‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 109 sur 622 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l. L'Italie; son aspect. — II. Invasions multipliées et guerres dont elle fut le théâtre. — III. Ses aspirations vers l'unité politique. — IV. Rôle de la Papauté. — V. Le roi Victor-.\médée III; sa haine contre la Révolution et son alliance avec l'Autriche ; perfidie et égoisnie de cette puissance; négociations secrètes avec la France ; troubles intérieurs en Sardaigne et en Piémont ; abstention de r.^utriclie. — VI. Gènes. — VII. Venise. — VIII. Le grand-duc de Toscane.

IX. tapies. — X. Le pape Pie VI. — XI. Le duc de Parme. — Xll. Le duc

de Modéne. — XIII. La Républiciue deLucques. — XIV. L'Empereur François II et son ministre Tliugut. — XV. Ktat des esprits en Itahe ; rapports de Cacault, de Faipoult, de Miot, de Fourcade, de Salicoti et autres agents de la France. — XVI. Nécessité d'une action prompte et énergique; divergence sur le but final de la campagne.

Italie! Italie! C'est là le mot magique, le mot charmeur que les siècles ont redit, le mot dont Bonaparte, le premier après tant d'années, rêva de faire une réalité vivante, un pays, une nation ; le mot qui flotla, soixante ans, sur les lèvres des patriotes et des martyrs expirants, avant de transformer, par une lente éclosiou, une esclave en souveraine, une moribonde en une créature superbe et vivante.

Italie 1 Italie ! C'est la terre belle et sacrée entre toutes, berceau de la poésie et des arts, Valma parens, la terre nourricière au sens réel du mot, où tous les peuples se sont allaités au génie grec non pas affiné, mais élargi, agrandi par le puissant esprit romain ; le pays qui a enfanté par ses fils autant de merveilles, autant de miracles que le sol môme en a produits !

C'estla terre sans cesse féconde et toujours libre qui, violée tant de fois par les peuples en rut, ne s'est jamais donnée ou s'est toujours reprise; qui n'a voulu être conquise que par un de ses propres fils et que celui-ci n"a asservie que pour mieux préparer

son éveil, comme l'on fait de ces femmes délicates qui ne peuvent mettre au jour leurs fruits qu'après des mois d'immobilité et de compression !

Nettement délimitée en ses frontières, la haute Italie est une immense arène creusée entre les replis des Alpes et des Apennins, où ses contours se développent avec une rare et régulière symétrie. Au Nord et à l'Ouest, les Alpes françaises et helvétiques l'enceignent de leurs hauts sommets neigeux, « ces géants de glace placés pour défendre l'accès de ces belles contrées ' », et vont s'abaissant par gradins jusqu'à ces plaines florissantes, où l'herbe n'est si drue et si verte que parce qu'elle est nourrie par la mort.

Au Sud, l'Apennin l'enferme entre ses pentes abruptes; à l'Est, la mer Adriatique l'entoure mollement de ses flots bleus. Qui la considère y discerne une sorte de gigantesque amphithéâtre que la nature semble avoir, tout exprès, posé là pour les joutes colossales des peuples. Comme pour en mieux marquer la destination, le Pô, l'unique grand fleuve de la région, véritable mer par le volume d'eau qu'il entraîne, « roi des fleuves de cette contrée - », coule en un grand courant qui va des Alpes à l'Adriatique, de l'Ouest à l'Est, roulant ses ondes au fond de cette large vallée, y traçant, parle milieu, une vaste rigole d'écoulement.

Ses nombreux affluents s'y précipitent pour y épancher leurs eaux, en suivant tous des vallées perpendiculaires à son cours; à gauche, ceux venus des Alpes et des grands lacs:Doria, Tessin, Adda, Oglio, Mincio, comme ces fleuves tributaires de l'Adriatique : Adige, Brenta, Piave, Tagliamento et Isonzo ; à droite, ceux issus des Apennins : Tanaro, gonflé de la Stura et des deux Bormida, Scrivia, Trebbia et Taro ; tous avec un parallélisme remarquable, une régularité symétrique, dessinant ainsi sur chaque rive du Pô une série de hgnes qui offrent assez exactement aux yeux l'image d'une prodigieuse échine humaine. Ceux de gauche, rivières puissantes sans cesse alimentées par la fonte des neiges éternelles où elles sourdent et par les immenses réservoirs que forment pour elles les beaux lacs italiens ; ceux de droite, torrents abondants et fougueux, tôt desséchés et taris, l'Apennin qui les produit sur ses flancs trop inclinés ne pouvant, après leur rapide écoulement, renouveler par des glaciers l'eau nécessaire pour remplir leur large lit.

Suivant l'importance de leur débit, les aspérités de leurs bords

1. >'apnléon I": Campagnes d'Italie. On lira avec fruit, en téta du récit fait à Sainte-HOléne par Napoléon, une magistrale description géographique et statistique très détaillée de l'Italie.

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