‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 116 sur 622 · Eugenio Valli, passim · texte numérisé non relu

Eugenio Valli, passim

nos jours, n'est-ce pas encore cette môme France, sous un autre Napoléon, qui eut l'impérissable gloire de poursuivre et presque de terminer l'œuvre conçue et entreprise par un enfant de l'Italie à la tète de soldats français? Solferino procède directement de Rivoli.

Des obstacles de tout ordre se hérissaient du reste contre ces gigantesques projets de renlantemcnt d'une nation. Il n'y avait pas que la mollesse et l'inertie d'une race détournée par des siècles de despotisme des pensers virils et de toute vertu guerrière. L'obstacle majeur résidait dans la papauté. Machiavel, dès le xv siècle , signalait le pouvoir temporel des papes comme la cause principale de l'asservissement de l'Italie et il en réclamait avec virulence la destruction '. Depuis de longs siècles en clTet, l'immuable doctrine des papes s'était attachée à s'opposer à celte union intime de la péninsule italique sous un même nom, sous un même maître, lut-il le vicaire de Jésus-Christ lui-même. La politique pontificale sentait bien qu'une forme périt quand une autre commence et qu'en acceptant, comme le voulaient les Guelfes, de se mettre à la tête du mouvement de rénovation italienne entrepris alors à son profit, c'était, malgré tout, renoncer à son pouvoir ou l'amoindrir. Elle présageait que cette jeune nation lui échapperait bientôt, et qu'un changement si profond ne pourrait que déterminer ou hâter sa propre destruction. Aussi, ces guerres, ces invasions perpétuelles qui avaient désolé, ravagé l'Italie, la papauté, qui avait peu à les redouter pour son propre compte, tantôt les avait évoquées « comme un instrument de pénitence » pour les peuples indociles; tantôt les avait secrètement encouragées, tout au moins accueillies sans répugnance, comme « une garantie perpétuelle et un danger permanent d'asservissement * ». Elle savait bien que les plus effrontés envahisseurs s'arrêteraient à temps devant la majesté de son pouvoir, armé de cette arme, alors non émoussée, de l'excommunication, et que les peuples torturés ne s'en serreraient que davantage autour d'elle, devenue le seul refuge de la civilisation et de la paix. Elle rêvait plus encore d'être omnipotente que bienfaisante et préférait le ! pays livré aux étrangers plutôt qu'évadé des liens moraux et politiques dans lesquels elle l'enchaînait à son service.

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