Albert Sorol. t. 11, p. 5.j
5. Beaulieu seiait arrivé à Milan le 10 janv, 1796 (Cusani, t. IV, p. 31o), d'après le Biacio de Miuola.
sur cet écîiiquier d'Italie, si nouveau pour lui, si varié, si délicat, si différent des vastes pays plais braliançons où Ton pouvait si savamment aligner, déployer et manœuvrer d'imposantes et pesantes colonnes.
Quoiqu'il eût été l'un des vaincus de Fleurus, sa participation aux guerres delà Révolution, sur la frontière de cette Belgique où il était né, n'avait pas été sans gloire et c'était en somme une des réputations les mieux établies de l'armée impériale. Il passait pour avoir une « imagination exaltée*^ », et s'il eût justifié ce reproche, il eût peut-ôtre été un partenaire digne de se mesurer avec la fertile imagination de Bonaparte. Mais on ne le jugeait ainsi que par comparaison avec les esprits lourdement méthodiques et routiniers qui composaient alors l'état-major autrichien. Franc, brusque, bourru, plus craint qu'aimé, instruit d'ailleurs, grand amateui- des arts, expérimenté et brave, il avait été quelque peu écarté du contact des troupes par son long séjour au poste de chef d'état-major et sans doute y avait-il perdu quelquesunes des qualités qui convenaient pour le maniement des hommes et surtout pour ménager la susceptibilité de lieutenants ombrageux.
Bien qu' « encore vif, ardent^ », parfois téméraire dans ses propos, — mais c'était plutôt « l'audace de la fureur et non celle du génie* », — et enclin aux vues gigantesques ; bien que resté « un vegeto vecchione^ », un vieillard respectable et robuste, ce n'était plus guère qu'une ancienne impétuosité. Déjà glacé par l'âge, décontenancé par la rapidité et l'ardeur des jeunes phalanges républicaines, par l'imprévu d'un pays où il était jeté sans préparation, empêtré par le protocole et les instructions tatillonnes du Conseil Aulique,il allait rencontrer dans le terrain, le climat, les hommes, le chef adverse qu'il ignorait, autant de causes d'insuccès où devait sombrer sa réputation quelque peu surfaite. En vain écrivait-il au roi Victor-Amédée qu'il ne se débotterait qu'à Lyon, il n'en prit guère le chemin, ainsi que le fit malicieusement observer son rival '^ et ce qui l'attendait, c'est plutôt au lieu de la victoire, la chambre d'O'Hara que lui prophétise Bonaparte ', et son départ « la rage dans le cœur '».