‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 111 sur 622 · Mémorial deSainte-lIéléne · texte numérisé non relu

Mémorial deSainte-lIéléne

l'abrupt et sauvage Tyrol, pour l'aride et froide Helvétie, aussi bien que pour les montagnards pauvres du Daupliïné, do la Savoie, même du Piémont, cette admirable vallée de laLombardie, avec l'azur de son beau ciel qu'éclaire une si douce et si chaude lumière ; ses horizons aux fresques divines, aux flamboyantes rougeurs d'apothéose, son amoureux climat; avec ses moissons luxuriantes, sa végétation intense, opulente; son exubérante fécondité; avec son harmonieux langage où « il dolce si siiona >' ; avec ses femmes charmantes et ses hommes aux formes impeccables, n'ofl"re-t-elle pas à leurs regards ravis une sorte de paradis terrestre qu'il ne s'agit que d'atteindre pour y vivre à jamais dans la joie, la paresse et l'abondance ? N'étale-t-clle pas pour leurs grands yeux avides, sous le clair soleil qui la dore, le séduisant trésor de ses moissons blondes, de ses llcurs parfumées, au vif incarnat, et de ses pampres vermeils ?

Tous les peuples, surtout ceux d'Allemagne, n'ont-ils pas entonné en son honnepr la romance de Mignon, cette vieille et éternelle chanson des nations transalpines ? Toutes en ont répété le refrain pendant près de quinze siècles. Par milliers, par millions, les peuples qui n'avaient pas la joie d'y vivre, sont accourus mourir sur cette terre « où fleurit l'oranger, où rayonne et sourit un éternel printemps sous un ciel toujours bleu »; où la splendide nature célèbre, toujours jeune, l'hymen sans cesse i-cnouvelé de la terre et du soleil. Mais avant d'y succomber, ils ont saccagé ses villes, ébranlé ses temples magnifiques, ravagé ses verdoyantes campagnes. « Sa fatale beauté en a fait un objet de séculaire convoitise ' », et la malheureuse Italie qui a tant de charmes pour séduire, a toujours manqué de force pour se défendre -.

N'est-ce pas, en eflet, comme une proie tentatrice que l'ont vantée à leurs soldats tous ses conquérants, depuis Annibal jusqu'à Bonaparte ?

Aussi, quoi d'étonnant que depuis tant de siècles ce cirque colossal ait servi de champ-clos à tous les peuples que leurs destins ou leurs appétits ont poussés sur son sol pour sy entr'égorger? Que de dépouilles humaines, issues de ces tueries sans cesse

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