ARRIVEE DE BONAPARTE A TOULON
Le général en chef arriva inopinément du 9 au 10 mai à Toulon. On avait fait répandre le bruit que c'était le ministre de la marine qui y viendrait, et on lui avait préparé en conséquence un logement destiné au fond pour le général Bonaparte, dont on avait eu soin de masquer ainsi l'arrivée. 11 adressa aussitôt aux soldats de terre et de mer une proclamation qui faisait pressentir l'importance de l'expédition, sans en rien révéler. Tous les esprits étaient agités et exaltés. On était impatient de connaître les lieux où l'armée allait porter ses armes ; chacun se demandait quelle était sa destination; les uns citaient le Portugal, le Brésil, l'Angleterre; d'autres, l'Irlande, la Sardaigne ou la Crimée;
l'Egypte n'était pas oubliée, et les marins surtout la désignaient plus particulièrement.
Bientôt dans l'état-major on ne douta plus
que l'Egypte ne fût le but réel de l'expédition.
Le général en chef avait écrit de Paris à Tamiral Brueys qu'il s'embarquerait à bord de Y Orient, qu'on eût à y faire de bonnes provisions et à lui
préparer un bon lit, comme un homme qui serait malade pendant toute la traversée. Le i8, il s'embarqua avec le général Berthier, son chef d'étatmajor; Dufalga, commandant du génie; Dommartin, commandant de l'artillerie ; le commissaire ordonnateur Sucy, l'ordonnateur de la marine Leroy, le payeur général Estève, les médecin et chirurgien en chef Desgenettes et Larrey. Le général avait aussi avec lui ses aides de camp Duroc, Louis Bonaparte, Groisier, Sulkowsky, Julien, Eugène Beauharnais, La Vallette et Merlin, fils du directeur. Le chef d'état-major emmenait en outre deux ou trois adjudants-généraux, plusieurs secrétaires, quelques officiers à la suite dont je faisais partie. Les guides n'étaient point encore arrivés , A peine embarqués, nous sûmes que Malte était le point de réunion des différents convois.
De Mibllo-Sargy, officier de correspondance attaché à l'état-major général.