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LE CBEIK DE FOUAH

croupe-les sacrés fardeaux. J'en ai vu faire autant aux chameaux du midi, à ceux de l'Egypte et du pays des Maugrebins. Ils faisaient le pèlerinage avec humilité et résignation; ils jeûnaient quatre, cinq, dix ou quatorze jours selon leur capacité, pour marquer leur dévotion et la reconnaissance qu'ils avaient de l'honneur qu'on leur faisait de leur permettre de visiter la région sainte et le Tombeau de celui qui . enseignait aux bètes muettes la sagesse et le chemin du Paradis.

ic Depuis ce temps là, les animaux se sont instruits les uns les autres des préceptes du Prophète qui ne savait ni lire ni écrire. Ils font, le soir et le matin, en leur langage muet, les oraisons prescrites, et prêchent à leurs petits par des sons inarticulés, la doctrine claire et intelligible de la foi. Chaque lettre de ton nom, ô Mahomet, est pleine de bénédictions et de louanges. Chaque syllabe est composée de secrets qui ne doivent être révélés qu'à la consommation de toutes choses, tu es un trésor de merveilles qu'on ne peut ni épuiser ni évaluer.

« Pourquoi le Très- Haut quitta-t-il Arval, et pourquoi l'Eternel abandonna-t-il le séjour de Schair pour venir en Orient ?

Pourquoi fit-il camper ses armées au midi, et couvrir de ses pavillons les régions de la Mecque ? 11 le fit, sans contredit, pour honorer la loi qu'il envoyait du Ciel et le lieu de la naissance de son favori, afin d'obliger toutes les nations à reconnaître et à confesser :

« Quil ny a qu'un seul Dieu et que Mahomet est son Prophète ! »

a Les bêtes de la terre, les oiseaux de l'air et les poissons des grandes et des petites mers reconnaissent cette vérité. Les élémens et les êtres inanimés sentent une joie qu'ils ne peuvent exprimer, et TUnivers est ravi en extase pendant qu'il s'étend en tous sens et se repose sur l'unité qui soutient toutes choses ! »

^i-yw

Bourlos, brumaire, an 9.

Comme je le prévoyais, j'ai reçu ordre d'inspecter nos lignes de défense vers la Syrie et je pars demain pour Belbeys. Mon fort est presque terminé et j'ignore si je

le reverrai jamais Cependant je pars

comme pour revenir bientôt. Toute la côte est maintenant en état de défense ou au moment de l'être. Voici les points de l'ouest à l'est. Cela vous donnera une idée des travaux exécutés depuis l'occupation.

Fort du Marabout. Consolidé et renforcé les anciennes fortifications. Il défend bien l'approche des passes du Port-vieux d'Alexandrie.

Plage d'Alexandrie. On peut l'envisager comme une place forte du premier ordre

i98 BONAPARTE EN EGYPTE.

au point de vue de nos places de France. Le Fort Phare, le Pharîllon, la Pointe des figuiers, File de Pharos, les batteries et forts des Bains de Gléopâtre et des Catacombes, soutenues du Fort triangulaire. Le tout défend avec harmonie l'entrée des deux ports.

Poste et vigie de l'embarcadère de Ga- NOPE. On y retranche l'ancien caravansérail. Ce n'est qu'un abri pour les caravanes; il sert particulièrement de vigie et de signal.

Fort d'AnouKiR. Il est dans le meilleur état de défense. On l'a casemate à l'abri de la bombe; la porte d'entrée en est retranchée par une demi-lune, etc. Tout est rasé et nivelé aux alentours.

Batterie de la digue de Madieh. Elle a été abandonnée et détruite par les eaux.

Elle me paraît à regretter.

Poste et vigie de la Maison-Carrée. On l'a retranché et on l'arme en ce moment.

C'est la correspondance entre Aboukir et Etcoz.

Poste d'ETCOz. On retranche le santon et y place une vigie.

Tour (I'Abou-Mandour. On a reconstruit le pied de la tour. On l'a surmontée d'une galerie murée à mâchicoulis. On l'entoure par en bas d'un mur crénelé. C'est une vigie entre Etcoz et le Fort- Julien, puis Rousse qui communique de là aux vigies du lac Bourlos.

Rosette n'a point de fortifications. On a projeté un fort considérable sur les buttes sablonneuses qui dominent la ville du côté du désert; on ne Ta pas encore commencé.

Fort-Julien (Raschid). En bon état quoique faiblement bâti. On l'entoure d'un cher min couvert palissade. Vigie principale.

Batterie de Farchy. A la pointe nord de l'île de ce nom : bat bien le grand courant du Nil sur les avenues du Fort-Julien. Bien conservée, quoiqu'elle ne soit plus en usage depuis que le Fort- Julien est terminé.

Poste vis-a-vis le Fort-Julien. On a commencé à rebâtir cet ancien poste secondaire : ni fini, ni armé.

Fort Bourlos. Destiné à défendre le Bogasse du lac. Armé et en état à peu de choses près. Vigie principale communiquant avec Alexandrie, Damiette et le Caire.

Fort Lksbkh. Terminé. Fort principal.

Fort Dibeh. Terminé. Batterie de côte.

Vigie principale.

Fort Om-Faredjeh. Terminé. Batterie de côte. Vigie principale.

Fort Tineh. Batterie de côte. Vigie principale.

Fort El-Arich. Grand Fort abandonné.

Telle est notre ligne de défense sur les côtes. Du côté du Bahyreh nous avons Birket, Ramanieh et Giseh. Du côté du Charkieh vers la Syrie, nous avons Kalieh, Salahieh, Belbeys, et vers la mer Rouge, Suez et Cosseyr. Enfin, dans l'intérieur, Mansourah, Birket, El-Hadje et le Caire, sans parler

d'un point ou deux dans la Haute-Egypte

Il ne manque qu'une chose à tout ce système : c'est du monde assez pour le défendre.

Belbeys, fin frimaire et commencement de ventôse, an 9.

(Il manque ici une liasse de lettres tout entière, écrites à Belbeys. Elles renfermaient une tournée dans les places de l'Est du Gharkieh, puis deux excursions rapides.

Tune à Suez, Cosseyr et dans TArabiepétrée jusqu'au Sinaï, l'autre à El-Arich, Gaza et l'ancienne Judée. Bien que cette liasse n'ait dû contenir rien qui se rapportât à des événements militaires importants, on peut la regretter à cause de l'intérêt qu'offrent les lieux parcourus. Elle se trouvait probablement parmi les pièces perdues à la retraite de Ramanieh. C'est sur la fin de ces voyages que les Anglais avaient débarqué et que les Français, battus à Alexandrie, se repliaient sur l'intérieur de l'Egypte) {Note du fils de l'auteur),

Giseh, a5 floréal, an 9.

J'étais à peine de retour à Belbeys de mon excursion sur le sol historique de l'Arabie-pétrée et de la Syrie, que je fus rappelé à Ramanieh menacé par l'armée combinée des Turcs et des Anglais

La nuit approchait : le combat cessa.

L'expérience de cette journée n'annonçait rien de bon pour le lendemain. On avait affaire à un ennemi quatre fois plus nombreux. Notre flottille était abîmée ; les ma-

BONAPARTE KH fiCrPTB.

rÏDS turcs avaient déserté ; nous avons bon nombre de pestiférés. Le général jugea à propos d'ordonner la retraite sur le Caire, seule retraite possible. La soirée fut occupée

aux préparatifs. On transporta dans le Fort les pestiférés et les blessés au nombre de cent cinquante environ ; on les laissa au soin d'une faible garnison; on coula bas les djermes, détruisit les vivres et les munitions.... A minuit, la division se mit en route en bon

ordre, les dromadaires en avant-garde, les sapeurs devant la colonne, l'artillerie au centre et la cavalerie en arrière-garde. On suivit les bords du Nil sans être inquiétés.

Le 20, à la pointe du jour, quelques coups de canon auxquels succéda aussitôt un profond silence, nous annoncèrent la reddition du Fort. Après trois jours et demi de marche, le 23, nous entrions à Giseh.

Giseh, messidor, an 9.

Je reprends, peut-être pour la dernière fois, cette correspondance après une longue interruption, et quoique toujours plus convaincu que je ne pourrai jamais la mettre sous vos yeux. Depuis la défaite des Janissaires à Rosette, la fortune parait nous abandonner. Les Anglais, après la sanglante affaire d'Alexandrie, se sont rendus maîtres de toute la Basse-Egypte, et nous ont successivement poussés jusqu'ici. Je vous ai parlé, dans ma dernière, de notre retraite de Ramanieh. Nos faibles débris sont concentrés au Caire et environs, où depuis deux mois nous vivons dans des incertitudes conti-

nuelles. Nous sommes définitivement abandonnés par la France! Quand nous pensons, qu'il y a quelques mois, un renfort de

1 5,000 hommes aurait encore tout sauvé !

Je suis chargé de remettre les fortifications de Giseh en état de défense! Hélas!

nous avons beau nous fortifier; hommes, artillerie, munitions, tout commence à manquer! Blottis désormais derrière des retranchements élevés à la hâte, sans espoir de secours, et sans oser nous présenter en rase campagne, nous sommes réduits au Caire, Boulach, l'île de Raouda et Giseh. Il ne faut même plus penser à garder le Vieux- Caire. Nous sommes 4>ooo Français distribués sur une étendue de plus de six lieues de périmètre. Cernés dans une ville considérable où chaque habitant est un ennemi, rapidement décimés par la peste, réduits au strict nécessaire en fait de vivres, nous voyons, d'un côté, s'avancer par le désert d'Arabie le Grand- Vizir avec 60,000 hommes, de l'autre, par la rive gauche du Nil, le Capitan-Pacha avec i5,ooo Janissaires et 12,000 Anglais, auxquels s'est réunie la multitude des Bédouins et des paysans ar-

mes. Murat-Bey, mort de la peste, le reste de sa troupe qui a échappé au fléau s'est joint à nos ennemis, contrairement à la convention. Dix milles Cypayes descendent de la Haute-Egypte et nous coupent notre dernière retraite sur TAbyssinie et l'Ethiopie. Il faut que l'ennemi ait une bien haute opinion de notre valeur, pour envoyer 120,000 hommes contre une poignée (i).

On n'en travaille pas moins à une dernière défense, avec une extrême activité.

Du Caire à Boulach, s'étend une ligne continue flanquée de nos anciens forts et de redoutes fermées. Le quartier cophte auquel elle aboutit est retranché et fortifié au moyen de hauts murs bastionnés. Le reste de la ville est défendu par les anciens forts et par de nouveaux ouvrages. La Citadelle relève ses murs, ferme tous les débouchés et se réduit au quartier des Janissaires en abattant tout le reste. Tous les

(i) Les Anglais étaient décidés aux plus grands sacrifices pour chasser les Français de Malte et d'Egypte. Le général Vaubois capitula à Malte le 5 septembre 1900, après deux ans de résistance. En Egypte, l'amiral Keith était arrivé avec des forces imposantes. Menou les attaqua près de Ganope et fut repoussé. Anglais et Arabes marchèrent alors sur le Caire.

passages de l'aqueduc sont bouchés, et on met en état le fort de la Prise-d'eau. On se dispose de même au fort Ibrahim-Bey. Des lignes et batteries s'élèvent à l'île de Raouda et à Mekias, prêtes à battre le Vieux- Caire laissé sans défense faute de monde pour s'étendre; je dirige ces derniers travaux et ceux de Giseh. On y terrasse l'enceinte, et les tours sont épaulées par des embrasures. Cinq lunettes palissadées et fermées à la gorge auxquelles on communique de l'enceinte par une .caponnière couvrent les fronts vers les Pyramides; celui de Murat-Bey est couvert par une ligne continue flanquée de deux bastions. Sur les hauteurs placées dans l'intérieur de l'enceinte, différentes batteries plongent dans les lunettes, et les flanquent de concert avec celle-ci. Au delà des lunettes, on comble les canaux, nivelle les hauteurs, démolit les santons, abat les palmiers de Gésireh, etc. A la quarantaine, on construit une forte batterie retranchée et couverte destinée à arrêter les flottilles ennemies ; une estacade formée de djermes et barques échouées, liées ensemble, est destinée à

empêcher la flottille de tourner la ligne de Boulach et de venir détruire le port de bateaux entre Raouda et Giseh, etc.

Tous les jours, au lever de l'aurore, les drapeaux marchent aux travaux; généraux,

Route de Paris (pu H. BiLLàint).

chefs de brigade, officiers, tout le inonde sans distinction fait voler le- sable.' Le kamsin même n'arrête pas un instant cette besogne désespérée. On est unanime pour s'ensevelir sous les ruines plutôt -que de se rendre. Tout le monde est prêt à ne succomber que les armes à la main. Ce sera, du moins, un terme à nos maux Si seulement la peste nous respectait jusqu'à ce

moment suprême, et nous laissait une mort honorable ; mais c'est un ennemi intérieur plus impitoyable encore que l'ennemi extérieur

' On désire généralement l'arrivée de l'ennemi, car on veut avant tout en finir, et Ton

se plaint presque de sa lenteur qui n'est,

hélas ! que trop bien calculée sur les souffrances de notre position et notre affaiblissement graduel

Belliard parcourt régulièrement tous les jours nos lignes. Robin commande à Boulach, Dubat à la citadelle, Moreau à Giseh, Valentin à Raouda et Donzelot au quartier Cophte.

Giseh, messidor, an 9.

L'ennemi est campé derrière Embabeh, à une demi-lieue d'ici.....

Adieu chers et bien aimés père, frère, sœur.... Adieu Il est probable que demain notre sort sera décidé (i).

(i) Belliard ne crut pas devoir prolonger la résistance quoiqu'il eut encore 14000 hommes et de nombreuses provisions. Le a5 juin 1801, il signait une capitulation aux termes de laquelle ses troupes furent transportées à Toulon.

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