‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 114 sur 622 · EiiLixnio V.illi, p.issiin · texte numérisé non relu

EiiLixnio V.illi, p.issiin

S .M"« de Staël: Corinne, citée par Gh. Dejob, p. 117.

certain, mais qu'importe! Il n'en a pas moins tracé la voie; « frappant l'Italie de son épée, il en a fait une patrie ' », et sur la roule ainsi frayée, les Italiens rendus à eux-mêmes, revivant des sentiments trop longtemps désappris, n'ont plus eu qu'à marcher, tête haute et cœur hardi, marquant chaque étape par les tomhes de leurs héros et de leurs martyrs. Qu'importe donc que le colosse ait eu des pieds d'argile, c'est quand même un colosse. Il n'en est pas moins vrai, quelque éphémère et brutale qu'ait été sa première manifestation, que l'œuvre italienne de Bonaparte lui a survécu.

Ce nest pas seulement du sang, des troubles, des rapts, des ruines, le despotisme que la France a valus à l'Italie. « La secousse violente de l'invasion française a créé avec Bonaparte un bienfait exceptionnel. La conception de l'unité italienne date de là * »et c'est « au milieu du tumulte et des angoisses de l'invasion guidée par Bonaparte qu'apparaissent soudain les premiers signes du réveil de la conscience nationale »^ Ainsi qu'à chacun de ses précédents passages, la France a enfoncé quelque semence féconde derrière elle; comme le laboureur qui, d'un geste large et fort, enfouit au sillon le grain obscur d'où jaillira la moisson prochaine.

N'est-ce pas d'ailleurs l'excuse sacrée des guerres et des conquêtes d'être, en dépit des abominations et des fléaux qu'elles traînent inévitablement après elles, le plus puissant et le plus sûr véhicule des idées civilisatrices d'émancipation, de progrès, de liberté? Elles les implantent de force dans un sol aride ; elles les arrosent du sang généreux de milliers de victimes, pour en favoriser l'éclosion superbe, souvent tardive, mais assurée, lorsque l'humanité, arrachée à son indifférence et secouée dans ses fondements, toute bouillonnante de sève jeune et riche, a cicatrisé ses plaies et senti fermenter le germe contenu dans ses flancs.

N'est-ce pas la rançon des guerriers et des conquérants d'être toujours, à leur insu, contre leur gré môme, les plus actifs semeurs d'idées et de révolutions, les instruments dont se sert Dieu pour diriger les foules, force aveugle déchaînée; pour balayer cette poussière de nations, de trônes et de lois sur laquelle, méprisant, piétinera l'avenir? C'est eux que Dieu veut pour conduire les nations d'essor en essor, d'un pas parfois majestueux, tantôt violent et saccadé, jusqu'à un idéal meilleur, qu'une

1. Prince Napoléon : jVajDoZc'on et ses dé/racteurs, p. 270. Napoléon disait au grand- m«' Bertrand, à Sainte-Hélène, qu'il voulait formellement cré*r indépendante et libre la nation italienne.

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