Napoléon 1" : Ca^npagnes d'Italie
En eiïet, l'àme dos divers peuples d'Italie battait déjà à l'unisson. Il n'y avait pas d'Italie, mais il y avait des Italiens. « C'est le même peuple, car vous y rencontrez la même foi, la même pensée, le même but. Il n'est pas un événement arrivé sur un point auquel le reste soit étranger. Le Barbare qui apparaît sur les Alpes fait trembler le pêclieur du golfe de Tarente ' ». Dans cette masse asservie ou frivole, « bizarre mélange de simplicité et de corruption, de dissimulation et de vérité, de bonbomie et de vengeance, de faiblesse et de force* », on sentait germer confusi'mcnt cette idée de l'unité italienne échappée aux querelles sanglantes du Moyen Age. L'Italie « frémissait d'espérance *». Une sorte de vision curieuse tend à s'illuminer de clarté. Cette môme nation qui « a plié tranquillement l'échiné sous le bâton espagnol, qui s'est associée aux vicissitudes de l'Autriche ; cette nation voit du moins le nom d'Italie ressuscité... une vie nationale intellectuelle, tout ce qui, assemblé, harmonisé, fait briller une espérance lointaine, vaporeuse, mal définie, l'espéi-ance des désespérés que chantaient Monti et Cesarotti à Napoléon * ».
C'est ce germe, éclos et lentement couvé à travers les divisions intestines que, le premier, Bonaparte va féconder et faire s'épanouir; puis, par une singulière et fâcheuse inconséquence, il ira, non content de le négliger, jusqu'à en paralyser le libre développement. Peut-être sentait-il qu'avec un peuple si longtemps engourdi, ad'ranchi de si fraîche date, si peu habitué à vivre et à penser, il fallait procéder par degrés ; qu'il fallait, en guise d'apprentissage, l'incorporer à une patrie pour laquelle il apprendrait à verser son sang sur les champs de bataille en rosée fécondante avant de lui créer, de lui donner à défendre une patrie indépendante, etbien àlui. Il savaitque pour naître et grandir, les peuples, vrais enfants, ont besoin de tutelle et qu'on ne fond point le métal d'une nation nouvelle d'un seul jet et dans un seul moule.
Mais Bonaparte, qu'il ait ou non eu tort de ralentir le mouvement qu'il avait imprimé, a la gloire d'avoir donné, le premier, un nom, un corps, aux aspirations si timides et si vagues avant lui de cette Italie à peine sortie des langes sacerdotaux. Il appartenait bien à ce fils de l'Italie de concevoir pareil rêve et de tenter de l'accomplir. « Régénérer la grande patrie italienne » et « donner une vie à cette nation qui se contente d'un rêve ' ».
Qu'il ait échoué, et échoué volontairement, ce n'est que trop