OPINION D UN COMMISSAIRE DES GUERRES
Les troupes désignées pour une expédition 1
secrète, préparée en France, en Italie, les noms des généraux qui les commandaient, donnaient la plus grande idée de l'importance de cette expédition. Bonaparte, conquérant et pacificateur, Kl^ber . et Desaix, célèbres par des combats, par des victoires, répandaient partout une confiance aveugle. On avait choisi l'élite de nos troupes, et la plupart
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des corps portaient ces numéros que Bonaparte a rendu célèbres en les consignant à la postérité. Il serait trop long de nommer ici tous les officiers distingués rassemblés à Toulon, Gênes et Civita- Vecchia.
L'armée ignorait encore les lieux où elle devait porter ses armes, c'est-à-dire qu'elle n'en était point instruite officiellement, mais tout lui faisait croire qu'elle allait en Egypte.
Comme les esprits étaient agités ! Que de projets ! Des spéculateurs dévoraient l'avenir pour grossir leur fortune. Quelques-uns d'entre eux sont morts de douleur et de chagrin ; d'autres, dont le moral a résisté aux dégoûts, aux privations, se sont estimés heureux de revenir sains et saufs. Chacun concevait les plus beaux projets sur cette expédition fameuse ; c'était de la gloire à acquérir pour les uns, pour les autres de la richesse, et le général en chef laissait échapper souvent des paroles qui flattaient l'ambition et l'espérance ; rien alors n'effrayait : enthousiasmés, étourdis par le tumulte qui accompagne ordinairement le départ d'une armée, à table, en riant, nous parlions des dangers, des privations qui nous attendaient. Les dangers présentaient un moyen d'acquérir de la gloire et de l'avancement. Les privations ! Nous n'aurions point de vin, mais nous en buvions alors; peut-être n'aurions-nous point de femmes, mais nous n'en manquions pas encore; tout le monde ne reverrait pas son pays, mais chacun espérait qu'il
serait assez heureux pour embrasser sa famille. Nous étions entraînés, séduits par le besoin de la gloire ou du changement, qui fait toujours chercher le mieux pour attraper quelquefois le pire. Ainsi l'homme passe sa vie à désirer !
Cette flotte, superbement équipée, les vaisseaux de transport qui couvraient la rade, exaltaient l'imagination; quelques Français cependant, moins susceptibles d'émotion, se réjouissaient de ne point faire partie de l'expédition.
J, MiOT, commigaaire des guerres, Méntoiret. (Paris,