J. Zeller, p
2. Cette petite-fille de Louis XV, ne faisait ainsi que rentrer dans son pays et sa famille d'oiigine, puisque la mère de Louis XV était une princesse de Savoie, AdOlaide, la propre tante du roi Victor-Amédée,
d22 BONAPARTE EN ITALIE
comme roi, comme parent, on s'explique l'irritation profonde qu'il ressentit en apprenant les progrès et les violences de la R(3Volution contre ses proches. Ses deux gendres, réfugiés d'abord près de lui à la cour de Turin, pleins d'illusions tenaces, avaient eu peu de peine à les lui faire partager et à l'entretenir dans des dispositions trop naturelles. Il avait accueilli avec empressement dans sa capitale les nobles émigrés, « plutôt rebelles que victimes » qui assiégeaient les antichambres de ses deux gendres, ces émigrés aussi odieux dans leurs projets que grotesques dans leurs propos, et que le peuple sarde, moins aveuglé sur leur compte que son roi, qualifiait plaisamment de « gens de la semaine prochaine », narguant ainsi le côté comique de leurs espérances obstinées et coupables'. Il se montra l'un des plus ardents, des plus intraitables vis-à-vis de la France que son religiosisme outré ; sa déférente soumission au Souverain Pontife ; ses préjugés de tout genre lui auraient fait abhorrer, même en dehors du triple motif familial qui l'y incitait. Il s'emporta même fort loin dans la manifestation de ses sentiments, se laissant entraîner presque à une violation du droit des gens, comme lorsqu'il refusa de recevoir a Turin l'ambassadeur de France, Sémonville, et le fit arrêter à Alexandrie, le 19 avril 1792. Un tel acte d'hostilité, survenant après la réception particulièrement affable qu'il avait faite aux émigrés français, provoqua le départ de Turin pour Gênes, le 3 mai, du chargé d'affaires de France, de Lalande^ C'était la lupture, et Victor-Amédée se jeta dès lors à corps perdu dans la ligue contre la France, faisant dès le début cause commune avec les souverains d'Europe qui voulaient restaurer en France les prérogatives royales, et entrant délibérément dans la coalition, sans souci de ce qui pourrait lui en advenir, entraîné surtout par ce besoin déjouer un rôle dans le concert européen qui a toujours agité la Maison de Savoie ^ et lui a valu tant de pertes et d'avanies.
Son ministre des affaires étrangères, le marquis d'Hauteville, qui plus tard vit si clair dans le double jeu des Autrichiens, était alors si ardemment partisan de l'Autriche, qu'on avait pu l'accuser d'être vendu à cette puissance*. Ainsi tout concordait, famille, religion, politique, pour entraîner ce malheureux prince aux décisions qui devaient amener sa perte.
Dans cette conjuration, d'ailleurs, le vieux roi ne fut, — il le lui