‹ Bonaparte en EgypteChapitre 16 sur 24 · GI · texte numérisé non relu

GI

ain aa-dessous du lac de Tabaryeh (Tibériade) (1).

Le troisième, commandé par le général Murât, ccupa le fort de Safed, observant le Jourdain auessus du lac de Tabaryeh et le pont de Yacoub (2).

Le quatrième, commandé par le général Vial, bservait les débouchés du mont Saron, poussant es postes sur Tyr. Ces quatre corps d'observaon affaiblissaient Tarmée de deux mille hommes, lais les forts qui leur servaient de points d'appui 'exigeaient que peu d'hommes. Par ces disposions les colonnes devaient être toujours en mouement, du camp aux frontières et des frontières a camp, ce qui les faisait paraître très nombreuses.

L'armée devait vivre : 1® des magasins de Hayfâ, [ai s'approvisionnaient par terre et par mer du nagasin de Jaffa ; 2^ de ceux de Chafa-A'mr, qui se Tormaient des ressources du pays; 3^ de ceux de Safed, qui étaient approvisionnés par le cheik Dâher.

L'armée était remplie d'une noble ardeur, et se confiait dans les événements de cette nouvelle goerre; les derniers succès avaient encore exalté «on courage, et l'aspect des murs de Saint-Jeand'Acre ne pouvait point ralentir ses espérances. En effet, les fortifications de cette place paraissaient aussi faibles que celles de Jaffa, et Ton devait pré^mer que le siège en serait court, et se terminerait d'une manière aussi prompte et aussi décisive. Toutefois, les circonstances n'étaient

U),{2), Correspondance. — Pièces 4043, 4070, 4071.

malheureusement pas les mêmes. Indépendamment de sa nombreuse garnison, Saint-Jean-d*Acre renfermait deux hommes, qui, seuls, valaient nne armée musulmane, et allaient opposer aux vaillants efforts des assiégeants toutes les difficultés, tons les obstacles que le génie de Fart des Européens peut susciter pour la défense des places assiégées. Le premier de ces deux personnages, était le Commodore Sidnev-Smith, commandant la division navale anglaise ; c'est lui qui, en 1793, dans la noit du 17 au 18 décembre, incendia l'arsenal de Toulon ; le second était un Français nommé Phelippeaux.

Phelîppeaux, élevé à Técole militaire de Paris, était de la même classe que Napoléon, de celle dn professeur Monge. Tous deux avaient été examinés le même jour par Texaminateur Laplace, et étaient entrés la même année dans le corps de rartillerie. Phelîppeaux avait émigré lors de la Révolution. Rentré en France au moment de la réaction (k fruetidor, en 1797, il contribua à faire échapper sir Sidney-Smith, alors détenu dans la prison du Temple a Paris. Unis par le double lien de 1« reconnaissance et des bienfaits, ces deux hommes ne s'étalent plus quittés depuis cette époque- Phelîppeaux avait suivi son ami dans TOrient; " l'avait accompagné dans sa mission extraordinaire à Constantinople, et dans ses croisières sur les côtes (TKjryptiî et de Syrie. Phelîppeaux fut présenté ps' Sklney-Smith à Djazzar-Pacha, comme l'homme le plus capable de diriger la défense de la pl«^ j

'Acre. Le général Bonaparte ne tarda point à 'apercevoir qu'il avait un adversaire redoutable ans la personne de son ancien condisciple. En flFet, Phelippeaux, qui avait reçu de l'Angleterre, ar les soins de Sidney-Smith, le brevet de colonel 'artillerie, ftit agréé de suite par Djezzar et s'ocupa aussitôt du soin de réparer la place d'Acre, 3rtifiée, à la manière du xii® siècle, avec de mauaises courtines flanquées de tours carrées. De Tands ouvrages supplémentaires furent entrepris; t l'ingénieur-artilleur Phelippeaux établit une louvelle ligne de fortifications presque complète lerrière la vieille enceinte de la ville. Le commolore avait fait fournir, par le Thésée et le Tigre, 'artillerie, les munitions, et tout ce qui était nécessaire pour augmenter et compléter les moyens de défense.

Cependant les travaux entrepris par Phelippeaux, et les secours fournis par les Anglais eussent été probablement insuffisants pour mettre Djezzar dans le cas de repousser victorieusement une attaque régulière, si la fortune n'avait pas réservé aux enneniis des Français une circonstance heureuse qui, en augmentant les moyens dont pouvait disposer '«défenseur d'Acre, allait diminuer ceux sur lesçiels comptait le général Bonaparte. Au moment ■*ême où celui-ci s'occupait de l'investissement ^'Acre, la flottille qui portait l'artillerie de siège et *®8 munitions tomba au pouvoir des Anglais. Les Bâtiments de cette flottille doublaient le mont Cartel, lorsqu'ils furent aperçus par le vaisseau le

Tigre^ qui croisait vis-à-vis Hayfft. Poursuivis, et atteints par le canon, sept de ces bâtiments forent forcés d*amener leur pavillon ; une corvette et deux barques réussirent seules à s'écbapper. Cette perte était irréparable; elle avait été pressentie par le général Bonaparte; car, le 18 mars, il écrivait au contre-amiral Ganteaume de donner Tordre k la flottille commandée par le capitaine Stendelet, 9 si elle n'est pas encore sortie de Damiette, de ne pas sortir (1). » Ce même ordre portait que le contre-amiral ne devait pas non plus opérer sa sortie, et, s'il Tavait opérée, de faire une tournée du côté de Candie, afin de recueillir des nouvelles des bâtiments venant d'Europe, et de venir, quinze ou vingt jours après son départ de Jaffa, à Damiette (2). »

La prise de Tartillerie de siège française et des munitions décida du sort de Saint- Jean-d' Acre. Le colonel Phelippeaux s'empressa de faire servir k la défense de la place les moyens mêmes qui devaient causer sa destruction. Les pièces, les madriers pour les plates-formes, les munitions furent débarqués sur-le-champ et distribués dans divers postes. Les bâtiments qui portaient ces diflTérents objets furent armés et employés à inquiéter les postes fran-

(1) Correspondance, pièce 4038.

(2) La division du contre-amiral Perrée était bien chargéo d'oM ftri» de rartillorie de siège ; mais il avait fallu prévoir lo cas oji cet aaii*j n'arriverait point en temps utile à Jaffa. En conséquence on avait f^ un autre parc dtf siège qu'on avait embarqué sur des bAtimeoU de V flottille que radjudant-gcnéral Aimeras faisait équiper à Damiette* U* bâtiments capturés par les Anglais étaient la Négresse^ la Fwt^t^ Dangereuse, la Marie^ la Vierge de GrdceSy Us Deux^Frères, et U r**" ride. Les officiers, pris <\ bord de ces bâtiments farent renvovée p* Sidne Y-Smith, sous la promesse do ne pas porter les armes jusqâ'i P''*' fait échange.

çais sur la côte, intercepter les communications et les convois par mer. Heureusement que plusieurs bateaux chargés de bombes et de vivres échappèrent et vinrent mouiller a Hayfâ ; les Anglais voulurent les enlever ; le chef d'escadron Lambert les repoussa, leur blessa ou tua cent hommes, fit trente prisonniers et s'empara d'une grosse chaloupe portant une caronade de trente-six.

La confiance du général Bonaparte dans le succès de son attaque ne parut pas cependant diminuée par la perte de son artillerie de siège. Le 18 mars, il adressa cette proclamation aux cheiks, ulémas, chérifs, orateurs des mosquées et autres habitants du pachalik d'Akka (Acre) :

Dieu est clément et miséricordieux !

Dieu donne la Tictoire à qui il veut ; il n'en doit compte à personne. Les peuples doivent se soumettre à sa volonté !

En entrant avec mon armée dans le pachalik d'Acre, mon intention est de punir Djezzar-Pacha de ce qu'il a osé me provoquer à la guerre, et de vous délivrer des vexations ({u'il exerce envers le peuple. Dieu, qui tôt ou tard punit les tyrans, a décidé que la fin du règne de Djezzar est arrivée,

Vous, bons musulmans, habitante* , vous ne devez pas prendre l'épouvante, car je suis l'ami de tous ceux qui ne commettent point de mauvaises actions et qui vivent tranquilles.

Que chaque commune ait donc à m'envoycr des députés ^ mon camp, afin que je les inscrive et leur donne des Wttf-conduits, car je ne peux répondre sans cela du mal qui leur arriverait.

Je suis terrible envers mes ennemis ; bon, clément, miséricordieux envers le peuple et ceux qui se déclarent mes *i>ii8(l). Bonaparte.

(1) Corrospondance, pièce 4041.

Le cheik Dàher fut le plus empressé de tous à se rendre au camp et à offrir ses services; depuis deux jours avec trois ou quatre cents cavaliers, 3 attendait k Chafâ-A'mr le moment où l'armée arriverait devant Acre. Il fut présenté au général Bonaparte qui le revêtit d'une pelisse en signe du commandement de la province de Safed. Ce prince resta deux jours au camp ; il reçut la promesse d'être remis en possession de l'héritage de son père. A quelques semaines de là il signa une convention par laquelle il s'engagea à fournir cinq mille hommes à pied et à cheval pour suivre l'armée au delà du Jourdain, à garder Acre et la côte depuis le mont Blanc jusqu'à Césarée, et à payer un tribut qui serait convenu et calculé sur la moitié do revenu qu'il tirerait du pays qu'on lui donnerait. Ce cheik fut toujours fidèle; il entretint des correspondances suivies avec Damas; il donna des nouvelles exactes de ce qui s'y faisait; il nous concilia les Bédouins, qui ne causèrent aucune inquiétude à l'armée en Syrie; il approvisionna le camp de tout ce, que pouvait fournir le pays.

Les Motouâly se présentèrent en masse^hommes, femmes, vieillards, enfants, au nombre de neuf cents; parmi eux deux cent soixante étaient armes, dont moitié montés et moitié à pied. Le générsl en chef revêtit d'une pelisse les trois chefs et leuf restitua les domaines de leurs ancêtres. Ces Motouâly étaient autrefois dix mille; Djezzar les avait fait pres([ue tous fait périr; c'étaient les Musnlmaus Olydes. Le général Vial avait passé le mont

Saron, était entré k Sour, l'ancienne Tyr; c'était le domaine de ces Olydes. Us se chargèrent d'éclairer la côte jusqu'au pied des montagnes; ils se recrutèrent et promirent cinq cents chevaux bien armés pour marcher sur Damas.

Les Pères de la Terre Sainte amenèrent la population de Nazareth, hommes et femmes, au nombre de plusieurs milliers ; les populations chrétiennes de Chafà-A'mr, de Safed, etc., firent leur visite en masse. Bonaparte revêtit de pelisses trois de leurs chefs, qui avalent plus de quatre-vingtdix ans; un d'eux avait cent un ans et lui présenta quatre générations. Le général en chef le fit dîner avec lui. La fidélité de ces Chrétiens ne se démentit ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune de l'armée; ils lui furent utiles pendant toute la durée du siège; il y en avait un grand nombre au camp. Le marché était très fréquenté et très abondant ; ils y apportaient des farines, du riz, des légumes, du lait, du fromage, des bestiaux, des fruits, du vin. Ils donnèrent aux malades autant de soins que l'eussent fait les Français eux-mêmes.

Les Musulmans du pachalik d'Acre partageaient la joie et l'espérance des Chrétiens; ils se présentèrent au camp par députation; ils se plaignirent amèrement de la férocité du pacha. On ne rencontrait à tous moments que des hommes inutiles par les ordres de ce tyran : ce grand nombre d'hommes sans nez était un spectacle

296 BONAPARTB

Les Juifs, qui étaient assez nombreux en Syrie, avaient un certain espoir. Le bruit courait parmi eux que le général Bonaparte, après la prise d'Acre, se rendrait h Jérusalem, et qu'il voulait rétablir lo temple de Salomon.

Le général Reynier avait investi la place. 11 s'était, a cet effet, battu toute la journée et avait, sur le soir, placé des vedettes à portée de pistolet des murailles. Les généraux Caff*arelli et Dommartin, les chefs de brigade Sanson et Songis, avaient employé la nuit du 19 au 20 mars et la journée du 20 à reconnaître la place. Le chef de brigade Sanson avait, à deux heures du matin, reconnu le fossé ; il n'y trouva pas de contrescarpe ; cette reconnaissance était dangereuse, il y fut blessé grièvement; une balle lui traversa la main de part en part. Les officiers du génie et de l'artillerie se flattèrent d'entrer dans Acre aussi facilement qu'ils étaient entrés dans Jaffa. Deux pièces de douze de campagne leur parurent suffi* santés pour faire brèche à l'ennemi.

« La surface qu'occupe la ville d'Acre est un trapèze, dont deux côtés sont baignés par la mer, et les deux autres formés par des murailles. Le côté de l'est a trois cents toises; il était flanqué par cinq petites tours ; celui du nord a cinq cents toises ; il était flanqué par sept petites tours et par le palais du pacha, qui est une espèce d© citadelle. Ces deux côtés se rencontrent en formant un angle droit. A ce sommet est une grosse et vieille tour qui domine la ville et toutes les

lurailles. Elle est dominée elle-même par la hauîur de la Mosquée, qui en est éloignée de cinq ents toises. L'ancien port était comblé; un petit ot où se trouvait un phare flanquait Tenceinte de est. Les environs des murailles à trois cents )ises étaient couverts des ruines de l'ancienne ille et des anciennes fortifications; c'étaient des outerrains, des tours, des pans de murailles. Un q[ueduc entrait dans la ville près de la grosse 3ur, du côté du nord. Cet aqueduc avait six mille >ises de long, traversait la plaine, et portait les aux du pied des montagnes dans les citernes de i ville. Acre avait été inhabité pendant de ongues années, avait été rétabli par Dâher, emelli et augmenté par Djezzar, qui y avait fait onstruire une belle mosquée et un beau azar (1). »

Le général du génie Caffarelli proposa d'atta- [uer le front de l'est : 1*^ parce qu'il était dominé >ar le mont de la Mosquée, quoique d'un peu oin; 2® parce que l'autre front, celui du nord, Hait battu par le canon du palais du pacha ; 3^ parce que les approches en étaient plus faciles. Si l'on faisait la brèche à une courtine, ou il faudrait se loger entre deux tours, ce qui serait difficile et très Daeurtrier, ou il faudrait entrer dans la place sans logement, ce qui serait périlleux. Si l'on faisait la brèche à une tour, une fois que l'armée en serait niaîtresse on aurait un débouché assuré pour entrer dans la ville. Il proposa de faire brèche k la grosse

'•J D'après les Mémoires de Napoléon.

tour : 1® comme la plus éloignée de la mer ; 2** comme la plus grande, la plus haute, celle qui domine toute l'enceinte et toute la ville ; 3° comme la plus près de l'aqueduc, qui devait servir de place d'armes et de parallèle. Il est vrai que la brèche serait plus difficile à faire a la maçonnerie de cette vieille construction, mais les pièces de douze étaient suffisantes pour l'ouvrir; que, cette tour une foii prise, la place tomberait d'elle-même; que le tout n'était pas de prendre Acre, mais de le prendre sans y perdre l'armée ; sept ou huit mille hommei seraient bien vite perdus, si l'on se hasardait contre les Turcs dans des combats de maisons et de rues.

Le siège de Saint-Jean-d'Acre a duré soixantedeux jours, du 19 mars au 21 mai : .il a deux époque : la première, du 19 mars au 25 avril (trente-six jours), la deuxième, du 25 avril au 21 mai (vingt-six jours). Pendant la première époque du siège, Tartilleric des assiégeants consistait en deux caronades de trente-deux et de vingtquatre prises à Hayfa, quatre mortiers de MX pouces, et trente-six bouches à feu de l'équipig* de campagne. Douze pièces restaient pour le sc^ vice des corps d'observation. Les caromides Je trente-deux et de vingt-quatre n'avaient pas d'afifiWs; les ouvriers du parc en construisirent en peu w jours.

Le 21 mars, les officiers du génie ouvrirent tt tranchée à cent cinquante toises de la ville; elle était appuyée à l'aqueduc, qui formait parallèle

naturelle contre le feu de la place. L'artillerie construisit huit batteries, deux contre l'ilot où était le phare que Ton avait armé, trois contre les trois tours qui battaient les approches de la brèche. Ces cinq batteries furent armées de seize pièces de quatre, quatre pièces de huit; la sixième batterie fut armée de quatre mortiers de six pouces dirigés contre la grosse tour; les septième et huitième reçurent quatre pièces de douze, quatre de huit, deux obusiers pour battre en brèche la face est de la grosse tour.

Les 22, 23 et 24, les sapeurs cheminèrent par des boyaux de tranchée jusqu'à cinq toises du fossé, où ils se déployèrent en construisant une large parallèle qui servit à tous les mouvements du siège.

Le 23 mars, le feu commença; en quarante-huit heures les deux pièces de canon du phare furent réduites au silence, ainsi que les gros canons qui armaient les remparts sur le front qui était attaqué :

Le 24, les batteries de brèche commencèrent à jouer ; pendant les premières vingt-quatre heures elles ne produisirent aucun effet sensible ; ce qui fut attribué a l'incapacité du calibre de douze, et Ton accusait ouvertement les officiers du génie de s'être attachés à une ancienne maçonnerie, à l'abri même du calibre de vingt-quatre, lorsqu'à quatre heures après midi tout le pan est de la grosse tour s'écroula avec un horrible fracas. Ce fut un cri de joie poussé par l'armée et par trente mille spectateurs, qui, accourus des contrées voisines, couron-

naient les hauteurs. Un ofEcier du génie s^aYançt pour reconnaître la brèche, mais il fut attaqué par quelques tirailleurs qui étaient le long des mon; vingt-cinq hommes furent commandés pour les chasser, et vingt-cinq sapeurs pour régaler le pied de la brèche. On espérait que, ainsi que cela était arrivé pour Jaffa, Acre serait pris dans la soirée; mais les ving-cinq sapeurs furent arrêtés par la contrescarpe. Cette contrariété fut la première. Djezzar, qui avait embarqué ses trésors , ses femmes, et s'était embarqué lui-même, passa la nuit abord. Les habitants s'attendaient à chaque instant à l'assaut et à la prise de la place. Cependant lestoors et les murailles restèrent couvertes de soldats qui firent toute la nuit un feu roulant de mousqueterie.

Le 26 au soir, le pacha se rassura, rentra dans son palais, et fit une sortie qui ne lui réussit pas.

Cette fâcheuse contrescarpe paralysa les efforts des assiégeants pendant quatre jours, temps nécessaire pour enfermer les mineurs et préparer la mine, qui fut chargée le 28; elle fit sauter la contrescarpe. L'adjoint aux adjudants généraux Maillj était commandé pour faire le logement de la tour avec cinq ouvriers, dix sapeurs et vingt-cinq gre« nadiers. L'adjudant commandant Laugier, avec huit cents hommes, était rangé derrière l'aqueduc à quinze toises de la brèche, pour y monter aussitôt qu'il aurait reçu de Mailly le signal qn'eDe était praticable. La division Bon, placée en colonnes par bataillons dans les places d'armes, était destinée k soutenir Laugier et à emporter la place;

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)s bataillons devaient se porter successivement ir la brèche. Mais, pour réussir, il était néceslire qu'aucun soldat ne s'arrêtât en route, malgré

feu terrible de la fusillade des murailles.

Mailly se lança dans le trou de la mine ; de la, il ) précipita dans le fossé, sans se laisser arrêter ir dix pieds de contrescarpe qui n'avaient pas ié renversés ; le mineur ne s'était pas assez énoncé. Arrivé au pied de la tour, il y dressa trois ;helles, et y monta dans le premier étage avec is quarante hommes ; alors il donna le signal à augier, qui partit au pas de charge, arriva sur le >rd du fossé, croyant la contrescarpe renversée ; i troupe fut surprise de la trouver presque enbre. Laugier et le premier peloton se jetèrent ins le fossé et coururent à la brèche. Le second îloton eut son capitaine tué sur le bord de la mtrescarpe ; il s'arrêta, mesura de l'œil la prondeur du fossé, et se jeta à gauche pour trouver 1 endroit moins profond. Tourmenté par le feu 3s murs, le bataillon se déploya et se débanda

I tirailleurs. Cependant Mailly avait grimpé sur plate-forme, y avait arraché la pavillon otto-

an ; dix braves étaient avec lui ; les autres avaient é tués ou blessés. Laugier fut tué comme il tra- ^rsait le fossé. Ceux qui l'avaient suivi se portèînt aux échelles de la tour, elles avaient été renîrsées;ils rétrogradèrent pour en chercher d'aues qui étaient restées sur le puits de la mine. Ce .ouvement est pris pour une fuite; les hommes

II piquet de Mailly qui étaient dans le premier

étage de la tour descendent dans le fossé : il oe reste plus que Mailly, un sapeur et deux grenadiers sur la plate-forme. Mailly descend au premier étage pour appeler du secours ; il est frappé d*une balle qui lui traversa les poumons ; il tomba dans son sang ; les grenadiers descendirent pour le secourir. Cependant le général en chef s'était porté au puits de la mine afin de voir pourquoi la colonne de Laugier hésitait; il reconnut la difficulté de l'ranchir l'obstacle de la contrescarpe ; rien n 'était préparé pour cela. Il envoya l'ordre an général Bon de ne point sortir de la tranchée, car l'assaut était manqué.

Aussitôt que le pacha avait vu le pavillon ottoman arraché du haut de la tour, il s'était porté à la marine et embarqué. Toute la garnison et les habitants, femmes, enfants, vieillards, quittaient la villo, se jetaient dans des barques ou se réfa giaient dans les mosquées. Tout paraissait perdaet la ville prise, lorsque cinq Mameluks, trois noirs du Oàriour, deux Circassiens, qui faisaient partie dos bravos do l'intérieur de Djezzar et étaient de gurdo au palais pour empêcher les habitants de pillor, s'aperçurent qu'il n'y avait que deux ou ti'iùs Kranoais sur la plate-forme delà tour, et que 00 iiombro n'augmentait pas. Ils se coulèrent le loui; do lix muraille, grimpèrent sur la plate-forme, liront uno décharge, et n'y trouvèrent plus qu'un sa pour, qui so sauva. Les Musulmans descendirent de la philo- forme au premier étage, y trouvèrent MailK ol K*s doux soklats mourants; ils leur cou-

pèrent la tète, remontèrent sur la plate-forme, arborèrent le pavillon ottoman et promenèrent les tètes dans la ville. Un corps de cinq cents Moghrebins et Arnautes, placés au coin de la mosquée de Djezzar pour protéger l'embarquement du pacha, rentra dans les tours ; la ville fut sauvée. Cet assaut coûta à Tarmée française vingt-cinq hommes tués et quatre-vingt-sept blessés, parmi lesquels la moitié des quarante hommes du piquet de logement.

La croisière anglaise, sous le prétexte d'éviter le mauvais temps et les vents de l'équinoxe, avait pris le large et disparu dès le 26 mars ; en réalité, sir Sidney-Smith ne voulait pas être présent à la prise de la ville, qu'il regardait comme immanquable. Mais, lorsqu'il apprit que Tassant avait échoué, il revint et parut du 5 au 6 avril dans la rade. Il débarqua le colonel Phelippeaux, Douglas et une centaine d'ofEciers et canonniers, ses marins les plus braves et les plus habiles. Il fit usage de l'artillerie prise aux Français; nos pièces de 24, de 16, nos beaux mortiers de 8 pouces, défendaient la ville qu'ils avaient été destinés k battre et à soumettre. Tout contribua à rassurer la garnison, qui chaque jour recevait de Chypre et de Tripoli des secours en hommes, en vivres et en munitions.

Le général Caffarelli, qui dirigeait le siège, ordonna une nouvelle mine. Le l^*" avril, elle renversa la contrescarpe. L'artillerie mit en batterie les deux caronades de 32 et de 24, qui firent beaucoup d'eflfet. De son côté, l'assiégé n'avait pas perdu son temps; la brèche avait été rendue im-

praticable; on l'avait remplie de bombes, d'obas, de grenades chargées de tonneaux de goudron, de fascines, de bois couverts de chemises de sou&e, de pointes de fer. Cependant, vingt-cinq hommes ordonnés pour préparer le logement, se logèrent et franchirent tous les obstacles; mais ils furent bientôt au milieu d'un brasier ardent : cinq grenadiers furent brûlés, plusieurs blessés; le reste gagna précipitamment le logement de la contrescarpe. On fut convaincu, alors, de l'impossibilité de prendre la ville avec des pièces de campagne et en si petite quantité. Les Ottomans en triomphèrent avec une sorte de gaieté ; ils criaient toutes les nuits aux canonniers français : Sultan Sélim, pan, jja n y jja n I Bonaparte, pin ^ pin ^ pin. Il n'y eut plus d'espoir que dans la guerre souterraine. Cafiirelli fit cheminer la mine sous le fossé, la dirigeant sous la grosse tour. L'assiégé eut recours aux contre-mines ; mais les mineurs français plus habiles, les étouffèrent.

Phelippeaux déclara que le danger était imminent; que d'un moment à l'autre la ville pourrait être enlevée. Il fit résoudre le pacha à une sortie pour éventer le puits de mine et y étouffer le mineur. Le 7 avril, pendant la nuit, trois colonnes^ chacune de quinze cents hommes, se disposèrent, la preniicre en avant du palais du pacha, la deuxièm.® à la porte de la mer, la troisième à l'extrémité^ 1® long du rivage de la mer. Au sud, cent cinquaa^* Anglais et trois cents Turcs d'élite, sous les ordr^* du colonel Douglas et du major Thomas Oldfiel

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étaient placés derrière la grosse tour, pour masquer la brèche. A l'aube du jour, les trois colonnes commencèrent Tattaque ; la fusillade devint très vive; l'ennemi, comme d'usage, gagna d'abord du terrain. La colonne anglaise descendit alors la brèche au pas précipité. Elle n'avait que quinze toises a parcourir pour s'emparer du puits : déjà le major anglais était sur le puits, la mine était perdue, lorsque le bataillon garde de réserve marche la baïonnette en avant, tua, blessa ou prit toute cette colonne, qu'il avait débordée par la gauche et par la droite. A peu près au même moment les réserves de la tranchée s'étaient avancées ; les Turcs furent rejetés avec précipitation dans la place ; plusieurs petites colonnes furent coupées et prises. Cette sortie coûta huit cents hommes aux assiégés, parmi lesquels une soixantaine d'Anglais. « Les blessés de cette nation furent soignés comme les Français, et les prisonniers campèrent au milieu de l'armée, comme s'ils eussent été des Normands ou des Picards; la rivalité des deux nations avait disparu, à une telle distance de leur patrie et au milieu de peuples si barbares. Les Turcs montrèrent beaucoup de bravoure individuelle, d'impétuosité, de dévouement, mais aucun art, aucun ensemble, aucun ordre, ce qui rendait toutes leurs sorties très 'unestes pour eux. Le major anglais Oldfield, tué, 'utenterré avec les honneurs de la guerre; le capi- *aine Wright fut blessé grièvement. Pendant cette P^'eoaière époque, l'armée n'a jamais été dans le ^^» d'aller au secours de la tranchée.

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Le pacha de Damas avait rémii dans cette grande ville trente mille hommes à pied et à cheval. La cavalerie de Djezzar et celle d'Ibrahim-Bey étaient sur la rive gauche du Jourdain et maintenaient II communication de Damas avec Naplouse; les Nfrplousiens avaient réuni six mille hommes^ ils br&* laient de venger Taffront qu'ils avaient reçu an combat de Qâqoun.

La Porte avait ordonné qne l'armée de Damas passât le Jourdain aussitôt que l'armée de Rhodei serait débarquée dans Saint-Jean-d'Acre, afin de nous mettre entre deux feux. Mais les dangers qne courait la place, la crainte surtout qu'inspirait h guerre souterraine décidèrent Djezzar, en sa qualité do sérasquier, à donner l'ordre au pacha de Damas de passer le Jourdain sans plus tarder, de se joindre aux Naplousiens dans la plaine d'Esdre- Ion, et de couper les communications du camp d'Acre avec l'Egypte .

Le fils de Dâher donna avis que ses agents de Damas lui annonçaient le départ de l'armée; qu'elle était innombrable. La position de l'armée française devenait délicate ; sur treize mille hommes qui étaient entrés en Syrie, mille avaient été tués ou blessés aux combats d'El-A'rvch, à Gi» et kJaffa, et pendant la première période du si^ d'Acre; mille étalent malades aux hôpitaux de Nazareth, de Chafa-A'mr, de Ramley, de Gaza et de JafFa; deux mille tenaient garnison à Qatyeh, à E*' A'rych, à Gaza et à JafFa; cinq mille étaient nécessaire* au siège pour garder les parcs et les positions; il *^*

restait que quatre mille hommes disponibles pour observer et battre Tarmée de Damas et des Naplousiens, qui était de quarante mille hommes. Le général Berthier, prévoyant de grands événements, fit évacuer les hôpitaux de Nazareth, Chafâ-A'mr, Stayfâ et les ambulances d'Acre sur Jaffa, ainsi que les gros bagages, les prisonniers et tout ce qui pouvait embarrasser l'armée, qui, selon Texpressîon des marins, n'était plus que sur une ancre. L'armée du pacha de Damas arriva sur le Jourdain en deux colonnes; celle de droite, sous le commandement de son fils, forte de huit mille hommes, occupa le pont de Yacoub et envoya une avant-garde pour cerner le fort de Safed ; il essaya vainement de l'emporter d'assaut. Ses partis inondèrent toute la Galilée.

Le pacha, avec vingt-cinq mille hommes, campa sur la rive gauche du Jourdain, vis-à-vis d'un gué dont il s'assura. Il envoya son avant-garde prendre position sur les hauteurs de Loubyeh, sur la rive droite du Jourdain. Les Naplousiens campèrent dans la plaine d'Esdrelon.

Le général Murât partit du camp avec sa colonne mobile, qui fut complétée à mille hommes de toutes armes, fit lever le siège de Safed, força le pont de Yacoub, s'empara du camp du fils du pacha, fit beaucoup de prisonniers. Les tentes, les bagages, 'es chameaux, Tartillerie, tombèrent au pouvoir du vainqueur; le butin fut considérable. Le jeune ^'s du pacha avait commis la faute d'envoyer trop "® monde en partis; il ne put réunir plus de deux

mille hommes au moment où il fut attaqué. Auisitôt que les restes de sa division furent instruits que le pont «le Yacoub était enlevé, ils rejoignirent Damas, en tournant les sources du Jourdain. De là Murât se porta sur Tabaryeh, dont il s'empara. Dans cette ville étaient les magasins de Tennemi; il y trouva du blé, de Torge, du riz, de Thuile et du fourrage pour nourrir pendant six mois Tannée française.

Junot, d'après les ordres du général en chef, avait occupé Nazareth le 6 avril, et avait poossé sur la route de Damas une reconnaissance de soixante-dix cavaliers druses aux ordres d'Âbbar- Dâher. Arrivé dans la plaine qui sépare les mon* tagnes de Naplouse de celles de Nazareth, Dâher aperçut une avant-garde turque composée d'environ cinq cents chevaux. Trop faible pour l'attaquer, il se jeta dans les montagnes, et fit connaître t Junot la rencontre qu*il avait laite et de la posi* tien qu'il avait prise. Junot reçut cette nouvelle le 8; il partit aussitôt de Nazareth avec trois cents hommes d'infanterie (cent cinquante grenadiers de la lO'^ de ligne et cent cinquante carabiniers de h 2® légère), commandés par le chef de brigade Des* noyers, et cent dragons du 14° régiment, commin* dés par le chef de brigade Duvivier. En route, u fut rejoint par Daher avec quelques cavaliers drusee; à Cana, le cheik du village l'engagea à ne pw avancer plus loin, parce que Tennemi occupait h la plaine au nombre de deux ou trois mille chevaux* Cet avis ne changea pas la résolution de Junot

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Avant de partir de Nazareth, il avait annoncé au général en chef la présence des troupes de Damas, et son dessein de marcher à leur rencontre en attendant l'arrivée des secours qu'il demandait.

Arrivé au débouché de la vallée de Cana à Loubyeh, il vit, en effet, plusieurs milliers de cavaliers arabes, caracolant dans la plaine qui se trouve entre le village de Loubyeh et le mont Thabor ; après avoir reconnu l'ennemi, il plaça son infanterie en bataille sur quatre rangs, la cavalerie à gauche, faisant face au mont Thabor, et se disposa à s'avancer dans cet ordre à travers la plaine, pour tourner la montagne, et pour s'assurer s'il n'existait point derrière le mont Thabor quelque réserve ennemie. Au moment où il allait commencer son mouvement, il aperçut derrière lui, débouchant du village de Loubyeh, un corps de cavalerie (Mameluks, Turcs et Moghrebîns) fort de deux mille hommes *w moins, et marchant, contre la coutume des Orientaux, au petit pas et en bon ordre. Jugeant que l'attaque de ce corps pourrait seule être dangereuse, il fit quelques changements à ses premièï*es dispositions. Sa cavalerie passa de la gauche à w droite; les trois derniers rangs de l'infanterie firent demi-tour ; le terrain que venait de quitter « cavalerie fut occupé par un détachement de greïiadiers, placé en potence, de manière à flanquer le nouveau front présenté à l'ennemi.

Junot recommanda à ses soldats un silence absolu, ^fin que, pendant le combat, tous les commande- '^cnts fussent bien compris. La circonstance était

critique; néanmoins, la confiance et l'intrépidité se montraient sur tous les visages. Les ennemis s^approchaient, comptant n'éprouver qu'une faible résistance de la part de cette poignée d'hommes qu'ils supposaient immobiles de terreur ; mais, arrivés jusqu'à portée de pistolet sans essuyer aucun feu, ils furent accueillis tout à coup par une décharge meurtrière qui leur tua trois cents hommes : les autres, déconcertés, se retirèrent à quelque distance. Junot profita de la surprise de ses nombreux adversaires pour faire recharger les armes, resserrer les rangs et reformer sa cavalerie, qui, ne pouvant opposer a l'ennemi un feu aussi redoutable que celui de l'infanterie, avait reçu le choc des cavaliers turcs. Revenus de leur étonnement et forts de leur supériorité, ceux-ci ne tardèrent pas à recommencer l'attaque. En les voyant s'ébranler, Junot rappela à ses grenadiers et à ses carabiniers que leur sang-froid venait de les sauver, et leur recommanda la même fermeté. L'exhortation était inutile! Les Damasquins furent reçu» îivec une égale intrépidité et perdirent deux cent» hommes. Dans cette seconde charge, un sousofficier du 3® de dragons attaqua un cavalier ennemi» qui portait un étendard et qui se défendit vaillamment. Tjes deux guerriers restèrent pendant plo* sîoiirs minutes luttant corps à corps, l'un pon' rnlover Tétendard, et l'autre pour le conserver. Pondant cette lutte, leurs chevaux s'abattirent. mais les cavaliers ne quittèrent pas leur selle- Enfin, plus leste et moins gêné dans ses vêtements.

ms*o(ficier français dégagea sa main droite, 1 son sabre au travers du corps du Mameluk, i arracha ainsi, à la fois, sa vie et son dra* . Ensuite, et comme d'un commun accord, icux partis se retirèrent chacun de leur côté; ;ment une centaine des plus hardis de la pe ennemie ne suivit pas le gros de leurs caides, et revint escarmoucher, au moment 'OÙ »t commençait lui-même, dans Tordre le plus ait, son mouvement de retraite. Alors, plurs carabiniers de la 2® demi-brigade légère incèrent hors des rangs pour combattre corps rps avec les cavaliers ennemis. Il y eut ainsi ou huit engagements partiels, dans lesquels Turcs et les Mameluks furent toujours vaincus, dant ces divers combats, les autres restaient îtateurs. Junot s'était écarté de son infanterie, r voir de plus près la lutte de ses intrépides ibiniers, avec les cavaliers ennemis. Deux Turcs, mnaissant le général à son panache et à ses ques distinctives, se précipitèrent ensemble sur Junot, d'un coup de pistolet, renversa le prer, et assénant un coup de sabre sur la tête du )nd, l'obligea à prendre la fuite.

•e combat avait duré depuis neuf heures du in jusqu'à deux heures ; Junot n'opéra sa rete qu'après avoir fait construire un brancard r emporter un carabinier atteint d'un coup de il hi cuisse. Les chefs de brigade Duvivier et inoyers se distinguèrent particulièrement dans te brillante action.

Les Français eurent douze hommes tués et quarante-huit blessés. Le nombre des morts des ennemis fut de cinq cents.

Un ordre du jour, daté du quartier généni devant Acre, le 21 avril, rendait ainsi hommage àli brillante valeur de Junot et de ses intrépides compagnons d'armes : (1)

Le général en chef, voulant donner une marque de ittitfaction particulière aux trois cents braves commandés pv le général de brigade Junot, qui, au combat de Nazareth, ont repoussé trois mille hommes de cavalerie, pris cinq drapeaux et couvert le champ de bataille de cadavres ennemis, ordonne :

Article I*''. — Il sera proposé une médaille de 500 loau. pour prix du meilleur tableau représentant le combat de Nazareth.

Art. 2. — Les Français seront costumés dans le tablen avec l'uniforme de la 2^ d'infanterie légère et du 14* de dragons. Le général de brigade Junot, les chefs de brigtde Duvivicr, du i^^ de dragons, et Desnoyers de la 2" dlnfai" terie légère, y seront placés.

Art. 3. — L'état-major fera faire, par les artistes que boU avons en Egypte, des costumes des Mameluks, des Jisii' saires de Damas, des Diletti, des Alépins, des Moghrebiiit des Arabes, et les enverra au ministre de rintérii^or, i Paris, en l'invitant à en faire faire différentes copies, à]ci envoyer aux principaux peintres de Paris, Milan, Florenee, Rome et Naplcs, et à déterminer l'époque du conconrfl et les juges qui devront décerner le prix.

Art 4. — Le présent ordre du jour sera envoyé à i* municipalité de la commune des braves qui se sont trOQT^ au combat de Nazareth (2).

Dès que le général en chef eut reçu les nou*

^1) Archives du Dépôt do la guerre.

(2) Plus tard, lorsque Napoléon décerna à Junot le titro do doc ^ brantès il avait eu la pensée de lui décerner le titro de dnc do NutfWi mais mo dit l'empereur « on l'aurait appelé Junot de Nazantht on disait Jésus de Nazareth.» (Mémoires de Madame d'Abrantèf),

lies transmises par Junot, il donna Tordre au néral Kleber de partir avec sa division. Kleber mît en marche le 10 avril, et rejoignit Junot, 11, à Nazareth. Il marcha sur les hauteurs de mbyeh, où le pacha de Damas avait renforcé son ant-garde jusqu'à sept mille hommes. Le comit ne fut pas douteux, Tennemi fut battu ; mais leber, craignant d'être coupé d'Acre, reprit le ndemain sa position sur les hauteurs de azareth.

Le pacha de Damas fit alors réoccuper les hauîurs de Loubyéh, et, sous leur protection, marcha vec le reste de son armée par sa gauche. Il ampa dans la plaine d'Esdrelon, se réunissant à i division de Naplouse. Quand ce mouvement ut fini, son avant-garde, devenue son arrière- ;arde, suivit son mouvement, abandonna les lauteurs deLoubyeh et ses communications directes vec Damas. Kleber résolut de punir le pacha de ette audacieuse marche de flanc. Il instruisit le [énéral en chef qu'il allait marcher entre le Jourdain et l'ennemi pour le couper de Damas, et qu'il alculait sa marche de manière à surprendre le 3n[ip turc à deux heures du matin; qu'il espé- 3it le même succès que le général Reynier avait 'l>tenu à El-A'rych. Le plan de Kleber était mal ombiné, il supposait qu'il allait couper la ligne ^ opération de l'ennemi, tandis que celui-ci avait ^jà quitté la ligne d'opération du Jourdain pour ï'endre celle de Naplouse ; son mouvement n'en ^ï*ait donc pas arrêté; il continuerait à marcher

sur Acre; le siège serait à découvert et en danger. T/espoir de surprendre le camp ennemi par une attaque de nuit n'était pas raisonnable. Le général Reynicr avait réussi à EI-A'rych parce qu*il avait reconnu avec ses ofBciers pendant deux jours consécutifs les chemins que ses colonnes devaient tenir pendant la nuit, parce que la position du camp d'Abd-Allah était fixe; mais comment le général Kleber pourrait-il opérer de nuit sur un terrain que ni lui ni ses ofBciers ne connaissaient? Lors<pi'iI méditait cette attaque, il était à cinq lieues de l'ennemi, et ne savait pas précisément où celui-ci camperait. Il aurait fallu qu'il fût resté au moins vingt-quatre heures en présence, pour bien reconnaître les localités du camp musulman ; cela lui était impossible devant une armée aussi supérieure. Le général Bonaparte prévit qu'il n'ariverait qu'an point du jour sur un terrain qu'il n'aurait pas choisi, qu'il serait enveloppé par toute cette armée et courrait les plus grands dangers, que cette division et l'armée de siège étaient également compromises. Il partit à l'heure même, le 15 avril, à une heure après midi, avec une division d'infanterie, toute la cavalerie qui se trouvait au camp et une batterie de réserve, marcha jusqu'à la nuit et campa sur les hauteurs de Safoureh. A l'aube du jour, le 16, il se mit en marche sur SouIyUi suivant les gorges qui tournent les montagnes. A neuf heures du matin, il découvrit toute h plaine d'Esdrelon, et à trois lieues nord-est a distingua avec sa lunette, au pied du mont Th«"

bor, deux petits carrés de troupes environnés de fumée : c'était évidemment la division française, qui était chargée et enveloppée de tous côtés par une très grande armée. La plaine d'Esdrelon était couverte de maisons; le blé avait déjà six pieds de haut. Le général Bonaparte forma sa division en trois colonnes, chacune d'un régiment ; il les fit marcher à quatre cents toises Tune de l'autre de manière à couper la retraite deNaplouse à l'armée ennemie. Les blés cachaient entièrement le soldat, qui s'approchait des camps de l'ennemi sans que celui-ci en eût aucune connaissance.

Kleber avait . exécuté son projet ; il était parti dans la direction du Jourdain et était revenu sur les derrières de l'ennemi; le jour avait paru avant qu'il eut pu le joindre. A sept heures du matin, " se trouva en présence ; il tomba sur les premiers postes, qu'il égorgea. Mais l'alarme fut bientôt dans le camp; toute cette multitude monta à cheval, et, ayant reconnu le petit nombre des Français, marcha sur eux. Kleber était perdu. En nomme de cœur et de tête, il fit tout ce qu'on pouvait attendre de lui; il soutint et repoussa wn grand nombre de charges ; mais les Turcs avaient gagné tous les chaînons du mont Thabor ^t tous les monticules qui cernaient les Français, ^os vieux soldats comprenaient tout le danger de *eur position, et les plus intrépides commençaient * souhaiter qu'on enclouât l'artillerie et qu'on se ^^ jour par les hauteurs escarpées de Nazareth, ^c général Kleber délibéra sur le parti à prendre ;

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sa position était cruelle, lorsque tout à coup les soldats s'écrièrent: a Voilà le petit caporal! » Des officiers vinrent instruire le général Kleber de ce bruit; il se fâcha, en démontra l'impossibilité et ordonna que le conseil continuât de délibérer. Mais les vieux soldats de Bonaparte, accoutnmét a ses manœuvres, réitérèrent leurs cris ; ils croyaient avoir vu luire des baïonnettes. Kleber monta alors sur une hauteur et braqua sa lunette; les officiers en firent autant, mais ils ne découvrirent rien, les soldats eux-mêmes crurent s'être fait illusion: cette lueur d'espérance s'évanouit. Kleber se décida enfin à abandonner son artillerie et ses blessés, et ordonna que l'on formât la colonne pour forcer le passage. Il est probable que les soldats avaient aperçu le luisant des baïonnettes dans on moment où les colonnes s'étaient trouvées sur un terrain un peu plus élevé et plus découvert. Le général en chef mettait une grande importances cacher sa marche afin de pouvoir gagner un mam^ Ion qui coupait toute retraite aux Turcs. Mais tout s coup son attention fut fixée par un mouvement de toute l'armée ennemie qui se serrait contre les carrés de Kleber. Plusieurs officiers d*étstmajor mirent pied à terre, braquèrent leurs lunettes, aperçurent distinctement que l'ennemi se préparait a une charge générale, et que les carrés de Kleber avaient Tair de perdre contenance: c'était la fo^ mation de la colonne d'attaque. Les momenli étalent précieux. Kleber se trouvait entouré par trente mille hommes, dont plus de la moitié était

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à cheval ; le moindre retard pouvait être funeste. Le général en chef ordonna à un carré de monter sur une digue. La tête des hommes et les baïonnettes furent aussitôt aperçues par les amis et les ennemis. En même temps une salve d'artillerie démasqua le mouvement. On aperçut bientôt le mouvement de Kleber, qui se reformait en carrés et les chapeaux au bout des baïonnettes en signe d'allégresse ; ce qui fut suivi d'une décharge d'artillerie de reconnaissance. L'armée ennemie, étonnée, surprise, s'arrêta court.

Les Mameluks d'Ibrahim-Bey, les plus lestes, qui se trouvaient le plus à portée, coururent ventre à terre pour reconnaître ces nouvelles troupes ; ils furent suivis par tous les Naplousiens, les plus alarmés de voir des colonnes fermer le chemin de leur pays. Les trois carrés français s'arrêtèrent un moment et se coordonnèrent. Un détachement de trois cents hommes surprit et pilla le camp, les bagages, et prit les blessés de l'armée turque ; il mit le feu aux tentes, spectacle qui inspira de l'effroi aux ennemis. Quelques corps de cavalerie turque s'approchèrent à portée du fusil des carrés; mais, accueillis par la mitraille, ils s'éloignèrent. De son côté, Kleber marcha; la jonction ne tarda pas à s'effectuer. Le désordre, l'épouvante, devinrent extrêmes chez l'ennemi; cette armée se sauva, partie sur Naplouse, partie sur le Jourdain. On se peindrait difficilement les sentiments d'admiration et de reconnaissance des soldats. Les ennemis avaient perdu beaucoup de monde dans les

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différentes charges qu'ils avaient faites pendant h matinée ; ils en perdirent davantage pendant la retraite. Plusieurs milliers se noyèrent dans le Jourdain ; les pluies avaient élevé les eaux et rendu le gué très difficile. Kleber eut deux cent cinquante à trois cents hommes tués ou blessés ; la colonne du général en chef en eut trois ou quatre. La vic^ toire du mont Thabor était véritablement le plus beau fait d'armes des troupes, qui, depuis leur entrée en Egypte, n'avaient point cessé de triompher. Bonaparte écrivit à Kleber :

c Votre bataille est fort bonne ; cela ne laisse pas de beaucoup dégoûter cette canaille, et j'espère que, si tooi les revoyez, vous pourrez trouver moyen d'avoir leurs pièces

Le mont Thabor est témoin de vos exploits. Si ces geoslà tiennent un peu, et que vous ayez une affaire un pei chaude, cela vous vaudra les clefs de Damas (1). i

Il faut convenir que si la froide intrépidité de Kleber avait commandé le succès, le génie actif de Bonaparte l'avait seul déterminé. L'armée française, harassée des fatigues de la journée, s'arréti au pied du mont Thabor. Bonaparte monta sur cette montagne qui est en pain de sucre élevé, dominant une partie de la Palestine.

La nuit du 16 au 17 avril, Kleber coucha dan* la tente du général en chef; il en partit à tro» heures après minuit pour joindre sa division, qui était campée sur le Jourdain. Il poursuivit toute la journée du 17 les débris de l'armée de Damas»

(1) rorrcsjHnidanee «le Xapolôon, pièce 4088.

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