I^Î^V-TS
BN EGYPTE
ïoldats firent de riches prises. Kleber campa
)ir du 17 au lieu où il se trouva, et attendit
jrdres pour la journée du 18.
Bonaparte médita sur sa position. Il ne res-
que quatre mille hommes au cam^ d'Acre
p assiéger une garnison de huit mille hommes
orcée par deux vaisseaux anglais de quatre-
[ts; cette garnison avait à chaque instant des
►urs, elle pouvait d'un moment à l'autre rece-
l'armée de Rhodes, dont le mouvement devait
îourir avec celui de l'armée de Damas; il était
c urgent de faire rentrer toutes les troupes au
p du siège. On aurait pu, à la rigueur, en dis-
pe les deux mille cinq cents hommes de Kle-
cinq cents chevaux et douze pièces de canon;
îrait encore resté six mille hommes au camp,
qui était sufBsant; mais était-il raisonnable
ivoyer Kleber avec trois mille hommes dans
grande capitale dont la population est de cent
e habitants, les plus méchants de l'Orient?
:ait-il pas à craindre qu'aussitôt qu'ils auraient
ipté le petit nombre des Français ils ne les
3urassent de tous côtés?
Cependant la prise de Damas pouvait avoir au plus tard le lendemain 18, ou le 19 au in; cela était bien tentant. Quels avantages retirerait pas l'armée de cette conquête ! Elle 'ouverait des chevaux, des chameaux, des mudont elle avait besoin pour réparer ses perdes cuirs, des draps, [des toiles, des effets abillement, de la poudre, des armes, de l'ar*-
geut. On pourrait facilement y lever sep millions de contributions ; et, avantage i de tout pour une armée conquérante, q cela ne jetterait-il pas sur les armes fr La bataille du mont Thabor allait réta réputation un peu obscurcie par la i d'Acro ; mais que serait-ce si au Caire, i à Alep, à Acre, on apprenait que le pav colore flottait sur la sainte, antique Damas ! Cela ne produirait-il pas l'effet n Ton attendait de la prise d'Acre? Les I les Arabes, les Druses, les Maronites, peuples de la Syrie se rangeaient sous peaux de la France. Malgré l'avantage < ces considérations, il était impossible quer trois mille hommes seuls; mais pouvait les faire soutenir par six mille siens, cela serait différent. Le général en parla le 17 au matin avec les députés de et des Maronites qui suivaient l'armée. 1 rèrent qu'ils se regardaient comme a après une aussi grande victoire que celle Thabor, à engager leurs nations, ce qu'i ordre de ne faire qu'après la prise d'Ac qu'il leur fallait au moins quinze jours f nir ce corps de troupes. Daher ne pouv sur-le-champ que deux cents hommes; douins, ([ui faisaient sa force, ne voulai gager qu'au préalable Acre ne fut pris dans ses mains. Mais, puisqu'il n'était p ble, avant la prise d'Acre, de s'emparer
mas, Kleber ne pouvait-il pas au moins la mettre à contribution, ce qui n'exigeait que quarantehuit heures? Demander une contribution et repasser sur le champ le Jourdain était une expédition peu avantageuse, qui nuirait aux opérations ultérrieures ; cela pouvait entraîner la perte des dixhuit mille Chrétiens qui habitaient cette ville et devaient un jour être si utiles à l'armée. Le 17 au matin, on fit brûler et pillertrois gros villages naplousiens pour les punir; des députés de Naplouse implorèrent le pardon de la ville et donnèrent des otages. Kleber reçut Tordre de repasser le Jourdain et de rester en observation sur cette rivière.
« Le 18 avril, le général Bonaparte coucha au couvent de Nazareth ; l'armée était dans la Terre- Sainte ; tous les villages étaient célèbres par les événements de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les soldats visitaient avec intérêt le lieu où Holopherne avait eu la tête coupée ; le miracle surtout des noces de Cana était fort célébré, car ils n'avaient point de vin. On se peignait le Jourdain comme un fleuve large et rapide, à peu près comme le Rhin ou le Rhône : on fut fort surpris de ne trouver qu'un filet d'eau moindre que l'Aisne ou rOise à Compiègne. En entrant dans le couvent de Nazareth, l'armée crut entrer dans une église d'Europe ; elle était belle ; tous les cierges étaient allumés ; le Saint-Sacrement exposé ; l'armée assista à un Te Deum ; il y avait un très bon organiste. Les Récollets étaient Espagnols et Italiens, un seul était Français; ils montrèrent la grotte de
322 BONAPARTB
rAnnoncîation, où Notre-Dame reçut la visite de l'ange Gabriel. Le couvent est très beau, il y a assez de logements et de lits ; on y établit les blessés, les Pères les soignèrent. Les caves étaient fournies de très bon vin (1). »
(1) Œuvres de Napoléon '.
ur du général Bonaparte à Acre (19 avril). — Six mille uses et six mille Maronites font la promesse de se ndre à l'armée française pour marcher sur Damas. — rivée du contre-amiral Ferrée devant Jaffa ; succès de croisière. — Seconde époque du siège de Saint-Jean- Lcre. — Mort de Phelippeaux. — Acre ravitaillé et :ouru par la flotte anglaise. — Le général Lannes reçoit rdre de préparer l'assaut. Insuccès des attaques, — Le léral Bonaparte songe à cesser le siège de oaint-Jean- Lcre; sa lettre au Directoire (10 mai) à ce sujet ;.con8idéions qu'il fait valoir. — Proclamation à l'armée pour lui aoncer son retour en Egypte (17 mai). — Pertes en tués blessés pendant le siège. — Dispositions pour la retrait* l'armée (20 mai). — Sollicitude de Bonaparte pour racuation des malades et des blessés ; dévouement des decins de l'armée. — Marche de l'armée sur le~Caire. — trée triomphale au Caire (14 juin). — Proclamation } Membres du Divan en faveur des Français.
3 19 avril, le général Bonaparte rentra au p d'Acre, après avoir été absent seulemeni
jours, a bataille du mont Thabor eut TeATet que Ton
était promis : les Druses, les Maronites, les iilations chrétiennes de la Syrie, et, quelque» aines après, des députés des chrétiens d'Arméabondèrent au camp français. Par une vention secrète faite avec les Druses et les 'onites, il fut convenu que le général en chef ndrait à sa solde six mille Druses et six mille
nireiit aux assiégeants qui causèrent la d'Acre (1). »
A la seconde époque, le parc, indépendai de Fartillerie qu'il avait à la première époque, accru de deux pièces de vingt-quatre, qua dix-huit et de deux mortiers. Le 25 avril jouer la mine sous la grosse tour. Elle ne p sit pas tout l'effet qu'en avait espéré le m un souterrain attenant aux anciennes constru< trompa ses calculs; la moitié seulement tour fut renversée; l'autre moitié fut ébr elle paraissait avoir été coupée avec un i Trois cents Turcs, quatre pièces de canon les artifices qui avaient été préparés pc défense de la brèche furent culbutés dj fossé. Un lieutenant du génie, dix sapei vingt grenadiers se logèrent dans les étages rieurs; mais, l'escalier qui conduisait à 1 supérieur ayant été renversé, l'ennemi n'e être délogé. On rappela le logement, et e: d'heures les pièces dé vingt-quatre rasèrent partie de la tour. L'officier du génie Liédot d le logement qu'il établit sur ces débris. ( trouva ainsi maître du principal point del'enceii place était ouverte, mais l'ennemi avait cor un retranchement derrière la grosse tour. 0 blit des batteries sur le logement pour bat leti'anchement et ruiner -la défense du pah Djezzar et de la mosquée. En même temp battit (Ml l>rèche la seconde tour du même
(1) ŒinTis de Xapolèon.
L on enfonça le mineur afin d'en faire sauter la jntrescarpe.
L'artillerie des assiégeants avait pris le dessus IV celle des assiégés, dont les murailles étaient resque entièrement détruites. La place ne se éfendait plus que par le grand nombre d'hommes ui composaient sa garnison et par l'espérance u'elle avait de voir arriver l'armée de Rhodes, es communications par mer lui étaient ouvertes ; lie recevait tous les jours des secours, de sorte ue, au lieu de s'affaiblir par les pertes journaières qu'elle faisait, la garnison était beaucoup Jus forte qu'au commencement du siège. Les ssiégés étaient très braves; ils s'avançaient avec me rare intrépidité sur les tranchées, arrachaient es fascines et les gabions des batteries, bravant ine mort presque certaine. Sur dix qui s'aventuraient tous les jours à de pareilles expéditions, neuf étaient tués; mais le dixième, qui rentrait ians la place avec le gabion ou la fascine prise, J était reçu en triomphe; ce qui suffisait pour maintenir l'émulation. La lutte corps à corps dans les boyaux ou dans les places d'armes était telleoient sérieuse, que les soldats français furent obligés d'aiguiser les trois arêtes de leurs baïonnettes pour empêcher les Turcs de les arracher. Toutes les sorties que la garnison faisait lui étaient très funestes; elle en a fait pendant le siège, plusieurs t^nt été des combats importants; elle y a perdu plus de neuf mille hommes, dont les doux tiers '^its prisonniers. Aussitôt <[u'ils étaient sortis de
leurs tranchées, ils se livraient, à leur impétuosité naturelle; il était facile aux officiers français, en reculant devant eux, de les entraîner dam des embuscades, ce qui rendait impossible leur retour dans la place.
Sur la fin d'avril, Djezzar, n'espérant plus conserver la ville, médita de Tévacuer. L'armée de Rhodes, qui depuis longtemps annonçait son arrivée, retardait de jour en jour, et cependant on était en danger d'être enlevé d'assaut. Dans cette situation délicate, le colonel Phelippeaux, qui dirigeait la défense, ne vit plus d'autre moyen, pour la prolonger et pour donner le temps i Tarmée de Rhodes d'arriver, que de cheminer pir des lignes de contre-attaque. Alors, pendant la de^ iiiëre semaine d'avril, les assiégés construisirent, en avant de la porte de mer et en avant du palai» du pacha, deux grands redans en forme de plac» d'armes, qu'ils armèrent de pièces de vingt-quatre, et de là dirigèrent des boyaux qui prenaient en flanc les attaques des assiégeants, et des revers sur Iclo* gement de la grosse tour. Ceux-ci furent obligés d'élever des batteries pour contrebattre les batteries des redans et de se traverser; ils chenu* nèrent contre les nouvelles lignes de l'ennemi, w qui les entraîna dans de nouveaux travaux, qu retardèrent la marche de tout le siège. Par c* moyen, l'assiégé gagna les quinze jours dont « avait besoin, ce qui donna le temps aux secours de Rhodes crarriver. Ce conseil de l'ingénieur Pk** lippeaux lut le chant du cygne. Il mit tant d'acti*
EN ÉGYPTB 329
é dans le tracé et la conduite de ses ouvrages^ 'il prit un coup de soleil et mourut le l®"*mai(l). colonel Douglas remplaça Phelippeaux, mais il lérita ni de son instruction ni de ses connaisaces.
Les travailleurs des deux armées marchaient les s contre les autres, se côtoyant, n'étant séparés iC par un massif de terre de deux ou trois toises, irsque les ingénieurs français jugeaient être rivés sur le flanc de l'ennemi, les mineurs faiient une amorce, coupaient la tranchée de Tenimi, et tout ce qui était au delà était égorgé ou is. Les Turcs apprirent bientôt à faire la même anœuvre. Trois fois on enleva de vive force tous B ouvrages de Tennemi, on les combla en partie ; ais il était impossible de s'y maintenir, parce l'ils étaient enfilés par des tirailleurs placés dans ï8 tours qui dominaient tout le pays. Il fallut me persister dans le système de guerre d'oppo- T tranchée à tranchée.
Le 4 mai, la brèche de la seconde tour était raticable ; la courtine entre la grosse et la seconde ur était rasée; la mine pour faire sauter la conescarpe était terminée.
Le 5 au matin, un assaut général devait avoir BU. Le succès paraissait certain ; mais dans la nuit s ingénieurs assiégés coupèrent la contrescarpe
1) C'était un homme de quatre pieds dix pouces, mais d'une oonstitu- 0 robuste. Il rendit à Acre des services importants. Toutefois son n était bouleversée; dans ses derniers moments il fut en proie aux 18 cuisants remords; il eut occasion de montrer le fond de son cœur à » Français prisonniers. Il s'indignait contre lui-même de ^ diriger la fense des barbares contre les siens : la patrie ne perd jamais entièremt ses droits! {Mémoires de Napoléon).
Uci» u ttijui'u. luiiit' 1 iiiipurtuiiut:. u u»s»uut
donc donné le 9. Maïs dans la journée di aperçut trente ou quarante bâtiments qui cia vers la plage : c'était l'armée de secours c assiégés attendaient depuis longtemps ave d'impatience.
Le général en chef fit prendre aussit armes et ordonna au général Lannes de m< l'assaut et d'enlever la place. Le temps était et le peu de vent qui régnait venait de t< n'était pas probable que ce convoi pût arrive la ville avant vingt-quatre heures. Le j Lannes forma trois colonnes : la première les ordres du général Rambeaud, entra d place par la brèche de la courtine; la se sous les ordres de l'adjudant général Escale, ■ cha par la grosse tour ; le général Lannes s( la tète de la troisième, formant la réserve. Le rai Rambeaud force la brèche^ poursuit les
EN ÉGTPTB 331
mr. Le général Rambeaud fut tué dans cette ttaque.
A la pointe du jour, les troupes de l'armée de .hodes, fières du petit succès que venait d'obtenir 5Ùr nombre, sortirent par les deux places d'armes e la porte de mer et du palais du pacha. Elles B flattaient de s'emparer des batteries des assiéeants et de leur faire lever le siège. Elles eurent ffectivement d'abord de grands succès ; elles s'emarèrent du logement de la tour, de la moitié des ranchées et des batteries ; mais bientôt, manœuvré ar les flancs, un corps de trois mille hommes fut oupé de la place; cerné de tous côtés, il mit bas )S armes; trois mille autres restèrent tués ou lessés dans les places d'armes et les tranchées; eux mille seulement rentrèrent dans la place.
C'est à la suite de cette attaque, dans laquelle annes fut blessé à la tête que Bonaparte le nomma énéral de division. (Ordre du 10 mai) :
Le général en chef, voulant donner au général de brigade annes un témoignage de la satisfaction du Gouvernement Dur la manière distinguée avec laquelle il a servi tant en ;alie qu'en Egypte, campagnes pendant lesquelles il a honoré (8 armes de la République par des actions d'éclat si souvent §pétées, voulant le récompenser des services qu'il a rendus ans l'expédition de Syrie, où il a commandé une division, omme le général Lannes général de division.
L'issue de ce combat changea de nouveau l'état es choses, la consternation fut parmi les assiégés, t de nouvelles espérances excitèrent l'ardeur des ssiégeants, qui montèrent à l'assaut, s'emparèrent te toute la partie de la ville qu'ils avaient déjà
occupée et s'y barricadèrent; le combat dura plusieurs jours de maison en maison.
La perte faite par les assiégeants depuis le commencement du siège était considérable ; cette guerre de chicane l'augmentait tous les jours; il n'était pas possible de s'emparer de la ville sans perdre un millier d'hommes; la peste faisait d'effrayants ravages parmi la garnison, il n'y avait aucun moyen d'en préserver l'armée; si elle persistait dans son entreprise et prenait la ville d'assaut, elle perdrait encore un millier d'hommes de la peste. Ces considérations donnèrent fort à penser au général Bonaparte; mais ce qui le décida à lever le siège, ce furent les nouveaux renseignements qu'il reçut dans la journée du 13 sur la situation nouvelle des affaires de la République.
Dès le mois d'avril, le colonel Phelippeaux, dans les pourparlers qui avaient souvent lieu à la tranchée, avait fait connaître qu'une deuxième coalition, plus redoutable que la première, s'était fo^ mée contre la France. Le contre-amiral Perrée avait raisonné avec des bâtiments sortant de Napies : ils l'avaient instruit que les Français étaient entrés dans cette ville, qu'ils en avaient chassé 1* roi et établi une république. Enfin il fut constant, par la déposition des prisonniers de l'armée de Rhodes et des prisonniers anglais, que la guerrf 1 était déclarée en Europe et que l'armée française était entrée à Naples. 11 était facile de prévoir qn* le résultat de cette marche dans la basse Itahe serait funeste, et que les trente ou quarante milk
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rançais qui se trouvaient sur le Vésuve feraient ute sur l'Adige. Un nouvel état de choses se résentait aux yeux du général en chef : le Direcite, peu considéré de la nation, était peut-être snversé; si les armées avaient éprouvé des échecs, ïs opérations de Tarmée d*Orient étaient devenues scondaires. Le général en chef ne pensa plus u*au moyen de repasser en France. La Syrie, la ialilée, la Palestine, n'étaient plus d'aucune im- )ortance; il fallait ramener l'armée en Egypte, où ïlle était invincible; il pourrait alors la quitter et se jeter dans cet océan d'événements qui se présentait à sa pensée (1). »
Le 10 mai, dans une longue lettre qu'il écrit au Directoire, le général Bonaparte commence par fendre compte des opérations et des victoires de 'armée depuis son entrée en Syrie, puis il parle ^e la levée du siège :
Aujourd'hui nous sommes maîtres des principaux
l^uits du rempart. L'ennemi a fait une seconde enceinte ^y^tpour point d'appui le château dé Djezzar.
n nous resterait à cheminer dans la ville; il faudrait ou- ^^f la tranchée devant chaque maison et perdre plus de ttonde que je ne le veux faire.
La saison, d'ailleurs, est trop avancée ; le but que je m'étais Proposé se trouve rempli : l'Egypte m'appelle.
Je fais placer une batterie de vingt-quatre pour raser le ^i^ais de Djezzar et les principaux monuments de la ville ; B'fais jeter un millier de bombes qui, dans un endroit aussi *88erré, doivent faire un mal considérable. Ayant réduit llcpe en un monceau de pierres, je repasserai le désert, *êt à recevoir l'armée européenne ou turque qui, en mesïdorou thermidor, voudrait débarquer en Egypte.
{i)(Euvr€8 de Napoléon.
334 BONAPAATB
Je vous demande le grade de général de dmsion pour le général Lannes, et le grade de général de brigade pour le citoyen Songis, chef de brigade d'artillerie.
J'ai été parfaitement content de l'armée dan& des éréne* ments et dans un genre de guerre si nouveau pour des En* ropéens. Elle fait voir que le vrai courage et les taleiiti guerriers ne s'étonnent de rien et ne se rebutent d'auenil genre de privations. Le résultat sera, nous l'espérons, une paix avantageuse, un accroissement de gloire et de prospérité pour la République (1).
BoNAPAaTE.
Le rappel de la division Kleber au camp, avait été le prélude de la retraite déjà méditée. Kleber avait reçu Tordre de brûleries magasins établis i Sour, Safed, Tabaryeh et Nazareth.
Le dernier assaut livré à la place par les troupes de ce général avait été plutôt un coup de déses-* poir qu'une opération combinée; mais, afin d'assurer tous ses moyens de retraite en donnant le change à l'ennemi sur ses intentions, le général Bonaparte fit continuer le feu des batteries Je brèche jusqu'au 16 mai, jour où il fit retirer sa grosse artillerie, en la remplaçant par des pièces de campagne.
Le 17 mai, la proclamation suivante annonça la résohition du général en chef :
Soldats !
Vous avez traversé le désert qui sépare rAfriquederAiW. avec plus de rapidité qu'une armée d'Arabes.
L'armée, qui était en marche pour envahir l'Egypte, eikdétruite ; vous avez pris son général, son équipage de ctf^ pagne, ses bagages, ses outres, ses chameaux.
(l) Archives du Dépôt de la Guerre et Correspondance^ pièce 41Si>
. Vous vous êtes emparés de toutes les places fortes qui , léfendent les puits du désert.
Vous avez dispersé, aux champs du mont Thabor, cette anée d'hommes accourus de toutes les parties de TAsie, ians l'espoir de piller l'Egypte.
Les trente vaisseaux que vous avez vus arriver devant ÊLcre, il y a douze jours, portaient l'armée qui devait assié« ^r Alexandrie ; mais, obligée d'accourir à Acre, elle y a fini ses destins : une partie de ses drapeaux orneront votre entrée en Egypte.
Enfin, après avoir, avec une poignée d'hommes, nourri la guerre pendant trois mois dans le cœur de la Syrie, pris quarante pièces de campagne, cinquante drapeaux, fait six mille prisonniers, rasé les fortifications de Gaza, Jaffa, Bayfâ, Acre, nous allons rentrer en Egypte : la saison des débarquements m'y rappelle.
Encore quelques jours, et vous aviez l'espoir de prendre le pacha même au milieu de son palais ; mais, dans cette saison, la prise du château d'Acre ne vaut pas la perte de quelques jours ; les braves que je devrais d'ailleurs y perdre sont aujourd'hui nécessaires pour des opérations plus essentielles.
Soldats, nous avons une carrière de fatigues et de dan* gers à courir. Après avoir mis l'Orient hors d'état de rien faire contre nous dans cette campagpie, il nous faudra peut« être repousser les efforts d'une partie de l'Occident.
Vous y trouverez une nouvelle occasion de gloire ; et si, au milieu de tant de combats, chaque jour est marqué par la mort d'un brave, il faut que de nouveaux braves se forment et prennent rang à leur tour parmi ce petit nombre qui donne l'élan dans les dangers et maîtrise la victoire (1).
Le siège d'Acre avait duré soixante-deux jours de tranchée ouverte ; Tarmée française y a eu cinq cents hommes tués, parmi lesquels beaucoup d'officiers distingués : le général de division Bon, le général de brigade Rambeaud, quatre adju-
(1) Correspondance, pièce 4138.
dants généraux, dix officiers du génie, trente officiers supérieurs et d^état-major, le capitaine Croizier, aide de camp de Bonaparte, les chefs de brigade Boyer, de la 18® de ligne et Vernoux, de la 25®. Mais la perte la plus sensible fut celle du général Caffarelli. Il était né en Languedoc, en 1756. Le 9 avril, en visitant les tranchées, il ent le coude droit fracassé d'une balle; malgré tous les secours de Tart^ il mourut le 25 du même mois. Le général Caffarelli était membre associé de r Institut de France et membre dé celui d'Egypte; l'instruction publique était l'objet favori de ses méditations. L'ordre du jour du lendemain de sa mort disait : « II emporte au tombeau les regrets universels; l'armée perd un de ses plus braves chefs, l'Egypte un de ses législateurs, 1« France un de ses meilleurs citoyens, les sciences un homme qui y remplissait un rôle célèbre. »
• Bonaparte fut légèrement blessé et eut un chc-^ val tué sous lui. Le 4 mai, se trouvant à la tranchée, il fut enterré dans un trou de bombe; deux de ses guides, Daumesnil et Carbonel, le couvrirent de leurs corps, de manière à le mettre à l'abri de l'éclat de la bombe, qui effectivement éclata peu après et blessa légèrement Carbonel.
Le guide Daumesnil était un des braves de l'armée d'Italie; à la bataille de la Favorite, il
avait enlevé deux drapeaux; par sa valeur exem-
plaire il devint capitaine, chef d'escadron, colonel et général; à la bataille de Wagram il eut une jambe emportée par un boulet. C'est lui qui
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cette belle réponse en 1814, lorsque commannt du fort de Vincennes, il fut sommé par les liés de capituler : « Je vous rendrai la place rsque vous m'aurez, vous, rendu ma jambe. »
Le 10 mai, le capitaine Arrighi fut blessé par le balle qui rasa le chapeau du général en chef : frappa Arrighi au cou (1).
Quinze mille Turcs sont successivement entrés ans Acre, cinq mille existaient encore au moment e la levée du siège ; la perte a donc été de dix aille hommes tués, blessés ou prisonniers.
Quatre jours furent employés pour faire toutes Bs dispositions de retraite. Durant ce temps toute artillerie fit un feu continu; elle rasa toutes les éfenses de la mosquée, du palais de Djezzar et retranchement intérieur. Pendant ces quatre Urs, les blessés, les malades, les prisonniers et 8 gros bagages filèrent sur JafFa; les hôpitaux î Ranileb, de Gaza et d'El-A'rych s'évacuèrent ir le Caire. Dans ces circonstances Bonaparte ontra la plus grande sollicitude pour les mades : II écrivit au contre amiral Perrée :
Le contre- a mirai Ganteaume vous fait connaître, Citoyen Hiral, ce que vous avez à faire pour enlever quatre à cinq
^) Arrighi (Jean-Toussaint), né à Cortc en 1778, était allié de la falie Bonaparte. Entré au service militaire à l'âge de quinze ans, il sui- ^ Bonaparte en Egypte et se l'ecommanda toujours par une grande ftvoare et une infatigable activité. Chef d'escadron à la bataille de ^ren^o en 1800, il fut (Quelques années après promu colonel et l'empe- Jir lai donna avec le titre de duc de Pactoue un revenu de trois cents \lle francs et le commandement des dragons de la Garde. Grcnéral de "igade, pendant la campagne d'Espagne; fait général de divii>ionsur le t^DU) de bataille d'Essling, il ne cessa jamais de faire campagne. — ^lé de France en 1815, il obtint son rappel en 1820, mais se tint
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ceats blessés que je fais transporter à Tantourah, et qnH est indispensable que vous transportiez à Alexandrie on i Damiette : vous vaincrez, par votre intelligence, vos con* naissances nautiques et votre zèle, toutes les résistances que vous pourriez rencontrer; vous et vos équipages acquerrez plus de gloire par cette action que par le combat le plus brillant; jamais croisière n'aura été plus utile que la vôtre, et jamais frégates n'auront rendu un plus gmad service à la République.
D'un autre côté il n'oubliait pas non plus les services si dévoués de ses chefs du service de santé ; il écrit à l'ordonnateur en chef Daure :
Vous ferez connaître, Citoyen Ordonnateur, au médecin en chef Desgenettes et au chirurgien en chef Larrey,que voulant leur donner une marque de satisfaction pour les serricei qu'ils ont rendus et rendent tous les jours à l'armée, je leur accorde à chacun une gratification de deux mille firancii qu'ils pourront toucher à Paris ou au Caire. Vous meferei connaître leurs intentions,
Le 20 mai, la division Reynier qui était de tranchée, en sortit à dix heures du soir. L'armée marcha longeant la mer ; le général Kleber forint r arrière-garde. Une douzaine de pièces de canon de vingt-quatre et de dix-huit ou d'un calibre inférieur, venues de Jaffa, ainsi que les caronades anglaises furent mises hors de service et jetées à la mer. Les assiégés ne s'aperçurent que le 21 au jour que le siège était levé. Leur joie fut d'autant plus grande qu'ils croyaient leur position désespérée; Ils s'attendaient a être enlevés d'assaut. Djezzar, n'ayant aucune cavalerie, ne put faire suivre l'armée française.
Le 21, à huit heures du matin ^ 1* avant-garde de
l'armée prit position à Césarée ; le corps de Tarmée à Tantourah, l'arrîère-garde à Hayfâ,
Le 22 mai, le camp fut tendu à Césarée.
Le 23, l'armée campa à Mynâ-Sabourah, marine des Naplousiens.
• Le 24, elle passa la rivière de la Bouche (Nahrel-Ougueh, sur un pont de bateaux et coucha à Jaffa, où elle séjourna plusieurs jours afin d'en faire sauter les fortifications et d'achever de faire évacuer les magasins et les hôpitaux.
L'ordre était donné pour se mettre en marche le 27, mais à une heure du matin l'aide de camp Lavallette, ayant fait la visite des magasins et des hôpitaux pour s'assurer de leur entière évacuation, fit le rapport qu'il avait trouvé onze malades encore a l'hôpital. Ayant demandé au chirurgien de service pourquoi ils n'étaient pas évacués, celui-ci lui répondit que ces malades avaient la peste, que le conseil d'évacuation ne les avait pas jugés transportables, que, d'ailleurs, ils n'avaient pas vingtquatre heures à vivre. Mais ces malheureux s'apercevant qu'on les abandonnait, demandaient qu'on les tuât plutôt que de les exposer à la cruauté des Turcs, L'aide de camp ajoutait que le chirurgien de service demandait à être autorisé à mettre auprès d'eux une potion d'opium pour qu'ils pussent s'en servir au besoin. Le médecin en chef Desgenettes et le chirurgien en chef Larrey furent sur-le-champ mandés ; ils confirmèrent l'impossibilité d'évacuer ces pestiférés. On discuta s'il était convenable d'autoriser le chirurgien à mettre de l'opium à
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portée de ces malheureux. Desgeaettes y répugna: (( Je n'ai pouvoir, dit-il, de présenter aux malades que ce qui doit les guérir. » D'autres pensèrent qu'il était convenable de mettre de l'opium a la portée de ces malheureux, qu'on ne pouvait se refuser k faire à autrui ce qu'on voudrait pour soimême. (( Je serai toujours disposé a faire pour mes soldats ce que je ferai pour mon propre fils, dit Bonaparte; cependant, puisqu'ils doivent mourir naturellement dans vingt-quatre heures, je ne partirai que cette nuit, et Murât restera avec cinq cents chevaux jusqu'à demain deux heures aprèsmidi. » II donna l'ordre au chirurgien qui resta avec l'arrière-garde, si, au moment de son départ ils n'étaient pas morts, de mettre près d'eux de l'opium, en leur en désignant l'usage comme l'unique moyen de se soustraire aux cruautés des, Turcs. La croisière anglaise était alors éloignée en pleine mer.
L'évacuation des malades de Jaffa a donné lieu à des accusations odieuses que l'histoire ne saurait trop flétrir ; nous voulons parler du prétendu empoisonnement que l'on a dit avoir été ordonné par le général Bonaparte. Ce fut un Anglais, lé colonel Robert Thomas Wilson qui, le premier,' pour noircir la mémoire du vainqueur de l'Egypte, inventa que cinq cent quatre-vingts soldats, atteints de la poste et reconnus hors d'état d'être transportés, furent empoisonnés au moyen d^une grande quantité d'opium (1).
(1) Histoire de l'expédition britannique en Egypte^ t I, p. 1J7.
J'Jà
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Mais, cette ... erreur est détruite par le témoilage dé deux hommes si honorables sous tant j rapports.
« Tous les blessés, a dit le vertueux Larrey, rent évacués en Egypte pendant le siège d'Acre i à l'époque du départ de l'armée. Huit cents issèrent par les déserts, et douze cents par mer, mt la plupart s'embarquèrent à Jaflfa. L'une et lutre traversée furent extrêmement heureuses, car ms n'en perdîmes qu'un petit nombre. C'est au jnéral Bonaparte que ces honorables victimes dvent principalement leur salut, et la postérité ? verra pas sans admiration, parmi les vertus jroïques de ce grand homme, l'acte de la plus nsible humanité qu'il exerça à leur égard. Le anque absolu des moyens de transport réduisait us les blessés à la cruelle alternative ou d'être andonnés dans nos ambulances, et même dans j déserts, exposés à y périr de soif ou de faim d'être égorgés par les Arabes. Bonaparte donna que tous les chevaux qui se trouvaient k rmée, sans en excepter les siens, fussent emayés au transport de ces blessés ; en conséquence aque demi-brigade ayant été chargée de la conlite de ceux qui lui appartenaient, tous ces bras arrivèrent en Egypte, et j'eus la satisfaction ! n'en pas en laisser un seul Syrie (1). » Quant au docteur Desgenettes, il témoigne que : le 6 prairial, au matin (25 mai), il y avait à
1) Relation chirurgicale de l'armée d'Orient, par le D' Larrey, p. 117, )> 120 et suivantes.
JafTa cent soixante-dix fiévreux, et, le soir, deux cent cinquante fournis dans le jour par révacuation du mont Carmel et quelques traineurs. Cinquante lurent évacués sur Qatyeh. Le 7, sur deux cents malades existant dans l'hôpital, cinquante seulement pouvaient être évacués sur des montures, le reste ne pouvait Têtre que sur des voitures ou des brancards. Parmi ces derniers, un grand nombre était sans aucun espoir de guérison, et il était probable qu'il en périrait quinze ou vingt et jusqu'à vingt-cinq par jour. Je fis sentir à l'autorité supérieure l'inutilité et les dangers d'une évacuation des malades réduits a cette extrémité. Le 8, au soir, le mouvement de l'hôpital était de cent cinquante malades, mais, d'après un examen plus attentif, je déterminai vingt à vingt-cinq hommes à rentrer au camp. Je passai presque toute la jour» née du 9 dans l'hôpital pour hâter l'évacuation des malades qui étaient au nombre de cent. » Per* sonne autre que le médecin et le chirurgien en chef ne pouvait mieux connaître les circonstances de l'évacuation des malades de JafTa : aussi leur témoignage doit-il faire autorité et détruire jusqu'au moindre soupçon la légende du prétendu empoisonnement des pestiférés.
Desgenettes et Larrey parcouraient les hôpitaux et les ambulances, visitaient chacun des malades, et calmaient leur imagination effrayée. Desgenettes soutenait aux malheureux soldats que les bubons qu'ils prenaient pour des symptômes de peste, appartenaient à une espèce de fièvre maligne dont
I était très facile de guérir avec des soins et des nénagements ; il alla jusqu'à s'inoculer, en présence les malades, des matières de ces bubons, et em- >loya pour se guérir les remèdes qu'il leur ordonlait. Tous les genres d'héroïsme devaient éclater lans cette brave armée, et le dévouement de Des- ^enettes n'a pas été le moins généreux ni le moins itile. Après avoir rendu au soldat cette tranquillité d'esprit si nécessaire à la guérison, il achevait )ar ses talents, ses soins assidus, ce qu'il avait si leureusement entrepris, et le plus grand nombre découvrait la santé.
->0n ne put non plus donner trop d'éloges au îhirurgien en chef Larrey, pour le zèle, l'activité, e dévouement qu'il ne cessa de déployer. On le royait, lui et ses dignes confrères, sous le feu de 'ennemi, au pied de la brèche, panser les malheureux blessés. Plusieurs reçurent des blessures à îe poste honorable; l'un d'eux fut même tué par 'ennemi;. mais rien ne pouvait arrêter leur ardeur jt leur sublime dévouement.
Le 28 mai, la division Reynier se porta de Faffa à Ramleh, d'où elle longea le pied des monagnes de Jérusalem. La terre était couverte des îlus belles récoltes; l'armée française v mit le feu. nesure qui fut jugée nécessaire.
Le 29 au matin, elle campa à Gaza. Le désert m mois de juin est bien cruel, il ne ressemble en *ien au désert du mois de janvier; tout était aisé ilors, tout était devenu difficile. Le sable était brûlant et les rayons du soleil insupportables.
Le 2 juin, Tarmée campa à EI-A'rych. Les for-' tifications étaient en bon état, la garnison approvisionnée pour six mois. L'artillerie y laissa plusieurs pièces pour en accroître l'armement.
Le 4, elle campa à Qatyeh. Le fort, construit en bois de palmier, était suffisant pour résister aux Arabes.
Le 5, le général en chef alla visiter Tyneh et Pcluse ; il se promena sur le rivage où avait été assassiné le grand Pompée. La chaleur était étouffante; après avoir fait le tour de l'ancienne enceinte de la ville, il se mit à l'ombre d'un pan de murailles, reste d'une ancienne porte triom* phale.
Enfin, le 7, l'armée arriva à Sâlheyeh. 11 faut avoir souffert de la privation d'ombre et surtout de la soif pendant neuf jours pour croire au bonheur qu'éprouva le soldat de camper dans cette forêt de palmiers, ayant a discrétion de cette excellente eau du Nil. Les appels faits avec soin' donnèrent onze mille cent trente-trois hommes présents; il manquait donc deux mille hommes : cinq cents tués sur le champ de bataille, sept cents morts aux hôpitaux, six cents qui étaient en garnison à El-A'rych et à Qatyeh, deux cents qui avaient précédé l'îirmée; mais sur les onze mille présents, quinze cents étaient blessés, dont quatre-vingt-cinq amputés; cinq amputés étaient morts dans le désert. Sur ces quatorze cents quinze blessés, douze cents avaient rejoint leurs corps au moment de la bataille d'Aboukir.
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La perte que fit éprouver la guerre de Syrie fut de quatorze cents hommes morts et de quatrevingt-cinq amputés; à peu près quinze cents.
De Sâlheyeh, le général Kleber reçut l'ordre de . se porter avec sa division sur Damiette pour y prendre ses cautionnements. L'armée continua sa route sur le Caire, où elle fit, le 14 juin, une entrée triomphale.
Les habitants étaient sortis au-devant d'elle et l'attendaient à Qobbet el-Azeb. Les députations des corps des métiers et de ceux des marchands avaient préparé des présents magnifiques, qu'ils offrirent au sultan El-Kebir. Le cheik El-Bekry, le premier de la nombreuse famille issue du Prophète, lui présenta, au nom de la ville, un magnifique cheval arabe couvert d'une housse brodée d'or, de perles, de pierreries, dont la bride est tenue par Roustan, alors l'esclave du cheik, et qui a partir de ce jour resta si fidèlement attaché à Napoléon... jusqu'en 1814. Puis ce fut encore de belles juments superbement harnachées, de beaux dromadaires renommés par leur vitesse, des armes d'un travail précieux, de beaux esclaves noirs ou de belles négresses, de beaux Géorgiens ou de belles Géorgiennes, et jusqu'à de riches tapis de laine et de soie, des châles de cachemire, des cafetans, du café moka le plus précieux, des pipes de Perse, des cassolettes pleines d'encens et d'aromates. Les Français qui étaient au Caire, avaient de leur côté fait préparer en plein champ un festin pour fêter l'arrivée do leurs camarades;
ils s'embrassèrent et l'on passa plusieurs heures à boire. Tant de bruits avaient couru sur les désastres de l'armée en Syrie, que, quoique la division Kleber manquât^ puisqu'elle s'était rendue directement sur Damiette, on fut étonné de voir l'armée si nombreuse et si peu affaiblie. Il y aTait là, présents sous les armes, huit mille hommes.
Les Français de retour de Syrie éprouvèrent, a la vue du Caire, la même satisfaction qu'ils auraient éprouvée à la vue de leur patrie.
Après les discours, les compliments d'usage, Bonapartç, monté sur le cheval du cheik, ayant pris la tête du cortège, fit son entrée triomphale par la porte de la Victoire.
« J'étais environné, dit-il dans son récit officiel au Directoire, d'un peuple immense qui avait garni les rues, et de tous les muftis montés sur des mules, parce que le Prophète montait de préférence ces animaux; de tous les corps de janissaires des odjaqs, des agas de la police du jour et de la nuit, des descendants d'Abou-Behrj-, de Fatyme, et des fils de plusieurs saints révérés par les moins croyants : les chefs des marchands marchaient devant, ainsi que le patriarche copte. »
En arrière, roulait pesamment un char décoré de drapeaux pris sur l'ennemi et défilaient grands nombre de prisonniers. Les troupes auxiliaires grecques fermaient la marche. Bonaparte fut ainsi conduit en son palais, au milieu des salves d'artille» rie et des acclamations d'un peuple qui semblait oublier sa gravité silencieuse pour applaudir au
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triomphe du Sultan Kebir, Les drapeaux conquis furent suspendus dans la principale mosquée du Caire, et Ton promena les prisonniers par les rues avec une affectation calculée.
Tout fut à la joie après cette entrée triomphale. Le lendemain, un bulletin signé des membres du divan du Caire, mais auquel Bonaparte ne fut point étranger fut répandu partout :
Il est arrivé au Caire le bien gardé, le chef de l'armée française, le général Bonaparte, qui aime la religion de Mahomet ; il est arrivé bien portant et bien sain, remerciant Dieu des faveurs dont il le comble. Il est entré au Caire par la porte de la Victoire; ce jour est un grand jour : on n'en a jamais vu de pareil. Tous les habitants du Caire sont sortis à sa rencontre ; ils ont vu et reconnu que c'était bien le même général en chef Bonaparte ; en propre personne ; ils se sont convaincus que ce qui a été dit sur son compte était faux. .. Il fut à Gaza et à Jaffa; il a protégé les habitants de Gaza; mais ceux de Jaffa, égarés, n'ayant pas voulu se rendre, il les livra tous dans sa colère, au pillage et à la mort, il a détruit tous les remparts et fait périr tout ce qui s'y trouvait. Il trouva à Jaffa cinq mille hommes des troupes de Djezzar, il les a tous détruits!
Le sultan Bonaparte est revenu en Egypte d'abord pour tenir sa parole d'y reparaître avant quatre mois, car ses promesses sont des engagements sacrés ; ensuite pour chasser, comme des nuages qui disparaissent au soleil, ces mauvais sujets, Arabes et Mameluks, qui semaient le trouble et la sédition en plusieurs provinces ; toute son ambition étant la destruction des méchants, toute son envie de faire du bien aux bons. Il aime le Caire, l'Egypte, son fleuve, ses productions et ses splendeurs; il veut que notre pays prospère jusqu'au jugement dernier
Dès son arrivée au Caire, le sultan Bonaparte a fait connaître aux membres du divan qu'il affectionne les musulmans, qu'il chérit le Prophète, qu'il s'instruit dans lo Cora/î, qu'il le lit avec attention tous les jours. Il a ordonné l'entretien de toutes les choses nécessaires au service des mosquées et
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le maintien de toutes les fondations; il veille à ce quila droits des odjaqs soient conserves; il s'occupe dabonheir du peuple; nous savons qu'il est dans l'intention de bâtir une mosquée qui n'aura point d'égale au monde, et d'eabrasser la religion de Mahomet »...
Le général Bonaparte devait donc pouvoir jouir d\me puissance plus grande que jamais, puisque les cheiks de Gâma el-Azhar, les ulémas, les membres du divan prêchaient pour lui dans lei mosquées et répandaient dans les provinces des firmans élo^ieux à Tarmée française.
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do la
(IlAlITE KCYPTE ' ■ V
rénements survenus en Egypte pendant que Bonaparte était devant Saint-Jean-d'Acre. — Révolte de l'émir-hadji.
— Soulèvement dans le Bahyreh. — Marche sur Damanhour ; destruction de l'ange El-Mahdy et de ses partisans (10-20 mai). — Mort du général Dommartin. — Opérations militaires de Desaix dans la haute Egypte ; combats de Sonâqy (3 janvier); de Tahtah (8 janvier); bataille de Samhoud (22 janvier). — Mourad-Bey quitte la haute Egypte. — Desaix fait occuper Esné. — Les cataractes du Nil ; prise de Tîle de Phila ; combats de Thêbes, de Qeneh ^12 février), d'Abbou-Marrah (17 février), de Saouâmah (5 mars); désastre de la flottille de Desaix (7 mars) ; combat de Copthos et assaut de Benout (8 mars).
— Desaix remonte le Nil (18 mars). — Formation de colonnes mobiles . — Combat de Byr El-Bar (2 avril) ; combats de Bardis et de Girgeh (5-6 avril) ; combat de Gehyneh (10 avril) ; combat de Beny-A'dyn (18 mai) ; combat d'Abou-Girgeh ; combat de Syene (16 mai); prise et occupation de Qoseyr (29 mai) . — Administration de la haute Egypte sous Desaix. — Desaix est surnommé le sultan juste, -^Lettre de Bonaparte à Desaix; il lui fait présent d'un sabre en souvenir de la conquête de la haute Egypte.
Des événements assez importants s'étaîent passés i Egypte, pendant l'expédition de Syrie. Le gééral Dugua n'eut d'abord à réprimer que des icursions d'Arabes et quelques révoltes partielles, arce que la masse des habitants, influencée par !S cheiks et les ulémas, resta soumise et fidèle, e premier événement qui attira l'attention de ce énéral fut la révolte de l'émir-hadji, ou prince
des pèlerins. Les privilèges et les biens attachés à cette place étaient très considérables. Le général Bonaparte avait autorisé l'émir-hadjik s'établir dans le Charqyeh afin de compléter l'organisation de sa Maison. Il avait déjà trois cents hommes armés; il lui en fallait huit à neuf cents, pour suffire à l'escorte de la caravane des pèlerins de la Mecque. Il fut fidèle à la cause française jusqu'à la bataille du mont Thabor; mais Djezzar, étant parvenu à communiquer avec lui par la côte, loi annonça que les armées de Damas et les Naplonsiens cernaient les Français au camp d'Acre; que ceux-ci, affaiblis par le siège, étaient perdus sans ressource; il prêta Toreille aux propositions os Djezzar et chercha à faire sa paix en rendant quelques services. Le 15 avril, ayant reçu encore d* fausses nouvelles, il déclara sa révolte par une proclamation dans tout le Charqyeh. Il annonçait que le sultan Kebir avait été tué devant Acre, et Tarmée française prise tout entière, La masse de la province resta sourde à ces insinuations. Cinq ou six villages seulement arborèrent l'étendard df la révolte. Ses forces n'augmentèrent que de ^jiiatre cents cavaliers. Le général Lanusse partit du Delta avec une colonne mobile, passa le Nil et marcha contre l'émir-hadji; après diverses petitei affaires et différents mouvements, il réussit àw cerner, ratta([ua vivement, mit à mort tout ce qw voulut se délendre, dispersa les Arabes, et brùllf pour faire un exemple, le village qui était le plo* coupable. « (Ihassé, poursuivi, il perdit dans un
iit le général Bonaparte, les biens que je lis donnés, les trésors et une partie de sa i qui était encore au Caire, et la réputation me d'honneur qu'il avait eue jusqu'alors. (1) » dant que ces événements se passaient dans rqyeh, d'autres plus importants avaient lieu e Bahyreh. Un homme du désert de Derne, mt d'une grande réputation de sainteté les Arabes de sa tribu, fît accroire qu'il ange El-Mahdy, que, dans le Coran^ le Propromit d'envoyer au secours des fidèles, opinion s'accrédita : cet homme avait toutes alités propres à exciter le fanatisme. Il parfaire croire qu'il vivait de sa propre subet par la grâce spéciale du Prophète. Tous irs, à rheure de la prière et devant tous les , on lui portait une jatte de lait; il y tremîs doigts et les passait sur ses lèvres; c'était, il, sa seule nourriture. Il se forma une de cent-vingt hommes de sa tribu, bien art bien fanatisés. Il se rendit à la Grande il y trouva une caravane de quatre cents pè- Mohgrabins de Fez, s'annonça à eux comme El-Mahdy, et les entraîna dans son parti. Dhgrabins étaient bien armés et possédaient sez grand nombre de chameaux; dans it du 24 au 25 avril, le prétendu El- , à la tête de cinq à six cents hommes, se i sur Damanhour, où il surprit et égorgea te hommes de la légion nautique. Il s'em-
;re du 18 juin au Directoire.
para de leurs fusils et d'une pièce de quatre. Ce succès accrut le nombre de ses partisans; il pa^ courut alors les mosquées de Damanhour et des villages circonvoisins, et du haut de la tribune qui sert aux lectures du Coran^ il annonça sa mission divine. Il se disait incombustible et à Tabri des balles, il assurait que tous ceux qui marcheraient avec lui n'auraient rien à craindre des baïonnettes et des canons des Français. Il était l'ange El- Mahdy! Il persuada et recruta dans le Bahyreh environ quatre mille hommes, parmi lesquels quatre ou cinq cents étaient bien armés. 11 arma les autres de grandes piques et de pelles et lee exerça a jeter de la poussière contre l'ennemi, en déclarant que cette poussière bénie, rendrait vains tous les eflPorts des Français.
Le chef de brigade Lefebvre, commandant le petit fort d'El-Rahmânyeh, alarmé des progrès que faisait cet imposteur, laissa cinquante hommes pour garder la place et s'avança sur Damanhour avec quatre cents hommes. L'ange El-Mahdy marcha à sa rencontre. L'affaire s'engagea, et an moment où le feu était le plus vif, des colonnes de fellahs débordèrent les flancs de Lefebvre et se portèrent sur ses derrières, en élevant de grands nuages de poussière. Lefebvre cerné par des forces supérieures, se forma en bataillon carré, et, après avoir soutenu pendant plusieurs heures un combat aussi inégal, il fit sa retraite en bon ordre et rentra dans son fort. Les veuves et les enfants des morts, ceux qui avaient été blessés, éclatèrent
en plaintes et adressèrent de vifs reproches à Tange El-Mahdy. Les balles des Français ne devaient pas atteindre les fidèles; pourquoi donc tant de morts et tant de blessés? L'ange El-Mahdy étouffa ces murmures en s' appuyant de plusieurs versets du Coran] aucun de ceux qui avaient eu en lui une foi vraie n'avait été touché; ceux qui avaient été atteints étaient punis de leur manque de foi. Ainsi se consolida son crédit. Il était à craindre que le Bahyreh tout entier ne se soulevât. Le général Dugua, prit sur-le-champ toutes les mesures convenables pour étouffer dans son principe ce foyer d'insurrection générale. Il envoya au général Lanusse l'ordre d'abandonner son entreprise sur l'émir-hadji, pour se porter sans délai sur la branche occidentale du Nil, en traversant le Delta. Un pareil ordre fut transmis au général Fagière, commandant dans la province de Gharbyeh ; et celui-ci était déjà à Rahmânyeh lorsque le général Lanusse, parti le 5 mai de Mit-Kramr, arriva dans le même endroit le 9 au soir. Il réunit alors sous son commandement les troupes de Fugière, de Lefebvre, avec celles qu'il avait amenées lui-même et se mit aussitôt en marche sur Damanhour.
: Il arriva le 10 devant cette ville, où il entra après avoir culbuté tout ce qui voulut lui opposer de la résistance. Les soldats français étaient exaspérés au dernier degré ; le désir de venger les soixante et un marins, dont les dépouilles étaient epcore sous leurs yeux, leur fit massacrer impitoya-
blement tous les fanatiques qui tombèrent en leur pouvoir. Les habitants de Damanhour, qui avaient pris parti pour ces derniers, ne furent pas épargnés. Ils avaient, les premiers, donné à toute la province de Bahyreh l'exemple de rinsurrection : hommes, femmes, enfants, tout fut passé au fil de Tépée, et Damanhour, livré aux flammes, n'offrit pltrs qu'un amas épouvantable de pierres, de cent* dres et de cadavres.
Toutefois Tange El-Mahdy ne se laissa point abattre par ce revers. Il avait pris la fuite au commencement du combat, accompagné de tous les Arabes a cheval, et, profitant de la résistance qu'opposaient encore les Moghrebins et les habitants de Damanhour, il s'était retiré sans être inquiété, dans la partie supérieure du Bahyreh. Après It destruction de Damanhour, où Ton retrouva la pièce de huit et deux canons en fer amenés parles Moghrebins, l'infatigable Lanusse s'attacha à la poursuite de l'ange, et l'atteignit le 20 mai, sur les confins de la province. Les rebelles furent encore vaincus; l'auteur de tous ces désastreSi l'homme qui se disait l'envoyé du Tout-Puissant sur hi terre, et dont le corps était invulnérable^ percé d'une balle^ resta mort sur le champ de bataille. La chute de cet imposteur, devait, selon toutes apparence, faire tomber l'échafaudage de sa mission divine ; mais la bande de ce misérable resta persuadée qu'il n'était point anéanti, et qu'il était remonté au ciel, d'où il allait diriger avec plus de certitude les coups des vrais croyants»^
Tous les fanatiques qui avaient survécu au massacré restèrent donc en armes, et se répandirent par petites bandes, sur les rives du Nil, et jusqu'aux eîivirons de Damiette. C'est par une bande de ces partisans que le brave général Dommartin, allant sur une djerme armée inspecter la place d'Alexandrie, fut attaqué au mois de juin, il eut en tués ou blessés la moitié de son équipage ; il reçut quatre coups de feu et mourut à Rosette le 9 août, des suites de ses blessures. C'était un officier plein de courage. Le général Songis lui succéda dans le commandement de l'artillerie de l'armée.
• Au moment du départ pour l'expédition de Syrie, la basse Egypte et le pays da milieu étaient soumis et paraissaient subir avec résignation le joug modéré qui leur était imposé; mais le Sayd ou haute Egypte n'était pas dans une situation aussi tranquille. Tandis que l'armée d'expédition se consumait en glorieux efforts pour achever la conquête de la Syrie, le général Desaix livrait de son côté des combats presque continuels ; toutefois l'illustre adversaire de Mourad-Bey avait su maîtriser la fortune et se la rendre favorable.
Quoique battu complètement à la bataille de Sédiman, le fier Mourad n'avait point renoncé au dessein de disputet opiniâtrement la possession du Sayd à Desaix; c'est pourquoi celui-ci sentit toujours la nécessité d'avoir constamment une masse réunie pour contenir et rejeter Mourad dans le désert toutes les fois qu'il se présenterait : il fit provisoirement de la ville de Beni-Soueyf sa prin-
cipalc place d'armes, et se rendît, à cette époque, auprès du général en chef, au Caire, pour solliciter lui-même les renforts dont il avait besoin pour soumettre toute la haute Egypte. Bonaparte ne cmt pas devoir accorder à Desaix la totalité des forces que celui-ci lui demandait; mais le général Davonti qui se trouvait en ce moment au Caire, partit de cette ville avec douze cents chevaux, trois cents hommes d'infanterie, tirés des dépôts de la division, six pièces de canon, et six djermes armées et bustinguées. Ce renfort mettait Desaix a même de pousser ses progrès dans la haute Egypte, de chercher et de combattre avec avantage les Mameluks et les troupes auxiliaires de Mourad.
Le 3 janvier 1799, il rencontra une partie de cette armée près du village de Souâqy. Aussitôt, le général Davout fait former son corps de bataille par échelons et ordonne à son avant-garde, composée des 7® de hussards et 22® de chasseurs, de fondre sur les ennemis. Ils ne purent soutenir ce choc et prirent la fuite. On les poursuivit longtemps; ils laissèrent huit cents morts sur le champ de bataille.
Davout se porta ensuite au gros village de Tahtah. Il y arriva le 8 janvier. Après quelques dispositions préalables, il força les barricades, jeta une partie des défenseurs dans la rivière et en tua un bon nombre. Attaqué lui-même pendant ce temps ptr un détachement d*un millier d'Arabes et de Mameluks, il fit volte-face et les mit en déroute. H employa plusieurs jours à soumettre tous les villages de la contrée, et à rétablir la communict-
Ion avec la flottille, qui, le 17 janvier, profitant 'un bon vent du nord, mouilla k Girgeh, à la auche du camp. Par cette jonction Desaix fut Té d'inquiétude et mis à même de suivre sa conuête. « Mais ce contre-temps lui avait fait perdre ix-huit jours, et la perte de temps à la guerre st irréparable (1). »
Mourad-Bey apprit la défaite de ses contingents Tahtah, mais en même temps il reçut la nouelle de sa réconciliation avec Hassan-Bey et de arrivée des chérifs d'Yanbo. Hassan rejoignit lourad-Bey avec trois mille hommes, dont deux ent cinquante Mameluks. Ce vieillard jouissait !un grand crédit dans toute la haute Egypte; sa éconciliation eut une grande influence sur Tesprit le toute cette contrée. Deux mille chérifs d'Yanbo, ommandés par Hassan, étaient arrivés. Hassan .'Yanbo était une espèce de derviche militaire ; intréide devant l'ennemi, il était plus dangereux encore ar l'enthousiasme dont il savait animer ses soldats t les fidèles, lorsqu'il leur parlait du haut de la haire des mosquées. Ces chérifs d'Yanbo étaient éputés les plus braves fantassins de toute l'Arabie. Is étaient armés d'un fusil, d'une paire de pistons et d'une lance. Ils avaient tous des turbans erts, comme descendants de la tribu du prophète. ;s avaient la soif du sang et du pillage. Mouradley attribuait ses défaites précédentes au manque 'une bonne tète d'infanterie qui pût donner exemple ; il crut avoir enfin ce qui devait le faire '
(1) Œuvres de Napoléon.
vaincre. Deux mille autres chérifs étalent réunis à Yanbo, où ils attendaient des bfttiments pour passer la mer Rouge, (c Mourad-Bey se trouva à la tète de de douze k quatorze mille hommes; il conçut un projet hardi et nouveau. Il voulait se porter sur Girgeh, lorsque Desaix l'aurait abandonné , soutenir les insurgés et s'y fortifier. Placé ainsi sur les derrières de Desaix, celui-ci serait obligé de retourner sur ses pas et d'engager un combat de maisons dont Mourad-Bey espérait un heureux résultat. A cet effet, il se tint dans le désert, sur la rive gauche du canal delà haute Egypte. Desaix, parti le 20 de Girgeh, marcha entre le Nil et le canal. Mais, le 22^ à la pointe du jour, les deux armées se rencontrèrent à la hauteur de Samhoud, marchant en sens inverse. Elles étaient séparées par le canal, qoî était à sec. L'armée française était forte de cinq mille hommes, infanterie et cavalarie, et de quatorze pièces de canon; sur le Nil elle avait une nombreuse flottille armée. L'armée ennemie était composée de dix-huit cents Mameluks, sept mille Arabes à cheval, deux mille chérifs à pied d' Yanbo, et trois mille Arabes à pied, sans artillerie ; total, treize à quatorze mille hommes.
Le 22, à la pointe du jour, le 7® régiment de hu»sards, commandé par le chef de brigade Duplessii» qui faisait Tavant-garde, rencontre celle des ennemis sous les murs de Samhoud; aussitôt l'on se charge de part et d'autre. Desaix, arrivé quelques instants après, disposa son infanterie en deux carrés égaux, k droite et k gauche ; sa cavalerie, formée
3llé-même en carré, occupa TintervaUe du centre, le manière à être protégée et flanquée par leur ieu. Cependant Tennemi s'avançait de toutes parts. Sa nombreuse cavalerie cerna la division : jne colonne d'infanterie, composée en partie i' Arabes d'Yanbo, se jeta dans un grand canal, et commença, par la vivacité de son feu, à inquiéter la gauche française. Desaix ordonna à ses aides de 3amp, Rapp et Savary, de charger les Arabes en [lanc, avec un escadron du 7^ de hussards, pendant jue les carabiniers de la 21® légère, commandés par le capitaine Clément, s'avanceraient en colonne serrée dans le canal et culbuteraient la colonne ennemie. Cet ordre fut exécuté avec autant de brai^oure que de précision. Les Arabes, vigoureusement assaillis, prirent la fuite, laissant sur la place jne quinzaine de morts, et emmenant un grand lombre de blessés. La mort d'un carabinier, qui, m moment où il venait d'enlever un des drapeaux mx Arabes, fut tué d'un coup de poignard, fut la leule perte des Français, dans cette action, qui les *endit maîtres de Samanhoud.
Cependant les nombreuses bandes ennemies l'avançaient en poussant des cris aflfreux; la colonne les Arabes d'^'anbo, ralliée sous leur protection, ittaqua et voulut reprendre Samanhoud; les intré- )ides carabiniers de la 21*^ légère conservèrent leur îonquête et firent un feu si vif et si bien nourri, [u'ils forcèrent de nouveau les Arabes à se retirer ivec une perte considérable. Dans le même temps es Mameluks se précipitaient sur le carré com-
mandé par le général Priant; tandis que plusieura colonnes d'infanterie assaillaient celui que com* mandait le général Belliard; mais le fea terrible de Tartillerie et de la mousqueterie arrêta toas leurs efforts. Après plusieurs charges inutiles; ils se dispersèrent et rétrogradèrent, laissant le terrain couvert de leurs morts. Le général Davout reçut alors Tordre de charger le corps des Mameluks, où étaient Mourad-Bey et Hassan, qui paraissaient décidés à conserver leur position, mais qui n'attendirent pas cependant le choc de la cavalerie française. La fuite précipitée de Mourad-Bey devint le signal de la retraite générale. L'ennemi fut pour* suivi pendant quatre heures l'épée dans les reins. La division ne s'arrêta qu'à Farchoute, où elle troun un grand nombre d'ennemis expirant de leurs blessures. Dans cette journée, les Français eurent seulement quatre hommes tués; les Mameluks en comptèrent, de leur côté plus de deux cent cinquante, outre un nombre considérable de blessés.
Desaix continua le lendemain à poursuivre Mourad-Bey; mais pour atteindre un ennemi qui se retirait sur son propre terrain, l'artillerie était trop lourde, l'infanterie et la grosse cavalerie trop lentes, la cavalerie légère pouvait elle-même à peine y parvenir. L'armée coucha le 22 à Hoû. Le 23, elle arriva à Denderah et bivouaqua au milieu de ces superbes ruines.
îje 24, après avoir doublé le promontoire de b chaîne Lybiquc, qui s'avance dans la vallée du Nil, les troupes aperçurent les célèbres ruines de
hèbes au cent portes; le caractère de grandeur ui les distingue frappa tous les esprits. Le 25 janier l'armée coucha au détroit des Deux-Montagnes, t le 26 elle arriva à Esné. Les Mameluks fuyaient evant leur vainqueur. Ils avaient brûlé leurs agages, leurs tentes, et s'étaient partagés en pluleurs corps. Mourad-Bey, Hassan et huit autres eys avec leurs Mameluks se jetèrent dans le pays e Barâbras; Elfy-Bey se réfugia dans la grande asis. Desaix occupa Esné, y fit contruire des for* fications, y établit une manutention, des magasins t un grand hôpital. Le général Priant, avec sa briade, resta ii Esné pour observer Elfy-Bey et [assan d'Yanbo. L'armée traversa Edfou, gros ourg situé à dix lieues d'Esné; Desaix était pressé e rejoindre Tcnnemi. Il traversa les monticules e schiste qui sont contigus au Nil; le soldat y larchait avec difficulté. On coucha au village de •ibân, vis-à-vis l'île de ce nom. Le 2 février, on ivouaqua vis-k-vîs de Syene,[sur la rive gauche; le février, on traversa le fleuve devant la ville. Là, 5 Nil a cinq cents toises de large. Pour la première )is Desaix v*juitta la rive gauche. Les Mameluks y taient toujours restés, parce que la vallée est plus irge, tandis que manœuvrant sur la rive droite, s eussent pu ôtre acculés contre la mer Rouge, e même jour un détachement se porta sur Tile de hila% autrefois dernière limite de l'empire romain. >n trouva au-dessous des cataractes du Nil une inquantaine de barques chargées de bagages que îs Mameluks y avaient amenées avec beaucoup de
peine et qu'ils avaient été forcés d'abandonner. Une inscription gravée sur le granit, un drapeau tricolore planté sur le plus haut rocher des cataractes et salué par plusieurs décharges de mousqueterie, annon* cèrent la prise de possession de toute la haute Egypte et le point extrême où les Français avaient, comme les Romains, porté leurs armes victorieuses, [/intention de Desaix étant d'établir des troupes en cantonnement, depuis Syene jusqu'à Girgeh, afin d'assurer la rentrée des contributions et la tranquillité du pays, il laissa à Syene le général l^elliard avec un régiment d'infanterie, et lui-même, avec sa cavalerie divisée en deux corps marchant sur chacune des deux rives du fleuve, il se mit en marche pour revenir à Ksné où il arriva le 9 février. Cependant la famine obligea Hassan-Bey, avec sa Maison, ses femmes, ses trésors, à quitter le pays de Barâhras. Pour laisser plus de place àMourad-Bey, il descendit la rive droite, se dirigeant sur l'isthme de (loptos, où il avait des intelligences et possédait des villages. Le général Davout, instruit qu'il s'approchait de Thèbes, passa le Nil avec le 22* de chasseurs et le 13^ de dragons, et le surprit le 12 février:
Le général Davout forme sa cavalerie sur deux lignes et marche vivement aux Mameluks, qui d abord ont l'air de se retirer, puis font volte-face et fournissent une charge extrêmement vigoureuse sous le feu terrible du 15® de dngons. Plusieurs Mameluks tombent morts; le chefd'esct- (Iron Fonlète est tué d'un coup de sabre; Osman-Bey a sot cheval lue, et est lui-môme dangereusement blessé. Alort le 22" de chasseurs se précipite sur les ennemis; nos troupet
sont pêle-mêle avec eux : le carnage devient aflreux ; mais malgré la supériorité des armes et du nombre, les Mameluks sont forcés d'abandonner le champ de bataille, y laissant beaucoup des leurs, dont plusieurs kàchefs. Ils se retirent promptcment vers leurs chameaux et leur convoi, qui, pendant le combat, avaient continué leur route dans le désert.
Le général Davout couvre d'éloges ces deux régiments do cavalerie, qui ont reçu et fourni la charge avec une bravoure et un courage à toute épreuve. Il parle avec le plus grand intérêt du chef de brigade Lasalle, qui après avoir tué bon nombre d'ennemis, eut son sabre cassé à la mouture, et eut le bonheur de se retirer sans être blessé, et du citoyen Montéléger, son aide de camp, qui, ayant été blessé, et ayant eu son cheval tué dans le plus fort du combat, eut la présence d'esprit de se saisir du cheval d'un Mameluk, tué, et de sortir de la mêlée. Nous avons eu viagt-cinq tués et quarante blessés ; la perte des ennemis passe la nôtre de beaucoup (1).
Ne pouvant plus camper dans la vallée, Hassan se porta dans le désert et tendit son eamp près des puits d'Kl-Gytah :
D'un autre côté une grande partie des Arabes d'Yanbo avait repassé le Nil. et était venue se cacher dans les environs de Qeneh ; ils manquaient de moyens nécessaires pour retourner à Qoseyr. Les habitants leur fournissaient peu de vivres; leur chef crut qu'il fallait se faire des ressources pour gagner le temps de l'arrivée de son deuxième convoi ; il forma donc le projet d'enlever Qen(»li.
En effet, le 12 février, à onze heures du soir, tous les postes avancés de la Gl* dcmi-hrigach; sont attaqués en même temps par huit cents Arabes d'Yanbo, (jui avaient entraîné avec eux beaucoup de paysans. Aussitôt les troupes sont sous les armes, marchent à l'ennemi et le culbutent partout. Le chef de brigade (^onroux, jeune oflîcier plein d'intelligence, d'aclivité et doué de beaucoup de talents militaires, se portant d'un point à un autre, reçut sur la
(1) Ila^)port du graciai Di'saix au g('>aéi-al Boiiaparto.
tôte un coup de pique qui l'ëtendit par terre. Ses grcnadiert se précipitent à sa défense, et remportent sans conoaissancc ; ils jurent de le venger. La vive défense de nos troupes avait forcé les ennemis à se retirer; il était nuit profonde, et l'on voulait attendre le lever de la lune pour les poorsuivre. Le chef de bataillon Dorsenne, qui commandait li place, veillait avec grand soin à sa défense, en altcndant impatiemment le moment de continuer la destruction des ennemis. A peine les mesures sont-elles prises que l'ennemi revient en foule en poussant des cris épouvantables. Cette fois, ils n'eu furent pas quittes comme la première. Ils furent reçus de même par une fusillade extrêmement vire; mais ou ordonna la charge, et ils furent mis dans une déroute complète : on les poursuivit pendant des heures entières. Kn fuyant, deux à trois cents de ces fanatiques se jetèrent dans un enclos de palmiers: malgré les feux de demi-bataillon que leur fait faire le commandant Dorsenne, ils s'acharnent à s'y défendre; ils sont tous mis à mort. Le chef de brigade Conroux pense que les Arabes d'Yanboont eu plus de trois cents tués dans cette affaire où beaucoup de paysans ont péri. De son côté, il n'a eu que trois blessés, du nombre desquels se trouve le chef de bataillon Dorsenne (1), dont il rend le compte le plus avantageux. Toute sa troupe, les grenadiers de la 88" surtout, et les siens, ont donné des preuves de la plus grande bravoure.
Le général Frianl arriva à la pointe du jour aveclc "«de hussards. Il se mit à la poursuite des chérifs, qui s'étaient ralliés près d'Abou-Marrah ; il les enveloppa par trois colonnes, les chassa du village et acheva de les ruiner. Le chef de la 8S^, Sully, avec un bataillon, fit une marche de cinq lieues dans le désert, sans eau et sans chameaux; c'étaient des hommes morts de soif s'ils avaient manque leur coup. Heureusement qu'un Arabe que Ton avait fait prisonnier en entrant dans le désert les ât parvenir au
(1) Dorsonnc, s'était engagé on 1792 dans un des balaillons âe» vola»taire» iiiitionnaux du Pas-(le-(^alais et fut blessé au combat de Toai^
poar Appelé ensuite au commandcineDt dei
nîiy. — Il devint colon*?! du 61' r.iginient de ligne on 1804 ; major desj nadiers à pl<Hl d(> la (iard(> impériale en 1805 et général de brigade | sa hrillanle conduittt à Austerlil/ Appelé ensuite au commandement grenadiers à pied d(> la (îarde impériale, il fit les campagnes coatreU Prusse; passa on Espagntj en 1808 et fut employé on I8l>9,aàn8 la gaem. (l'Allemagne. Promu général de division on 18*11, il alla dit noiivcao M Espagne, et c'est à sou retour en France qu'il mourut, le 2i juillet iSli.
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amp des Arabes d'Yanbo par un chemin détourne. Ils y rrivèrent sans être attendus, s'emparèrent de tous les hameaux chargés d'eau, de vivres, de troupeaux nombreux t des bagages des chérifs, qui étaient très pillards. Cette ournée où les Arabes d'Yanbo eurent quatre cents morts et leaucoup de blessés, ne nous coûta que quelques blessés (2).
Desalx s'occupait à Esné à achever la pacificaion des provinces de son commandement, à y )rganiser la justice et l'administration, lorsqu'il ipprit par des courriers qui lui arrivèrent à la fois de divers côtés, que Mourad avait quitté les Barâbras, gagné trois marches, et s'était laissé voir le 25 février entre Esné et Syout; qu'Elfy-Bey avait quitté l'oasis; que les chérifs et Hassan-Bey étaient sortis du désert et descendaient la rive droite du Nil. Il pénétra le projet de ses ennemis. 11 ordonna au général Belliard de quitter Syene Pt de se porter à Esné avec toutes ses troupes, pour faire son arrière-garde et pour contenir le 3ayd; il ordonna au général Priant de réunir ses iétachements et de se porter à grandes marches »ur Svout ; à sa flottille de descendre le Nil et de suivre le général Priant. Lui-même partit le l mars, voulant gagner Syout avant que Mourad îut pu effectuer sa jonction avec Elfy-Bey. Le gèlerai Priant arriva le 5 mars à Souâmah, comme 'avant-garde, chargée de préparer son logement, ?ntrait dans ce gros bourg; il fut reçu à coups le fusil; trois à quatre mille paysans l'occupaient; ils étaient en insurrection. L'avant-garde se replia sur les colonnes, qui entrèrent dans la ville par
(2) Rapport du général Dcsaix.
trois endroits, battant la charge, et jetant plusieurs centaines d'insurgés dans le Nil. Le lendemain le générnl Priant continua sa route sur Gîrgeh et Syout. Le général Desaix le rejoignit.
Malgré tout, Mourad-Bey et Elfy-Bey avaient a opérer lour jonction à Syout. Ils y apprirent que le général Bonaparte avaient pris El-A'rych, était entré en Syrie, mais qu'il restait au Caire plus de Français qu'il n'y en avait dans la haute Egypte, <[u'ils occupaient la citadelle, et que les habitants étaient portés pour eux; que les cheiks de Gamâ cl-Azhar avalent déclaré que, si les Mameluks s'approchaient de la ville, ils marcheraient avec les Français, qu'ils voulaient rester tranquilles. D'un autre côté, Desaix était sur leurs talons, éloigné seulement de deux journées; ils allaient se trouver entre Desaix, qui les prenait en queue, et lesFraoçais du Caire, qui les recevraient en tête: ils prirent le parti d'attendre l'issue de l'expédition de Syrie. Mourad-Bey se réfugia dans la Grande Oasis, Elfy- Bey dans la petite; beaucoup de Mameluks se dispersèrent dans le pays, se déguiiSant sous des habillements de fellahs.
(Cependant, sur la rive droite, Hassan-Bey et les chéri (s, îi peine réunis à la hauteur de Qench, apprirent que la flottille française était retenue par les vonls contraires à El-Baroud. (c Ils marchèrent pour l'attaquer. Elle était composée àt douze bâtiments armés de gros canons, chargés <les bafçages des dépots, des caisses militaires, des musi(j[ues des corps; elle était montée par trois
its hommes malingres ou éclopés. Hassan parea son monde sur les deux rives. Il fut joint par . mille habitants attirés par Tespolr du pillage, combat s'engagea. Les ennemis occupaient les i et les minarets. Ils n'avalent pas de canon; ils iquent la flottille par une vive fusillade. Une •dée de la djerme P Italie renverse les Arabes
plus rapprochés du rivage ; mais cette perte rrête point ceux qui les suivent : Ils se préclpit dans le fleuve, s'emparent de presque tous les iments de transport dont Ils enlèvent les muniis, et s'en servent pour venir à bord de r Italie. capitaine de ce bâtiment, l'Intrépide Morandy, ouble ses décharges à mitraille et sème la mort mi les assaillants qui en environnent déjà la rme. Morandy conçoit un moment l'espoir de aire jour à travers ces bâtiments qui le pressent; is presque tous ses matelots sont blessés : il ne it pas manœuvrer assez promptement, et le vent e le bâtiment sur un banc de sable oii II échoue. . Arabes abordent alors de tous les côtés, yant plus d'espoir de salut, Morandy mit luime le feu à la Sainte-Barbe, et périt avec la conitlon de venger sa mort et celle de son équipage
ranéantissement des ennemis qui encombraient ;t instant son bord. Les autres bâtiments furent j; les équipages, les soldats, furent égorgés, is les bagages, caisses militaires, etc., servirent trophées aux chérifs. (c La perte de l'armée s cette affaire fut de deux cents matelots Iran- ; et trois cents malingres qui formaient les gar-
nisons; total cinq cents Français. Ce fut la plus grande perte qu'elle éprouva dans la campagne. Celte catastrophe, dont le souvenir se conserva longtemps, affecta sensiblement les soldats, qui reprochèrent avec raison à leur général de n'avoir pas placé sa flottille sous la protection d'un de ses forts et d'avoir espéré à tort qu'elle pourrait suivre l'armée dans une saison où le. Nil est si bas (1). »
« [^e général Belliard, instruit que Hassan descendait le Nil, partit d'Esné, passa sur la rive droite et se porta surQeneh. Chemin faisant, il apprit par la rumeur du pays qu'une grande bataille avait eu lieu, que les Français avaient été battus, avaient perdu une grande quantité d'hommes et surtout d'immenses trésors et beaucoup de bagages. Le 8 mars, à la hauteur de Coptos,il rencontra l'armée ennemie qui revenait triomphante. Elle était précédée par des têtes de Français portées au haut des piques ; elle était grossie par une foule d'habitants, couverts d'habits d'Européens, armés de leurs armes marchant au son des instruments de musique : c'était un épouvantable charivari. Le désordre, l'ivresse de cettte multitude était une véritable satuinalc ; Hassan d'Yanbo proclamait partout d'un ton prophétique que le temps de la destruction des Français était enfin arrivé; que désormais ils n'i'îprouveraient plus que des défaites; que tous les pns des fidèles seraient des victoires (l). »
Le général Belliard forma aussitôt sa petite troupe en bataillon carré, flanqué seulement d'une
(1) Œm'rcs de yapolcon.
pièce de troîs et de quinze hommes du 15® de dragons. Les Arabes engagent la fusillade; alors Belliard détache deux compagnies d'éclaireurs, qu'il soutient avec le carré, qui s'avance à leur suite. A la vue des tirailleurs français, Hassan détache lui-même cent de ses plus braves fanatiques, et leur ordonne solennellement d'égorger les infidèles qui se présentent. Les tirailleurs se réunissent et attendent de pied ferme le choc qui les menace : un combat corps a corps s'engage, dont le succès était encore indécis, lorsque les quinze dragons qui flanquaient un des côtés du carré chargent avec impétuosité, séparent les combattants, sabrent un grand nombre d'Arabes, et donnent le temps aux éclaireurs de se reformer et d'attaquer à leur tour. Plus des deux tiers des Arabes agresseurs sont massacrés. L'adjudant-major Laprade, de la 21® légère, en tua deux de sa main; trois drapeaux sont enlevés. Pendant cette action, des coups de canon bien dirigés empêchaient le chérifde donner des secours à ses éclaireurs, et firent rebrousser chemin aux deux autres colonnes ; mais les Mameluks avaient tourné le carré et faisaient mine de vouloir le charger en queue : on détache vingtcinq tirailleurs qui les continrent longtemps :
Le général Belliard fait continuer la marche; et, après avoir passé plusieurs fossés et canaux défendus et pris de suite, il arrive près d'Abnoud. Le canon tirait déjà sur nos tirailleurs; Belliard reconnaît la position des ennemis qui avaient placé là quatre pièces de canon de l'autre côté d'un canal extrêmement large et profond. Il fait former les carabiniers en colonnes d'attaque, et ordonne que l'on enlève
ces pièces au moment où le carré passerait le canal et menacerail de tourner l'ennemi.
En efTet, on bat la charge, et les carabiniers allaient enlever les pièces, lorsque les Mameluks, qui avaient rapidement fait un mouvement en arrière, se précipitent sur eux i toute bride. Nos carabiniers ne sont point étonnés, font halte et font une décharge de mousqueterie si vive, que les Mameluks sont obligés de se retirer promptement, laissant plusieurs hommes et chevaux sur la place. Les carabiniers se retournent, se jettent à corps perdu sur les pièces, y massacrent une trentaine d'Arabes d'Yanbo, les enlèvent et les dirigent sur les ennemis qui se jettent dans une mosquée, dans une grande barque, dans plusieurs maisons du village, surtout dans une de Mameluks dont ils avaient crénelé les murailles, et où ils avaient tous leurs effets, leurs munitions de guerre et leurs vivres.
Alors le général Belliard forme deux colomaes : l'une des* tinée à cerner de très près la grande maison, l'autre à entrer dans le village et enlever de vive force la mosquée et toutes les maisons où il y aurait des ennemis. Jugez quel combat, mon général. Des Arabes d'Yanbo qui font feu de toutes parts ; nos soldats qui entrent dans la barqae et qui mettent à mort tout ce qui s'y trouve. Le chef de brigade Eppler, excellent officier et d'une bravoure distinguée, commandait dans le village. Il veut entrer dans la mosquée; il vn sort un feu si vif qu'il est obligé de se retirer. Alors on l'embrase et les Arabes d'Yanbo qui la défendent périssent dans les flammes. Vingt autres maisons subissent le même sort; enun instant le village ne présente plus quedes ruines, el les rues sont comblées de mort. Jamais on n'aTait vu un pareil carnage. La grande maison restait à prendre. l^pplei' se charge de cette expédition. Par toutes les issues on arrive à la grande porte; les sapeurs de la demi-brigade la cassent à c()uj)s de hache, pendant que les sapeurs de U ligne iaisaieut crouler la muraille du flanc gauche, et qM des (;hassears mettaient le feu à une petite mosquée attenant à la maison et où les ennemis avaient renfermé leurs munitions de guerre. Les poudres prennent feu ; vingteinq Arabes d'Yanbo sautent en l'air, et le mur s'écroule <le tuules parts. Aussitôt Eppler réunit ses forces sur ce point; et, inalu^ré nos forcenés ennemis, qui, le fusil dans It
'oite, le sabre dans les dents, et nus comme des aient en défendre l'entrée, il parvient à se rendre de la grande cour. Alors la plupart vont se cacher s réduits où ils sont tués quelques heures après, inéral Belliard me mande que d?ns cette journée les d'Yanbo ont eu douze cents morts et beaucoup de , Nous avons repris toutes nos barques, excepté la l'Italie f neuf pièces de canon, et deux drapeaux que enverrai à la première occasion. J'oubliais de vons e le chcrif Hassan a été trouvé parmi les morts. De é, le général Belliard a eu une trentaine de morts et de blessés. Au nombre des premiers se trouve le Bulliand, capitaine de carabiniers, officier qu'il reeaucoup. Il ne peut peindre la bravoure de ses trouiciers, sous-ofûciors et soldats, tous ont bravé les ands dangers (1).
s ce combat acharné, les Français se battin contre six. Cette journée fit honneur au 1 Belliard. Il sauva ainsi sa colonne et la Egypte, qu'il eût fallu conquérir de nouveau san eût eu la victoire. Sans communications ►esaix et manquant de munitions, Belliard
de revenir à Qcneh où il arriva le 12 mars, ivit à Desaix, alors à Syout, dans quelle ►n critique il allait se trouver, attendu que meluks de Hassan et de Osman-Bey et les > d'Yanbo venaient de redescendre a Byr el- 3esaix réunit aussitôt les bâtiments armés
restaient, remonta le Nil le 18 mars et le nain se mit eu marche accompagnant le
genre de guerre change. Nous avions battu pars ennemis, mais ils n'étaient point détruits, et je atteindre ce but. Pour ce faire, j'adoptai les dispo-
port du général Desaix au général Honapartc.
sitions de colonnes successives, de manière à forcer les ennemis à rester dans les déserts, et au moins à faire de très grandes marches pour arriver dans le pays cultiTé, Le 30 mars, j'arrivai à Qench avec la flottille; je ravitaillai les truupcs du général Belliard, et le lendemain nous nous mîmes en marche pour aller combattre les ennemis, qai depuis deux jours étaient postés à Kous, A notre approche, ils rentrèrent dans les déserts et se séparèrent. Hassan- Bey et Osman-Bey allèrent à El-Gytah, et le chérif descendit vers Abou-MarrAh, où était déjà Osman-Bcy-Cherkaoui; mais six à sept cents habitants d'Yanbo et de Djcddah l'abandonnèrent, et retournèrent à Qoseyr. Alors j'envoyai le général Belliard, avec le 20® et le 21* dragons, ta village de Hagâzy, principal débouché d'El-Gytah, et où fl y a une bonne citerne. Par ce moyen les ennemis ne poavaient sortir des déserts sans faire quatre jours de marche extrêmement pénible. J'ordonnai au général Belliard de rassembler des chameaux pour porter de l'eau et de ml^ cher à El-Gytah, laissant un fort détachement à Hagâzj. Hassan et Osman eurent avis de ces préparatifs et partirent. Le le»* avril, à onze heures. du soir, ils arrivèrent à une hauteur dans les déserts ; j'appris que leur intention était de rejoindre les Arabes d'Yanbo. Je donnai de suite avis de ce mouvement au général Belliard, et lui ordonnai d'envoyer un détachement de sa brigade me relever à B}T el-Biir, pendant qu'à travers les déserts je me rendrais à Qeiieh, où cependant j'avais laissé trois cents hommes.
Le 2 avril, avant le point du jour je me mis en marche, ma cavalerie dans le désert, et à vue de mon infanterie qui longeait avec mon artillerie.
Après une heure de marche environ, un des hussarde qui étaient eu éclaireurs annonça les Mameluks. L'adjudant généial ilabasse, qui commandait l'avant-gardc, prévient le général Davout, et s'avance pour mieux reconnaître Tennemi et soutenir ses éclaireurs qui déjà étaient chargés. Bientôt il l'est lui-mônie. Il soutient le choc avec une bravoure et un(> intelligence admirables, mais le nombre l'accable, et, quoi(iutî (Milhuté avec son cheval, il se retire sans perte sur le c(ji'ps (le bataille où je venais d'arriver. De suite j'envoyai chercher mon infanterie, et j'ordonnai à la cavalerie (le prendre position sur un monticule extrêmement escarp^i