‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 120 sur 622 · Melzi d'Eril : Memorie, t. !•', Introduction, p. XXI · texte numérisé non relu

Melzi d'Eril : Memorie, t. !•', Introduction, p. XXI

4. Il avait coutume de dire qu'un soldat était plus grand à ses yeux qu'un académicien, et qu'il préférait un tambour à tous les membres de l'Académie. Chez lui, tout, arts, lettres, sciences, architecture, histoire, tout tendait à l'armée, à la guerre (MeUi. t. I", p. XXI ; Cesare Cantu : Storiadegli llaliani, t. XllI, p. 16).

favoriser la prospérité de son peuple, en devint la calamité, satisfaite qu'elle fut sans discernement ni mesure, de façon à creuser un gouffre linancier qu'il ne put combler.

Aussi, lorsque éclata la Révolution, si nul souverain n'était, en Europe, plus passionné, plus fanatisé contre elle que le « roitelet de Sardaigne ' », nul non plus n'était moins en état de mettre les révolutionnaires à la raison. Assurément, ni le courage, ni le désir ne lui faisaient défaut, mais le nerf de la guerre, l'argent, manquait dans le trésor royal et il fallut, dès le début, se résigner à être le tributaire de l'Autriche et de l'Angleterre qui accordèrent de larges subventions, mais abusèrent la Sardaigne de magnifiques promesses, dont presque aucune ne fut tenue, alors qu'elle s'engageait ferme à tenir sur pied 50,000 soldats.

Le roi était impatient, au surplus, d'essayer cette armée qui lui avait coûté tant de sacrifices ; il semblait atteint « comme d'une fringale de batailles - », et c'est avec une sorte de vertige qu'il se jeta, tète baissée, dans l'aventure où son trône et son peuple devaient finalement succomber.

C'était là une étourderie bien incompréhensible chez un vieillard presque septuagénaire. Mais à la vérité, Victor-Amédée était très affaibli intellectuellement, moins par l'âge que par les pratiques d'une dévotion minutieuse. « Son esprit n'est pas plus sain que son corps débile », écrivait-on de lui, non sans raison^.

Très vain d'ailleurs de son rôle de « portier des Alpes * », qu'il prenait au sérieux, il se croyait inexpugnable à l'abri de ses montagnes et n'était pas fâché de le prouver et de justifier du même coup les folles dépenses, grâce auxquelles il avait dilapidé, dévoré les ressources de son royaume.

Le « roi des marmottes », comme on l'appelait, s'illusionnait étrangement sur l'étendue de sa puissance. Dans ses ambitieuses visées, il ne prétendait pas moins, tout en préservant ses possessions de Nice et de la Savoie, qu'à porter la guerre, d'une part sur les côtes de Provence, au-delà du Var, et de pénétrer, d'autre part, jusqu'à Lyon, afin d'y donner la main aux insurgés royalistes qu'y commandait Précy dont il avait fait son aide de camp \

A peine les opérations entamées, il lui fallut vite déchanter. D'un vif élan, les Français lui enlevèrent avec prestesse la Savoie et le comté de Nice, et le rejetèrent derrière les Alpes. C'est alors qu'il

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