‹ Bonaparte en EgypteChapitre 18 sur 24 · KT · texte numérisé non relu

KT

EN ÉGYPTB 373

OÙ je Youlais qa'elle attendît et rcçnt la charge. Malgré les 8oins du général DaTOut et les miens nous ne pûmes jamais parvenir à l'y placer. Une grande valeur animait le chef de brigade Duplessis. Il désirait depuis longtemps trouver l'occasion de se signaler. Il ne peut voir arriver de sang-froid les ennemis, et son courage impatient lui fait oublier l'exécution de mes ordres. Il se porte à quinze pas en avant de son régiment, le 7® de hussards, et fait sonner la charge. Il se précipite au milieu des ennemis, et y fait des traits de la plus grande valeur, mais il a son cheval tué et Test bientôt lui-même d'un coup de tromblon. Sa mort jette un peu de désordre, et le général Davout est forcé de faire avancer la ligne des dragons. Ces braves soldats, commandés par le chef d*escadron Bouvaquier, chargent si impétueusement les Mameluks qu'ils les obligent à se retirer, nous abandonnant le champ de bataille. L'infanterie et l'artillerie marchant difficilement dans le sable, arrivèrent que tout était fini. Cette affaire nous a coûté plusieurs officiers, entre autres le chef d'escadron Bouvaquier, qui, avant de mourir, 8*est couvert de gloire. Nous avons eu plusieurs tués et quelques blessés ; les Mameluks ont eu plus de vingt morts et beaucoup de blessés, dont Osman- Hassan (1). u

Après ce combat, les Mameluks firent un crochet, et retournèrent à El-Gytah, laissant des blessés et des chevaux dans les déserts. Le général Desaix écrivit de nouveau au général Belliard de les y chercher et de les suivre partout s'ils en sortaient. Le même jour, Desaix revint à Qeneh et forma une colonne mobile composée d'un bataillon de la 61®, de trois bouches à feu et du 7® de hussards qu'ilmitala disposition du général Davout, en lui donnant Tordre de détruire jusqu'au dernier des Arabes d'Yanbo, que l'on annonçait être dans les environs d'Abou-Marrah. En même temps le cheT de brigade Morand, commandant de Girgeh, avait

{l) Rapport du général Desaix,

ordre de se porter au rocher de la rive droite, qui fait face à cette ville, pour les combattre et les arrêter dans le cas de retraite : ils étaient forcés d'y passer. Los Arabes d'Yanbo sentirent que le moment était difficile : ils n'attendirent pas le général Davout, et passèrent le Nil au-dessus de Bardis. Le commandant de Girgeh en eut avis; il alla le 5 avril les reconnaître, revint à Girgeh prendre deux cent cinquante hommes de sa garnison et marcha à leur rencontre en vue de Bardis, où il prit position . De suite les Arabes d'Yanbo, beaucoup de fellahs, des Mameluks et des Arabes, so^ tent du village en poussant de grands cris. Repoussés une première fois, ils n'eurent pas plus de succès dans une seconde attaque ; ils laissèrent beaucoup de leurs morts sur la place et s'enfuirent à la faveur de la nuit. Le chef de brigade Morand en profita aussi pour revenir k Girgeh couvrir ses positions.

Le lendemain vit un nouveau combat. Les Arabes d'Yanbo marchèrent sur Girgeh, où ils parvinrenta pénétrer. Pendant qu'ils cherchaient à piller le Bazar, Morand forme deux colonnes qu'il dirige, une dans la ville et l'autre en dehors. Cette disposition réussit à souhait : tout ce qui était entré dans la ville fut tué, le reste s'enfuit vers les déserts. Dans ces deux combats, les Arabes d'Yanbo pc^ dirent deux cents morts. Du coté des troupes de Morand il y eut quelques blessés.

Batlus il Girgeh, les Arabes d'Yanbo se portèrent à Talitah, pour dévaster cette ville et faire soulever

7' ri

le pays. Aussitôt qu'il en eût avis, le chef de brigade Lasalle, avec son régiment, le 22® de chasseurs, un bataillon de la 88® et une pièce de canon, partit pour les attaquer. Le 10 avril, à une heure après-midi, il arrive près de Gehyneh où étaient les Arabes d*Yanbo; il fait de suite cerner le village par des divisions de son régiment et marche droit a l'ennemi avec l'infanterie. Les Arabes d'Yanbo font une décharge de mousqueterîe, et se jettent dans un enclos à doubles murailles qu'ils venaient de créneler. Malgré le feu du canon et de notre fusillade, ils résistèrent plusieurs heures; enfin ils furent enfoncés. Ceux qui ne furent pas tués sur-le-champ s'enfuirent ; mais une grande partie fut taillée en pièces par le régiment de Lasalle ; deux cents environ gagnèrent cependant les déserts à la faveur des arbres et des jardins. Parmi les morts, qui s'élevaient à plus de trois cents, se trouvait le chérif, successeur de Hassan. Les Arabes d'Yanbo semblaient détruits ; cependant Davout n'avait pas cessé de les poursuivre depuis le combat soutenu par Lasalle; ce général vint à Syout. Il y était depuis plusieurs jours, lorsqu'il apprit que dans le grand village de Beny-A'dyn, près de Syout, dont les habitants passent pour les plus braves de l'Egypte, se formait un rassemblement de Mameluks, d'Arabes et d'habitants du Darlour, venus de l'intérieur de l'Afrique par les caravanes; on annonçait même que Mourad-Bey devait quitter les oasis pour se mettre à la tête d(*s insurgés; qu'il avait envoyé

des beys, des kâchefs de sa Maison pour organiser, diriger cl accréditer ce rassemblement :

Le général Davout n'hésita pas un instant de marcher contre ce village. En conséquence, il renforce sa colonne d'un bataillon de la 88« et du 15" de dragons ; il remplace provisoirement Pinon dans le commandement de la province de Syout, par le chef de brigade Silly et l'emmène avec lui.

Le 18 mai, le général Davout arrive près de Beny-A'dyn, qui est plein de troupes. Le flanc du village vers le désert est couvert par une grande quantité de cavalerie ; Mameluks, Arabes et paysans. Davout forme son infanterie en deux colonnes ; l'une doit enlever le village, pendant que l'autre le tournera; cette dernière était précédée par M cavalerie, sous les ordres de Pinon, chef de brigade do lo*-de dragons; mais, en passant près d'une maison, ce malheureux officier reçoit un coup de fusil et tombe mort. Le général Davout donne alors le commandement à l'adjndant général Rabasse. En tournant Beny-A'dyn, on aperçât les Mameluks arrivant par le désert. C'étaient ceux de ^lourad-Bey. Une colonne d'infanterie se porta à leur rencontre ; mais à l'approche des soldats français ils rebrootsèrent chemin et retournèrent dans les Oasis. Cependant l'attaque du village avait eu lieu. Le village fut investi: l'infanterie y entra au pas de charge, malgré la vive fusillade qui parlait de toutes les maisons, et s'en rendit maitrcsM* Deux mille hommes, tant Arabes d'Yanbo que Moghrebins, Darfouriens, Mameluks démontés et habitants de Beny- A'dyn, turent tués. En un instant, ce beau village est réduit en cendres et n'offre que des ruines. Nous n'avons perdu presque ])ersonne dans cette affaire (1).

« Le pillai^e fut considérable, on trouva quatre ou cinq milltî leninies, esclaves noires,, beaucoup d'outrés, des plumes d'aulruche, des gommes, des ivoires, beaucoup de clianK^aux, de grandes caisses de poudre d'or, beanconp d'or uKjnnayé. La fille du roi de Darfour fut au nombre des prisonniers » (2).

(l'i r»ai)p<>rt fl<? Dosaix, (2) (Iùn'/cs de yapolcon.

BN EGYPTE 377

Pendant que Davout détruisait Beny-A'dyn, les Arabes de Geamah et d'EI-Bacouchy menaçaient le Minyet ; les villages des environs de cette ville s'insurgeaient, et les débris du rassemblement dispersé à Beni-A'dyn y couraient. Le chef de brigade Destrée avait peu de troupes à Minyet, il aurait désiré qu'un secours vint changer sa position. Le général Davout y marcha, mais il arriva trop tard. Destrée avait fait un vigoureux effort, et repoussé l'ennemi. Néanmoins, le bruit se répandit que les Arabes d'Yanbo marchaient sur Beni-Soiieyf, dont les environs étaient aussi en révolte. Davout y courut :

Dans la province de Beni-Soucyf, comme dans toute rÉgypte supérieure, il est reçu chez les habitants que lorsqu'il descend des troupes, c'est que les autres ont été détruites. En conséquence, on court aux armes, et si l'on est en force on vous attaque, sinon on se disperse à vos trousses, et l'on vous vole tout ce que l'on peut trouver, ou encore on ▼ous refuse des vivres, et il faut sévir contre les cheiks pour obtenir ce dont la troupe a besoin. Le général Davout se trouva dans ce dernier cas.

Arrivé près du village d'Abou-Girgeh, son Copie se porte en avant pour faire préparer des vivres. Le cheik répond qu'il n'y a point de vivres pour les Français ; qu'ils sont tous détruits en haut; et que, si lui ne se dépêche pas de se retirer, il le fera bâtonner d'importance. Le Copte veut lui représenter ses torts; on le renverse de son cheval et le cheik s'en empare. Le Copte, fort heureux de se sauver, vient rendre compte de sa réception au général Davout qui, après avoir fait sommer le village de rentrer dans l'obéissance, et avoir porté des paroles de paix, le fait cerner et mettre tout à feu et à sang : mille habitants furent victimes du fol entêtement de leur cheik. Le général Davout continua ensuite sa roule sur Beni-Soueyf, mais déjà les Arabes, dont le petit nombre n'était plus inquiétant, avaient

378 BOXAPARTK

repassé le fleuve. Davout se disposait à les y pourtiÛTre, quand il reçut du général Dugua Tordre de se rendre an Caire (1).

« Il ne restait plus dans la haute Egypte que Ilassan-Bey qui, depuis qu'il s'était retiré du désert de Qoseyr, était resté tranquillement en possession de Syene. Soit qu'on ne connût pas bien ses forces, soit qu'on supposât qu'il avait déjà passé les cataractes et qu'il n'avait qu'une arrière-garde à Syene, le chef de brigade Eppler, qui commandait à Esné, fit partir le capitaine Renaud, avec deux cents hommes d'infanterie seulement, pour s'emparer de Syene ; ces deux cents hommes devaient être perdus. Aussitôt que Hassan fut instruit de leur petit nombre, il sourit à l'espérance d'assouvir sa vengeance dans le sang des infidèles. Avec cent quatre-vingts Mameluks, deux cents Arabes et trois cents fantassins, il marcha à la rencontre de cette poignée de fantassins isolés et sans canon. Le capitaine Renaud, avec une présence d'esprit admirable,^ sans se laisser étonner par cette foule d'assiégeants, forma son carré, se tourna vers ses soldats : (( Camarades, leur dit-il, les soldats dltalîe ne comptent pas le nombre des ennemis; ajustez bien, que chacun tue son homme, et je réponds de tout! » Effectivement, cent Mameluks sont jetés par terre à la première décharge; tout se sauve. Peu d'heures après, Renaud entre dans Syene ; il fait main basse sur les bagages et les blessés. L'heure du vieux Hassan était arrivée.

(l) Ra])porl (le Dcsaix au gônôral Bonaparte.

Blessé d^uQ coup de baïonnette, ainsi qu'Osman- Bey, tous deux moururent à quelques jours de là. Le capitaine Renaud n'eut que quatre hommes tués et quinze blessés. Ce combat est le plus beau de toute la guerre d'Egypte. Mourad-Bey, avec quatre cents hommes, traînait sa misérable existence au fond des déserts; Hassan-Bey et les redoutables Mameluks de sa Maison étaient morts; il n'existait plus un seul chérif d'Yanbo (1). »

Il restait à occuper le port de Qoseyr, la grande et la petite oasis. A cause des chaleurs et du passage du désert trop fatiguant pendant le mois de mai, il fallut remettre l'expédition des oasis au mois de novembre. Mais l'occupation de Qoseyr ne comportait aucun délai. Les bâtiments de l'Arabie, de Djeddah, d'Yanbo, y étaient annoncés chargés de marchandises, et devant, en retour, faire leur chargement avec des riz, des blés et autres denrées nécessaires à la péninsule, surtout h la Mecque et à Médine.

Le général Belliard fit toutes les dispositions convenables pour prendre possession de Qoseyr et l'armer :

c II partit de Qench le 25 mai 1799, avec deux bataillons, deux pièces de canon et cent chevaux. Il mit trois heures pour aller à Byr el-Bàr ; il s'y arrêta pour compléter sa provision d'eau ; il alla coucher à cinq lieues dans le désert. A. une heure du matin, la lune se leva ; il arriva à la pointe du jour à El-Gytah. El-Gytah a trois puits, revotus en briques, fort larges, avec de grandes rampes ; les animaux y descendent. Il y a un fort, un caravansérail : c'est une des maisons militaires que Ptolémée Sotcr fit construire sur le

(1^ Œuvres de Napoléon,

chemin de Bérénice. Le général Belliard se reposa plasieon heures à l^I-Gytah, coucha à cinq lieues de là, dans le désert. Le 27, au lever de la lune, il se mît en marche, arriva, après neuf heures de marche, au puits d'El-Haooeh; il campa dans le désert. Enfin, le 28, il arriva au puits de Lambogch ; c'est une oasis, il y a des acacias, une petite rivière, de l'eau saumatre; là, on est à deux heures de Qoseyr.

La ville de Qoseyr est située sur le bord de la mer Ron^e, à environ cent lieues sud de Suez en ligne directe." Elle a quatre ou cinq mille toises. La bonne eau lui arrive de neuf lieues de là. Le château domine toute la ville. Tout est désert autour de cette ville. Elle n'est peuplée qu'to temps de l'arrivée des bâtiments de Djeddah et d'Yanbo: on y voil alors beaucoup d'Arabes d'Yanbo et de marchands égyptiens. Les habitants accueillirent les troupes françaises avec des transports de joie. Les Arabes Abâddch avaienl fait leur paix et servaient l'armée française avec zèle. Après y avoir séjourné deux jours, le général Belliard retourna à Qeneh, laissant un commandant, (l'adjudant général Donzelot et une garnison, des vivres et des canons d.nns le fort de Qoseyr (1). >

La haute Egypte pouvaît être considérée comme conquise ; il ne restait plus a Desaîx qu'une expédition à faire, celle contre Mourad-Bey, dans la Grande Oasis. Il se proposait d'en charger le général Priant, officier justement renommé pour son zèle, sa bravoure et ses talents militaires. Mourad était dans une position misérable; mais, quoiqu'il eût à peine autour de lui quelques débris des Mameluks et des Arabes, c'était encore une puissance qu'il fallait mettre hors d'état de nuire. Cr vaillant chef avait égalé, sinon surpassé, en adresse, en constance, en activité, en courage, les plus habiles généraux français. II n'entrait dans

(1^ Œiiv/rs dr Sapolcon,

la pensée d'aucun d'eux de le considérer comme un ennemi méprisable. Libre des soins de la guerre, Desaix se consacra tout à l'administration. La haute Egypte fut divisée en deux gouvernements, dont les chefs-lieux furent Syout et Qeneh. Desaix s'établit à Syout et confia celui de Qeneh a Belliard. . Bientôt la haute Egypte offrit l'aspect d'une contrée soumise à un gouvernement paternel. Les deux généraux, non moins habiles administrateurs que braves guerriers, portaient sur tous les objets qui dépendaient de leurs attributions une attention vigilante. Ils parcouraient les villages, pour régler avec les cheikset les habitants les travaux des canaux et des digues; ils discutaient avec les hommes capables du pays les plans d'amélioration; ils cherchaient à concilier les intérêts du gouvernement et ceux des indigènes. Ceux-ci, paisiblement occupés des travaux de leurs terres, apportaient des rafraîchissements aux soldats, dont la contenance amicale les rassurait. Les indigènes riches ne cachaient pas leur fortune et en usaient sans crainte. L'influence de la sagesse et de la bienveillance se faisait sentir sur les mœurs. Les villages abolirent d'abord entre eux l'usage du rachat du sang et renoncèrent à tirer vengeance a main armée des injures, des dommages et des crimes, s'en remettant à la justice des Français. Bonaparte avait reçu le surnom de Grand Sultan , Desaix celui non moins glorieux du Sultan Juste,

Desaix reçut ce témoignage du général en chef : Je vous envoie, Citoyen Général, un sabre d'un 1res beau

travail, sur lequel j'ai fait graver : Conquête de la haute Egypte, qui est due à vos bonnes dispositions et à votre constance dans les fatigues. Yoyez-y, je vous prie, une preuve (le mon estime et de la bonne amitié que je vous ai vouée (1).

Les généraux Bclliard et Priant reçurent chacun un sabre dont la poignée était enrichie de diamants.

(1) Correspondance, pièce 4346, datée du quartier général, an GaÎKi 2ti ihoriuidur an VII (13 août 1799).

*éparatifs de la Porte. — Apparition des Mameluks dans la basse Egypte; Mourad-Bey s'avance jusqu'aux Pyramides (13 juillet). — Bonaparte se rend aux Pyramides (14 juillet) ; il apprend le débarquement des Turcs à Aboukir; prise du fort d'Aboukir pa^r les Turcs. — Bonaparte marche sur Alexandrie; positions des deux armées. — Bataille d'Aboukir (25 juillet) ; victoire de l'armée française ; retour du général Bonaparte à Alexandrie ; Lannesest blessé devant le fort d'Aboukir; reddition du fort d'Aboukir (2 août). — Ordre du jour à l'armée ; lettre au Directoire sur la bataille d'Aboukir; la victoire est due à la cavalerie de Murât. — Effets produits à Paris et en Europe par la victoire d'Aboukir ; ses conséquences pour la paix générale.

Depuis son alliance avec la Russie et l'Anglerre, la Porte s'occupait d'une expédition en gypte; mais le désordre de ses finances, l'esprit insubordination des pachas gouverneurs de pronces, la révolte du pacha de Widdin, avaient en artie paralysé ses efTorts. Stimulé par l'heureuse sue de la défense de Saint-Jean-d'Acre, et surtout ar les victoires remportées en Europe par les 'mées coalisées, le divan redoubla d'activité. Le rand vizir lui-même se rendit en Syrie pour y issembler une armée ; des officiers anglais furent fivoyés à Rhodes, afin de presser un armement ul élevait transporter dans la basse Egypte un corps

nombreux, commandé par Seîd Mustafa, pacha de l^oiimélic, destiné à former Tavant-garde du vîzîr et à rallier les Arabes et les Mameluks. Ainsi les motifs graves qui avaient décidé le général en chef à (jultlor le siège de Saint-Jean-d'Acre, ne devaient pas tarder à être justifiés.

Le Commodore Sîdney- Smith se persuada qu'il était possible d'enlever Alexandrie d'un coup de main, et que cela obligerait cette armée d'invincibles à capituler. Il communiqua sa résolution à Patrona-Bey, vice-amiral turc, et au sérasquierde l'armée de Rhodes, vizir Mustafa, qui avait encore dix-huit mille hommes, restes de son camp de Rhodes et sept mille janissaires d'élite, qui étaient à sa disposition aux Dardanelles. Les généraux turcs avalent cependant une certaine hésitation à s'engager dans une opération en plaine, sans cavalerie et sans aucun attelage d'artillerie. Mais les ^lameluks et les Bédouins du désert eurent ordre de se réunir : Ibrahim-Bey et Elfy-Bey, avec les Arabes des trois déserts de la Thébaïde, des l' imites et de Suez, dans l'Ouâdy de Tomlàt; Mourad-Bey, avec les Arabes des oasis de la Syrie au lac Natroun. Ces deux divisions de cavalerie lournissaient six ou sept mille cavaliers à Muskifa- Pacha; il aurait donc une armée d'au moins trente mille hommes dans la presqu'île d'Aboukîr. Effectivement, Mlfy-Bey et Osman-Bey, *ivec trois cents cavaliers de leur Maison, descendirent parla rive droite du Nil, furent joints par trois ou qutitre cents Bédouins, et campèrent le 7 juillet, près

des puits de Saba'Byâr; ils se proposaient de soulever la province de Charqyeh; mais le général de brigade Lagrange, avec une brigade de cavalerie et la moitié du régiment des dromadaires, se mit à leur poursuite, cerna le camp dans la nuit du 10 au 11 juillet; Osman-Bey fut tué dans l'attaque; on s'empara de sept cents chameaux, de tous les vivres et l'on fit prisonniers trente des plus braves Mameluks et leurs familles, et leurs bagages. Les deux beys ne se sauvèrent qu'avec peine et purent regagner dans la plus grande détresse le désert de la Nubie. Ibrahim-Bey, qui était déjà à deux jours de Gaza pour attendre ses anciens alliés, fut averti de leur désastre et retourna en Syrie. Dans le même temps, Mourad-Bey se laissa voir sur la lisière du Fayoum, y rallia quelques centaines de Bédouins, et prit position au Inc Natroun. Le général Murât lui donna la chasse avec quelques escadrons de cavalerie et de dromadaires, le joignit, l'attaqua, lui prit un kâchef et quinze Mameluks, lui en tua plusieurs et dispersa le reste dans le désert. « Mourad fit une contre-marche, se porta aux Pyramides, monta sur la plus grande, et de là s'entretint par signes pendant toute la journée du 13 avec sa femme, Sidem, qui était montée sur la terrasse de sa maison. Ce prinêe, chef de cette belle et brave milice, n'était plus suivi que de quelques centaines d'hommes découragés et dénués de tout. Le maître de cette productive vallée n'avait plus rien. Quelques jours après, sa femme, inquiète des bruits qui se répan-

380 BOX APARTE

dirent contre elle dans la ville au sujet de criminelles intelligences, se rendit chez le général en chef pour en détruire l'effet. Elle fut reçue favorablement et comprit que chez un peuple civilisé de pareilles dénonciations n'étaient point accueillies. « Si vous aviez voulu voir votre mari, lui dit le général, je lui aurais accordé vingt-quatre heures de suspension d'armes pour donner à lui et àvous cette satisfaction » (1).

Cependant, que voulait donc le bey? Pourquoi tant do marches au milieu de ces arides déserts, dans une saison brûlante? Pourquoi s'approcher du Caire à l'est ou à Touest? Cela marquait quelques desseins. Bonaparte crut à propos de quitter ](* Caire. Il écrit k Berthier (ordre du 14 juillet) ;

Le quartier général se portera ce soir aux Pyramidei. Les guides à cheval el à pied, rartilleric des guides, les six compagnies de grenadiers de la 32® et de la 18*, commandées par le chef de bataillon Nugues et les deux compagnies (l'édaireurs de ces deux demi-brigades, marcheront areclc (|uartier général.

L'ordonnateur en chef restera au Caire et viendra travailler avec moi toutes les fois que cela sera nécessaire, en passant par Gyzeh, où il y aura toujours des escortes.

Morne ordre à l'administrateur des finances.

Le coininandant de la place m'enverra tous les jours an adjoint avec un rapport de la place.

Les citoyens Monge, BerthoUct et Nouet seront prévenus.

Le payeur restera ici (au Caire) et m'enverra le rapport de la caisse, toutes les fois qu'il n'aura rien à me dire.

C'csl dans ce camp au pied des Pyramides que,

il,i Œuvres de MapoU'on,

le l5 juillet, à deux heures après-midi, Bonaparte reçut du général Marmont la nouvelle que treize vaisseaux de quatre-vingts et de soixante-quatorze, neuf frégates, trente chaloupes canonnières et quatre-vingt-dix bâtiments de transport chargés de troupes turques avaient mouillé, le 12 au soir, dans la rade d'Aboukir.

Le fort qui commande la rade d'Aboukir était en bon état ; Marmont qui commandait la place d'Alexandrie, devait pour se conformer aux ordres du général en chef, raser le village d'Aboukir et construire au devant du fort un glacis, un chemin couvert et une demi-lune en maçonnerie, mais il avait cru pouvoir s'écarter de ces instructions; au lieu de raser le village, il l'avait conservé pour cantonner quelques troupes; en avant du village, à quatre cents toises du fort, il avait simplement fait établir une redoute, laquelle, ne joignant pas les deux rives de la presqu'île d'Aboukir, pouvait être tournée ou facilement enlevée.

Mustapha-Pacha avait débarqué sans obstacle le 14 juillet; il avait campé sur les monts du Puits et du Cheik, et attaqué la redoute du Vizir. Le commandant du fort (Godard) s'était enfermé dans la redoute avec trois cents hommes, et avait laissé le capitaine du génie Vinache dans le fort avec soixante hommes. La redoute était armée de cinq pièces de canon, et tint ferme toute la journée. Mais à cinq heures du soir les tirailleurs turcs pénétrèrent dans le village et manacèrent de couper la redoute du fort. Elle fut cernée ; alors, les

Turcs, le kandjar au poing, montèrent a l'assaut. Ce fut en vain que les soldats français, ralliés et ranimés par leur commandant, firent des prodiges de valeur pour repousser les assaillants; épuisés de fatigue, accablés par le nombre, ils se firent massacrer sur les pièces de la redoute plutôt que de se rendre. Le commandant Godard s'était précipité des premiers au-devant de l'ennemi et avait trouvé la mort. La prise de la redoute laissait sans ressource le petit nombre des Français renfermés dans le fort. Cependant le capitaine Yinache osi soutenir un siège de deux jours contre toute l'armée turque ; toutefois, ne pouvant plus compter sur aucun secours, et se voyant hors d'état de résister au double feu des batteries de terre et des chaloupes canonnières, cet officier entra en pourparlers, et obtint une capitulation, par laquelle il restait prisonnier de guerre ainsi que les trentecin(| hommes qui lui restaient de sa garnison. Pendant ce temps, Marmont qui avait entendu U canonnade, sortait d'Alexandrie, à la tète de douze cents hommes ; mais, ayant appris qu'il allait se trouver avec cette faible escorte, en présence de toute une armée, il craignit de s'avancer plus lom et rentra précipitamment dans Alexandrie.

Tel était le contenu des dépêches que reçut Bonaparte pendant qu'il était aux Pyramides. Peu satisfait de la conduite de Marmont qui, pour n'avoir pas exécuté ses ordres avait, dit-il, coinproniis la défense d'Aboukir. Le général en chef ne considéra pas toutefois comme un événement

grave Toccupatlon de ce fort par Tennemi. Les dispositions prises par Mustafa le préoccupèrent davantage. Il jugea que « c'était évidemment le reste de l'armée de Rhodes qui exécutait le plan qu'on avait abandonné par l'effet des événements de Syrie ; car enfin était-il prudent, avec vingt ou trente mille Turcs, de vouloir combattre l'armée d'Orient? On comprit alors que le mouvement des beys avait pour but de se joindre à cette armée, qui, venant par mer, était privée de cavalerie. Cependant, pour trouver quelque sagesse dans cette combinaison militaire, il fallait supposer qu'une division anglaise s'y était jointe. Bonaparte donna ses ordres comme s'il eut été assuré que les choses étaient ai nsi (1). »

Le quartier général se rendit à Gyzeh. et à dix heures du soir Berthier avait expédié tous les ordres pour mettre l'armée en mouvement, depuis Syene jusqu'à Damiette, depuis El-A'rych, jusqu'à Alexandrie. Des commissaires étaient partis pour préparer les vivres sur la route. Desaix reçut l'ordre d'évacuer toute la haute Egypte et de se porter au Caire ; Reynier, qui était a Belbeys, de laisser trois cents hommes en observation à Sâlheyeh et de se diriger à marches forcées par le chemin le plus court sur El-Rahmânyeh; Kleber qui était à Damiette, reçut le même ordre ; son dépôt et quelques vétérans seraient suffisants pour la garde de Lesbé. La division Lannes, l'ancienne division Bon, et la cavalerie qui se trouvait au

(1) Œuvres de Napoléon.

Caire, se mirent en marche a une heure du matin pour se rendre ii El-Rahmânyeh. Le général Dugna resta pour commander au Caire avec quelques compagnies de Grecs. Les vétérans et les dépôts formaient les garnisons de la citadelle e\ de Gyzeh. Toute Tarmée serait réunie ainsi dans un seul camp près d'El-Rahmanyeh; cette réunion opérée, elle devait être forte de vingt mille hommes d'infanterie, trois mille chevaux et soixante pièces de canon. Ces troupes étaient les meilleures du monde; tout ce qui était au pouvoir des hommes, elles le feraient.

Le 19 juillet, le quartier général arriva à El- Rahmânyeh, ayant fait trente-six lieues en trois jours. D'Kl-Rahmânych, Bonaparte écrivit aux Cheiks de Gamâ el-Azhar « qu'une flotte ottomane-anglaise avait mouillé à Aboukir, y avait débarqué une armée d'Arnautes et de Russes ; qu'il allait l'attaqaer, l'envelopper, la faire entièrement prisonnière; que sous peu de jours ils verraient au Caire les drapeaux, les canons, les captifs entrer par la porte des Victoires. Il leur recommanda, ainsi qu'au divan du Caire et à celui de Rosette de veiller à la tranquillité publique » (1). Les cheiks et les membres des divans firent des proclamations pour éclairer les populations, les mettre en garde contre les menées des malveillants. Ils disaient que les Français n'évacuaient pas l'Egypte, mais se concentraient pour attaquer et faire prisonnière une armée de Russes, d'Arnautes et d'Anglais, qui était débarquée à Aboukir; ils ordonnèrent des prières

(Ij Corrt'spouclancc di' Napoléon, pièces 4.29Cj 4.297, 4.398.

BN ÉGTPTB 391

.pour celui que le Prophète protégeait et qui combattait pour garantir le pays des ravages de la guerre. Les Égyptiens restèrent tranquilles.

Depuis le 17, les Turcs n'avaient fait aucun mouvement, mais ils occupaient la presqu'île, travaillaient à des retranchements, et avaient débarqué leur artillerie. Mustafa attendait l'arrivée de sa cavalerie, de ses attelages et de sa division de Janissaires des Dardanelles. Il avait réuni deux cents chevaux d'officiers, dont il se servait pour se garder et faire quelques patrouilles. Quand Bonaparte reconnut les positions, il vit que les Turcs avaient coupé les pontons établis pour la communication avec Rosette, entre le lac Ma'dyeh et la rade d'Aboukir; leur nombre qui croissait de jour en jour, pouvait être évalué à environ dix-huit mille hommes ; quelques Arabes s'étaient déjà réunis à eux, mais ils paraissaient attendre de plus grands renforts, et la réunion concertée avec Mourad-Bey, pour former l'investissement d'Alexandrie. Le général Bonaparte, afin d'être à portée de suivre les mouvements de Mustafa, porta, le 23 juillet, son quartier général au village de Birket-Gheytûs, k la hauteur du lac Ma'dyeh." De là il était à portée de tomber sur la place gauche de l'armée turque, si elle marchait sur Alexandrie; sur son flanc droit si elle marchait sur le Xil. Le 24, il y avait huit mille hommes à Birket-Gheytas, le camp fut levé et porté au Puits, au milieu de la presqu'île entre Alexandrie et Aboukir. Le quartier général fui établi à Alexandrie où les travaux de défense étaient

dans un état aussi satisfaisant que possible; Tactivîté et les bonnes directions que leur avait données le chef de brigade Crétin lui attirèrent les éloges du général en chef.

iNIustafa n'avait aucune communication avec Tintérleur de l'Egypte; la cavalerie de la garnison d'Alexandrie avait occupé toutes les issues de l'isthme et les tenait fermées : on pouvait, dans cette situation espérer de le surprendre dans son camp. Mais un capitaine du génie, avec une compagnie de sapeurs et un convoi d'outils, étant parti fort tard d'Alexandrie, s'égara, manqua le camp français, qui était caché derrière des falaises, et se jeta dans les feux de l'armée turque; dix sapeurs furent faits prisonniers. Les Turcs apprirent alors avec étonnement que l'armée française était à une lieue d'eux; ils passèrent toute la nuit sous les armes et firent leurs préparatifs pour repousser une attaque qui leur paraissait imminente.

Le 25 janvier, avant le jour, l'armée française se mit en marche. Le général Murât forma Tavantgaide, composée de la cavalerie, de la brigade Deslaing et de quatre pièces de canon, en tout deux mille trois cents hommes; Lannes commandait la droite, de deux mille sept cents hommes avec cinq pièces de canon ; Lanusse commandait la réserve, forte de deux mille quatre cents hommes et six pièces de canon; le général Davout, qui arrivait du Caire au moment où l'armée se rangeait en bataille, fut placé en observation avec trois cents chevaux pour surveiller les communications de

» Ml " " "' I NM* ■" t

l'armée avec Alexandrie et empêcher qu'aucun Bédouin ne s'introduise dans la presqu'île. Patrona- Bey avait fait entrer dans le lac Ma'dyeh douze chaloupes canonnières qu'inquiétaient le flanc droit de l'armée. Le général d'artillerie Songis fit avancer deux pièces de vingt-quatre, trois de douze et trois obusiers. Les canonnières s'éloignèrent après avoir reçu des avaries assez fortes. Le général Menou était arrivé à neuf heures du matin sur la rive du côté de Rosette avec deux pièces de canon et un bataillon d'infanterie. Les bateaux ennemis craignant d'être cernés dans ce lac, l'évacuèrent; l'armée ne fut plus inquiétée dans sa marche. Elle fit halte en présence de l'armée ennemie, qui était rangée de la manière suivante :

La première ligne de huit mille hommes, était divisée en trois corps, celui de droite occupait le monticule du Cheik, celui de gauche le monticule du Puits, le troisième touchait aux maisons du faubourg; la deuxième ligne, forte de six ou sept mille hommes, s'étendait à cheval sur le monticule du Vizir, appuyant sa droite et sa gauche à la mer; son front n'était que de quatre cent cinquante toises; la réserve de quatre ou cinq mille hommes, occupait le village d'Aboukir et le fort; là étaient les bagages, le parc et le camp du Vizir. Plusieurs chaloupes canonnières étalent embossées en pleine mer, appuyant la droite de la ligne ennemie ; d'autres l'étaient dans l'intérieur de la rade, appuyant à gauche ; trente pièces de campagne étaient réparties entre la première et la seconde ligne.

Le général Songîs fit avancer les grosses batte- .rles, engagea la canonnade avec les canonnières de droite et de gauche et les obligea à reculer. Une de celles qui étaient mouillées dans la rade fut coulée bas ; presque toutes eurent des avaries plus ou moins graves. Les divisions se déployèrent alors, la cavalerie sur trois lignes au centre, la brigade Destaing à gauche, la division Lannes à droite; Linusse en deuxième ligne, avec les guides. On voyait sur les deux monticules du Puits et du Cheik des terres récemment remuées. Les janissaires paraissaient faire bonne contenance. .Le pacha, avec ses trois queues, était sur le monticule du Vizir. Des officiers anglais caracolaient à portée des lignes françaises ; avec leur curiosité ordinaire, ill s'avancèrent h dix pas et engagèrent la conversation avec des officiers de cavalerie français, au grand scandale et au grand étonnement des Turcs. A une lieue et demie en mer, on apercevait une forêt de mâts; c'était la flotte de guerre et les transports, ainsi que plusieurs canots remplis d'officiers de marine turcs et anglais, parmi lesquels on distinguait le canot de Sidney-Smith. Celui-ci était a terro, il faisait les fonctions d'adjudant du pacha; il était son conseil, quoiqu'il n'eut aucune connaissance en tactique ni aucune expérience de la gaerre de terre. Le sérasquicr de l'armée était le viiir Mustafa, pacha à trois queues, pacha titulaire de la Roumélie.

Les armées restèrent en présence pendant deat heures dans ce silence avant-coureur de la tempête.

La grosse batterie reco3iî::*-D« le fai castre les canonnières : plasîeurs fcreiLt ««]«* lia* : Je* autres coopèrent leurs cable* e* *'èl<45T;#-re^t- La canonnade s'engagea enfin e-ire les l«ar:eHe* nirques placées sor les deux niozitîeales et les binerîes de campacrne des divisions Lanzieset L^estnii^z- Le général Mnrat fit avazacer deux e<«k«iiijes de <•»- Valérie de quatre escadioL.s ijaiit ehaenne iroi^ pièces d'artillerie légère: celle de droite se porta entre le monticule du Puîts et le monticule du Vizir. L'infanterie turque faisait boni» e coûte i: ai: ce : l'engagement des tirailleurs était tres-vif: m»:» lorsque les obus et les boulets des pièces d'artillerie légère qui étaient attachées aux colonnes de cavalerie commencèrent â frapper les ennemis par derrière, ils craignirent pour leur retraite et perdirent contenance. Les généraux Lannes et Destaing saisirent Tâ-propos, gravirent les deux hai:teurs au pas de charge; les Turcs dégringolèrent eu descendant dans la plaine, ou la cavalerie les attendait; ne pouvant opérer leur retraite, ils furent acculés à la mer. Poursuivis par la mitraille et la fusillade, chargés par la cavalerie, ces fuyards bravèrent les flots. Ils cherchèrent à gagner leurs bâtiments à la nage; mais les neuf dixièmes furent engloutis. Le centre de la première ligne turque marcha alors en avant pour secourir les ailes : ce mouvement était imprudent. Murât commanda par escadron à droite et à gauche et l'enveloppa. L'infanterie deLanussc, découverte par ce mouvement de notre cavalerie, marche au pas de charge en

colonne par bataillon, a distance de déploiement. Le désordre se mit dans ce centre, pressé entre la cavalerie et Tinfanterie. Ne pouvant plus opérer leur retraite, les Turcs n'eurent d'autre ressource que de se jeter à la mer, s'échappant par la droite et par la gauche. Ils ont le même sort que les premiers : ils disparaissent engloutis. On n'aperçut bientôt plus sur les flots que plusieurs milliers de turbans et de châles que la mer jeta sur le rivage; c'était tout ce qui restait de ces braves janissaires, car ils méritaient ce nom de braves. Mais que peut l'infanterie, sans ordres, sans discipline, sans tac^ tique? » (1) La bataille était commencée depuis une heure, et huit mille hommes avaient disparu : cinq mille quatre cents étaient noyés, quatorze cents étaient morts ou blessés sur les champ de bataille, douze cents s'étaient rendus prisonniers; dix-huit pièces de canon, trente caissons, cinquante drapeaux étaient entre les mains du vainqueur.

On reconnut alors la seconde ligne de l'armée ennemie; elle occupait une position formidable. La droite et la gauche étaient appuyées à la mer, flanquées par des chaloupes canonnières et couvertes par dix-sept bouches à feu de campagne. Le centre occupait la redoute du mont du Vizir. Il parut impossible de l'attaquer, même après le succès qu'on venait d'obtenir. Le général en chef pensa à prendre position sur les deux monts que l'on a\'ail occupés, mais il reconnut qu'au pied de la falaise

(1) Œuvres de Napoléon.

i c yrzL

lu Puits Isi plt^r *■•"«::•'•;.": '. l i'-ni* o* '■: : 'j: i:r la rade: uur :-l"::-:t.^ : .1 ■ *-v i . •:.■•— :>- ■■- •■; t prendrait n rev^:* *:.•:- -i rt-"i* 1^ - *::•-!! • î sffet. elle r*.»î.»]:jTi ■ r: T-r. ■• -z-: r:--- ., r--..'ii - 3t le villiii:*^. J'^- -- <r.iij*"*:' che en ariîr:^. »r n. -■*:^-i" .; deux cents toi?-:* *-;: .: j-i . ' • -^ : pourrait pt-rir: : *:t-. r -?.-■. .■i de briiraiie 'in jtlIt ,:r:.L.

gloire de rentre: Ir i^t::..^: ii'-f ri :*-: .:■-.* "/ . -^ pénétra jiîi! Cr::r ::•--: t--: r.:. ■-: - •:-■,■: « Kst-ce que î: «j. ..t:^-: l ..•jourd'hui. «ii: Ir ^-"i-r;:. -- ; t = Au nit-me m-'^ir:.:. L:-. r--: ::

naient une viv- fie.:.:.: i- . :.-'t droite de IViinr:..:. ]-■ 1*' It".mal à prripii>. îj.::.:- i!-i : . :. -. t redoute . et lais* c ! :. : - i :. ■ r : - - I,es Turcs. -«-Inri i -.i"-- -. '" couper l:i t^te *i': f .z '... ..---: . irrctte <1 a I iT'-n t . L ;« • ■ ** : - ■ ' - : . j spectaclf ciuel. se .-:.■- ^. - redoute «.'t y p'.'iirrt.'j. I.

le villap(».' et le mont -i- './..:. : : cette s«Tond«' li;;:^'- •-* : ,'■ dlrifç«*a droit sur 1- viiljv. ■ : i-. . de lii sur li- camp di j-i- :. .

Tout** Cftif «'xtrrmiv- i- i t r., -■; qu'un champ d«- r;tiniii''-. •!•• ■:-sîon. ].o pacha coriiljat*.ii* •r.r'^»:tiHe de drux cents jani--:j;r-5. t/.' -.♦.■■-, * r 'i' ::..</:.

398 BONAPARTB

débris de sa formidable armée. Voyant Murât a< courir vers lui, il s'avança lui-même rapidement sa rencontre, et à Tinstant où ce général le son mait de se rendre prisonnier, lui tira un coup d pistolet dont la balle l'atteignit au-dessous de 1 mâchoire inférieure, mais ne le blessa que légère ment. Murât, d'un coup de sabre lui abattit deu doigts de la main droite, et le faisant saisir pa deux cavaliers, l'envoya au quartier général. Le janissaires qui formaient sa garde furent faits pri sonniers ; les autres, épouvantés, fuient devant 1 mort, et cherchent leur salut dans les flots, préfé rant ces abîmes à la clémence du vainqueur. Si Sidney-Smith fut sur le point d'être fait prisonnier et eut de la peine a gagner sa chaloupe. Les troi queues du pacha, cent drapeaux, trente-deux pièce d'artillerie de campagne, cent vingt caissons, toutes les tentes, les bagages, quatre cents chevaux restèrent sur le champ de bataille.

Cette victoire causa d'autant plus de joie a Tar mée française, qu'elle effaçait l'humiliation quel désastre du combat naval du 1*"" août de Tanné précédente avait attachée au nom d'Aboukir. La divi sion Kleber ne put arriver que trois heures aprè la défaite de l'armée turque. En rejoignant BoM parle sur le champ de bataille, Kleber, transport d'enthousiasme, se jeta dans ses bras en s'écriant (( Permettc^z, général, que je vous embrasse! Vou él(^s (rrand comme le monde. »

Trois ou quatre mille fuyards s'étaient réfugié vers le fort : ils se logèrent dans le village qil

; en avant *•*; f ^ î'.-*-!!-!- -ir "T":: - ~. .i^ ::ur les drlor*--" ji' itmij-

Le vizîj Mcf.î ;s c-t:- - - ■•Ti^ci-jr i lir:.: t •l'embarcad**?- *-:"'■«■.:"• î~-' "'«r -- • — z.. r^--^: la pluf ^n^^.it !• iL-r" '--:- - .- :.-r t . :.. : :. général Bozniy.i :rt .i. '-'T lj' ki.- ■..-■- - .- -

laquelle le pt: r.t fi::.r. .- ii - --:«:-: ^ • lople. II c or^=.eI!.j i ?* -i : .- -' . - ■: ... .'taieut ler.irTr-r-- :;iz.- • j •:■ :• — *-:.:pitulati«iD. ri. îj.v.rii" -i T»- 'H -r^ ■: - ,- . ^ r avec L« îrijii.j =•■.■: r-: • . --i:-- ::. .- •■■ i s*v refuse:ei:: i lzlt - •.:. li..: :: - • -:

' dèfen'L''=- «le i'"r:rr 1 5.*.'; i . :ité; il liilîut •"•uv.v: .i -•ii- — Le gt>n»-ial er^ > r.r' :-■ i' i .- *:.;!■'.-.. I générîil Lbui-rr .r •- .1 :- **■•.: ■•

Aboukir. Le cr.t: -r lit .. : ?: •,•: -

rection du ijrîiie «r: .t r .^ : ■ . . - • . ■ . • commandement de .r'\ .-r.r 1 - -- - ,- . îs tranquilles de ;\ ■ ■: . .• r *r- ::••*: -

ire pour se prrparr: s o- :..■.*' l *. : - -. .', *r- - » rait alors conteiiU ci:.- .r'. -.."-^ :- i.- • Qs qu'il encoûlitt \i'. fr . :. ::. • - „:. i-- ^v- r

28, l'ennemi fit une r.'.v!^ r\ t rv. :.:t .^ .- i. es maisons du villa jr : .! .-■*:.: : : ^ , . . sortit, meiiaraiit Li r-ri-.. ^'.-r o. .. :,- „ nnes marcha ii lui. le :-;.■• jii;j. ::.i;. :^* • m coup de fusil à la jiiri.l.'-. q:j: ] oi.l.v'r- ', ■• /.-

le siège. Le génrrîil M-vrjoii ]•,- :^r:,|,i:!f :• r.' ./jcommandement.

La tranchée était ouverte depuis plusieurs joui -,

les batteries étaient construites^ on allait les dé-' mas({iicr, lorsque les assiégés, faisant une nouvelle sortie, s'emparèrent d'une place d'armes. Le général Davout qui était de tranchée, donna à la tète de la réserve, reprit le village, et jeta les assiégés dans le fort. La 22® d'infanterie légère et le chef de brigade Magny qui fut légèrement blessé, montrèrent la plus grande bravoure. Trois batteries de gros canon, deux de mortiers commencèrent alors h jouer. Dans la nuit du 30, le mineur s*enfonça pour faire sauter la contrescarpe. Mais le 2 août, à la pointe du jour, sans capitulation, les assiégés' sortirent en foule demandant quartier ; le fils' du pacha, son kyâya, deux cents ofBcièrs et deux mille hommes furent fait prisonniers. Ces malheureux manquaient d'eau; le fort était encom-" brc de dix-huît cents cadavres et de plus de trois cents ])lessés. Menou reçut aussitôt Tordre suivant: -

Vous choisirez deux cent cinquante prisonniers turcs que vous emploierez sur-le-champ à faire enterrer les morts d à soigiierles blessés turcs, pour lesquels le général en chef. envoie un parlementaire au commandant anglais pour lii proposer de les reprendre. Ces deux cent cinquante priiOi* niers siM-ont également employés à abattre les maisons di:' village d'Aboukir, qui est une des premières opérations dont ou doive s'occuper. Vous aurez soin de faire porter lUi l)lessés turcs qui restent au fort de Teau, et de leur faire donner tous les secours qui dépendront de vous.

Jamais victoire n'avait été peut-être aussi com* plète et aussi décisive, jamais armée n'avait été' détruite avec autant de rapidité, de bonheur et de \ n'ioire. Cette victoire, le général en chef Tannonte* à toute l'armée par cet ordre du jour :

È'iYFrî V.l

om d'Aboukir rui: fiz-:*-.* i ■-■. -.: ?r» ii- 1* ; ..iini— lermidor l'a r-:c:- z-'.^-i'z L-i -. ■.■ ■..""- rit . •-tx-e remporter iccel-er* «.:i rr : .' -i ^ -- :»- 5 avons eon-T*!'* M^t-:!!'. t -r*. 1 __i: - : l ? .i .1. -t ssant une pirtir i* lAllTiitsT. t j :- - - : : * luérir aujoupd h.--: 1:* T.iJ:'-**-»'.--^- -r t.: ■ -■♦ -■ e nos ailiii-s. Pir i-t îtI.* ::-'i-. - •. • t - .-idans les mais* -i- «j.--^riT—-:i- -r :-. 1- • : .-, i»- »lorre. malgré •■=« :rL. ~ ii-r-t r.f-. .nt « .'-. it.: ise pour la F%rz.'i'z'.:zzz

s avons beau-: ::p ï : .:f t."-. 1: i* * - : 1 • - 1 < ■ . :: ■ »■ .• tnemis dr: Vyil-: t*!::-:-. 1:1* *- ..•.: 1 " . .••■ » ? ; mais cnt'n Ir r^rï.!:*: i-rri i.^-.-. : - :..• r ii.:* ra la reconnii'ïsi:.:* Ît It ii:-. -

nouvelle d^- la victoire i A: -. - t. . ■ , ■ s -. . ^ . . - DUS les Fran^-ji?- er. Kj'::r :-'•. rr -•*.-»de joie et c-et -rr-tr-o ■:•:-=?: - :- .. -r- .•.!*■ facile de sentir q ;e i"*.T:p:!:.. ^- .\* .-::. = ■ : ,rdes Turcs avait irispir-r u-^ ■.:;.■ r • , 'i.*. -:était naturel qu*: \ri: i^^': . '.,-. -.^ -. .- action universellr:. 1.*^ r : :. . t - .-.,•-

chrétiens s emhr •-■•*-:: ^r.: •:: t-: .-; •*:

ellenient : lall'r^jr'rîî-: •::..' - r. -. :. ! v. r • * -

Toutes les pass:-.':.-. :.-• '.r- !:.'-;-:: -:..-

re devant rê<I.«* «i^ ' ■: •::. -..-.:■ .-■ •

•en a i t de ven ::•- r • . j '^ : . ^ . - ■: v. r .*. *

par la marine lr:iri':!-r. -r. i-, -. .:,:.-.■ i • * ■ ..'

même place .1 ALoîj.-.!: .

is notre triompher v- :.-.": -: ■*:.-: - - ; ^ - , • -.

s ciuelles et \f\*:n s'::>!:..-:t :.o.. .■ . - . ;• e pouvait point ^^: i--. ; ,*-:. :

s av<ms eu, dît 1- j*'::.':-.. ■ :. '.:.-: ';..;.• -•, ; .••.•,■,.■'

^l02 BONAPARTE

<iu Directoire, cent hommes tues, ciniq cents blesBés ; parmi les premiers, ]'adjudant général Leturcq (1), le chef debri* ^nde Duvivier (2), le chef de brigade Crétin ()B), mon aide de camp Guibcrt (4); les deux premiers étaient deux excellents ofGcicrs de cavalerie, d'une bravoure à toute épreuve, qne le sort de la guerre avait longtemps respectés; le troisième était l'officier du génie que j'aie connu qui possédait le mieux cette science difficile et dans laquelle les moindres bévues ont tant d'influence sur le résultat des campagnes et les destinées d'un État; j'avais beaucoup d'amitié pour le quatrième. Les généraux Lannes, Murât, Fugière {5), le chef de brigade Morangier ont été blessés.

Le gain de cette bataille, qui aura tant d'înflaence sur la gloire de la République, est du principalement au général Murât. Je vous demande pour ce général le grade de gêné* rai de division ; sa brigade de cavalerie a fait l'impossible.

Le chef de brigade Bessières, à la tête des guides, a soutenu la réputation de son corps. L'adjudant général de caralerie Roizc a manœuvre avec le plus grand sang-froid. Le général Junot a eu son habit criblé de balles.

(1) Le g(>nc>ral P^igièrc fut d'abord blessé à la tèttt, puis un boàletM emporta le brus gauche. On fut obligé de l'amputer jusqu'à Foinoplals. La plaie était épouvantable; tout le monde pensait, et rugière ero^iît lui-iiièm<! qu'il ne survivrait pas à une opération si critiqua. Le g^a*^ lîonaparte vint le voir, et paraissait très affecté de sa funMte destinée. L(.' lili'ssé lui dit ces paroles bien remarquables: «Ah! mon GéBënl, pent-èlr(Miu jour, envierex-vous mon sort; je meurs au chan^Aoïncnr. » Fugière ne succomba pas de son horrible blessure, il ne ■Oan^ i\\\\n ISli, étant commandant de la succursale de l'Hôtel des InvalidtBià Avignon.

: il Leturcq fut tué en conduisant un bataillon de la 75* demi-brigidt à lassant de la nîdoute.

i:{) Le chef de brigade Duvivier, commandant le 14* de dragons, firt tué (Tnii conn de kaudjar par un officier du pacha.

'i Le cher de brigade Crétin n'avait d'abord été que blessé; ilmonitf 1(>27 juillet à Alexandrie, où il fut enterré sur le sommet de la montagnt (V Observa lion, et qui prit depuis le nom de ce digne officier, (Ordre ^ génc'ral Bonaparte du 28 juillet).

(5) L'aide <le camp Guibcrt eut la potrinc percée d'un coup de bisraîM* Comme o\\ l'encourageait, ce brave jeune nomme répondit: ■ Le coa* i-a^i> ne manqne ])as. mais je soutire trop. » Guibert était le neTM il l'onicier général de ce nom, auteur d'un savant traité do tactique. Dit" tiné d'abord à suivre la carrière diplomatique, Guibert fut présenté ptf I(> savant Monge à Bonaparte: celui-ci lit entrer le jeune diplomate dâH ses guides, où il servit depuis Malte jusqu'en Egypte comme simple Ifll* dat. Xommi- bientôt sons-lieutenant, et employé commo officier de ro>^ re>^pondanc<>. dnibert fut jugé digue d'être appelé & servir au novbce des aides (l«> camp dn général Bonaparte au commencement de l'esp^ dition de Svrie.

fiN lÊGTPTB 403

J'ai fait présent au général Berthier, de la part du Directoire, d'un poignard d'un beau travail, pour marque de satisfaction des services qu'il n'a cessé de rendre pendant la campagne .

Les ofGciers du génie Bertrand et Liédot, et le commandant de l'artillerie Faultrier, se sont comportés avec la plus grande distinction.

Le chef de bataillon de la 69* et le capitaine des grenadiers Baille, de cette demi-brigade, se sont couverts de gloire.

L'intrépide Murât, déjà félicité sur le champ de bataille et cité avec éloge dans le rapport au Directoire, eut encore l'honneur de cet ordre du jour :

Le général en chef, voulant donner une marque de sa satisfaction à la brigade de cavalerie du général Murât, qui s^est couverte de gloire à la bataille d'Aboukir, ordonne au commandant d'artillerie de remettre à cette brigade les deux pièces de campagne anglaises qui avaient été envoyées par la Cour de Londres en présent à Constantinople et qui ont été prises à cette bataille.

Sur chaque canon il sera gravé le nom des trois régiments

qui composaient cette brigade, le 7« de hussards, les 3«

•et 14® de dragons, ainsi que le nom du général Murât et

.celui de l'adjudant général Roize ; il sera écrit sur la volée :

Bataille d'Aboukir.

Un autre ordre du jour prescrivit que le fort placé sur la montagne de l'Observation à Alexandrie, serait appelé fort Crétin'; que le fort Triangulaire serait appelé fort Duvwier et que le fort des Bains portera le nom de fort Leturcq (1) : nobles récompenses accordées au courage et au dévouement, et bien propres à exciter réniulation des braves qui avaient survécu à ces dignes compagnons de gloire !

(\) Correspondance, pièces 4326 et '4327.

40 'i .-BO^APAII^E

Le chef de brigade FaultHér fut promu ' général de brigade et le chef de . bataillon Bertrand (1), devint chef de brigade. Trois mille livres de gratifications furent accordées aux chirurgiens qui donnèrent leurs soins aux blessés sur le champ de bataille (2).

L'Europe ne tarda point a être informé de ce grand événement qui répandit en France les mêmes sentiments de joie en rappelant plus vivement encore l'attention publique sur le général vainqueur. Le 23 septembre, deux mois après la bataille, le Directoire écrivit h Bonaparte une longae lettre de félicitations, dans laquelle on trouve ce passage :

« Le Directoire ne cesse d'apprécier Tadmirable conduite de l'armée que vous commandez, et vous renouvelle k vous-même. Citoyen Général, avec une satisfaction sans bornes, l'expression de son inaltérable confiance dans vos rares talents qui ont si l)ien servi la gloire de la République, et qui concourrent nécessairement à accélérer les jours si désirés de la paix. »

A cette lettre flatteuse, était jointe Texpédîtion

bord i\u BrllrrophoN, pour se rcudrc à Sainto-Hélcnc, afin de donner à Napoiron, jns([ii'à sa tliTuiôrc heure, les soins les plus propres à adonrii son iiirorliiiu'. Ai)r<'s avoir eu le bonheur d'accomplir ce PC** (h.'voir. il eut la douce satisfactiou de faire partie de l'expédilion «•liai';é('. eu 1840. daller rt'oueillir à Sainte-Hélène, les cendres de l'illuslic raplif, de les rauioner en France, do les accompagner pendant leur marche triomphale., de les déposer sous le dôme des InvuUdes. où il repose lui-mèm<! depuis 1844.

(l'est, le }:cu<'-ral Bertrand (pii écrivit sous la dict<!o do NapoléOBi ■ Saintr-Hélèneja partie des (JEuvros comprenant les Campagnes (TEgjfff^ t't df Si/ rie.

{■1\ Pièce i'M'A). Ordre du jour signé do Bonaparte.

l'un décret rendu par le Corps Législatif, et qui léclarait que Tarmée d'Orient ne cessait point de )ien mériter de la patrie.

La Porte l'ut avec raison très mécontente et le émoigna au commodore sir Sidney-Smith, qu'elle ccusa de cette fatale entreprise. Djezzar lui reprochait également de l'avoir entraîné dans plusieurs ►pérations imprudentes, qui lui avaient occasionné le grandes pertes. Les janissaires de Chypre et les quipages accusèrent le vice-amiral Patrona-Bey le complaisance et de soumission aux conseils des nfidèles ; ils le mirent a mort. « Qu'espérait sir )idney-Smith en conseillant cette fausse opération? Conquérir l'Egypte avec dix-huit mille hommes l'infanterie indisciplinés, sans cavalerie, sans atteages d'artillerie? Décider l'armée française à négoier son retour en Europe? Mais il ne devait pas gnorer que Bonaparte était le maître. Cette conuite doit donc être attribuée à l'ignorance absolue ù était cet officier des affaires de terre. Il comlit une plus grande faute quelques mois après en îtant, a sa ruine, sur la plage de Damiette, une elle division de janissaires des Dardanelles (1). »

(t) Œuvres de Napoléon.

mO •

Page 1