TOTAL
Cavalerie
Artillerie
Guides
Non combaltants
EN ÉGYPTB 257
Les généraux Desaix, Priant, Belliard, Davout, Lasalle, commandaient dans la haute Egypte; les généraux Dugua, Lanusse, Marmont, Aimeras, dans la basse Egypte. Les généraux Kleber, Bon, Reynier, Lannes, Murât, Dommartin, Caffarelli du Falga, Vial, Junot, Verdier, Lagrange faisaient partie de l'armée de Syrie.
L'armée de Syrie se composa de quatre petites divisions d'infanterie, sous les ordres des généraux Kleber, Reynier, Bon, Lannes. Le général Kleber dont les généraux de brigade étaient Verdier et Junot, avait sous son commandement les deux premiers bataillons de la 2® légère, 25* et 75* de ligne.
Le général Reynier avait les 9* et 85® demi-brigades de ligne avec le général de brigade Lagrange.
Le général Bon avait sous ses ordres une partie des 4® demi-brigade légère, 18* et 32Memi-brigades de ligne, et les généraux Vial et Rampon.
Le général Lannes avait sa division formée des deux premiers bataillons de la 22® légère, des 13* et 69* de ligne. Ses généraux de brigade étaient Veaux, Robin et Rambeaud.
Le général Murât commandait les détachements des divers régiments de cavalerie (huit cents chevaux). Les guides à pied ou à cheval (six cents) étaient sous le commandement de Bessières. On comptait une centaine de dromadaires montés.
Les généraux Dommartin et Caffarelli prirent la direction de Tartillerie et du génie.
Chaque division de l'armée de Syrie avait six pièces d'artillerie de campagne, la cavalerie en
avait six à cheval, les gnides six pièces »> cheval; total : trente-six bouches à feu. Le parc avait quatre pièces de douze, quatre pièces de huit, quatre obusiers, quatre mortiers de six poaces; total : seize pièces ; en tout cinquante-deux boaches à feu, avec un double approvisionnement, des outils et un équipage de mine. Un équipage de siège de quatre pièces de vingt-quatre, quatre de I seize, quatre mortiers de huit pouces, avec tout le nécessaire, était embarqué à Damiette sur six petits chebecs ou tartanes ; il était impossible de traîner dans les sables mouvants du désert dan fortes pièces.
Un pareil équipage de siège embarqué sur les trois frégates la Junon^ la Courageuse et FAlcettty était en rade d'Alexandrie, sous les ordres du contre-amiral Perrée. Le général en chef avait ainsi pris double précaution pour être assuré de ne pas manquer de gros canons, qui étaient jng^ nécessaires pour Jafia et Acre. Le contre-aminl Perrée devait ainsi se mettre en communication avec l'armée de terre dont l'arrivée était calculée et Indiquée.
L'armée de Syrie eut besoin de trois mille cliameaux et. de trois mille ânes pour porter les vivrei» l'eau et les bagages; savoir : mille chameaux pour les vivres de quatorze mille hommes pendant qninie jours, et pour trois mille chevaux de cavaleriei d'état-major, d'artillerie; deux mille chaneaiff pour porter l'eau pour trois jours, vu que l'on prévoyait pouvoir renouveler cette eau à Qatyeh et i
BN EGYPTE 259
El-A'rych. Les ânes furent distribués à raison de Un pour dix hommes d'infanterie ; ce qui mettait quinze livres à la disposition de chaque soldat.
Les garnisons qui devaient rester daps la basse Egypte durent être fournies par la 19* demi-brigade, par les troisièmes bataillons des demi-briga-^ les de l'expédition de Syrie, par les légions nauique et maltaise et par les dépôts de cavalerie. jC général Dugua eut le commandement du Caire ; e général Menou conserva celui de Rosette ; Tadudant général Aimeras, reçut avec le commande^ ment de Damiette, Tordre de presser les travaux des fortifications.
Dans les premiers jours de février, deux vaisseaux de guerre anglais et une quinzaine de bâtiments parurent devant Alexandrie ; ils bombardèrent la ville, mais les batteries de côtes tirèrent avec tant d'adresse, que les bombardes furent bien-^ tôt hors de service. Il parut évident que le but de l'ennemi était d'arrêter le mouvement de l'armée sur la Syrie, en menaçant Alexandrie. Le commandement de cette place, qui devenait de plus en plus importante, fut confié au général Marmont. Le général Desaîx, avec son corps d'armée, resta dans la haute Egypte, et reçut du général en chef les ordres les plus positifs de redoubler de vigilance et d'activité pour contenir les Mameluks et pour empêcher Mourad-Bey de se porter vers la •>a8se Egypte.
Le 20 décembre, Abd-Allah, général de Djezzar, avait campé à Gaza avec une armée de douze mille
hommes ; il avait fait occuper El-A'rychy le ! vier 1799, par quatre mille hommes. Le g Reynier, qui avait depuis le commencement d vier une garnison dans le fort de Qatyeh, le 23 de ce mois, son quartier général à SàU et le 5 février à Qatyeh, d'où il partit le 6, le 8 aux puits de Mesoudyah, et porta Talar camp d'El-A'rych. Un coureur mameluk d'Ibi Bey fut fait prisonnier; il donna des rens ments fort exagérés. Le général Reyniery a! expédia sur-le-champ un dromadaire au g en chef pour lui faire part de la position ci où il allait se trouver.
Arrivé à huit heures du matin, à portée < non d'EI-A'rych, il prit position. Les Turcs paient le fort et une position en avant du ' d'EI-A'rych, dont les maisons étaient consi en pierre; ils s'y étaient barricadés, protégi l'artillerie du fort. Aussitôt que l'ennemi assuré du peu de cavalerie qu'avaient les Fn il fit porter la sienne sur les flancs et leuri riëres. Les Turcs défendaient tous les puit forêt de palmiers. Les Français étaient bivoi sur un monticule de sable, sans eau, sans o sans fourrages, sans bois. Abd-Allah avec U de ses troupes et douze pièces de canon dec à armer le fort, qui n'en avait que trois, i attendu à chaque instant de Gaza. La positii ennemis était formidable. Reynier le reci mais, prenant conseil de la force des circonst il ordonna l'attaque. 11 prit les meilleures di
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tions possibles. Après une vive canonnade d'une demi-heure, la 85^ demi-brigade enleva au pas de charge le village d'El-A'rych; cinq cents Turcs furent tués ou pris, les trois mille cinq cents autres se jetèrent dans le fort, où ils furent bloqués; la cavalerie turque se retira et prit position à une demi-lieue d'El-A'rych, couverte par un grand ravin, à cheval sur la route de Gaza. Reynier perdit deux cent cinquante hommes tués ou blessés ; Tarmée en murmura, elle le lui reprocha. « Ces reproches étaient injustes ; ce général fit ce que la prudence et les circonstances exigeaient (1). »
Âbd-Allah arriva de Gaza, avec ses huit mille hommes, au secours d'El-A'rych, le 11 février au soir. Il se plaça derrière sa cavalerie, sur la rive droite du ravin de l'Égyptus. La position de Reynier devenait fort critique, mais la division Kleber, qui s'était embarquée à Damiette sur le lac Menzaleh avait débarqué au fort de Tyneh, près les ruines de Peluse, à deux lieues de Qatyeh. Le 6 février elle avait continué sa route en toute hâte sur El-A'rych, où elle arriva le 12 au matin.
Le général Kleber prit le blocus du fort. Le général Reynier réunit dans la matinée du 12 sa division dans la forêt de palmiers sur la rive gauche du ravin, vis-à-vis de la division d' Abd- Allah; il passa les journées du 13 et du 14 à reconnaître le terrain, à faire ses dispositions, à instruire les différents officiers qui devaient commander ses colonnes, et dans la nuit du 14 au 15 il exécuta une
(1) Mémoires de Napoléon.
des plus belles opérations de guerre qu*il soit poisible de faire (1). Il leva son camp k onze heures du soir, marcha par sa droite remonta le ravin èb rÉgyptus pendant une lieue ; la, le passa, se ranget en bataille, sa gauche au ravin, et sa droite do côté de la Syrie, se trouvant en potence sur la gauche de Tarhiée ennemie. Il rangea dans le plus profond silence sa division en colonnes par régiment; il formait ainsi trois colonnes et chaque colonne a distance de déploiement, son artillerie dans les intervalles; il réunit, k deux cents pas de chaque colonne, les grenadiers auxquels il joignit cinquante hommes de cavalerie; ce qui portais force de chaque détachement k deux cents hommes. Ainsi formé, il se mit en marche; aussitôt qu'3 rencontra les premières sentinelles, il fit halte et rectifia sa position. Les trois détachements de grenadiers se jetèrent par trois directions di£Pérentes au milieu du camp ennemi. Chaque détachement : était muni de plusieurs lanternes sourdes, chaque soldat portait au bras un mouchoir blanc ; d'ailleon la différence de langage rendit la reconnaissance plus facile. En un moment Talarme fut dans le camp d'Abd-Âllah; Reynier, avec la colonne du centre, arriva à la tente du pacha, qui n'eut que le tempt de se sauver à pied ; plusieurs kâchefs d*lbnihiiB« Bcy furent pris. L'ennemi laissa quatre ou cinil cents morts sur le champ de bataille, neuf cents prisonniers, tous ses chameaux, une grande partie de ses chevaux, toutes ses tentes et ses bagages.
(1) Mémoires de Napoléon,
Abd-Âllah se sauva épouvanté, et ne rallia sa diviqu'à Khân-Younès, Reynîer n'eut que trois hommes tués et quinze ou vingt blessés; il campa le 17 dans la position qu'avait occupée l'ennemi, couvrant le siège d'El-A*rych. « Cette affaire fit le plus grand honneur au sang-froid et aux saged dispositions de ce général (1). »
Le général en chef partit du Caire avec les divisions Bon et Lannes le 10 février, à dix heures du soir, et arriva à minuit à Belbeys où il campa le 11. Il se rendit au camp de Birket, où était la députation du divan.
Les grands du Caire étaient dans les intérêts de Bonaparte ; ils voyaient avec plaisir une opération qui allait éloigner la guerre de leurs foyers, en la portant en Syrie, L'espérance de voir l'Egypte, la Syrie et l'Arabie soumises à un même prince leur souriait. Ils nommèrent une députalion de cinq cheiks des plus instruits pour prêcher dans les mosquées, afin de disposer l'esprit des musulmans en faveur de l'armée, de défendre la cause des Musulmans près des Français et d'exciter le patriotisme arabe. Dans cette députation, il se trouvait des hommes vénérés dans tout l'Orient. Le départ de cette députation des grands cheiks fit une vive impresssion sur toute la population de l'Egypte. Les naturels souriaient aux succès des Français ; leur esprit, éveillé sur ces matières délicates, s'ouvrit à de nouvelles idées qui avant leur étaient inconnues. Bonaparte déjeuna avec les cheiks, visita leurs
(1) Mémoires de Napoléon.
264 DONAPAnTE
tentes, et rejoignit le soir son quartier général k Belbeys. Le 11 février, il campa sous les palmiers de Korâym; ses tentes venaient d*ètre dressées, lorsqu'il reçut le dromadaire porteur des dépêches du générBl Reynier, datées du 9 février au matin, du puits de Mesoudyah. Il écrivait que les renseignements qu'il avait reçus lui faisaient penser que toute Tarmée de Djezzar était en mouvement, e1 qu'un corps de troupe considérable était arrivé c El-A'rych ; que sa position allait devenir bien délicate au milieu de cet immense désert. Cela décida le général en chef a partir sur-le-champ. Il mont; sur son dromadaire, voyagea toute la nuit, resta : Qatyeh les 13, 14, 15 et 16, pour ordonner de mouvements de marche et de ravitaillement, piai arriva devant El-AVychle 17 où s'installa le qaauc^ tier général. Il se rendit au camp d'Abd-AUah et témoigna aux troupes sa satisfaction pour leur beau combat de nuit. Les parcs de réserve, les divisioiui Bon et Lannes couchèrent le 12 février k Sàlheyeh» le 13 à El-A'râs, le 14 à Qatyeh, le 15 k Byr el-A'bd, le 16 à Birket-A'ych, le 17 à Mesoudyah, le 18f le 19 et le 20 février elles arrivèrent k El-A'rych* La défaite d'Abd-Allah n'avait pas influé sur I0* dispositions de la garnison du fort, qui paraintt^ déterminée à la plus opiniâtre résistance. Le gêné* rai Caffarelli construisit deux batteries. Tune à^ huit pièces de huit et de quatre obusiers, k cêHmM cinquante toises, pour battre k plein fouet, l'antrC de brèche. Il profita pour placer celle-ci, d**^ grand magasin en pierre, situé k dix toises du fortî
elle devait être armée de quatre pièces de douze. Le 18, la batterie à plein fouet battit le fort et ^n démonta Tartillerie, qui fut réduite au silence. ^es pièces de douze étaient avec la réserve du parc, lies ne pouvaient arriver au plus tôt que le 20. Le énéral Dommartin fit doubler les attelages ; deux e ces pièces arrivèrent le 19 au matin ; il les plaça e suite en batterie ; en cinq ou six heures de temps i brèche fut faite au fort. Le général Berthier omma la garnison ; elle n'avait aucun homme de onsidération à sa tète ; elle était commandée par [uatre capitans. Ils députèrent deux d'entre eux )oiir répondre à la sommation ; ils avaient Tordre ie défendre le fort jusqu'à la mort et étaient résolus à obéir; ils ne voulurent rien entendre. Enfin ils préparèrent pour leur ultimatum qu'on leur accorderait une trêve de quinze jours, au bout de laquelle ^Is rendraient le fort s'ils n'étaient pas secourus. Ces chefs parlèrent avec résolution et se montrèrent déterminés à courir les chances de l'assaut. On était si près du fort que l'on entendait les discours que les imams faisaient aux soldats, et les pnères qu'ils récitaient. Tous ces hommes étaient fanatisés. L'assaut, dont la réussite était probable, coûterait peut-être quatre ou cinq cents hommes, sacrifice que notre position ne nous permettait pas ^e faire. Cependant on n'avait pas un moment à perdre. Abd-Allah avait rallié son monde à Khân- *ounès, et recevait tous les jours des renforts; la contenance de la garnison faisait assez comprendre ^ elle espérait être secourue ; les eaux des puits
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d'El-A'rych s'épuisaient; il était urgent d'en finir. Le général Dommartin réunit les obusiers dès divisions; le 20 février au matin il fit bombarder le fort. Les canonniers jetèrent huit ou neuf cent» obus avec tant d'adresse, qu'ils portèrent la terreur et la mort parmi la garnison. Chaque obus tuait ou blessait du monde, car tous éclataient su milieu d'un petit fort, où les hommes étaient les uns sur les autres. La garnison changea alors de ton ; elle battit la chamade ; après de vains discours, les quatre capitans signèrent la capitulation qui leur fut proposée. La garnison posa les' armes sur le glacis ; elle remit ses chevaux, jura de se rendre h Bagdad par la route du désert, de ne point porter les armes contre les Français pendant la présente guerre, et de ne rentrer avant un aQ ni en Egypte ni en Syrie. Elle fut escortée pendant six lieues dans la direction de Bagdad. Elle avait eu au combat du village d'El-A'rych et à l'attaque du fort sept cents hommes tués, blessés on prisonniers. Trois cents de ces Moghrebins demandèrent du service. Il y avait dans le fort deux cent cinquante chevaux, une centaine de chameanXf trois pièces de canon. Les prisonniers, les drar peaux, les canons furent envoyés à la députation du divan, à Salheych, et de la au Caire; ils servirent à une entrée triomphale par la porte des Victoires. Les ingénieurs firent réparer la brèchci remirent le fort en bon état, construisirent quatre luncltes ; ce qui augmenta la capacité du fort et donna des feux dans les bas-fonds qui étaient tout
près. Le général Reynîer resta k El-A'rych, avec Tordre d'y attendre que les prisonniers Teussent évacué, que le fort dit de TEgypte, fut mis dans un état respectable. Sa division devait ensuite former l'arrière-garde .
Le général Kleber, commandant l'avant-garde de l'armée, partit le 22 février avant le jour; il devait aller coucher au puits de Zâouy pour arriver le lendemain à Khân-Younès; il avait ordre de pousser un avant-poste sur Khân-Younès, si cela lui était possible. D'El-A'rych à Khân-Younès il y a quatorze lieues. Le général en chef partit le 23 à une heure après midi avec cent dromadaires et deux cents guides à cheval. 11 marcha au grand trot pour joindre Tavant-garde ; arrivé au santon de Kharoub, il remarqua avec étonnement que les fossés dans lesquels les Arabes cachent leur paille et leur blé n'avaient pas été fouillés. On ne rencontrait pas un soldat en arrière, ce qui pouvait expliquer la crainte inspirée aux traîneurs par les Bédouins. Aux puits de Zâouy et au puits de Reyfay, il fut alarmé de ne pas voir à l'entour de traces d*eau répandue par les troupes qui auraient pu s'y reposer. Il passa outre néanmoins, et arriva enfin sur la hauteur vis-à-vis de Khân-Younès ; mais au lieu de son armée, il y trouva un corps de Mameluks d'Ibrahim-Bey gardant le village et il aperçut au lointain le camp d'Abd-Allah. Le général en chef sentit qu'en se retirant, il attirerait sur lui les Mameluks, et il résolut d'agir au contraire avec audace. A la tête de ses guides, il se
porta sur Khàn-Younès. Les Mameluks, prenant ce corps pour la tète de Tarmée franvaise, se replièrent à la hâte sur le camp de Gaza, et les Français s*établirent dans le village ; mais k la nuit le génè* rai en chef jugea qu'il était imprudent de rester plus longtemps sans se mettre à la recherche de Kleber. Il partit guidé par un Arabe qui disait avoir rencontré les Français sur le chemin de Karak, et c'est la en effet que s'était égaré Kleber qui avait marché pendant quinze heures sans s'apercevoir de son erreur. Aussitôt que les troupes de l'avant-garde reconnurent Bonaparte, ils le saluèrent par des cris de joie. Il leur annonça qu'ils n'étaient point éloignés du puits de Zâouy, que des chameaux chargés d'eau venaient à leur rencontre. A midi, la division Kleber arriva au puits de Zàouy, au même moment où le reste de l'armée et les cha» meaux de réserve y arrivaient d'El-A'rych. Lannes prit l'avant-garde et coucha le soir même à Khftn- Younès. Le grand désert était passé. Il y avait a Khân-Younès de beaux et vastes jardins ; l'eau de puits était bonne et assez abondante, non seulement pour suffire aux besoins du jour, mais pour rem-* plir les outres ; car de ce village à Gaza, il n'y avaifc pas de puits.
(( On avait passé les limites de TAfrique, on étai'fc en Asie. Khan- Younès est le premier village d^ Syrie. On allait traverser la Terre Sainte. Les sol** duts se livrèrent k toutes sortes de conjectarea« Tous se faisaient une fête d'aller à Jérusalem i cette fameuse Sion parlait à toutes les imagina"
tions et réveillait toute espèce de sentiments. Les Chrétiens leur avaient montré dans le désert, un puits où la Vierge, venant de la Syrie, s'était reposée avec TEnfant Jésus . Les généraux avaient comme drogmans, intendants ou secrétaires, un grand nombre de catholiques syriens qui parlaient un peu la langue franque, jargon italien; ils expli- <{uaient aux soldats toutes les traditions de leurs légendes chargées de superstition (1). »
L'armée séjourna le 24 février à Khân-Younès, Elle partit le 25 avant le jour. A trois lieues, elle rencontra l'avant-garde d'Abd-Allah et lui fit quelques prisonniers. Abd-Allah couvrait la ville de ('aza. Il avait reçu des renforts ; il comptait sous ses ordres douze mille hommes dont six mille de cava- 'erie. Il attendait a chaque instant l'armée de l'aga "® Jérusalem, ainsi que quatorze pièces de canon de P^i*c de campagne de Jaffa. Cela devait lui faire OQe armée de vingt mille hommes. A trois heures *près midi, les deux armées se trouvèrent en pré- *^iXce. Celle d'Abd-Allah avait sa droite appuyée '^ gros mamelon dit dCHébron^ où Samson porta ^^ portes de Gaza, ce mamelon est situé vis-à-vis ^ Gaza, dont il est séparé par une vallée de sept ^ huit cents toises de largeur. Sa cavalerie était "^Xite sur sa gauche, il n'occupait pas la ville de •"^za, mais seulement le fort, où il y avait de »^088es pièces d'artillerie.
Bonaparte suivant sa tactique ordinaire, fit for- *^€r en carré chacune des divisions. Il donna la
11) Mémoires de Napoléon.
gauche à Kleber, le centre au général Bon. Toute la cavalerie, sôus les ordres de Murât, tint la droite, et, comme elle était fort inférieure en nombre, il l'appuya par trois carrés de l'infanterie du général Lannes. Les hussards amenèrent quelques prisonniers, qui annoncèrent que l'aga de Jérusalem n'était pas encore arrivé, et que ji division d'artillerie du parc de Jaffa n'était pa» encore sortie de cette place, faute d'attelage. Abd- Allah n'avait donc que dix à douze mille hommes avec deux seules pièces d'artillerie : il n'était pas bien redoutable. Le général Kleber donna tète baissée daps la vallée, entre Gaza et la droite de l'ennemi, et se porta sur ses derrières. La cavalerie, soutenue par les carrés du général Lannes, tourna la gauche ; tandis que le général Bon, avec le centre marchait de front. Aussitôt que ces mouvements furent démasqués, les Turcs se 'mirent en retraite et évacuèrent toutes leurs positions. Le» Mameluks d'Ibrahim-Bey se comportèrent seuls avec courage; ils enfoncèrent trois escadrons de tôte du général Murât; mais, pris en flanc, ils furent ramenés. Les Tchorbadjis étaient un peu meilleurs que les Arabes, toutefois très inférieurs aux Mameluks, et hors d'état de se mesurer, même en nombre triple, avec les dragons. Ces derniers poursuivirent l'ennemi pendant deux lieues, l'épée dans les reins. Mais les Turcs sont très lestes; ils n'avaient aucun bagage, et seulement deux pièces d'artillerie qu'ils abandonnèrent. Les Mameluks d'Ibiahim-Bey soutinrent la retraite. Abd-AUak
jpSflr^Tr,:::^-
KN EGYPTE 271
verdit deux ou trois mille hommes. L'armée franlaise eut une soixantaine d'hommes tués, blés- •es ou prisonniers (1). »
La 22" d'infanterie légère s'est fort bien conduite; elle
uivait les chevaux au pas de course ; il y avait cependant lien des jours qu'elle n'avait fait un bon repas et bu de l'eau i son aise. Nous entrâmes dans Gaza ; nous y trouvâmes [uinze milliers de poudre, beaucoup de munitions de guerre, les bombes, des outils, plus de deux cent mille rations de >iscuit et six pièces de canon. Le temps devint afiPreux: beaucoup de tonnerre et de pluie; depuis notre départ de France, nous n'avions point eu d'orage (2) »
Les cheiks et les ulemas de Gaza apportèrent les clefs de leur ville. Les proclamations du divan ie Gâma el-Azhar, qui suivait l'armée, avaient concilié Topinion des habitants ; ils ne se démentirent pas pendant toute la campagne. Le soir même le fort fut cerné; et, par l'influence des habitants, l*aga qui le commandait le remit à la pointe du jour. Il y avait de l'artillerie, des magasins et l'équipage d'ouires de l'armée turque.
L'armée campa dans les vergers, autour de la ville; elle occupa les hauteurs par de forts détachements. Le général en chef fit porter ses tentes sur les hauteurs d'Hébron. On se ressentit de l'abondance du territoire, Ti'armée &e reposa quatre jours pour se refaire des fatigues du désert ; elle eut des vivres en abondance, et en très bonne qualité.
Le 29 février, l'armée sortit de Gaza, prit k gauche et marcha au milieu d'une plaine de six lieues
(1) Mémoires de Napoléon .
{%) Lettre de Bonaparte au Directoire (13 mars 1799).
272 BONÀPABTE
de large. A gauche, elle avait les dunes qui bordent la mer, et à droite les premiers mamelons des mon» tagnes de la Palestine, qui vont en s^élévant pen* dant quatre à cinq lieues, puis descendent sur Tautre revers jusqu'au Jourdain. Le l®*" mars, après une journée de sept lieues, l'armée campa à Esdoud; elle passa à gué le torrent qui descend de Jérusalem et se jette dans la mer à Ascalon.
Le 2 mars, après sept lîeues de marche, on campa à Ramleh, ville célèbre à sept lieues de Jérusalem. Les coureurs de l'armée s'approchèrent à trois lieues de la ville sainte. L'armée brûlait de voir la colline du Calvaire, le Sépulcre, le platean du triomphe de Salomon; elle éprouva un senti* ment de peine lorsqu'elle reçut Tordre de tourner à gauche. Mais il était pressant d'occuper Jaffa, où une nombreuse garnison travaillait à se fortifier. (( Jaffa est la seule rade que Ton trouve depuis Damiette; sa possession était nécessaire pour ouvrir les communications par mer avec cette dernière ville et recevoir les bateaux chargés de rix et de biscuit, ainsi que l'équipage de siège : marcher sur Jérusalem sans avoir occupé Jaffa eût été manquer à toutes les règles de la prudence. De Ramleh à Jaffa, il y a cinq lieues » (1). L'aràiéc campa devant Jaffa, toutes les divisions, bataillons détachés, les guides et les sapeurs en carré et au centre leurs bagages, chevaux et bêtes de somw^' La garnison fut renfermée dans ses muraillea ^^ bloquée.
{l) Mémoires de Napoléon,
f^TïîïfiK^r
BN EGYPTE 273
Toute l'infanterie d'Abd-Allah, lui-même en tête, s'était jetée dans Jaffa. Il y avait beaucoup d'artillerie; le corps des Tchorbadjis ou canonniers de Constantinople, y était tout entier. Le génie et Tartillerie employèrent toute la journée du 4 à reconnaître la place. Dans la nuit du 4 au 5 mars, ils ouvrirent la tranchée et construisirent trois batteries. Les places d'armes et les parallèles étaient inutiles; il leur suffit de creuser quelques boyaux pour servir de communication. Dans la nuit du 5 au 6, l'artillerie arma les trois batteries de ^ngt pièces de canon ; les deux h plein fouet, chacune de quatre pièces de huit et de deux obu- 8iers; celle de brèche, de quatre pièces de douze ^t quatre obusiers. La garnison fit deux sorties sous le feu de son artillerie et de la mousqueterie ^e ses créneaux; mais l'une et l'autre n'eurent [u'un succès momentané et furent vivement repousses. Ces sorties étaient un spectacle qui n'était pas ^pourvu d'intérêt; elles étaient faites par des ommes de dix nations diversement costumés : étaient des Moghrebins, des Albanais, des Kurdes, ^s Anatoliens, des Caramaniens, des Damasquins, ^sAlepins, des noirs duTakour. Parmi les prison- ^«rs, il se trouva trois Albanais de la garnison
El-A'rych, qui donnèrent la nouvelle que toute ^tle garnison s'était rendue à JafTa, violant la ^pitulation et son serment.
Le 6 mars, les batteries firent une salve de deux 'Oupspar pièce; puis, le 7, à la pointe du jour, le S^néral Berthier envoya un parlementaire avec
274 BOXAPABTB
celte lettre pour Abd-Allah-Aga, commandant de li place de Jaifa:
c Dieu est clément et miséricordieux!
Le général en chef Bonaparte me charge de tous faire connaître qu'il ne s'est porté dans la Palestine que pour d chasser les troupes de Djezzar-Pacha, qui ne doiTentpaiv être, non plus que dans le fort d'El-Arych, territoire d'Ég}'pte; il a, par l'occupation de ce fort, commencé lui-même les hostilités contre l'Egypte;
Que la place de Jaffa est cernée de tous côtés; que les batteries de plein fouet, à bombes de brèche, Tont, dans deux heures, culbuter la muraille et en rainer les défenses;
Que son cœur est touché des maux qu'encourrait la fiHe entière en se laissant prendre d'assaut;
Qu'il oflre sauvegarde à la garnison, protection à la Tille; (]u'il retarde vu conséquence le commencement du fea jas- (|u'ù sept heures du matin (1).
L'oiricier et le trompette furent reçus; mais, au bout d'un quart d'heure, l'armée vit avec horreur leurs tètes au bout de piques plantées sur les deux plus grandes tours, et leurs cadavres jetés du haut des murailles au pied des batteries de brèche.
A sept heures, on commença le feu des batteries (2) ; ceHe de brèche fit tomber le pan de 1* tour qu'elle battait, la brèche fut reconnue praticable. Le chef de bataillon du génie Lazowski, avec vingt-cinq carabiniers, quinze sapeurs et cinq ouvriers d'artillerie, fit le logement et déblaya le pied de hi brèche. Il était une heure de Taprèsmidi. La 22*^ demi-brigade légère était en colonne derrière un pli de terrain qui servait de place
(1 CorrcspoiKhuicc de Napoléon, pièrt" '»Oll.
2, AirliÏNi's (lu Dépôt (1(5 la jçiierre. Ordres aux g snéraiix CaflarclH ^ Doniniiirtin. I^aiinos et Hon.
es ; elle attendait le signal pour monter a la
e. Le général en chef était debout sur l'épau-
t de la batterie, indiquant du doigt au chef
igade Lejeune, la manœuvre qu'il devait
lorsqu'une balle de fusil jeta son chapeau
îrre, passa à trois pouces de sa tête et ren-
raide mort le chef de la 22®, qui avait cinq
dix pouces. « Voilà la seconde fois de
[ue je fais la guerre, dit le général en chef,
e dois la vie à ma taille de cinq pieds deux
une heure, je jugeai la brèche praticable. Le général i fit les dispositions pour l'assaut ; l'adjoint aux adjuénéraux, Netherwood, avec dix carabiniers, y monta le r, et fut suivi de trois compagnies de grenadiers de it de la 69^ demi-brigade, commandée par l'adjudant 1 Rambeaud, pour lequel je vous demande le grade éral de brigade.
nq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, penngt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les rs de la guerre, qui jamais ne m'a paru aussi hideuse, ;re mille hommes des troupes de Djezzar ont été au fil de l'épée ; il y avait huit cents canonnicrs. Une des habitants a été massacrée.
jour suivants, plusieurs bâtiments sont venus de fean-d'Acre, avec des munitions de guerre et de '.; ils ont été pris dans le port; ils ont été étonnés ' la ville en notre pouvoir ; l'opinion était qu'elle nous 'ait six mois.
-Allah, général de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher les gens d'Egypte et de venir se jeter à mes pieds, envoyé à Damas et à Alep plus de cinq cents perde ces deux villes, ainsi que quatre à cinq cents perd'Égypte.
pardonné aux Mameluks et aux kachefs que j'ai pris .'rych, j'ai pardonné à Oaiar-Makram, cheik du Caire ; i clément envers les l'igyptiens, autant qu(^ jo lai été
env(*rs le peuple de Jaffa, mais sévère enyers la gandsoa qui s'est laissée prendre les armes à la main.
Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canoi, dont trente formant l'équipage de campagno, de modtiie (européen, et des munitions: plus de quatre cent miUe rations do biscuit, deux cent mille quintaux de riz et qsdques magasins de savon.
Les corps de l'artillerie et du génie se sont distingaéi.
Le général Caffarelli, qui a dirigé les sièges, qui a fût fortifier Ich différentes places de TÉgypte, est un officier recommandablc par une activité, un courage et des taleati rares.
Le chef de brigade du génie Sanson a commandé l'ataitgarde qui a pris possession de Qatyeh, et a rendu, dtfi toutes IcK occasions, les plus grands services.
Le capitaine du génie Sabaticr a été blessé au siège d'El-A'rych.
Lo citoyen Aymé est entré le premier dans Jaffa, par an vaste souterrain qui conduit dans l'intérieur de la place.
Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie» n'est parvenu à conduire les pièces qu'avec de graiulei peines, il a commandé la principale attaque de Jaffa. Nooi avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la 22« d'infanterie légère, qui a été tué sur la brèche. Cet officier a été vivenuMit regretté de l'armée; les soldats de son corps l'ont plouré comme leur père. J'ai nommé à sa place le chef de iiataiUon Magny, qui a été grièvement blessé. Ces différente affaires ont coûté cinquante hommes tués et deux cent* hlossôs.
1/arniéo de la République est maîtresse de toute 1* Pal(>stine (l).
Napoléon, dans ses Dictées à Sainte-Hélène^ > ('xpli<[iic les faits et a justifié la nécessité terrible dans laquelle 11 s'est trouvé de faire fusiller un w trrand nombre de prisonniers.
(( Dans la garnison de Jaffa, dit-il, on découvrit un grand nombre de soldats turcs que j'avais 6'^
(Il Li'llro au Dirorloiro (13 mars 17!)9h
risonniers peu de temps auparavant à El-A'rychy t envoyés à Bagdad, après qu'ils m'eurent donné iur parole de ne plus servir, ou du moins de ne lus porter les armes pendant l'espace d'un an. Je is avait fait escorter pendant douze lieues sur la )ute de Bagdad; mais ces Turcs au lieu de s'y sndre, se jetèrent dans Jaffa, défendirent la place outrance, et furent cause que je perdis un grand ombre de braves avant de m'en emparer. Sans le 3nfort que ces misérables donnèrent a la garnison e Jaffa, mes soldats n'auraient pas été sacrifiés... i je leur avais pardonné, et que je les eusse Qcore laissé aller sur parole, ils se seraient renus directement à Saint- Jean-d' Acre, pour y recomlenoer leur conduite de Jaffa.
«t Je devais à la sûreté de mes soldats (mon tre de général m'en faisant une impérieuse obliation) de ne pas permettre que ces prisonniers enouvelassent de pareils excès. Il était impossible ue je consentisse à laisser une partie de mon rmée, déjà réduite par la perfidie de ces misérales, pour les garder. Enfin, agir autrement que ai fait, c'eût été vouloir la destruction de mon fmée. En conséquence, usant des droits de la lierre, d'après lesquels j'étais le maître de faire 'ourir des prisonniers faits dans une semblable ^constance, des droits qu'a le vainqueur sur une Ue prise d'assaut, et du droit de représailles >ntre les Turcs, j'ordonnai que les prisonniers 8sent fusillés. »
La traversée du désert avait été très fatigante,
et le passage d'un climat extrêmement sec à on climat humide et pluvieux influa sur la santé de Tarmée; la peste dont quelques bataillons avaient rapporté le germe d'Egypte se déclara pendant le séjour a Jada et fit de grands ravages dans Tarmée. L'imagination des soldats était frappée et leur goorage abattu. Le chirurgien en chef Larrey ne dissimula pas toutes ses inquiétudes, attendu que plusieurs soldats étaient morts vingt-quatre heures après être entrés h l'hôpital. La stupeur derint universelle. Les malheureux atteints du fléau étaient repoussés par leurs camarades. Les Pères de la Terre Sainte s'enfermèrent et ne voulurent plus communiquer avec les malades ; tous les infirmiers déscrtèrcjit (l); l'hôpital fut abandonné h un tel point que les distributions manquaient et que les officiers de santé furent obligés de pourvoir à tout. Mais le dévouement généreux des officiers de santé ne pouvait suffire pour chasser ce lâche égoïsmc et ramener Tarmée a des sentiments plus dignes de l'humanité.
l^e 11 mars, le bruit se répandit dans le camp que phisieurs soldats étaient tombés morts en se promenant sur le quai; mais c'étaient des cadavres d'hommes morts à l'hôpital dans la nuit, et quedc» infirmiers turcs avaient négligemment déposés a la porte. L'armée s'en émut, et la nouvelle en parvint au général en chef, qui, aussitôt, voulut par
(h L'hôpital (lui «'lait ôtabli (hans le coiivont des Pôres de U Tof** Sainte int lut plus suClisaut. Le nombre dos malades se monta à septewt'* les cotTidors, les cellules, les tlortoirs, les cours on funmt obstnwâ. ^ ^ciK'ral en eliel' se dt'-tit des Pères do la Torro Sainte en les cnWJ«>*' J('Tusaleni ot à Nazîirelh. [Mc/noires de Mapnlco/i). F
EN ÉCiYPTE 279
une démarche éclatante et pubKque, relever le moral de ses soldats. Suivi de son état-major, il ftlla visiter les deux hôpitaux où les blessés et les pestiférés étaient séparément. 11 commença par celui des blessés, auxquels il fit distribuer de l'argent et des vivres. Il se transporta ensuite dans celui des pestiférés, s'arrêta auprès de tous les soldats, et adressa à chacun d'eux des paroles d'encouragement. II y resta pendant plus d'une heure et demie, occupé de tous les détails d'une prompte organisation. Se trouvant dans une chambre étroite et encombrée de malades, dans le but de leur montrer que l'affection n'était pas aussi contagieuse qu'ils le supposaient, il en toucha plusieurs et aida à soulever le cadavre hideux d'un soldat souillé par l'ouverture d'un bubon pestilentiel. Desgenettes essaya, sans affectation, de le reconduire hors de l'hôpital, et lui fit entendre qu'un aussi long séjour dans une atmosphère remplie de miasmes iilfects devenait beaucoup plus qu'inutile et pouvait être même funeste. Il fallut de vives instances pour qu'il consentit à se retirer. Enfin il ^l^itta l'hôpital, comblé des bénédictions de ces Malheureux expirants. Lorsqu'il sortit, les officiers de son état-major, justement alarmés, firent à Bonaparte de vifs reproches de son imprudence : ^ C'était mon devoir, répondit-il avec calme, je SUIS général en chef. )> Le médecin fut aussi vive- ''^^nt blâmé, et on murmura contre lui dans l'ar-* ^^^, parce qu'il ne s'était pas opposé formellement ^ 'a longue visite du général. « Ceux-là le connais-
sent bien peu, répondit Desgenettes^ qui croient qu'il est des moyens faciles pour changer ses résolutions, ou deTintimider par la crainte du danger.i Quoiqu'il en soit, le résultat de la visite fut tel, (ju Tarmée resta persuadée que ce n'était pas la peste qui faisait périr tant d'hommes ; ce ne fut que plusieurs mois après qu'il fallut bien en convenir.
Le général en chef écrivit à Djezzar, le pacha de Saint-Jean-d'Acre, du camp de Jaffa, le 9 mars:
Depuis mon entrée en Ég^-pte, je youb ai fait connaitn plusieurs fois que mon intention n'était point de vous fidre la guerre ; que mon seul but était de chasser les Mamelnki; vous n'avez répondu à aucune des ouvertures que je Tooiii faites.
Je vous avais fait connaître que je désirais que vous âoî* gnassiez Ibrahim-Bcy des frontières de TÉgypte : bietloii de là, vous avez envoyé vos troupes à Gaza, vous avez fait de grands magasins, vous avez publié partout que voua illiei entrer en Egypte ; vous avez effectué votre invasion en por^ tant deux mille hommes de vos troupes dans le fort d'El- A'rych, enfoncé à dix lieues dans le territoire de TÉgypte. J'ai dû alors partir du Caire, et vous apporter moi-même la guerre que vous paraissiez provoquer.
Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa, sont en moa pouvoir. J'ai traité avec générosité celles de vos troapci qui s'en sont remises à ma discrétion. J'ai été sévère enven celles qui ont violé les droits de la guerre. Je marcherai BOai peu de jours sur Saint-Jean-d'Acre. Mais quelles raisons lije d'ôter quelques années de vie à un vieillard qne je ne connais pas ? Que sont quelques lieues de plus à côté du paya que j'ai conquis? Et, puisque Dieu me donne la victoire, je veux, à son exemple, être clément et miséricordieux, non seulement envers le peuple, mais encore envers les grandi.
Vous n'avez point de raison réelle d'être mon ennemir puisque vous l'étiez des Mameluks. Votre pachalik est séparé de l'Egypte par les provinces de Gaza, de Ramleh et par d'immenses déserts ; redevenez mon ami, soyez l'en-
vr.^;
aemi des Mameluks, et des Anglais : je vous ferai aatant de bien que je vons ai fait et que je peux vous faire de mal. Bnvoyez-moi votre réponse par un homme muni de yos pleins ^UYoirs, et qui connaisse vos intentions ; il se présentera à non ayant-garde avec un drapeau blanc, et je donne ordre à non état-major de tous envoyer un sauf-conduit que tous trouverez ci-joint. Le 24 de ce mois (1), je serai en marche sur Saint- Jean-d'Acre ; il faut donc que j'aie votre réponse iivant ce jour (2).
Djezzar était peu affectionné à la Porte. Les négociations avec Taga de Jérusalem commencèrent à Gaza, et continuèrent pendant la route et le siège de Jaffa. Après la prise de cette ville, l'armée de* yait marcher et se porter en deux journées sur Jéru* salem ; la population en était toute chrétienne ; elle offrait plus de ressources qu'aucune ville de la Palestine, Mais le 10 mars, le général en chef reçut une députation des Chrétiens, qui le conjurèrent de les sauver; ils étaient sous le couteau; les Turcs étaient décidés à les égorger avant d'abandonner la ville et de passer le Jourdain. L'aga, qui était un homme habile, proposa en même temps un armistice ; il s'engagea à mettre en liberté et à protéger les Chrétiens, à ne fournir aucun secours à Djezzar, et, après la prise d'Acre, à se soumettre au vainqueur. Cela était avantageux. Ce n'était pas renoncer a la visite de Jérusalem; c'était la retarder d'une ou deux semaines.
Les soldats étaient depuis huit jours oisifs; un plus long séjour ne pouvait être que funeste à leur
(1) S4 ventôse (14 mars; .
(S) Correspondance, pièce 4026.
santé. II était plus avantageux de faire diversion et d*occuper les esprits d'opérations militalreSt que de les laisser raisonner sur les maladies de JafTu, et sur les symptômes qu'on découvrait chaque jour. L*armée une fois en marche, les maladies cesseraient.
Le contre-amiral Ganteaume expédia Tordre à la flottille mouillée à Damiette de se rendre dans le port de Jaffa. Elle y arriva le 12 mars; elle portait l'équipage de siège nécessaire pour Acre. Ce contreamiral avait également expédié des dromadaires à Alexandrie au contre-amiral Perrée, avec Tordre d'appareiller avec ses trois frégates et de se rendre à Jaffa (1).
Déjà le lendemain de la prise de Jaffa, Kleber s'était porté dans la forêt de Mesky; il avait eu des
rencontres assez vives. Dans Tune d'elles, le général Alexandre Dumas, s'étant trop engagé, perdit quelques hommes et fut grièvement blessé. Le quartier général arriva à Mesky le 14 mars.
De Jaffa à Acre, il y a vingt-quatre lieues par )• route qui longe la mer; il y en a vingt-six paf celle qui traverse la plaine. Six ruisseaux qiu descendent des montagnes, traversent le milieu de la plaine ; on a Tavantage de tourner le mont Carmel par la route qui suit la lisière de la plaine d'Esdreloii, au lieu que celle qui longe la mer arrive ao détroit de Ilayfa, passage difficile à forcer s'il était défeiuhi. c( Le 15 mars, à midi, Tavant-garde arriva au caravansérail de Qâqoun. Elle aperçut la cavalerie
(1) Ordre du général en chef du 9 mars.
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ibd-AUah, soutenue par quatre mille Naplou-? ns en bataille, parallèlement à la route d'Acre: rmée fit un changement de front, l'aile gauche avant. Le général Kleber forma la gauche, le léral Lannes la droite, et le général Bon la erve; le général Murât déploya sa cavalerie au itre. L^ennemi fut chassé de toutes ses positions, buté des hauteurs, poursuivi aussi loin qu'il était )essaire pour qu'il ne pût nous donner aucune uiétude. La cavalerie de Djezzar se dirigea du é d'Acre par la plaine d'Esdrelon ; les Naplouas gagnèrent leur ville. Le soir; le camp fut ssé à Zeïtah. Le général Lannes éprouva dans combat une perte assez considérable ; il eut IX cent cinquante blessés et le chef de la 69*demi- »ade Barthélémy fut tué dans ce combat. Les )Iousiens, c'est-à-dire les anciens Samaritains, eut un millier d'hommes tués ou blessés, parmi juels plusieurs personnages de marque (1). » -.e 17 mars, l'armée campa à El-Harty, elle y iva de bonne heure ; elle était au débouché du at Carmel et de la plaine d'Esdrelon, qu'elle rcevait sur sa droite. L'armée campa sur la 3 gauche du Keysoun. Derrière elle, était le mont *mel; a trois lieues sur la gauche, était Hayfâ; h t lieues en avant, était la ville de Saint-Jeancre. Il était important de s'emparer de Hayfâ, i de pouvoir y recueillir la flotte qui était partie Jaffa. Le général en chef, après une légère istance, y entra le 17 a cinq heures du soir.
Mémoires de Napoléon .
Djezzar avait fait évacuer le canon. Il restait nn magasin de cent cinquante mille rations de biscuit, de riz, d'huile etc.
Ce fut de Hayfâ que le général en chef décoavrit la rade de Saint- Jean-d* Acre, et y aperçut, deux vaisseaux anglais de quatre-vingts qui y étaient mouillés, le Tigre et le Thésée, et une frégate, V Alliance y commandés par le commodore Sidnej Smith ; ils étaient arrivés dans cette rade depoii deux jours, venant de Constantinople.
EN ÉGTPTB 285
rivée de l'armée à Saint-Jean-d'Acre ; Djezzar, gouYemeur 'Acre est secondé par le commodore anglais Sidney-Smith t l'ingénieur français Phelippeaux ; les Anglais s'emparent e sept tartanes apportant de l'artillerie à Tarmée française; rise d'une chaloupe anglaise et d'une caronade de 36 par i chef d'escadron Lambert; investissement de la place 19 mars 1799). — Proclamation aux habitants dupachalik 'Acre, leur annonçant l'arrivée de l'armée française pour >s délivrer du joug de Djezzar et les invitant d'envoyer des ëputations (18 mars) ; soumission des populations de la ralilée; les Druses, les chrétiens de Nazareth viennent au amp français. — L'armée du pacha de Damas se met en douvement et arrive sur le Jourdain. — Combat de Nazaeth (8 avril) ; ordre du jour du général Bonaparte prescriant l'exécution d'un tableau commémoratif du combat de ■Nazareth. — Bataille du mont Thabor (16 avril) .
Après l'affaire de Hayfâ, Tarmée se mit en moument pour s'avancer sur Saint-Jean-d'Acre. Les auvais chemins et le temps brumeux ne permirent X divisions d'arriver que fort tard, le 18 mars, à embouchure du Keysoun sur lequel on jeta deux mts dans la nuit. A midi on se mit en marche sur ûnt-Jean-d'Acre, que Ton ne tarda pas à découir. A la nuit on arriva au moulin de Cherdâm qui t occupé aussitôt par un détachement, afin de i^ir à la mouture des grains destinés à la subsisïice de l'armée. Au delà du Keysoun est le Bélus, ^i n'était pas guéable. L'armée prit position. Le
chef de l>rigade Bessiëres avec deax cents goides et deux pièces de canon passa la rivière et prit, en forme d* avant-garde, position sur la rive droite. Les pontonniers travaillèrent toute la nuit à construire deux ponts. Les tentes du général en chef furent placées a une demi-lieue de la mer, sur la gauche du Bélus.
, Le 19 mars, à la pointe du jour, l'avant-garde se porta sur le mont de la Mosquée, qui domine tonte la plaine de Saint- Jean-d* Acre et la ville du côté de la mer; elle se trouvait ainsi devant cette capitale de la Galilée et sur la frontière de la Celé-Syne | ou Syrie-Creuse,
(( Saint-Jean-d'Acre est à trente lieues Dordouest de Jérusalem, a trente-six lieues sud-ouest de Damas, à dix lieues au sud des ruines de Tyr. Il est situé au nord de la baiedeHayfâ, k trois lieue» par mer de cette petite ville, à quatre lieues en solvant le rivage. Il est environné par une plaine de huit lieues de long, qui commence au cap blanc.ct aux montagnes de Saron, et finit à celles du Carmcl. Cette phiine, dans sa largeur depuis la meràroueil jusqu'aux premiers mamelons des montagnes de Galilée à Test, a deux lieues. Ces montagnes vont on s'élevant pendant six lieues, jusqu'à la crête supérieure, d'où elles descendent jusqu'au Jourdain. Il y a douze ou quinze lieues d'Acre à cette rivière. Six ruisseaux traversent la plaine d'Acrei dont les principaux sont le Bélus, qui se jette dan» la mer à douze cents toises sud d'Acre; le Keysoun, qui descend du mont Thabor et se rend dans»
BN ÉGYPTK 287
3r à huit cents toises nord de Hayfà. Le coteau Turon a trois raille toises de longueur; il est ué k douze cents toises de la ville^ au nord-est, à e même distance de la mer, à quatre mille toises s premiers mamelons des montagnes; il va en icis du côté de la mer et du côté des montagnes, gauche de ce coteau est un mamelon élevé i domine la ville, la mer et toute la plaine; on ppelle le mont de la Mosquée. Au pied, du côté de mont, est l'embouchure duBélus (1). »
L'armée campa sur le coteau du Turon (2). Elle cupait l'hypoténuse d'un triangle dont la ville *mait le sommet opposé, et la mer les deux très côtés. La division Reynier était à la gauche, eber à la droite, Lannes et Bon au milieu ; entre es, le quartier général, vis-k-vis d'un grand tgasin, adossé k l'aqueduc. L'ordonnateur Daure istruisit une manutention dans ce magasin. Au ai du Bélus, au pied du mont de la Mosquée, il ivait une grande maison carrée; on y installa la ànde ambulance; les hôpitaux furent disposés k afa-A'mr, Hayfâ, Ramleh et Jaffa. Tout le revers J montagnes de la Galilée était couvert d'oliviers, chênes verts et autres arbres; l'artillerie, les
I Œuvres de yapolcoii.
Pendant le sioge d'Acre par les Chrétiens (119i), qui dura trois ans, amp des Croisés était aussi placé sur les collines du Turon, mais la i*he s'étendait sur le mont de la Mosquée et sur la rive gauche du
»yé, la droite à la hauteur du Prophète, la gauche au mont Turon ;î'3 •nd retranchement forcé, ce qui arriva souvent, les assiégeants se fiaient derrière le premier. Saladin^ avec son armée do secours, pait devant Chafj\-A"mr, sur les hauteur? du Kaoroba. à deux lieues •est du mont du Prophète, couvrant la rcile de JérusahMU, d<î Damas I plaine d'Esdrelon.
mineurs, les troupes et la manutention s'y approvisionnaient. Sur la rive droite, en remontant le Bélus, à quatre cents toises du mont de la Mosquée, le premier mamelon gauche des montagnes de la Galilée avait la forme d'un pain de sucre ; plus élevé que le mont de la Mosquée, il domine tonte la rm droite et la rive gauche du Bélus ; on l'appelle le mont du Prophète. Du côté est, il appuyait It gauche d'un vaste camp de dix lieues carrées, dont les montagnes du Saron formaient le côté nord, It mer le coté ouest, et le Bélus, compris entre le mont de la Mosquée et celui du Prophète, le côté sud. On barra par des fosses, des abatis, tous le» chemins des monts; on construisit trois ponts avee des flèches sur le Bélus. Personne, étranger t l'armée ne pénétra dans ce grand camp, où se trouvaient de très beaux pâturages, des blés, des jardins, des vergers, des bois, de l'eau, des moalins et toutes les choses nécessaires au siège. Dei grand'gardes de cavalerie et des piquets d'infanterie veillaient aux divers débouchés.
D'un autre côté, le général en chef ne voulant pas permettre aux patrouilles ennemies de pénétrer en deçà du Jourdain, forma quatre corps pour en surveiller les rives : le premier, commandé par le chef d'escadron . Lambert observait le Car* mel, la plaine d'Esdrelon, la plage de la mer, Iss routes de Naplouse ; il tenait garnison à Hayfa et i C ha fil- A' m r.
Le second, commandé par le général Jonotf occupait le fort de Nazareth, observant le Jour*