‹ Bonaparte en Égypte: souvenirsChapitre 5 sur 37 · A ROSETTE · texte numérisé non relu

A ROSETTE

Au delà des digues, nous continuâmes à suivre la côte sur une longueur de près de six lieues. Toute cette plage était couverte des débris de nos bâtiments : vergues, mâts, affûts, tonneaux, chaloupes, voiles, cordages, hamacs, carcasses entières, etc.

Tout était jonché de cadavres, noyés, blessés, à demi putréfiés, défigurés de mille affreuses manières : des chaloupes échouées et qui avaient voulu aborder étaient remplies d'hommes massacrés par les Bédouins.

De distance en distance, nous trouvions des feux allumés par les Arabes, pour retirer les ferrailles de ces épaves, les uns abandonnés, les autres encore entourés par des groupes qui fuyaient à notre approche, pour revenir ensuite. Ce périmètre d'horreurs avait pour centre, dans la Rade, les restes de nos bâtiments, entourés de la flotte anglaise, qui travaillait à se réparer et à remettre à flot les débris de la nôtre, afin de la conduire en Angleterre.

Nos cœurs se serraient. Nous marchions lentement, tantôt dans le sable mouillé qui est plus ferme, tantôt dans la lame qui

venait régulièrement se briser à nos pieds, et constamment enjambant épaves ou cadavres. Notre artillerie nous donnait beaucoup de peine.

Plus loin, des monticules de sable meuble rendirent notre marche plus difficile encore, et surtout plus dangereuse, à cause des campements de Bédouins qu'ils nous cachaient de distance en distance, et qui nous harcelaient sans cesse.

Il faisait encore un peu jour quand nous arrivâmes, à environ trois lieues des digues, près d'un ancien caravansérail que nos soldats appelèrent Maison-Carrée^ à cause de sa forme. Un petit lac s'étendait sur la droite au milieu des monticules de sable mouvant, mêlé de sel marin, et se prolongeait au delà et à perte de vue, en un désert uni comme une glace. Une citerne assez vaste, située dans la Maison-Carrée, nous fournit de bonne eau et nous permit d'économiser celle de nos outres. Elle assaisonna le premier repas de cette journée, consistant en du biscuit, que la faim nous fit trouver délicieux.

De là, nous fîmes encore trois lieues envi-

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