS le restitue ; votre bonne conduite a effacé la tache *^ votre révolte.
Chérifs, ulémas, orateurs des mosquées, faites bien con-
^^ître au peuple que ceux qui de gaieté de cœur se décla-
^i*aientmes ennemis, n'auront de refuge ni dans ce inonde
* dans l'autre. Y aurait-il un homme assez aveugle pour ne
pas Toîr que le destin lui-même dirige toutes n lions ? Y aurait-il quelqu'un assez incrédule» poui en doute que tout, dans ce vaste univers, est l'empire du destin ?
Faites connaître au peuple que, depuis que le monde, il était écrit qu'après avoir détruit les e rislamisme, fait abattre les croix, je viendrais ( l'Orient remplir la tâche qui m'a été imposée.
Faites voir au peuple que, dans le saint livre > dans plus de vingt passages, ce qui arrive a été p: qui arrivera est également expliqué.
Que ceux donc que la crainte seule de nos arme de nous maudire, changent ; car en faisant au oie contre nous, ils sollicitent leur condamnation: qu croyants fassent des vœux pour la prospérité de s
Je pourrais demander à chacun de vous comp timcnts les plus secrets de vos cœurs ; car je même ce que vous n'avez dit à personne. Mais un dra que tout le monde verra avec évidence que y duil par des ordres supérieurs, et que tous humains ne peuvent rien contre moi. Heureux ce bonne foi, sont les premiers à se mettre avec moi
Tandis que Bonaparte cherchait, par sa tion et la discipline de ses troupes, à capte veillance et l'afifection du peuple égyptien, pait égalementdesmesuresnécessairespoui un second soulèvement. Déjà les places < drie, de Rosette et de Da miette avaient ét< l'abri des tentatives qui pouvaient être fait elles, tant du coté delà mer que celui de te l'insurrection du Caire fit sentir la néces système de fortifications qui put à raveni ver cette capitale des suites de pareils mou Le général Caflarelli eut ordre de recoi de désigner des emplacements pour la con
(1) Corrospoiidaaco de Napoléon, pièce 3785.
EN ECTITi
de divers ouvra2"^^ autour uv i ■ v^i- . • •••• « mettre à Tabri dt lout»- euir<fi»ri!- i dans l'intérieur 1 .
Sur le moiiticulf ou 1 artil»»-ri- v^^v i»v surrection établi s-c batieri- l*- iii»»* ••■ siers 2 . le capituiu- lit» L'^'inr i,*-.-; -i un fort en maçonnerie. L*- it»: '-.•»!■■ i ■■ le plus mutin: il rroisar tu *•.
citadelle; il battai: i* trrau . '.i-v* la porte des Vicioiren. *.■ i ■^"■: citadelle du Moqatlaii. ' j.- -'>::.- : odes murs très élever, siu.» ■ •des-Fideles. su: ii' roui- -••.*■•
l'enceinte de l^ vili* ui. '«•■■ en fort sous !♦.• non q- Su.- = vait contenii" piubieui- j^:> . ■ pen d'hommes suiiib;»i»-i: ;tauteuiqiildoniiuiiiti ••^■■ a nu-cliemiii dt- Liiiuiti' n ' .; appela le fur! Caf/ir '. " ■ :
EzLekveli ot déJenui' ••. -.■ ■ ■ k moiiticuk- pr«.^= u }'■■ ■ f«rl appel./ de rJ/t.*' . :.' -
*t»nimuiiiciiiiijn- :'".e ...
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rhôpital établi dans la maison d'Ibraliim->Bey. Cet hôpital était couvert par un mur crénelé en forme d'ouvrage à cornes, qui était une tète de pont en avant de Tile de Roudah. On plaça des batteries aa meqyâs; on convertit en fort la prise d'eau de Taqueduc du Vieux-Caire. Il y eut ainsi une série de positions retranchées depuis le Caire jusque Tîle de Roudah et Gyzeh, située vis-à-\'is, sur la rive gauche du Xil. Cette grande ville se trouvait cernée par des forts contenant des batteries incen<diaires, qui pouvaient jeter des bombes et des obus à la fois dans tous les quartiers, qui défen« daient les approches et que cinq cents hommes pou-! vaieat garder. Plusieurs autres ouvrages furent ajout(}s par la suite à ceux dont nous venons de parler, et reçurent également les noms de plusieurs officiers généraux et supérieurs, morts dans diffé-i rentes actions, ou massacrés par l'ennemi. On organisa une troupe de gens du pays pour prêter mainforte aux agas de la police et des marchands, afin (le surveiller, suivant Tusage de ces contrées^ Us cafés, les rassemblements, les places publiqueSy les marchés. Trois compagnies grecques de cent hommes chacune, une au Caire, une a Damiette, une à Rosette furent organisées pour être exclusi* vemonl chargées des escortes de diligences (1).
\a\ suppression de toutes les barrières intérieures donna une toute autre physionomie à la ville. Le^
(1) I)r}>ot (I<; la giiorro. Ordro du 'il ortobro 1798. La eompaglUa foff^ mi'i! ail (!ain' fui confire <iii capitaino Nicole Marco qui avait naontré licaiicoii]) de dévoueintMit pour les Frauçais lors de rinaoïraetloB 4b Cain^.
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boutiques, cafés, auberges et petites manufactures
établies par des Européens, reçurent une nouvelle extension et procurèrent à Tarmée des jouissances qui lui rendirent moins pénible son éloignement d'Europe.
Ce changement dans les esprits permit aux Français de se livrer k l'exécution du dessein qu'ils avaient de rendre leur séjour au Caire aussi agréable et aussi utile que possible. Le sieur Dargeavel, employé dans l'administration civile du pays conquis, avait présenté au général en chef le plan d'un Twoliy dans lequel on trouverait réunis tous les agréments et les plaisirs que les habitants de Paris et les étrangers vont chercher dans les établissements de ce genre que renferme la capitale de la France. Un palais du bey et son jardin furent mis à la disposition de cet entrepreneur, qui réalisa son projet avec autant de succès que les ressources locales purent le lui permettre. Des salles de jeu, de billard, un cabinet de lecture, des orchestres pour les danses, une promenade variée, des divertissements de tous genres, un café, un restaurant, des feux d'artifice, présentèrent aux Français, dans le Twoli du Caire, les délices de celui de Paris.
D'autre part, les négociants européens qui se trouvaient au Caire résolurent de former une compagnie de commerce, dont ils présentèrent ainsi le plan au général en chef:
€ Le commerce qu'interrompt le bruit des armes, mais <jui devient florissant aux jours trancfuilles de l'ordre et de la confiance, languissait dans l'inaction. Averti qu'il obtien-
drait de Tappuî et des encouragements, pourquoi n'osait-il pas cependant se livrer à ses occupations accoutumées ? c'est que les habitants de l'Egypte, témoins de choses si nouTelle» et si extraordinaires pour eux, surpris et incertains, étaient comme au sortir d'un songe, et n'avaient plus nulle fixité dans leurs idées et dans leurs combinaisons commerciales. Il était besoin de leur donner en quelque sorte l'impulsion et l'exeiii* pie : et c'est là le but qu'on s'est proposé. Des négociantSM sont réunis pour former le plan d*une compagnie qui fit naître cette émulation louable des talents et de l'industrie, et qni servit comme de guide dans la route que tracent les circoaitances. Assurée de la bienveillance du Gouvernement, jalonie de concourir de toutes ses forces à la prospérité de la colonier et composée principalement d'hommes recommandables ptf leur expérience et leurs connaissances locales, il est à croire que de grands succès la dédommageront de leurs travaux, t
La durée de cette compagnie devait être de trois ans; le fonds capital de 300.000 francs était dÎTisé en actions de 3.000 francs. Le prospectus et le règlement furent imprimés en français et en arabe; la souscription fut promptement remplie, et k général Bonaparte écrivit au citoyen Poussielgne :
Vous trouverez ci-joint un règlement de Société <I*^ m'est présenté par plusieurs négociants. Faites leur eoinaître que mon intention est d'encourager ladite société, ct* comme ce commerce doit être extrêmement lucratif, je désire qu'ils y intéressent la caisse de l'armée pour dix actiOBi* Comme administrateur des finances, c'est à tous de représenter ces dix actions (1).
On vit paraître dans le même temps deux journaux imprimés au Caire, et rédigés par J** membres de Tlnstitut et de la Commisûon ^ Sciences cl des Arts, la Décade égyptienne et l^
Courrier d'Egypte.
i\) Corrospomlance, pièce 3619 (14 novembre).
Le chef du corps des aérostiers, Conté, doué du génie le plus industrieux, étonna les Français euxmêmes par la multitude de ses inventions et par ses talents en physique et en mécanique. Par les soins de cet homme vraiment extraordinaire, le Caire vit bientôt s'élever dans ses murs des fonderies, des usines et manufactures de tous genres, d'où sortirent des canons, des boulets, de l'acier, des sabres, des instruments d'optique et de mathématiques, des draps, des toiles vernissées, du carton, du papier, enfin presque tous les produits des arts européens. On fabriquait de la monnaie. L'œil étonné des Egyptiens vit, pour la première fois, sur les hauteurs du Moqattam, des moulins à vent.
Les citoyens Champy, père et fils, avaient établi de leur côté, des ateliers pour la fabrication de la poudre à canon ; cette dernière était d*ùne qualité bien supérieure à celle des Egyptiens.
Enfin, ce fut alors que l'armée dut reconnaître la sage perspicacité de Bonaparte, quand il avait eu la pensée d'amener avec lui, dans l'Orient, une compagnie aussi recommandable de savants et d'artistes.
On sait que le général Marmont avait été envoyé avec une colonne mobile pour protéger la navigation sur le canal qui conduit les eaux du Nil h Alexandrie dans le temps de l'inondation, et pour accélérer les mesures prises pour la défense de la Cote d'Egypte, depuis le Marabout jusqu'à Rosette. Après s'être acquitte avec beaucoup de zèle de Cette mission, Marmont s'était rendu à Alexandrie.
Les démonstrations de l'escadre anglaise statioa née devant le port et la jonction de plusieurs b&ti ments russes et turcs à cette station, faisant craindr une attaque prochaine, exigeaient la présence d forces supplémentaires pour repousser l'agression D'un autre côté, le général Kleber avait demand et obtenu la permission de quitter le commande ment de la ville pour venir au Caire. Le généra Manscourt, qui commandait sous Kleber, n'étai point jugé capable de remplir une tâche aussi dif (icile ; Marmont fut nommé pour remplacer ce gêné rai et pour presser l'achèvement de tous les ouvra ges destinés à la défense d'Alexandrie.
T^es murailles d'enceinte des villes de Rosett et Da miette furent également séparées et retran chées ; des forts et des redoutes furent construit aux embouchures du Nil qui se trouvent près d ces deux places.
Quelques opérations militaires eurent lieu dan les provinces après la pacification du CairCi enti autres dans la province de Gyzeh, où le génén en chef dut envoyer le général Dumas pour dissi per un rassemblement considérable d'Arabes. Le français dépassèrent les grandes pyramides < s'avancèrent jusqu'à celles de la plaine de Sakaral mais Tennemi n'osa point les attendre, et ce fi eu vain que l'aide de camp Beaumont les pouniB vît fort avant dans le désert.
Quant au général Desaix, depuis la bataille € Sédiman, il n'avait pas été inquiété dans la pr« vince du Favoum, où sa division se trouvait 4
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I grande partie cantonnée. La saison ne permettant [ pas de faire de grands mouvements par terre, et les canaux ne se trouvant plus navigables, Desaix s'était vu lui-même dans l'impossibilité de marcher sur Mourad-Bey, qui se tenait toujours sur les lisières Ju désert, mais qui ne pouvait rien entreprendre pour le même motif. Le général avait employé ce *Cïnps d'inaction à organiser sa province et à rassembler des subsistances pour sa division et pour le Caire. Cependant, le 9 novembre, cinq cents Mameluks avec un pareil nombre d'Arabes à cheval, et deux luille fellahs à pied qui s'étaient joints h eux, voulant profiter d'une tournée que Desaix faisait alors dans le pays pour châtier quelques villages rebelles, so portèrent tout à coup sur la ville de Fayoum, qui n'avait pour se défendre qu'un détachement de deux cent cinquante hommes laissés là pour garder un pareil nombre de malades de la division. Ces troupes étaient réunies dans une maison fortifiée ; le général Robin y commandait, mais étant momentanément aveugle par suite de la maladie d'yeux SI commune en Egypte, le chef de bataillon Eppler, de la 21* légère, le suppléait. Déjà l'ennemi avait fait replier quelques avant-postes et rentrait dans ^^ ville en poussant de grands cris, lorsque le com- '^^^ndant , Eppler, se présentant devant lui, avec ^^Ux cents hommes, l'attaqua avec impétuosité, le ^^Ibuta et le contraignit a s'enfuir. Tous ceux qui ^^^îent pénétré dans la ville furent tués à coups ^ baïonnette. Les Mameluks essayèrent de faire ^Ite-face sur les pelotons qui les poursuivaient
avec ardeur; mais, accueillis par la fusillade la mieiu nourrie, ils s'empressèrent de gagner le désert, Près de deux cents cadavres ennemis jonchèrent Ie« rues et les environs de Fayoum, et le nombre des blessés^ qu'on ne put connaître, dut être très considérable. Les Français n'avaient eu que quatre hommes tués et quinze blessés ; les habitants de la ville étaient restés neutres pendant l'action.
Les membres de l'Institut et de la Commission des Sciences et Arts mirent à profit la tranquillité qui commençait à régner dans les provinces, poar se livrer, chacune dans son genre, à la recherche de faits et d'observations propres à enrichir le domaine de l'histoire. Déjà plusieurs savants e* artistes avaient fait des excursions plus ou moia^ heureuses sur divers points de cette terre classique. Malus et Favre reconnurent l'ancienne branche du Nil appelée Tanitique, Dolomieu e'^ Denon avaient parcouru la province de Rosette e' une partie du Delta, et se trouvaient alors dans 1( haute Egypte avec le général Desaix. BerthoUe et Fourier visitèrent la vallée où se trouve le là* de Xatrou, et recueillirent d'importants détails d< singularité physique. Le général Andréossy venai de lever la carte du lac Menzaleh. Desgenette médecin en chef de l'armée, et ses courageux col laborateurs, ne cessaient point d'étudier, avec 1 plus grande sagacité, le caractère des maladies pal ticulières au climat d'Egypte, et essayaient déj dans les villes d'Alexandrie, de Rosette et de 9^ miette, de combattre avec succès le terrible fl^*"
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de la peste. Une administration générale sanitaire, dirigée par le citoyen Blanc, homme très recommandable par ses connaissances en cette partie, son dévouement et sod activité, avait organisé des lazarets dans tous les ports, et dans l'ile de Roudah, pour préserver le Caire et les provinces de toute contagion.
Bonaparte crut devoir appeler toute l'expérience et Tattention des hommes distingués qu'il avait avec lui, sur la possibilité de joindre la mer Rouge à la Méditerranée, au moyen d'un canal pratiqué sur l'isthme de Suez. Une ancienne tradition voulait que la jonction des deux mers eût été pratiquée dans ces temps d'antique et glorieuse ïnémoire, où l'Egypte, par sa civilisation, son commerce, ses richesses, les sciences et les arts qu'elle cultivait alors avec tant de succès, était le pays le plus florissant du monde connu. On ajoutait encore que ce canal, détruit ensuite par la niain des siècles, avait été entrepris de nouveau, niais non achevé, sous le gouvernement des Califes de la dynastie fatimite. Quoiqu'il en soit, la création d'un moyen de communication entre la Méditerranée et la mer Rouge était un projet dont * exécution eût pu rendre à l'Egypte son ancienne splendeur, et donner h la France un avantage immense dans toutes ses relations commerciales avec l'Afrique et l'Asie. Il était digne de Bonaparte ^^ tenter cette grande et noble entreprise, si toutelois elle était reconnue praticable et, dans tous ^es cas, il fallait d'abord se rendre maître du port
de Suez, avant de commencer les premières recherches (1).
C'était d'autant plus prudent, que les insurgés échappés du Caire, établis dans la ville de Suez, troublaient la tranquillité du pays. Ils servaient d'intermédiaires à la correspondance d'Ibrahim- Bey qui était dans le Sayd ; ils remuaient par leur correspondance toutes les tribus du désert. « Il était nécessaire d'ailleurs d'occuper cette ville importante^ ce qui avait été négligé jusqu'alors, parce que, pour y arriver, il fallait traverser un désert très aride, sans eau, sans ombre, de quarante-deux heures de marche, trajet extraordinairement fatigant pendant l'été. On devait éviter tout ce qui pouvait exciter le mécontentement du soldat. Mais à la fin d'octobre, les chaleurs cessèrent d*ètre incommodes; les belles journées de l'automne répandirent la satisfaction dans l'armée ; elle était enfin accoutumée au pays; elle avait du très bon pain, du riz, du vin de Chypre, de l'eau-de-vie de dattes, de la bière, de la viande, des volailles, des œufs et toute espèce d'herbages. La solde des oflî« ciers et des soldats, payée sur le même pied qu'en France, était d'une valeur quadruple, vu le bon marché de toutes les denrées. L'ordonnateur
(1) Il était réservé à un Français, M. Ff^rdinand do LoBseps. aneieB consul général de France au Caire de réaliser les grandes idées dn général Bonaparte. L'ouverture du canal marilimo àla grande aavInliiM eut lieu le 17 novembre 1869. Co canal va presque en ligne dltnle de Port-Saïd daus raiicienne baie de Peluse à Suez et mesure un parcoon total du 102 kilomètres : sa largeur est de 22 à 44 môtroii an plafoBd, de CA) à lOU mètres à la surface; sa profondeur varie entre 8 m. et S nu M La qu<>stion économique et commerciale est que sur une moyenne deS i^ 0.000 lieuirs, la route commerciale entre l'Occidont et rOricnt so abrégée d'environ moitié. '
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Daure (1) faisait donner régulièremement des distributions de café moka ; chaque escouade avait sa cafetière- Pour remplacer les fourgons et les voitures d'équipages militaires, il avait donné à chaque bataillon des chameaux en suffisance pour porter l'eau, les vivres, les ambulances et les équipages. Les officiers généraux et supérieurs avaient leurs lits, leurs tentes, leurs chameaux. Tout le monde était enfin organisé, selon la mode du pays. Le soldat était revenu à son esprit naturel; il était plein d'ardeur et du désir d'entreprendre. S'il faisait entendre quelque plainte, c*était sur Toisiveté dans laquelle il vivait depuis plusieurs mois. Ce changement dans ses dispositions en avait opéré un plus grand encore dans sa manière de voir le pays. Il était convaincu de sa fertilité, de son abondance, de sa salubrité et de tout ce qu'un établissement solide pouvait offrir d'avantageux aux individus et à la République. C'est le général Bon qui fut chargé d'assurer la marche sur Suez.
Au GÉNÉRAL BeRTHIER
Quartier général, au Caire, 11 frimaire an VII (1" décembre 1798).
Vous voudrez bien, Citoyen Général, donner l'ordre au général Bon de partir demain, dans la matinée, avec cinq cents hommes du 2^ bataillon de la 32* demi-brigade, les officiers et domestiques compris ; cent dix hommes de la compagnie Omar; trente canonniers avec deux pièces de
(1) Par suite du départ de Sucy pour la France, lordonnateur Daure fut chargé des fonctions d'ordonnateur en chef. (Lettre au Directoire, â5 novembre).
canon traînées par des chameaux ; trente hommes montés du 7* de hussards.
Il prendra ses mesures de manière que le total» tout compris, ne passe pas sept cents hommes et cinquante chevaux ; il se rendra à Suez.
Vous préviendrez l'ordonnateur en chef pour que demain, à la pointe du jour, l'eau pour cinq jours pour sept cents hommes et cinquante chevaux, et les vivres pour quinze jours, que je lui ai demandés, (1) partent avec le général Bon.
Le général Bon enverra ce soir au quartier général son aide de camp, auquel je remettrai une instruction particmlière sur la conduite qu'il aura à tenir à Suez.
Voici les instructions données au général Bon ; elles portent la même date que la lettr» à Berthier (l^"" décembre) (2).
Vous vous rendrez. Citoyen Général, demain à Birke^ el-Hàggy. Vous partirez après demain, avant le jour, de cet endroit, pour vous rendre, avec la plus grande diligence possible, à Sue/. Il serait à désirer que vous pussieK y arriver le H au soir ou le 15 avant midi (3).
Vous m'enverrez tous les jours un exprès arabe ; voa9> leur ferez connaître que je donnerai plusieurs piastreslorsqu'ils me remettront vos lettres.
Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes qn^ le chef de Tétat-major vous a annoncées, le citoyen Gollot» enseigne de vaisseau, avec dix matelots et un moaUem, qiai aura aussi huit ou dix de ses gens avec lui.
Vous trouverez à Suez toutes les citernes que j'ai fait remplir.
Votre premier soin sera, en arrivant, dénommer on ofB-* cier pour commander la place.
Le citoyen Collot remplira les fonctions de commaiH dant des armes du port, et les officiers du génie et d'artiUe*
(1) Correftpondancc de Napoléon piôco 3670, 3696.
(2) Correspondanco, piôco 3697.
(3) 14 ou 15 frimaire (4 ou 5 décembre).
fP'r*"^V '-r*. ^J
rie qu'y envoient les généraux Caffarellî et Dommartin commanderont ces armes dans cette place ; le moallem remplira les fonctions de nazir ou inspecteur des douanes.
Votre première opération sera de remplir les citernes (^ui ne sont pas pleines, et de faire un accord avec les A.rabes de Thor pour qu'ils continuent à vous fournir toute l'eau existant dans les citernes en réserve.
Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout Suez ou une partie de Suez, de manière à être à l'abri des i^ttaques des Arabes et avoir une batterie de gros canons <lui battent la mer.
Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les
Patrons des bâtiments venant de Yambo ou de Djeddah, et
^ous leur écrirez pour les assurer qu'ils peuvent en toute
^^i*etc continuer le commerce, qu'ils seront spécialement
P'^otégés.
Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtiments qui ^^Ot à Suez, une ou deux felouques, des meilleures, qui se ^^tivent dans ce port, que vous ferez armer en guerre.
Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m'enverrez, ^^jours par des Arabes et par duplicata, un mémoire sur ^otre situation militaire, sur celle des citernes, et sur la ^^tuation du pays et le nombre des bâtiments.
Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le Commerce, et vous ne ferez rien de ce qui pourrait l'alarmer. Dès l'instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrsji ^H second convoi de biscuit.
Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux ncces- ®«iires pour mettre tout Suez ou une partie de Suez à ^*abri des attaques des Arabes, et, si vous ne trouvez pas ^ans cette place un assez grand nombre de pièces pour ïiaettre en batterie, indépendamment des deux que vous emmenez avec vous, je vous en ferai passer deux autres.
Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de temps pour faire des fortifications, afin que la compagnie d'Omar, les marins et les canonniers suffisent pour la défense contre les entreprises des Arabes, et, si ces forces n'étaient pas suffisantes, vous me le manderez; alors je les renforcerai de quelques troupes grecques.
Je vous recommande de m'écrire, par les Arabes, deux fois par jour.
Vous m'enverrez toutes les nouvelles que tous pourrei recueillir, soit sur la Syrie, soit sur Djeddah ou la Mecque.
Bon APARTE.
Eugène Beauharnais, beau-fils et aide de camp du général Bonaparte, suivit le général Bon. Le
17 décembre, le général lui écrivait:
J'ai reçu, Citoyen, votre lettre avec le croquis que voap m'avez envoyé ; il est très bien fait. Par le numéro de la dernière lettre, j'ai vu que j'avais reçu vos trois lettres. Ayez soin de ne pas coucher à l'air et les yeux décon* verts. Je vous embrasse (1).
Le général en chef partit le 24 décembre poaK Suez :
Au GÉNÉRAL Bon, a Suez.
Quartier général , au C aire , 3 nivô se an YII (23 décembre 1 79ft )
Je pars demain, Citoyen Général, et coucherai à Birkc cl-Hâggy avec trois cents hommes à pied et à cheval. S nous pouvons trouver de l'eau au puits d'Ageroud, au moixi pour les chevaux, cela pourrait nous être d'un graBA< secours.
Il se murmure dans la ville que Mourad>Bey, pourtui.'^ par notre cavalerie, a été taillé en pièces. Il n'y a rie d'officiel (2).
BOXAPAATE.
Au CHEF DE BRIGADE BeSSIÈRES.
Quartier général, au Caire, 3 nivôse an VII (24 décembre 17^8
Vous voudrez bien. Citoyen, donner des ordres ponr «ï» les 100 guides à cheval et les 200 guides à pied qui parte' pour Suez soient demain matin sur la place pour se met&> en marche, à huit heures précises.
Le chef d'escadron Barthélémy commandera la colonne réglera l'ordre de marche ; il aura une avant-garde de C^V^ lerii', (Misuite un corps de cavalerie avec la pièce d'arlillc»'
(1) (;J) Correspoudancf, pirct's 3781, 3790.
EN BGTPTE 227
iOO guides à pied, tous les équipages, 100 guides à pied, et «nfin une arrière-garde de troupes à cheval, c'est-à-dire de guides.
L'adjoint aux adjudants Arrighi marchera avec lui et l'aidera pour mettre la colonne en marche, établir et maintenir l'ordre-
Il sera ordonné une garde d'un officier et 30 hommes, qui fournira la sentinelle à différentes distances, de manière <iu'elle garde tous les chameaux chargés d'eau, et qu'une fois parti de Birket el-Hâggy, personne ne puisse prendre une é^OQtte d'eau sans un ordre de celui qui commande la colonne. Un caporal et six hommes sont affectés à la garde des ^çuipages du général en chef, et en répondent.
Un caporal et quatre hommes sont affectés à la garde des
équipages du chef de l'état-major général, et en répondent.
iDemain, à huit heures précises du matin, les tambours
ues 200 guides à pied feront un roulement qui sera le signal
<*^ se mettre en marche, sans autre ordre de l'état-major.
Par ordre du général en chef,
La journée du 23 s'acheva à donner des ordres précis et des instructions aux généraux commandant les provinces et aux divers administrateurs du Caire, et le 24, dès les premières heures du matin, *^ général en chef écrivit à Kleber.
Je donne Tordre au commandant de la place et à l'adju-
<lant général chef de l'état-major, qui reste au Caire, de
^ous faire le rapport de tout ce qui arriverait dans la ville
^ Caire, dans les provinces de Quelyoub, Atfyey, Gyzeh,
^^n que vous puissiez donner vos ordres srir tous les évé-
^'ï^ents qui pourraient survenir.
^^ compte être de retour au Caire le 10 ou le 11.
f^uls au chef de brigade Bessières : (i).
j *^^ous les jours vous m'expédierez un Arabe pour me faire **apport de tout ce qui se passerait dans la place et de
**) Coprcspondancc, pièces 3798^ 3799.
tous les bruits qui courraient. Youg mettrez beaucoo] d'activité à me faire passer les mauvaises nonvelleB qal pourrait y avoir, car ce ne sont guère qne celles-là dont i est extrêmement urgent que je sois instruit.
Je serai le 6 au soir à Suez ; le 8 au soir je serai sur 1 route de Suez à Birket el-Hâggy ; il est probable que I
10 ou le 11 je serai ici.
(( La mer Rouge ^ au nord, se divise en deux bras l'un appelé la mer de Suez, a de cinq à dix lieues di large et cinquante de long; l'autre, appelé El^Aqa bah, entre dans les terres d'une trentaine de lieues et a de trois à cinq lieues de large. À Textrémité es la ville d'^^lana ou Aïlab, située à soixante lieue de Suez, sur le chemin des caravanes de la Mecque
11 existe à Aïlab un fort dont la petite garnison es turque, des puits dont l'eau est bonne et abondante Ce port a appartenu aux Iduméens, qui rivalisèren avec Tyr; il était le port de Jérusalem. Le déser de Thor est entre Suez, la mer El-Âqabah et h mont Sinaï. 11 est habité par trois tribus d'Arabe: de Thor, de quatre à cinq milles âmes. On y trouT des ruines qui ne laissent aucun doute sur les ville qui y ont existé. Dans la vallée de Faran, il y a de bois et des broussailles dont les Arabes font d charbon.
« Pour se rendre du Caire à Suez, il y a tn^ chemins ; le premier passe par le village d'El-Bftb : tin, a deux lieues au sud du Caire, d'où il se diri^ a l'est, entre la vallée de l'Egarement, à huit lieim rencontre les puits de Gandely. Ces puits sont a nombre de huit, l'eau y est un peu saumâtre; 1
BN ÉGTPTÈ 229
I caravanes qui de Syrie se rendent dans la haute- I ^gyp*® séjournent à ces puits. Des puits de Gandely, F on chemine pendant seize lieues jusqu^aux bords de la mer Rouge ; là on côtoie la mer pendant neuf lieues, et on arrive à Suez : total du Caire à Suez par cette route, trente-cinq lieues, et seulement vingt-six jusqu'à la mer Rouge. Il pleut dans ce désert. 11 serait facile de construire des citernes toutes les quatre lieues pour les besoins des voyageurs, et d'organiser une aiguade au bord de la naer pour les bâtiments. Cette route était la plus fréquentée par les habitants de Memphis. La deuxième route va du Caire au lac dit Birket eU B^ggy^ cinq lieues ; de Birket el-H.iggy, où elle ^ntre dans le désert, que l'on traverse sans rencontrer d'eau, jusqu'au château d'Ageroud, qui est 1^ troisième station de la caravane de la Mecque, il y a vingt-trois lieues; d'Ageroud à Suez il y a ^^^({ lieues : total, trente-trois lieues. La troisième ^<>ute est par Belbeys. Du Caire à Belbeys, douze *^eueg . par le désert jusqu'à Ageroud, dix-neuf **^Ues ; à Suez, cinq lieues : total trente-six lieues, ^^is seulement dix-neuf lieues de désert. La dîs- ^*^ce astronomique de Suez au Caire est de vingt- ^pt lieues et demie ; de Suez à la grande pyramide ^^ Gyzeh, il y a trente-et-une lieues. Toutes ces ^^es sont de ving-cinq au degré.
^^ Le 24 décembre, le camp fut dressé sur les bords
^ lac dit Birket el-Hâggy. Plusieurs négociants qui
^^^îent affaire à Suez s'y joignirent. Le 25, à deux
^Vires avant le jour, le camp se remit en route.
La caravane marcha toute la journée au milieu d'un sable aride. Le temps était beau, la chaleur n'était pas désagréable. La marche dans le désert est monotone, elle inspire une douce mélancolie. Le^ Arabes qui servaient de guides s'orientaient sans suivre aucune trace. La caravane fit dans la joui^ née deux haltes, chacune d'une demi-heure, et la nuit elle prit position à l'arbre de Hamrâ (Djamaftt Echaramît), à quatorze lieues de Birket el-Hàggy. Le Hamrâ est l'objet du culte des Arabes, la nuilédiction et les anathèmes sont lancés contre ceux qui seraient assez impies pour toucher à ce prodige du désert. Le soldat n'avait point apporté de boifl pour le bivouac ; il souffrit du froid ; il ne fut que médiocrement soulagé par le feu qu'il essaya d'allu* mer avec des os et quelques plantes sèches de sep' ou huit pouces de hauteur qu'il trouva dans ua4 vallée à portée du camp. Ces plantes forment \i nourriture des chameaux. A deux heures avant â< jour, le 26, la caravane se remit en marche. 1 n'était pas encore jour quand elle passa près d.' puits El-6atar. C'est un trou de cinquante toiftC de profondeur, extrêmement large; les Arabes l'aK creusé dans l'espérance d'y trouver de l'eau ; il ont été obligés d'y renoncer. Près de là, on dî.i tingiia, mais seulement au clair de la lune, un vie acacia; il était couvert d'écrits et autre ténmo gnagcs de dévotion des pèlerins, qui, revenant <3 la Mecque rendent hommage à cette première Yég^ tation qui leur annonce les eaux du Nil.
« A deux lieures après-midi, le général Bo***
^T"Çh-' > ' 1**'
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parte arriva à Ageroud ; le chemin en passe k cinq cents toises. Ageroud est un petit fort placé sur une petite éminence qui domine au loin ; il y a deux enceintes en maçonnerie, un puits très profond ; T eau y est abondante, mais saumâtre; elle devient moins saumâtre si elle reste exposée plusieurs heures k l'air; elle est excellente pour les <îhevaux, les chameaux et les animaux; les hommes ^^ s'en servent qu'à la dernière extrémité. Il y a dans ce fort une mosquée, un caravansérail et des 'ogements pour cent cinquante hommes. Bonaparte J plaça un commandant d'armes, quinze hommes de garnison et deux pièces de canon. On arriva k ^Uez k la nuit obscure; le général en chef préféra ''ester dans sa tente et refusa une maison qui lui *vait été préparée.
« Suez est au bord de la mer Rouge, située k deux 'ïiille six cents toises de l'extrémitédu golfe et k quatre ^u. cinq cents toises de l'embouchure de Tancien c^nal. La ville a joui d'une assez grande prospérité. Les géographes arabes la décrivent comme un o^sis. L'eau provenait probablement du canal. Il y pleut assez pour qu'en recueillant l'eau dans des ï^^servoirs on puisse en avoir suffisamment, non ®®ïilement pour les besoins de la ville, mais encore pour la culture. Aujourd'hui il n'y a rien ; les alternes sont peu spacieuses et mal entretenues; ^«^u pour les hommes, vient des l'ontalncs de ^^ïse; pour les chevaux et les chameaux, de la ^^taine de Suez, située k une lieue sur le chemin du ^^t Ageroud. La ville contient un beau bazar, quel-
ques belles mosquées, des restes de beaux quais^ une trentaine de magasins et des maisons pour une population de deux à trois mille âmes. Dans le temps du séjour des caravanes et des bâtiments de Djeddah, Suez contient en effet celte population; mais quand les affaires sont' terminées, elle ne reste habitée que par deux ou trois cents malheureux. La rade est à une lieue de la ville, les navirei y mouillent par huit brasses d'eau ; elle a une lieue de tour; elle communique à la ville par un chenal qui a soixante ou quatre-vingts toises de largeur, et à basse mer dix pieds d'eau; ce qui fait qoinie !
ou seize à haute mer. Le fond est bon, les ancres y tiennent ; c'est un fond de sable vaseux. La nde est couverte par des récifs et par des bancs de sable. Son vent traversîer est le sud-est, qui règne rarement dans ces parages (1). »
Le général Bonaparte employa la journée dn27 à visiter la ville et à donner quelques ordres pour l'établissement d'une batterie qui put protéger l6 chenal et le port ; puis il prépara pour le lendemain son excursion aux fontaines de Moïse.
Au GÉNÉRAL BeRTHJER
Suez, 7 nivôse, an VII (27 décembre 1798)
Vous voudrez bien ^donner les ordres nécessaires po**' que le coutre-amiral Ganteaume, avec soixante gaiàB^ pied, parte à trois heures du matin, pour se rendre fontaines de Moïse. Les hommes prendront pour trois jo^ de vivres.
(1) Cotte relation de Texcursion du ffi^néral on chef i Saes est 0xf*^ des dictées do Napoléon à Sainte-HûIoQo. (CampagiieB «TEgyptetf* Syrie par le général Bertrand.) ^V
EN BGYPTE 233
e partirai à trois heures da matin avec toute la cavalerie pénible pour m'y rendre. Les hommes porteront pour IX jours de vivres, ainsi que pour leurs chevaux.
En même temps, Berthîer donnait Tordre aux mmandants du génie et de Tartillerie d'accomigner le général en chef, pour passer de l'autre ►té de la mer Rouge et reconnaître les fontaines ) Moïse.
A trois heures du matin, Bonaparte partit à levai et traversa le Ma'dyeh, bras de mer guéable marée basse qui a trois quarts de lieue de large, î contre-amiral Ganteaume monta une chaloupe nonnière, embarqua des sapeurs, les ingénieurs, usieurs savants et se rendit aux fontaines par er. Les fontaines de Moïse sont à trois lieues de lez; on en compte neuf. Ce sont des sources eau sortant des mamelons élevés de quelques ises au-dessus de la surface du sol. Elles prosnnent des montagnes qui sont a quatre lieues de ' Ces sources sont à sept cents toises de la mer. ^ y voit les ruines d'un aqueduc et de plusieurs ïgasins qui avaient été construits par les Véni- •ûs dans le xv® siècle, lorsqu'ils voulurent interpter aux Portugais la route des Indes. Les sapeurs ïimencèrent à fouiller; ils travaillèrent jusqu'à f^uit.
Bonaparte monta h cheval pour retourner à
-2. Ceux qui étaient venus par mer s'embar-
-rent sur la canonnière. « A neuf heures du soir,
chasseurs d'avant-garde crièrent qu'ils enfon-
234 BONAPÀRTB
çaient. On appelle les guides : les soldats s'étaient amusés à les griser avec de Teau-de-vie, et II fot impossible d'en tirer aucun renseignement. Oa était hors de route. Les chasseurs s'étaient guidé» sur un feu qu'ils avaient pris pour les lumières de Suez : c'était le fanal de la chambre de la cha— loupe canonnière ; ce que Ton remarqua prompte«iment : il changeait de place à chaque instant. Les chasseurs s'orientèrent et déterminèrent la position de Suez. Ils se mirent en marche à cinquante pas l'un de l'autre; mais, après avoir fait deux cents toises, le chasseur de tète cria qu'il enfonçait II fallut reployer cette ligne, et, en tâtonnant ainsi plusieurs directions, ils eurent le bonheur de trouver la véritable. A dix heures du soir, l'escadron était rangé en bataille au milieu du sinus, les chevaux ayant de l'eau jusqu'au ventre. Le temps était noir, la lune ne se leva cette nuit-là qu'a minuit. La mer était un peu agitée et le vent paraissait vouloir fraîchir; la marée montait, il y avait autant de danger à aller en avant qu'à reculer. La position devint assez critique pour que le général en chef dit : (c Serions-nous venus ici poor périr comme Pharaon ? Ce sera un beau texte poor les prédicateurs de Rome ! » Mais l'escorte étiît composée de soldats de huit à dix ans de service» fort intelligents. Ce furent les nommés Louis* maréchal des logis, et Carbonnel, brigadier, qo* découvrirent le passage. Louis revint à la rencontre $ il avait touché l)ord, mais il n'y avait pas un momen'^ à perdre, l'eau montait à chaque moment. Caffs"
EN ECTPTE 235
relu était plus embarrassant que les autres à cause de sa jambe de bois ; deux hommes de cinq pieds dix pouces, nageant parfaitement bien, se chargèrent de le sauver; c'étaient des hommes d'honneur, dignes de toute confiance. Rassuré sur ce point, le général en chef se hâta pour gagner la terre. Se trouvant sous le vent, il entendit dernère lui une vive dispute et des cris. Il supposa que Louis et Carbonnel avaient abandonné le général Caffarelli. Il retourna sur ses pas; c'était ^ opposé : celui-ci ordonnait aux deux hommes de 'abandonner. « Je ne veux pas, leur disait-il, être ^^ cause de la mort de deux braves ; il est impossible que je m'en puisse tirer; vous êtes en arrière de tout le monde ; puisque je dois mourir, je veux 'ïiourir seul. » La présence du général en chef fit finir cette querelle. On se hâta, on toucha la terre; Gaffarelli en fut quitte pour sa jambe de bois; ce ïui lui arrivait du reste toutes les semaines. La perte fut légère, quelques carabines et quelques Manteaux (1).
« L'alarme était au camp, quelques officiers durent la pensée d'allumer des feux sur le rivage, "^ais ils n'avaient pas de bois; ils démolirent une 'ïiaison, ce qui demanda du temps. Cependant le Pi'emier feu était allumé sur le rivage lorsqu'on pï'it terre. Les plus vieux soldats, ceux qui avaient
, ^^)Le lendemain de son retour nu Caire, le général en chef n'oublia pas *« sauveteur de Caflfarelli. Il écrivit à Berlhier :
^* citoyen Louis, guide à cheval, est nommé ])riga(lier. II lui sera fait P^^sent d'un sabre sur lequel sera écrit, sur uu côté : Le général °'*^parte au guide à cheval Louis; sur l'autre coté : Passage de la ^*'' Rouge.
appris leur catéchisme, racontaient la fuite de Moïse^ la catastrophe de Pharaon, et ce fut pendant longtemps l!objet de leur entretien.
« Le 29, les Arabes de Thor, qui, ayant reçu la visite des chaloupes canonnières françaises, avaient appris l'arrivée du sultan El-Kébir(le général Bonaparte) dans leurs parages, vinrent demander sa protection. Thor est situé sur le bord de la mer, c'est le port du mont Sinaï. Ces Arabes portent an Caire du charbon, de très beaux fruits, et en rapportent tout ce qui leur est nécessaire. Las 'moines du mont Sinaï montrèrent au général en chef le livre sur lequel était la signature de Maho» met, de Saladin et de Selim, pour recommander 1& couvent aux détachements de leurs armées. A leur demande, il fit la même recommandation pour leoir service de sauvegarde auprès des patrouilles françaises (1).
Le 30, Tétat-major partit de Suez. Les tentes, les bagages et l'escorte se dirigèrent sur Ageroud, o'i^ l'on dressa le camp à quatre heures après-midi. L^ général Bonaparte, avec Monge, plusieurs générant et officiers d'état-mâjor, côtoya la mer Rouge, fit \^ tour du Sinus. Il retournait sur ses pas, dans la d>>'* rectionde Suez, lorsque à quatre ou cinq cents tois^* de cette ville, il découvrit quelques restes de maçoO* nerie qui fixèrent son attention. Il marcha dan^. cette direction perpendiculairement à la mo*» soixante ou quatre-vingt toises, et il se trouva ***
(1) Corn>spondaQCo de Napoléon I", piôco 378i. Ordre de puur les privilôp^os accordés au couvent du mont Sinaï.
milieu des vestiges de l'ancien canal, qu*il suivit -pendant l'espace de cinq heures. La nuit approchant, et ayant sept lieues à faire pour gagner le camp à travers le désert, il s'y dirigea au gra.nd galop ; après quelques incertitudes, il le rejoignit, n'ayant avec lui que trois ou quatre personnes, les mieux montées; les autres étaient en arrière. Il fit allumer de grands feux sur un monticule et sur le minaret de la mosquée du fort Âgeroud ; il fit tirer tous les quarts d'heure un coup de canon jusqu'à onze heures du soir, moment où tout le monde avait heureusement rejoint ; personne n'était égaré.
' c( Le 31, le camp fut établi dans une vallée à dix lieux d'Ageroud, où il y avait assez abondamment •de ces petites plantes épineuses qu'affectionnent les •chameaux. Plusieurs centaines de ces jeunes animaux y paissaient sans être gardés.
Le 1®" janvier 1799, le camp fut placé à une portée de fusil des fortifications de Belbeys. Les travaux de Belbeys étaient fort avancés ; à défaut de pierre, les officiers du génie avaient employé "des briques séchées au soleil, faite avec le limon du Nil, qui est très propre à cet usage.
Le 3, le général en chef partit avec deux cents dromadaires et chevaux dans la direction de l'Ouady ^® Tomlât. A quatre heures après-midi, il arriva au '^^^lieu du désert, au puits de Sabk'Byar. La cha- ®^^ était extrême, Teau du puits peu abondante ; ^*fe avait le goût des eaux de Barèges. Pendant î*^ Oïl faisait la distribution de cette eau détestable, ^ chasseur vit arriver un courrier sur droma-
daire, qui, apercevant trop tard les troupes françaises, voulut s'éloigner. II était porteur des dépè« ches d'Ibrahim-Bey et de Djezzar-Pacha, pour l'Egypte. Il donna la nouvelle que les hostilités avaient commencé sur la frontière de Syrie, que Tarmée de Djezzar-Pacha était entrée sur le territoire d'Kgyptc, que son avant-garde occupait Toasis d'El-A'rych et qu'elle travaillait à mettre le fort en état de défense. La nuit, on bivouaqua dans l'oasift, au milieu d'un taillis; elle fut assez froide. Des chncals, espèce de loups du désert, dont les cris ressemblent à ceux de l'homme, firent que plusieurs vedettes crièrent aux armes ; elles se crurent attiquces par les Bédouins. Le lendemain, le génénl Berthier retrouva les vestiges du canal qui traversait rOnâdy pour prendre les eaux du Nil à Bubaste, sur la branche Pelusiaque. Les vestiges de ce canal ont les mêmes dimensions que du cAtë de Suez. »
Pendant ce temps, la flotte de Djeddah était arrivée à Suez, portant une très grande quantité de café et de marchandises des Indes. Bonaparte traversa le désert et retourna dans cette ville. Les bâtiments étaient de quatre h cinq cents tonneaux. Une caravane était arrivée du Caire; Suez avait pns (le la vie et la physionomie d'une ville indienne» Bonaparte y reçut des agents qui revenaient des Tndes. De là, il traversa Tisthme dans une antre direction et se rendit à Salheveh. Les fortification» étaient à Tabri d'un coup de main, les magasins abondamment approvisionnés d'orge, de ri*i ■•
r^wjrfjiT';. ><» ■ rf
Teves et de munitions de guerre. II envoya deux bataillons avec de l'artillerie à Qatyeh. Les puits étaient en bon état. Les officiers du génie construisirent une bonne redoute en palissades de cinquante toises de côté, y établirent des plates-formesy le canon battant tous les puits, qui furent nettoyés peu de semaines après. Des blockhaus préparés au Caire furent montés dans la redoute pour servir de magasins. Des convois de chameaux chargés de riz, de farine, d'orge, de fèves, venus du Caire et de Damiette, approvisionnèrent les magasins de cette oasis. Lorsque Djezzar apprit que de l'infanterie française arrivait à Qatyeh, et qu'on y construisait une redoute, il renonça à s'avancer davantage, de peur de compromettre ses troupes. Le général Reynier, dont le quartier général était a Belbeys, envoya une forte avant-garde à Sâlheyeh pour soutenir le poste de Qatyeh.
Cette position était importante a maintenir, le général en chef s'en préoccupait beaucoup ; dès le 23 décembre, il avait écrit au général Caffarelli :
Le général Reynier va faire occuper Qatyeh. Envoyez-y le chef de brigade Sanson avec tous les outils et ouvriers nécessaires pour construire un fort capable de contenir Quatre à cinq cents hommes, deux fours, des magasins Moitié de ceux de Sâlheyeh, et de résister, bloqué, à une force supérieure turque pendant douze à quinze jours
n est nécessaire que, le 1®*" pluviôse, les fortifications de xityeh soient en état, parce que mon intention est de me Servir de tous les moyens qu'on pourra ramasser, et avancer "^ deux jours dans le désert.
Envoyez des ingénieurs pour pouvoir bien reconnaître ^^puis Qatyeh jusqu'à Peluso, et dans une circonférence à ^ouze lieues de Qatyeh .
240 BONAPAHTB
Envoyez-y également des ingénieurs gpëograpkes, dei ponts et chaussées, pour lever le plan de toute la côte et
sonder (1)
C'est dans son excursion h Suez, eu rencontrant la caravane escortée par des Arabes montés sur des dromadaires, que le général Bonaparte eut ridée d'employer une cavalerie de ce genre, tant il fut étonné de l'adresse avec laquelle il vit conduire ces animaux dociles; il ordonna à deux officiers, Eugène Beauharnais et Edouard Colbert, d'essayer de monter des dromadaires et de les conduire. Satisfait de Tessai de ces. officiers, et ayant en vain tenté lui-même de les atteindre en lançant son cheval au galop, il prescrivit Tordre suivant daté du quartier général, au Caire, le 20 nivAie an VII (9 janvier 1799) :
Article premier. — Il sera créé un régiment de droai* daires, qui sera composé de deux escadrons; chaque etndron, de quatre compagnies; chaque compagnie, d'un ei|ii" taine, d'un lieutenant, d'un maréchal des logis chef, dedôv maréchaux des logis, d'un brigadier-fourrier, de qmliv brigadiers, d'un trompette et de cinquante dromadaires.
Art. 2. — Chaque escadron sera commandé par na efctf d'escadron; le régiment par un chef de brigade, avec U adjudant-major, un quartier-maitre et les chefa d'oimîcn nécessaires.
Art. 3. — Les hommes seront montés aur un dromailaiitb armés de fusil, baïonnette, giberne, comme rinfanteriCi ^ d'une très longue lance. Ils seront habillés de gria, avcei turban et un manteau arabes, conformément au modtkf^i sera fait.
Art. 4. — L'ordonnateur en chef, les chefa de hiip^ Bessicres, Détrès, Duvivier, se concerteront pourlaift?*' i'ectioTiner un modèle de harnachement et d'habillemeatca**
(1) Corronpondancc do NapoléoD, pièce 379f • lic^
plet, qui sera remis à l'état-major général le 25 nivôse au plus tard.
Les 13e, 18», 25®, 32«, 69e, 75e demi-brigades de ligne, la 21® légère, les guides à pied, auront à fournir chacun quinze hommes. Les 9% 19«, 61«, 85®, 88" demi-brigades de ligne, les 4* et 22^ légères, auront à fournir chacune dix hommes pour le fond de la formation du régiment de dromadaires. La légion maltaise et la légion nautique fourniront chacune dix hommes. Les hommes devront avoir moins de vingtquatre ans, plus de quatre ans de service, au moins cinq pieds quatre pouces, et être d'une bravoure reconnue. Ils seront envoyés sur-le-champ au Caire. Le commandant de la place établira leur caserne sur la place Ezbekyeh.
Les officiers seront pris parmi les officiers à la suite de l'armée ; moitié parmi les officiers à la suite de l'infanterie, moitié parmi ceux à la suite de la cavalerie ; les sous-officiers, parmi les sous-officiers existant dans les corps qui en ont plus qu'il ne leur est nécessaire. Les commandants des provinces fourniront les dromadaires qu'ils enverront au Caire dans le plus bref délai (Ij.
Dans la haute Egypte, Desaix avait organisé un
pareil corps de dromadaires. Le dromadaire, leste à
la course, suivait un cheval au petit galop, même en
portant deux hommes adossés, leurs vivres et leurs
munitions; il supportait facilement la fatigue, la faim
et la soif. Il était très propre à faire des marches dans
le désert. Bien dressé et docile, il exécutait toutes les
manœuvres avec une rare précision. Au signal de
halte, il fléchissait les jambes, se reposait sur le
ventre et restait immobile. Les soldats mettaient
pied à terre, se formaient en bataillon carré et
combattaient les Arabes avec leur courage habitueL
Les escadrons de dromadaires formés dans la haute
(J) Archives (le Dôpôtdula guerre, ordres des 20 et 21 iiivùse, an VII (»«t 10 janvier 1799).
Egypte, agirent efficacement pour réprimer les gandages des Arabes, et aidèrent beaucoup par célérité aux succès des expéditions.
Voici l'équipement et l'armement du corps dromadaires de la haute Egypte : Chaque cav était monté sur un dromadaire. Une selle ei vait la bosse de cet animal, extrêmement doux était sanglé à l'estomac et aux flancs. La I consistait en une espèce de licol garni de drap céleste avec un morceau de fer crénelé a la n rolle, le tout tenu par des rênes ordinaires. ] grandes sacoches pendaient des deux côtés i selle, et contenaient les vivres du dromadai ceux du cavalier. La coiffure était un chapea un turbnn blanc surmonté d'une plume d'autr noire. Le petit costume se composait d'un dol et d'une ceinture à la hussarde, d'un large p Ion rouge et de bottes de même couleur. En gn tenue, une tunique à la polonaise, en drap céleste, parements rouges et boutons blancs. armes étaient un sabre porté à la Mameluk des cordons de soie rouge; une giberne co rinfantcrie, un fusil h la dragonne, deux pist à la ceinture et deux dans les fontes de la selk «xrand nombre de cavaliers avaient des damas ou moins riches, pris aux Mameluks.
etour de Bonaparte au Caire (7 janvier). — Manifeste et déclaration de guerre de la Porte. — Deux armées turques se réunissent à Rhodes et en Syrie. •— Bonaparte se décide à l'offensive; lettres à Tippoo-Sahib, à l'imam de Mascate et au chérif de la Mecque ; lettre au Directoire mr les motifs et le but de l'expédition de Syrie (10 février). — Effectifs et composition de l'armée de Syrie.
— Tentative de bombardement d'Alexandrie par les anglais. — Marche de l'armée sur la Syrie ; combat l'El-A'rych (10 février). — Bonaparte quitte le Caire )Our rejoindre l'armée; il arrive à El-A'rych (17 février; capitulation du fort d'El-A'rych (20 février).
— L'armée passe le grand désert ; attaque et prise de jraza (25 février) ; l'armée campe devant Jaffa ; sommaion à Abd-Allah de rendre Jaffa ; assaut et prise de Jaffa (7 mars) ; massacre de la garnison ; Bonaparte visite les pestiférés. — Lettre de Bonaparte à Djezzar pour l'innter à une alliance (9 mars) ; armistice avec l'agha de Jérusalem. — L'armée quitte Jaffa pour se diriger sur Saint-Jean-d'Acre. — Combat de Qaqoun (15 mars) ; occupation d'Hayfa (17 mars).
Le général en chef fut de retour au Caire le janvier, quinze jours après en être parti. Il trouva )ut dans un état satisfaisant. Mais, la nouvelle du mouvement de Djezzar dont il avait eu connaisance à Suez, le décidèrent à prendre de grandes mesures de précaution.
En entreprenant l'expédition d'Egypte, Bonaarte avait dû compter sur les promesses du Direc- ^ire et du ministre des Relations extérieures, alleyrand. Il ne doutait pas que ce diplomate ^^oileiie réussit dans la mission dont il avait pro-
mis de se charger et ne conservât la bonne i gence qui régnait entre la Porte Ottoman République française. En effet, il ne devî être difficile de prouver au Divan de Con nople qu'enlever l'Egypte aux Mameluk l'avaient eux-mêmes usurpée sur les Turcs, pas faire la guerre au Sultan, et qu'il étai sible de compenser par de grands avanta faible dommage que l'occupation de ce pa pouvait causer au Grand Seigneur. Bon n'avait négligé aucune occasion de prouve] voulait rester en paix avec les Turcs, et si duite, en toute circonstance, avait prouvé la rite de ses déclarations à ce sujet. Talleyri dispensa d'aller à Constantinople et lai ministère ottoman livré sans contradiction au gereuscs influences de l'Angleterre. La déclara la guerre à la République (1). S'il f rester quelque doute sur la part que les iût des agents anglais eurent sur cette détermii la lecture du manifeste turc suffirait pour h siper; dans les divers griefs qui y sont rep à la Révolution française il est impossible c connaître une plume européenne. Voici ce ment curieux, dont malgré toute la vigilance çaise, quelques exemplaires, imprimés a pénétré en Egypte à la fin de l'année 1798 :
d'août
La Turquie était ca guerro avec la Franee depuis ..„»»» 1798. (Notait, roniiiie oa devait lo prévoir, l'oceopatioi Ioniennes ({ui avait provoqué ces hostilités et, chOM plof da encore, l'alliance de la Turquie et do la Russie. Le tnité < offensive et défensive contre la Franee fut conelii entre la Rn Porte le 23 décenibn» 1798. LWngleterre y accéda le 1 janvier i
ir^-
c Au nom du Dieu clément et miséricordieux, gloire au Seigneur, maître du monde, salut et paix à Mohammed, le premier et le dernier des prophètes, à sa famille et aux compagnons de sa mission.
c Les Français (Dieu veuille détruire leur pays de fond en comble et couvrir d'ignominies leurs drapeaux) sont une nation d'infidèles obstinés et de scélérats sans frein. Ils nient l'unité de l'Être suprême, créateur du ciel et de la terre; ils ne croient pas à la mission du Prophète, qui doit intercéder pour les fidèles au jour du jugement ; ils se nioquent de toutes les religions ; ils rejettent les croyances d'une autre vie, de ses récompenses et de ses supplices, ne croient ni à la résurrection des corps, ni au jugement dernier; ils pensent qu'un aveugle hasard préside à leur vie et à leur mort; qu'ils doivent leur existence à la seule matière, et que, dès que la terre a reçu le corps, il n'y a pour l'homme ni résurrection, ni compte à rendre, ni demande, ni réponse.
c En conséquence, ils ont dépouillé leurs temples de leurs croix et de leurs ornements, ils se sont emparés de leurs l>ien8, ils ont chassé leurs vicaires, leurs prêtres et leurs religieux.
< Les livres inspirés aux divins prophètes ne sont, disent- ^8, que mensonges et impostures ; ils regardent le Coran. ^Ancien Testament et Y Évangile comme des fables. Les prophètes, tels que Moïse, Jésus et Mahomet, ne sont à leurs yeux que des hommes pareils aux autres, qui n'ont jamais eu de mission, et qui n'en ont pu imposer qu'à des Ignorants. Ils pensent que les hommes, étant nés égaux, doivent être également libres, que toute distinction entre ®nx est injuste, et que chacun doit être le maître de son opinion et de sa manière de vivre.
< C'est sur d'aussi faux principes qu'ils ont bâti une nouvelle] Constitution et fait des lois auxquelles a présidé 1 esprit infernal. Ils ont détruit le fondement de toutes les religions ; ils ont légitimé tout ce qui était défendu ; ils ont jaissé un libre cours aux désirs effrénés de la concupiscence; "8 se sont perdus dans un dédale d'erreurs inextricables ; ®t> en égarant la vile populace, ils en ont fait un peuple de Pervers et de scélérats.
* Un de leurs principes diaboliques est de souffler par-
tout le feu de la discorde, de mettre la désunion parmi les souverains, de troubler les empires, et d'exciter les sujets à la révolte par des écrits mensongers et sophistiques, dan lesquels ils disent avec impudence : c Nous sommes firères et amis, les mêmes intérêts nous unissent, et nous avons les mêmes opinions religieuses. »
c Ensuite viennent de futiles promesses ou des menacei inquiétantes ; car ils ont appris à distiller le crime et à M servir habituellement de la fraude et du parjure. Ils sesoat enfoncés dans une mer de vices et d'erreurs; ils seiwt véunis sous les drapeaux du démon; ils ne se plaisent qM dans le désordre, ne suivent que les inspirations de l'enfer. Leur conscience n'est jamais troublée par les remords etk crainte de faire le mal.
« Aucun dogme, aucune opinion religieuse ne les réunit; ils regardent le larcin et le pillage comme un butin lëgiL la calomnie comme la plus belle éloquence, et ils ont détroit tous les habitants de la France qui n'ont pas youln adopter leurs nouveaux et absurdes principes.
c Toutes les nations européennes ont été alarmées de leir audace et de leurs forfaits, et alors ils se sont mis à aboyer comme des chiens, à hurler comme des loups, et, dansleir rag^, ils se sont jetés sur tous les royaumes et anr tontcf Les républiques pour détruire les gouvernements et les religions, pour enlever les femmes et les enfants. Des rivièrti de sang ont abreuvé la terre, et les Français ont eifii réussi dans leurs criminels desseins vis-à-vis de quelifMi nations qui ont été forcées de se soumettre.
c O vous donc, défenseurs de l'Islamisme ! O yous, h^ro' de la Foi! O vous, admirateurs d'un seul Dieu, quierojK à la mission de Mohammed, fils d'Abd- Allah, réuniMM* vous et marchez au combat sous la protection du Très-Haift^ Ces chiens enragés s'imaginent sans doute que le petpl* vrai croyant ressemble à ces infidèles qu'ils ont trompéti H à qui ils ont fait adopter leurs faux principes. Mail 3* ignorent, les maudits, que Tislamisme est gravé danilQ* cœurs et qu'il circule dans nos veines avec notre sang. Nos* serait-il possible d 'abandonner notre sainte religion, tfi^ avoir été éclairés de sa divine lumière? Non, non! DievB* permettra pas que nous soyons un instant ébranlés; BOVi serons fidèles à la foi que nous avons jurée. Le Trét-Htf^
a dit daas le livre de la i*tiut : c Ijm -tiu» r^in-Bin* jèi prendront jamais les ïnerê-ôje» ^«loir iHi.->. « 5«i7'!S iiiJii: sur Tos gardes. mé&ez-'rcKLS i-mê pu^ir» « £•£» *aih*u:atiat qu'ils vous tendent, et ne 9c^*:z ■sfn-** al i»? .tfii"" aiimcr» ni de leurs Tétements kicevx. I>t Li :a 3** *-t sitc >iiac <ki peine du nombre des recard» rrl TUfZiiz.-iaLZ !>* 1 «s&AJlir «^ le faucon ne s'effiraie point d zz. im^LjL irt M^rst:*.!:! riL croassent contre loi.
c Grâce au ciel. to« sabref »gc^ Trtiri^i^zs -r :« iif'.i^tn sont aiguës, tos lances soL.t yzTf.AZ^ZA* -r i-t vLitiar» r<£»i<m.* blent à la foudre, et tontes f-:r:£« i utli-* zi-i'i-nrvijt* maniées par d'habiles caraliers s^^r-:^: i.*;!::: ■".-^•ir«ï l'infidèle, et le précipiter dans les £&=L=f» i* . ioS** >~ ta doutez pas, le ciel est pour tos* 1 2II z* L.*» ■=- Jl* i Tiçr^t conserration et à TOtre gloire. Axe; 1* i-'lts-^-:* i-mKH-iu. du prophète, ces armées d èthé-rs *r 'f-*«li-sr:-: i*T"4i: vous et seront extermint:e^ . Ceise heire ta L.iz:!: *--.zjat. Gloire au Seigneur de mondes! j
Ce manifeste était fait pour exalter des popolatioas ignorantes. Bonaparte aurait néanmoins continué à négocier avec la Porte : mais, dit-il. deux armées se réunissaient, Tune a Rhodes et l'autre en Syrie, pour attaquer les Français. Elles devaient agir simultanément dans le courant de mai, la première en débarquant k Aboukir, et la seconde en traversant le désert qui sépare la Svrie de l'Egypte. On apprit dans les premiers jours de janvier que Djezzar-Pacha était nommé séraskier [) de l'armée de Syrie; que son avant-garde s'était ^naparée d'El-A'rych, et s'occupait à réparer ce ^ort, qui peut être considéré comme la clef de lEgj'pte du côté de la Syrie. Un train d'artillerie de quarante bouches à feu, servi par douze cents ^anonniers, les seuls de l'empire qui fussent
'^) Chef suprême.
exercés à reuropéenne, venait de débarquer ii Jaffa ; des magasins considérables se formaient dans cette ville, et un grand nombre de bâtimenU de transport, dont une partie arrivait de Constantinople, étaient employés à cet effet; à Gaza on avait emmagasiné des outres ; la renommée voulait qu'il y en eut assez pour mettre une armée de soixante mille hommes h même de traverser le désert.
« En restant tranquilles en Egypte, les Français s'exposaient à être attaqués à la fois par les deux armées ; de plus, il était à craindre qu'on corps de troupes européennes ne se joignit aux Turcs, et que le moment de l'agression ne coûicidât avec des troubles intérieurs. Dans ce cas, Ion même que les Français auraient été vainqueurs, il ne leur eût pas été possible de profiter de h victoire. Par mer, ils n'avaient point de flotte; par terre, le désert de soixante-quinze lieues qu* sépare la Syrie de l'Egypte n'était point praticable pour une armée dans la saison des grande! chaleurs. Les règles de la guerre prescrivaient donc au général français de prévenir ses ennemis. *
Alors le général Bonaparte résolut de prendre l'offensive, de passer lui-même le désert, de batW l'armée de Syrie à mesure que les diverses diti" sions se réuniraient ; de s'emparer de tous e^ magasins et des places d'El-A'rych, de Gaza, d« Jaffa, d'Acre, d'armer les Chrétiens de la Syrîe,d* soulever les Druses et les Maronites, et de prendra ensuite conseil des circonstances. II espérait qn*
le de la prise de Saint-Jean-d'Acre, les s, les Arabes d'Egypte, les partisans de I de Dâher, se joindraient à lui ; qu'il serait laitre de Damas et d'Alep ; que ses avantraient sur le mont Taurus, ayant sous ses im^diats vingt-six mille Français, six mille s et Arabes à cheval d'Egj^pte ; dix-huit ses. Maronites et autres troupes de Syrie ; ix serait en Egypte prêt à le seconder, à
vingt mille hommes, dont dix mille Franiix mille noirs, encadrés. Dans cette
il serait en état d'imposer à la Porte, de à la paix, et de lui faire agréer sa marche î. Si la fortune se- plaisait à favoriser ses il pouvait encore arriver sur l'Indus au mars 1800, avec plus de quarante mille
en dépit de la perte de la flotte. Il avait ligences en Perse, il était assuré que le
s'opposerait pas au passage de l'armée >ra, Chiraz et le Mékran ».
janvier il écrivit h Tippoo-Sahib, sultan •e, qui luttait alors contre les Anglais constance digne d'un meilleur succès :
?z déjà été instruit de mon arrivé sur les bords [louge, avec une armée innombrable et invincible, u désir de vous délivrer du joug de fer de e.
presse de vous faire connaître le désir que j'ai ne donniez, par la voie de Mascate et de Moka, les sur la situation politique dans laquelle vous ez. Je désirerais que vous pussiez envoyer à
Suez, ou au grand Caire, quelque homme adroit, qui cAt notre confiance, avec lequel je pusse conférer (i).
Bonaparte essaya de faire parvenir cette lettre par la voie de Timam deMascate, auquel il écrivit aussi à la même date dans le but d'attirer lei négociants arabes en Egypte :
Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître ceqw vous avez déjà appris sans doute, l'arrivée de l'armée frtaçaise en Egypte.
Comme vous avez été de tout temps notre ami, vous derci être convaincu du désir que jai de protéger tous les bâti' ments de votre nation et que vous les engagiez à venir k Suez, où ils trouveront protection pour leur commerce.
Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre à Tippoo- Sahib par la première occasion qui se trouvera pour In Indes (2).
Non content de cette ouverture faîte à un pnn* influent dans l'Arabie, le général en chef qui n'ignorait pas combien les chefs musulmans sont sensibles à la considération qu'on leur témoigna écrivit également au sultan de la Mecque :
J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et j'en ■icO»' pris le contenu. Je vous envoie le règlement que j'ai '■" pour la douane de Suez, et mon intention est de le wtt exécuter ponctuellement. Je ne doute pas que les nëgodiBtt du Hcdjaz ne voient avec gratitude la diminution des droiti que j'ai faits pour le plus grand avantage du commerce, ^ vous pouvez les assurer qu'ils jouiront ici de la plus •■P'* protection.
Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque choU on Egypte, vous n'avez qu'à me le faire savoir, et Je ••
(1) Collection Napoléon, piùcos 3899,3900, 3901.
(2) Collection Nupoléon, pièces 3899, 3900 390.
(erai un plaisir de vous donner des marques de mon estime (1).
La politique et les intérêts de l'armée faisaient au général en chef une loi de tenter par tous les moyens possibles d'étendre ses relations avec les peuples voisins de l'Egypte. Le produit des douanes devait être une ressource pour le trésor, et des alliances avec des princes étrangers auraient consolidé, en cas d'attaque des Turcs, la position de Tannée française. Bonaparte songeait donc k la fois aux besoins de la paix et aux chances de la guerre.
Dans les premiers jours de février, Bonaparte ayant transmis toutes ses instructions à ses géné- ^\JJi et achevé les préparatifs de l'expédition, appelait près de lui les principaux habitants du Caire, et les invitait à maintenir le bon ordre dans la ville, tandis qu'il allait, disait-il, chercher sous 'es murs de Gaza, les Mameluks insoumis, les alliés du farouche Djezzar ; puis, il écrivit au Directoire pour lui faire connaître les motifs et le but de l'expédition de Syrie :
Quartier général au Caire, 22 pluviôse an VII
(10 février 1799).
Citoyens Directeurs, un bâtiment ragusin est entré le pluviôse dans le port d'Alexandrie; il avait à bord les Citoyens Hamelin et Livron, propriétaires du chargement, ^^iisistant en vin, vinaigre, draps, eaux-de-vie, etc. Il m'a apporté une lettre d'Ancône, du Consul, en date du 11 bru- ^*ire; elle ne me donne point d'autres nouvelles que de me
<*) Collection Napoléon, pièces 3899. 3900, 3901.
252 BONAPAIITE *
faire connaître que tout est tranquille en Europe et en Fn Il m'envoie la série des journaux de Lugano, depuis le.n (3 seplcmbre) jusqu'au n» 43 (22 octobre), et la série Courrier de l'armée d* Italie ^ qui s'imprime à Milan, de; le ïi^ 219 (14 vendémiaire) jusqu'au n^ 230 (6 brumaire).
Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le S4 octobr relâché à Ancône le 3 novembre, et est arrivé à Navai en Morce, d'où il est parti le 28 nivôse. J'ai interrogé i même le citoyen Hamelin ; et il a déposé les faits ci-joi Les nouvelles sont assez contradictoires. Depuis le 6 ju je n'ai pas reçu de nouvelles d'Europe.
Le l^i* novembre, mon frère est parti sur un aviso; j( avais donné ordre de se rendre à Crotone ou dans Je g de Tarente; j'imagine qu'il est arrivé.
L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire (1).
Je vous ai expédié plus de soixante bâtiments de to les nations, et par toutes les voies: ainsi vous derex bien au fait de notre position ici.
Nous avons appris par Suez que six frégates [françai qui croisaient à Tembouchure de la mer Rouge, aTaieat pour plus de vingt millions de prises aux Anglais.
Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à S«e j 'ai une flottille de quatre avisos qui navigue dans la merRoi
Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djeszar-Pi aurait, outre son pachalik d'Arc, celui de Damas. Ibral Pacha, Abd-Ullah-Pacha ^X d'autres pachas sont à Graii menacent l'Egypte d'une invasion. Je pars dans une Im pour aller les trouver. Il faut passer neuf jours de dé sans eau ni herbe. J'ai ramassé une quantité assez COMJ rable de chameaux, et j'espère que je ne manquerai de r Quand vous lirez cette lettre, il serait possible que je h sur les ruines de la ville do Salomon.
Djezzar-Pacha, vieillard de soixante-dix ans, estun boi féroce qui a contre les Français une haine démesurée. .
il) I/ortlonnntciir ^^ucv avait (>lc hlussv trfs dangereasement WA ' le jour (Ir la bataille des Pyramides, i^a blosBuro notait point goév désira retourner en I'>anc<>.' Il partit. sViiibarqiia à Alexandrie Ht ^ros transport avee deux eents soldats amputés ou avcogleB. Sa IM tifin fut d'abord h(>ur(>use: mais ayant manque' d'eaii, lo bâtiment HS en Sicile pour eu faire. Ces féroees insulaires attaquôrent lo bitâl é^orp^èrent Suey elles infortunés soldats ëehappoB à tant de pétfli aux dangers de tant de batailles. Ce crime si atroce ne fnt p<nnt pnai a dit (juil avait été réoonipens»' !
pï^çw-f ■;"
onda avec dédain aux ouvertures amicales que je lui ai
es plusieurs fois.
'ai» dans l'opération que j'entreprends, trois buts :
^ Assurer la conquête de l'Egypte en construisant une
28 forte au delà du désert, et, dès lors, éloigner tellement
armées, de quelque nation que ce soit, de l'Egypte, ^lles ne puissent rien combiner avec une armée européenne viendrait débarquer sur les côtes ;
0 Obliger la Porte à s'expliquer; et, par là, appuyer les ;ociations que vous avez sans doute entamées, et l'envoi i je fais à Constantinople, sur la grande caravelle turque, consul Beauchamp ;
o Enfin ôter à la croisière anglaise les subsistances elle tire de Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui
restent à me rendre, par la guerre et des négociations, te cette côte amie.
e me fais accompagner, dans cette course, du mollah, i est, après le mufli de Constantinople, l'homme le plus léré de l'empire musulman, des cheiks des quatre princies sectes, de l'émir-hadji ou prince des pèlerins. Le Rama2ân, qui a commence hier, a été célébré de ma [*t avec la plus grande pompe; j'ai rempli les mêmes ictions que remplissait autrefois le pacha. /^
Le général Desaix est à plus de cent soixante lieuds du ire, près des Cataractes ; il fait des fouilles sur les ruines
Thèbes. J'attends à chaque instant les détails officiels m combat qu'il aurait eu contre les Mameluks, où Mourady aurait été tué et cinq à six beys prisonniers. L'adjudant général Boyer a découvert dans le désert, du ié du Fayoum, des ruines qu'aucun Européen n'avait core vues.
Le général Andrëossy et le citoyen BerthoUet sont de tour de la tournée qu'ils ont faite aux lacs de natroun et X couvents coptes. Us ont fait des découvertes extrême- 2nt intéressantes. lU ont découvert d'excellent natroun, le l'ignorance des exploitants empêchait de découvrir. -tte branche de commerce de l'Egypte deviendra par là core plus importante.
Par le premier courrier, je vous enverrai le nivellement • canal de Suez, dont les vestiges sont parfaitement con- Pvés.
254 B03CAPABTE
Il ost née*.- s s aire que tous fassiez passer des arme Tos opérations militaires et diplomatiques soient ce de manière que nous recenons des secours. Les éwi de la i^errt: et les événements nstarels font m« monde.
Une maladie contagieuse s'est déclarée depuis di à Alexandrie : deux cents hommes en ont été Tictim< aTons pris des mesures pour qu'elle ne s'étende poi la Taincrons.
Nous avons eu bien des ennemis à vaincre dans ce dit ion : désert, habitants du pays, Arabes, M: Russes. Turcs. Anglais.
Si dans !«• courant de mars, le mppport du citoyc lin se conGrme et que la France soit en armes c< rois, je passerai en France.
Je 11 ir uiL- permets, dans cette lettre, aucune réflc 1;ï position des afiTuires de la République, puisqui dix mois, je n'ai plus aucune nouvelle. Nous avons conftanc«' entière dans la sagesse et la vigueur des nations «jue vous prendrez (1).
BoSAf
l^ona parte, suivant son habitude, avait s sèment étudié le pays où il allait gnid armée.
v L'Arabie a la forme d'un trapèze. Un côtés, borne'' par la mer Rouge etTisthmed a cin(i cents lieues de développement. Ce s'étend du détroit de Babel-Mandel au cap > el-Gatr en a quatre cent cinquante. Le tpo partant de Raz-el-Gate, est borné par le gel si([ue et pai' TEuphrate; il s'étend jusqu'au taïrnes qui avoisi Fient Alep et bornent la Syi six. c<'nts lieues: c'est le plus grand. T^o qua fronlicre de l'Arabie e»t de la Svrie, est petit ; il n'a ([ue cent cinquante lieues, depuit
1; Arcllivi-x fin l)rp«*>t (k> ]a ^iicrn>. ot C^orrespondonce, piéc
EX ÉGPTTB 255
en Egypte, jusqu'au-delà d' Alexandre tte et des monts Rosas; sur ce développement de cent cinquante lieues, la Syrie est divisée en deux parties parallèles, les terres cultivées sur trente lieues de largeur, et le désert large aussi de trente lieues, et qui s'étend jusqu'à Palmyre. La Syrie est bornée au nord par TAsie-Mineure, à l'occident par la Méditerranée, au midi par TEgypte, et à l'orient par l'Arabie : ainsi ello est le complément de ce pays, et forme avec lui comme une grande île, comprise entre la Méditerranée, la mer Rouge, l'Océan, le golfe Persique et l'Euphrate. La Syrie diffère de l'Egypte par sa population, son climat et son sol. L'Egypte est une longue plaine formée par la vallée d'un des plus grands fleuves du monde; la ^yrie est la réunion d'un grand nombre de vallées. f^es cinq sixièmes du terrain y sont des collines ou les montagnes; une chaîne la traverse parallèlement, et à dix lieues des côtes de la Méditerranée ; » droite, cette chaîne verse ses eaux dans deux riviè- 'es qui coulent dans la direction qu'elle suit elleïiême, le Jourdain (au sud) et TOronte (au nord), 'tqui ont leur source au mont Liban. »
La Syrie au moment de l'expédition est partagée !n cinq pachalicks : celui de Jérusalem, qui comuend l'ancienne Terre Sainte, et ceux d'Acre, de Mpoli, de Damas et d'Alep. Alep et Damas sont ncôniparablement les deux plus grandes villes du >ays. Sur les côtes, on trouve Gaza (située à une îeue de la mer sans trace de rade ni de port); un rè& beau plateau de deux lieues do t<î;ir désigne
remplacement qu'avait cette ville dans sa prospërite; aujourd'hui elle n'a que peu d'importance; Jaffa, à quinze lieues de Jérusalem, en est le port le plus voisin. Outre le port pour les bâtiments, il s'y trouve une rade foraine Césarée n'offre plus que des ruines. Acre a une rade foraine, mais h ville est peu de chose ; on y compte dix ou dooia mille habitants. Sour ou Tyr n'est plus qu'un village; Sayd, Beyrout, Tripoli, sont de petites villes. Le point le plus important de toute la côte est le golfe d'Alexandrette, situé à vingt lieues d'Alep, i trente de l'Euphrate, et à trois cents d'Alexandrie. 11 s'y trouve un mouillage pour les grandes escidres. Dans la Syrie, le point le plus élevé est le mont Liban, montagne du troisième ordre, converte de pins énormes; dans la Palestine, c'eit le mont Thabor. L'Oronte et le Jourdain, qui sont les plus grands fleuves de ces deux contrées, loat l'un et l'autre de petites rivières.
Voici quel était l'effectif de l'armée au momeit de l'expédition :
Infanterie
Hautc-
Basse- Kgj-pto
Syrie