‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 119 sur 622 · G" Pinelli, 65 et · texte numérisé non relu

G" Pinelli, 65 et

fallut bien reconnaître, mais trop tard, — que le jouet de l'ambition autrichienne, qui le fit mouvoir à sa guise, le choyant ou le bernant à tour de rôle, suivant ses caprices et ses intérêts.

La résolution de Victor-Amédée, si Ton écarte les sentiments familiaux fort respectables qui l'unissaient aux Bourbons et devaient l'incliner à épouser leur cause ou à la venger, était peu compréhensible à ne considérer que les intérêts de son royaume. C'était commettre une grave imprudence pour sa couronne et pour son peuple, que de se lancer, avec une passion si aveugle, dans une lutte dont on ne pouvait calculer ni prévoir le développement, la durée et les conséquences et pour laquelle son royaume était loin d'être préparé. '-

Depuis plus de vingt années que Victor-Amédée était sur le trône, il avait plutôt affail^li qu'acci'u la puissance de la monarchie sarde. Ce prince, d'esprit chevaleresque, mais « vain, sans caractère et sans jugement * », avait débuté en monarque libéral et éclairé, à l'exemple de la plupart des princes de la maison de Savoie. 11 avait tenté, peut-être avec une certaine affectation de popularité, d'accroître le bien-être de ses sujets, fût-ce même aux dépens des riclies abbayes dont, malgré sa piété, il avait sécularisé les biens. On l'avait vu abolir des droits de péage, entreprendre pour l'agriculture des travaux d'endiguement et des routes. Turin lui doit plusieurs de ses beaux monuments. Mais les heureuses promesses du début de son règne furent bientôt déçues par l'exagération de ses dépenses en tous sens, surtout pour son armée,

« Idolâtre du grand Frédéric '», et d'humeur guerrière comme tous ses aïeux, qu'il imitait «jusqu'aux tambours ""j), brillant soldat à Santa-Maria dell'Olma et à Bassignana en 1743; aimant à jouer au soldat, se complaisant en revues et en parades, soldatesque et batailleur plutôt que belliqueux *, il tomba dans le travers qui lui coûta cher, de copier en tout cette arnu'e prussienne dont il était épris. L)ans son désir irraisonné de modeler à l'image allemande sa pet.ie armée sarde, si bonne et si brave, il épuisa ses économies et celles, considérables, de ses sages prédécesseurs. Son goût immodéré pour les embellissements ne fit qu'aggraver le gaspillage ; et son ardeur pour les grands travaux, qui aurait pu

1. X.-B. Saintine, p. 10; le g«' Jomini (t. VIII), le qualifie miinie de «pusillanime ».

Page 1