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Le Mercure

11, Le Guillaume-Tell, m. Le Généreux,

i3. Le Timoléon.

•était mouillée en ligne de bataille dans Tordre indiqué par les numéros au S.-Ë. de Tisle des Requiers dite TÉcueil, et affourchée N.-N.-O et S.-S,-E.

D*après le signal de Tamiral que Tarmée combattrait àTancre, elle s'embossa et forma une ligne N.-O. et S.-E., les vents étaient alors à la partie du N.-N.-O. L'amiral fit alors le signal de mouiller une seconde grosse ancre.

A cinq heures, l'armée anglaise manœuvra pour couper la tête de notre ligne ; aussitôt la batterie qui avait été établie sur TEcueil pour défendre la tête de l'armée française lança quelques bombes infructueuses.

Cinq vaisseaux anglais passèrent à la gauche de la tête de notre escadre, tandis que le reste attaquait la droite; ils avaient une ancre à jet à la traîne qui leur donnait la facilité de se tenir cinq ou six vaisseaux sur un des nôtres.

A six heures, un feu très vif s'engagea. A six heures et demie le Franklin commença le feu. A sept heures, il fut attaqué par la joue de bâbord par trois des cinq vaisseaux qui avaient doublé la tête de la ligne, et par la joue de tribord par deux des vaisseaux qui la prolongeaient.

A la même heure, le vaisseau amiral commença son feu par tribord.

A huit heures, le général Blanquet fut blessé dangereusement et porté au poste.

Vers les huit heures et demie, notre matelot

d*avant fut démâté de tous mâts et dériva sous le vent ayant eu ses câbles coupés; alors les trois vaisseauit qui nous attaquaient par la joue de bâbord s'approchèrent de nous à portée de pistolet, tandis que les deux autres de tribord faisaient la même manœuvre. Un sixième vaisseau prit la place de notre matelot d'avant et s'étant embossé nous envoyait sa bordée de l'avant à l'arrière .

A neuf heures, le feu prit à bord de notre matelot d'arrière, V Orient; alors le vaisseau qui était embossé passa par bâbord pour s'embosser sur notre arrière, où il fit un feu très vif.

A neuf heures et demie, le capitaine Gillet, capitaine du vaisseau, fut dangereusement blessé et porté au poste ; alors le capitaine de frégate Martinet prit le commandement.

A dix heures, nous fûmes démâtés du grand mât et du mât d'artimont et la seconde batteiûe fut démontée. Tout le monde descendit alors à la batterie de 36.

A dix heures et demie, les grenades et les boulets inflammables de l'ennemi mirent le feu dans le coffre d'armes, qui était plein de cartouches, dans la chambre du capitaine de frégate et sur la dunette. Nous eûmes le bonheur de l'éteindre et cet accident ne ralentit pas l'ardeur des canonniers.

A onze heures, le vaisseau amiral sauta et mit le feu sur notre gaillard d'arrière; nous l'éteigntmes encore avec le même bonheur.

A onze heures et demie, n'ayant plus dans tout le vaisseau que trois canons susceptibles de faire feu, les deux tiers de Téquipage tués ou hors de combat, et les six vaisseaux anglais mouillés à portée de pistolet continuant le feu très vif qu'ils avaient toujours fait sur nous, nous amenâmes le pavillon.

Fait à bord du Franklin^ le i5 thermidor an VI républicain; signé à l'original: Martinet, capitaine de frégate; Charrier, lieutenant de vaisseau, adjudant de la a* escadre; Gastillon, enseigne de vaisseau; Guzent, sous-commissaire; Lagnel, capitaine d'armes; Bernard, maître voilier; Vidal, premier commis aux vivres. v

[Archives de la Guerre.)

COMBAT DE SALHÉYÉH

Ibrahim Bey, effrayé de la marche de l'armée, s'enfuyait vers la Syrie avec toute la vitesse que ses chameaux chargés de ses femmes et de ses trésors pouvaient lui permettre sans oser s'exposer aux chances d'un combat. Le lo août (^3 thermidor), son arrière-garde sortait du bois de palmiers de Salhéyéh, lorsqu'elle fut aperçue par nos éclaireurs.

Le général en chef n'était pas loin. Suivi des détachements du 7* hussards, du 22* chasseurs, du \

3* dragons et de ses guides, il précédait de près !

d'une lieue les colonnes d'infanterie. L'adjudantgénéral Boyer vint lui rendre compte que cette ■ arrière-garde des Mamelouks qui fuyaient était { peu nombreuse. 1

Nos cavaliers, impatients de trouver une occa- [

sion de se signaler, n'avaient vu que la gloire d'un !

beau combat et un butin immense qui devait en \

être le résultat; ils allaient apprendre quelle est la différence de la cavalerie d'Europe et de celle d'Asie et d'Afrique. On se précipite avec fureur sur l'ennemi. Les généraux, les ofBciers de Tétatmajor, le général Caffarelli lui-même, malgré sa jambe de bois, se mêlent à la charge. Le conibat

est extrêmement vif, car les Mamelouks sont les plus braves et les plus adroits cavaliers de l'Univers et nous ne leur cédons pas en valeur, malgré l'infériorité de nos armes et de nos chevaux.

Cette échau£fourée , qui nous coûta du sang , aurait eu un résultat plus funeste encore si le 3* de dragons, qui était demeuré en réserve, arrivant en ligne sur les combattants, n'eut forcé par sa fusillade les Mamelouks à se retirer. Nous demeurâmes maîtres du champ de bataille, de quelques chameaux et de deux mauvais canons, mais il était couvert de morts et de blessés. Parmi ces derniers était le brave d'Estrées, chef d'escadrons du 7* hussards; son corps, sillonné par de larges et profondes blessures, était en lambeaux ; on le transporta expirant. Le chef de brigade Lassalle fut plus heureux. Son sabre s'étant échappé de sa main, il eut le bonheur et l'adresse de le ramasser au milieu de la mêlée sans cesser d'attaquer et de se défendre et sans avoir été blessé.

Général Morand. {Archives de la Guerre.)

Après être resté quelque temps au Caire,

le général en chef Bonaparte résolut de poursuivre les Mamelouks, comme ils étaient dispersés en deux parties, l'une dans la haute Egypte, commandée par Mourad Bey, et l'autre, par Ibrahim Bey, avait pris le chemin opposé et était vers l'isthme de Suez.

Nous nous mîmes en route sur Salhéyéh pour

suivre la route qu'avait prise Ibrahim Bey avec son armée. Après avoir marché plusieurs jours à grandes journées, nous arrivâmes à Salhéyéh et nous y trouvâmes les ennemis. Ces derniers voulurent faire résistance, mais nous les mîmes bientôt en déroute et nous les obligeâmes à s'enfoncer dans le désert d'où ils passèrent en Syrie. Le combat était fini, nous campâmes dans une forêt de dattiers qui se trouve devant Salhéyéh et nous n'y restâmes que deux jours, au bout desquels nous partîmes pour Mansourah, où, étant arrivés, nous y campâmes quelque temps. C'était alors au mois de fructidor an VI (août 1798). C'est là où l'on vit un terrible mal des yeux qui se répandit presque sur toute l'armée et dont un très grand nombre sont restés aveugles où borgnes.

A la fin de fructidor, on nous fit partir pour faire les contributions dans la province de Menzaleh et, après quelques jours, sur le canal de ce même nom nous fûmes attaqués par des Arabes et les habitants de plusieurs villages qui s'étaient rassemblés pour venir fondre sur nous. Le canal sur lequel nous étions était très étroit ; les barques touchaient presque les deux côtés. Nous étions en face d'un gros village qui n'était qu'à vingt pas de nous; nous ne pensions rien moins qu'à être attaqués, lorsque, tout à coup, nous aperçûmes une foule de paysans et Arabes qui venaient fondre sur nous et se préparaient à se jeter dans nos barques en faisant des hurlements qui auraient fait mourir de

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peur tout autre homme que des soldats aguerris et accoutumés à vaincre.

Nous n^étions nullement préparés au combat. Il faisait très chaud. Les uns avaient leurs armes d'un côté et leurs habits d'un autre, et chacun s'était mis à son aise, lorsque nous aperçûmes cette horde de barbares. Nous nous saisîmes promptement de nos armes et l'épouvante ne nous prit point. Ils étaient peut-être plus de six mille, tant hommes que femmes, armés de lances, de pistolets et de sabres, et nous n'étions pas plus de cent trente hommes.

Nous leur ftmes un feu de peloton sur le corps suivi d'un très beau feu de file qui les épouvanta terriblement et leur fit prendre la fuite avec plus de vitesse qu'ils n'étaient venus. Les voyant ainsi fuir, nous nous mimes à leur poursuite, faisant toujours un feu continuel, ce qui leur causa une grande perte tant tués que blessés. Us nous tuèrent cinq hommes et en blessèrent bien une douzaine.

Le combat fini, nous passâmes le canal et nous entrâmes dans le village, où nous fîmes un terrible carnage de tous ceux qui s'étaient retirés dedans. Après l'avoir pillé, nous mîmes le feu aux quatre coins et nous nous retirâmes en retournant au village où nous avions laissé la masse de nos contributions avec la municipalité de Mansourah,

Trajet d'Egypte fait par l'armée française^ transcrit par moi Pierre Millet^ chasseur à la a" demi-brigade dUnfanterie légère, manuscrit appartenant à son petit-fils M. Stanislas Millet, publié par le commandant Guitry.

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