‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 10 sur 622 · Mémorial de Saiiile-Ilélène · texte numérisé non relu

Mémorial de Saiiile-Ilélène

A. Mémorial de Sauile-Uélène.

La première (8,140 li.), commandée par le général La Harpe, était à Savone avec Masséna, et il s'y trouvait aussi sa 3" brigade (général Saint-Hilaire) ; sa l'embrigade (général Pijon) venait d'être portée de Lava^nola sur Voltri, et sa 2" (général Ménard) était à Quiliano, lançant des avant-postes jusque sur la crête de l'Apennin, au col de Cadibona, àlaMadonna de Savone et à Monte-Legino '.

La 2"^ division d'avant-garde (8,S44 h.), qui avait pour chef le général Meynicr, était groupée en arrière, autour de Finale-Borgo, avec sa 2° brigade (général Joubert) ; occupant en avant par sa 3« brigade (général Dommartin), Feglino, Orco, Calice, et se reliant avec sa 1" brigade (général Gervoni] par Varagotti, Noli et Spatorno, à la division La Harpe. ., ,,. ,,

Plus à gauche, était la i'^ division du corps de bataille (8, 376 h.) celle d'Augereau, qui avait établi son quartier général à Pietra-Ligure, mais dont les brigades s'espaçaient assez. loin en arrière, la 1''^ (général Victor) occupant lail)lement avec ses 2,900 h. Albenga, Laigueglia et Alassio et bordant à Luzignano le petit fleuve, la Centa, qui va se jeter dans la mer en avant d'Albenga ; la 2' (général Banel) un peu plus rapprochée, à Loano et Borghetto, avec une demi-brigade seulement à Pietra-Ligure ; la 3" enfin (général Rusca, puis général Beyrand) s'appuyant à la mer à Ceriale et garnissant les sommets des Apennins à Toirano et Boissano.

Placée en avant, aux sources du Tanaro, et séparée des autres divisions par la chaîne même de l'Apennin, sans grand lien avec elles, aventurée par conséquent, était la 2" division confiée au sage Sérurier, qui, à Ormca, devait avec ses 7,202 h. occuper toute la vallée du haut Tanaro pour surveiller le camp retranché de Ceva où s'était abritée l'armée piémontaise. Sa 2° brigade (général Fiorella) occupait Ormea, Ponte-di-Nava et se \oudait, par Trappa, à la 1"^^ brigade [général Guieu) qui à Garessio et Murseco formait l'extrême pointe vers Ceva, tout en tenant la route qui descend du col San Bernardo sur Albenga ; tandis que la 3» brigade (général Pelletier) assurait par Pornassio, Pieve-di-Teco,Borgomaro,. San Lazzaro, les communications avec Cueille et Porto-Maurizio, où se trouvait la 3" division delà Côte.

Quant à la 3« division commandée par le général Macquard et à la 4» dont le chef était le général Garnier; elles avaient leurs quartiers généraux respectifs à Breil et à Roccabigliera. Elles restaient ainsi fort en deçà de la ligne d'opérations gardant,

1. Ktat de situation du 15 ventôse IV, 5 mars 1796 (Arch. G.].

l'une du col de Tende au col de Raoulx, l'autre d'Isola au col de Fencstre, les divers passages des Alpes et la vallée du Var à Enlrevaux, celle de la Tinée à Saint-Sauveur, celle de la Vésubie à Saint-Martin-Lantosque, ainsi que celles de la Bevera à Sospcl, du Paillon à l'Escarène, et de laRoya à la Briga, Saorgio et Breil.

Ces deux dernières divisions étaient du reste inférieures aux autres tant par leur effectif que par la qualité des troupes qui les composaient. La division Macquard en effet ne pouvait mettre en ligne que 3,716 h. et la division Garnicr, bien que formée en o brigades, que 3,384 h. C'étaient pour la plupart, des bataillons isolés, détachés de leurs demi-brigades, ou des bataillons de volontaires non encore amalgamés, partant sans cohésion et sans unité '.

Elles ne prirent du reste qu'une part fort indirecte aux événements militaires et servirent uniquement de magasins et de dépôts pour alimenter en hommes les deux autres divisions actives et les deux divisions d'avant-garde. Dès la prise de possession du commandement par le général Bonaparte, celui-ci fit, en effet, refluer les meilleures troupes des divisions Macquard et Garnicr, pour renforcer les quatre divisions actives, en les y incorporant avec les éléments qui s'y trouvaient déjà.

Les trois divisions do la Côte*, purement territoriales, commandées, la 1"^^ (13,237 h.), par le général Mouret, à Toulon; la 2" (7,820 h.), par le général Raphaël Casablanca, à Nice, et la 3« (l,o48 h.), par le général Fontbonne à Oneille et à Porto- Maurizio, destinées à la garde des places du littoral et à conserver le lien entre l'armée et le territoire français, servirent, elles aussi, presque exclusivement de dépôts et de magasins.

Bien qu'il ne fût pas possible de dégarnir entièrement de garnisons les contrées du Midi de la France où elles s'occupaient à maintenir péniblement l'ordre, Bonaparte y préleva les troupes les plus mobiles et à l'avenir puisa constamment dans cette sorte de réserve pour combler les vides de son armée.

Quant à la cavalerie, sous les généraux Stengel, Kilmaine et Bcaumont, elle comptait onze régiments, tant dragons que chasseurs et hussards (5,342 h.) répartis en deux faibles divisions, que la disette de fourrage avait fait reléguer sur les rives du Rhône, d'où il allait falloir les rappeler en assez médiocre état.

1. Le c' Rùstow (p. 381 ne les diinomme que « brigades » mais leurs cliefs étaient bien des généraux de division et leur organisation, on le voit, comportait plusieurs brigades. C'est leur faible ellcctif qui a dû induire en erreur le savant historien militaire suisse.

2. Le cl Riistow (p. 38) n'en compte que deux, copiant en cela Jomini (t. Vfllf p. 59). Il y en avait cependant trois, et bientôt après quatre.

Il régnait dans toutes ces troupes beaucoup de laisser-aller et l'on y relevait force imperfections. Tout d'abord, le nouvel « amalgame » — expression consacrée par la Convenlion pour définir le mélange proportionnel des soldats de difiérentes origines, — « amalgame » prescrit par l'arrêté du Directoire du 18 nivôse an IV (7 janvier 1796) était loin d'être accompli à l'armée d'Italie. Ce n'est qu'en mars et surtout dans les premiers jours d'avril que cette excellente mesure s'effectua sous l'énei'gique impulsion du général Bonaparte'. Ce n'est même que beaucoup plus lard, le 2G mai (7 prairial IV), que les demi-brigades, dites ainsi de deuxième formation, prirent parle tirage au sort les numéros qu'elles illustrèrent pendant la campagne d'Italie, dans l'expédition d'Egypte, puis pendant toutes les guerres de l'empire*.

Aussi, pendant toutes les premières affaires de la campagne, même après Lodi, les demi-brigades formées de la veille, improvisées en quelque sorte sous le feu de l'ennemi par la fusion de plusieurs demi-brigades issues du premier amalgame, conservèrent-elles provisoirement le numéro de celle de ces demi-brigades qui portait le cbiffre le moins élevé*. Par exemple, la fameuse 32» demi-brigade, organisée le 15 mars, par l'amalgame des 21% 118* et 129= demi-brigades de première formation, combattit au début sous le numéro 21 jusqu'au 26 mai, jour où le tirage au sort lui attribua le numéro 32. La future 51» s'appela temporairement la 99»; la future 75% 70»; la future 4», 39*^; la future 18e, 69% et ainsi de suite. Ce double numérotage produisit de nombreuses confusions contre lesquelles il convient d'être en garde, lorsqu'on veut pénétrer dans le détail des opérations.

1. Registre de correspondance du chef d'état-major (carton 3. V. Arch. G.), nombreuses dépêches du 29 et 30 mars prescrivant l'cml)ri;.Mdement de plusieurs corps, et d'accélérer la nouvelle organisation. Le g»' Gaultier (Kervéguen) invite le g"' Sérurier à réorganiser sans retard ses demi-brigades. « Vous ne devez pas balancer de ■vous en occuper le plus tôt possible », et l'on dirige sur Ormea les corps qui doivent entrer dans la nouvelle composition.

2. Le tirage au sort eut lieu à Soncino, près de l'Oglio, le 7 prairial (26 mai). Bonaparte ordonna que les demi-brigades porteraient les nouvelles dénominations à dater dii lendemain 8 prairial. A l'armée des Alpes, le tirage au sort des numéros avait eu lieu quelques jours auparavant, le 23 floréal (12 mai). Il faut reconnaître d'ailleurs que ce ne fut que le 14 avril que le Directoire fit savoir par lettre à l'armée d'Italie, la série de numéros qui lui était affectée (Procès-Tcrbal du tirage au sort effectué à Soncino, etc. etc., (carton 3-22 Arch. G.).

■ 3. Les Mémoires de Masse'na (t. II, p. 438), contiennent une note explicative des conditions dans lesquelles s'cifectuercut le second amalgame et le tirage au sort des numéros. Le procès-verbal de cette opération est aux aichives de la guerre (voir ci-dessus note 2 ).

Ces demi-brigades furent formées d'ailleurs d'éléments fort variables en forces. C'est ainsi que la future 32" ne reçut que 071 h. de la 21« demi-brigade, dont elle prenait le numéro, alors que la 118" lui en amenait d,089 et la 129« 1,145. La future 18» reçut seulement 413 bommes de la(î9«, tandis que la 211» en comptait l,02o; la 5" provisoire, 401; la 0" provisoire, 308; le 3^ bataillon isolé de la 43", 418, et le !«'" bataillon de volontaires de Paris, 404. La future 51* recevait 1,091 soldats de la 199', tandis que la 99«, dont elle allait porter le numéro, ne lui en apportait que 738; la 103-, 745 et la 13" provisoire 532 *.

L'écart entre ces divers cbilîres démontre avec une éloquence significative, la nécessité de l'opération prescrite ])ar le Directoire*. Lors du premier amalgame en effet, de 1793 à 1795, la formation des demi-brigades, exécutée en pleine guerre, au basard du groupement des bataillons de volontaires et de ceux de l'ancienne infanterie, présenta, dès le principe, de notables différences d'effectif. Les batailles et les pertes qu'elles entraînent, les désertions, d'autres causes encore, avaient accru davantage la disproportion entre chacune des demi-brigades et il devenait urgent d'y porter remède. On s'appliqua à donner une force de 3,000 h. environ à chaque demi-brigade de bataille et une de 12 à 1,500 h. aux demi-brigades d'infanterie légère.

En outre, en mélangeant de plus en plus les éléments divers d'où elles provenaient, les nouvelles demi-brigades détruisirent le dernier vestige de l'esprit particulariste qui avait subsisté même après le premier amalgame et brent disparaître toute [trace de l'ancien antagonisme longtemps intense qui régnait entre les soldats de l'armée de la monarchie, les habits blancs^, et les volontaires nationaux des diverses levées, lea bleus.

1. Etat de situation ou ordre do bataille, sans date, mais classé au 20 germinal IV, {9 avril 1796), ceitilié parles»' Bcrtliier, et doiiiiaiit la répartition des demi-brii;ades organisées conformément à l'arrêté du Directoire, mais encore sous leur ancien nu-, méro (Arcli. G.).

2. Par l'airêté du 7 janv. 1796 (18 nivôse IV), conformément au décret de la Convention du 11 oct. n9.j ot à celui du Comité de Salut public du 1'' novenilire.

3. A cette époque, et dciiuls longtemiis, l'habit blanc de l'ancienne infanlerie avait totalement disparu de nos armées où il avait été défendu do le portoi' sous iieine de mort, en octobre 1793 ; troupes de ligne et volontaiies portaient uniformément l'Iiabit bleu à parements et épaulettes louges, culotte et guêtres, avec l'incommode bicorne. De la vieille querelle entre les culs blancs et les bleus il subsiste toujours l'épithète de bleus, appliquée aux jeunes soldats uon encore dégrossis.

iO BONAPARTE EN ITALIE

Les demi-brigades provenant de l'armée des Pyrénées se trouvèrent de môme confondues avec celles qui n'avaient pas cessé d'appartenir à l'armée d'Italie et avec lesquelles elles vivaient sans cesse en rivalité.

En prenant pour exemple la 32* demi-brigade, la plus célèbre de larmée d'Italie, on voit que les trois demi-brigades qui contribuèrent à la former provenaient : la 21% d'un bataillon de l'ancien M" régiment d'infanterie (La Marine) amalgamé avec le 2« bataillon du Var, celui qu'avait commandé Masséna, et avec le l'^'" bataillon de la Haute-Garonne ; la 118^ d'un bataillon de l'ancien 59« (Bourgogne) amalgamé avec le 2" bataillon de la Drôme et le 3* de l'Isère ; la 129« enfin, d'un bataillon du 70° de l'infanterie royale (Médoc) — régiment que commandait Sérurier, alors colonel — fusionné avec les 1" et 2« bataillons de l'Hérault '.

La 51" fut formée avec la 103° et la 13° provisoire qui avaient combattu aux Pyrénées ; mais on y ajouta la 99" et la 199^ qui, composées en majeure partie de bataillons de volontaires, avaient constitué le fonds de l'ancienne armée d'Italie.

Ainsi, vieux soldats éprouvés de la monarchie, jeunes volontaires enthousiastes, combattants des Alpes ou des Pyrénées, ne formèrent plus qu'un seul tout et le nouvel amalgame fut pour eux une sorte de creuset d'où devait jaillir de leurs individualités diverses et disparates l'alliage le plus pur elle plus puissant, le métal le plus résistant qui soit jamais sorti d'une combinaison humaine et qui fut l'armée de Napoléon.

Presque tous originaires de pays montagneux, des Cévennes, du Languedoc, de la Provence ou du Dauphiné, les volontaires étaient par suite préparés de longue date à la guerre pénible qui les attendait dans les sauvages défdés des Alpes et de l'Apennin.

A côté des agiles volontaires provençaux du Var et des Basses- Alpes, opérant dans leur propre pays, on trouvait ceux plus pesants et solides de la Drôme etde l'Isère, presque voisins, Dauphinois têtus, tenaces et ardents ; on remarquait surtout ces robustes montagnards de l'Hérault, mi-gascons, mi-cévenols, unissant à la solidité de la race des Cévennes, l'alacrité, la souplesse particulière aux Languedociens. Leur allure, à la fois alerte et résistante, s'adapta à toute cette masse et lui imprima cette sorte de continuel» pas de charge «qui caractérisa l'armée d'Italie dans les combats ultérieurs.

Emules des représentants de la vieille race gauloise, marchaient

1. G-' Susane, t. I", p. 362, 374 et 373 ; Camille Roussel, p. 372 à 399; Adrien Pascal, t. lU, appendice à la lin du volume, dressé par le c' liraliaut, de l'état-major, chef de la section historique au dépôt de la guerre.

aussi au premier rang ces vaillants Allobroges, levés spontanément à l'appel de la Révolution, dès la première heure de leur existence française, et qui après avoir soutenu aux Pyrénées des luttes incessantes, revinrent à l'armée d'Italie, dans les 18", 19" et 69« demi-brigades, les 27" et âO'' légères, y déployer les sérieuses qualités physiques et morales de leur beau pays de Savoie et combattre, sans hésiter, eux Français d'hier, Savoisiensdel'avantveille, sous le drapeau tricolore de leur nouvelle patrie, contre leurs anciens compatriotes du Piémont'.

Les hommes restés alors sous les drapeaux étaient, par la force des choses, les fruits d'une véritable et peu ordinaire sélection. C'était le résidu épuré d'une génération d'hommes exceptionnellement doués ; les êtres inférieurs avaient disparu par la mort ou la désertion. Ce qui restait, était la fleur physique et intellectuelle, la quintessence des levées successives de la Révolution.

Toute cette jeunesse, ainsi rapprochée, se pénétra l'une pcr l'autre dans le frottement quotidien ; chacun communiqua, insuffla à son compagnon ses qualités, s'assimilant les siennes de façon à en faire un ensemble unique ; instrument merveilleux à qui il ne manquait qu'un homme pour en faire surgir tout ce qu'il contenait dans ses flancs. Restant d'ailleurs malgré la dispersion de leurs éléments, sous l'œil des chefs qu'ils avaient volontairement choisis au moment de la patrie en danger, ces divers bataillons demeurèrent en communion d'idées, en contact journalier avec leurs compatriotes devenus généraux ; les liens, pour s'être distendus, n'en subsistaient pas moins et ceci contribua beaucoup à entretenir le moral de l'armée.

Quelques bienfaits qu'eussent procurés les deux amalgames successifs de ces troupes; quelques bons efl"ets que le second surtout eût produits, ce n'en n'étaient pas moins les mêmes hommes qui piétinaient sur place depuis trois longues années sans jamais pouvoir sortir de l'étroite bande de terre où ils languissaient, entre la montagne aride et la mer inhospitalière.

Qui donc put opérer si vite cette transfiguration au point de

i. On lira avec inlOrùt l'ouvrage plein de faits que leur a consacré M. André Folliet, sénateur : Les Volontaires de la Savoie, ainsi que la lirocliure de M. César Duval, sénateur, sur Le 2' bataillon du Mont-Blanc et la i9' denii-brinade à l'année d'Italie. "^

créer des héros là où il n'y avait que des Condottieri, sinon cette influence fécondante, vivifiante, d'un clief jeune, entraînant, inoculant à tous la volonté qui l'animait et sachant agir, faire agir, parce qu'il savait vouloir ? A ce ramassis d'hommes qu'était avant lui l'armée d'Italie, il sut donner consistance, confiance et ensemble.

Il y eut en outre quelque chose de plus haut et déplus grand, de plus impalpable et de plus réel tout à la fois que cette action bienfaisante, rénovatrice d'un génie vraiment gucri'icr. Il régnait dans cette armée, latente parfois, mais n'aspirant qu'à éclore au jour, cette exaltation particulière qui surexcite les grandes âmes et galvanise jusqu'aux plus lièdcs. C'était le souffle de la Révolution qui emportait tout dans son irrésistible tour])illon. « C'est le courant le plus véhément et le plus riche de puissance humaine que jamais l'histoire ait vu se déchaîner'. » On a voulu niej-, on a raillé cette ferveur patriotique et révolutionnaire qui surexcitait alors les soldats à toutes les frontières. Son action fut pourtant immense, incontestable. Comment expliquer, sans ce phénomène psychique, la généreuse ardeur qu'éprouvèrent des bandes indisciphnées, sans uniformes, sans armes, sans pain, sans instruction, presque sans chefs ; qui leur fit trouver, saisir d'instinct, le genre de tactique à opposer aux vieilles formations surannées, et qui leur permit de tenir tète aux bandes aguerries de l'Europe entière, puis de les dompter ? Bravoure des hommes, valeur, génie même des généraux, eussent été impuissants à créer un tel courant ; ilfallait pour soulever cette masse incandescente quelque chose de surhumain et ce quelque chose ce fut la Révolution.

Un des soldats de cette époque, bien placé pour juger, en convient nettement. « C'est la campagne, dit-il *, où l'exaltation morale joua le plus grand rôle. » Un autre témoin dit excellemment que la caractéristique de l'armée d'Italie, c'était l'esprit des soldats et des chefs « plus plébéiens ^ » que ceux de l'armée duRhin, armée où « l'on était soldat, parce qu'on était citoyen ; à l'armée d'Italie, on se croyait citoyen et souvent on ne fut que soldat *. » C'est ce que confirme l'historien suisse Rtistow, lorsqu'il constate ^ que ce n'est pas la vaillance individuelle seule, que « c'est l'esprit des masses qui, dans la guerre comme dans toute l'histoire dumonde, remporte les véritables triomphes ». Et Sybel * enchérit en

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