Eug. Trolard, t. l's p
l. H. de Balzac : Le Médecin de campajne, page 194, récit du vieux soldat Coguclat.
a BONAPARTE EN ITALIE
véritable sélection, il en extrait les éléments valides dont il renforce hâtivement les quatre divisions auxquelles il ménage le rôle actif. Le reste doit servir de troupes de garnison, une fois en pays conquis.
Aussi voit-on brusquement tomber l'efTectif des divisions de la Côte, dans le court espace de temps qui sépare l'entrée de Bonaparte à Nice du 9 avril, veille de la marche en avant de 1 ai-mée. Les divisions Mouret et Puget-Barbentane réunies ne comptent plus que 4,808 h. au lieu de 13,239 '. La division R. Casablanca est réduite de plus de moitié : 3,125 h. au lieu de 7,820 ; enfin la division Fontbonne, déjà si faible, avec ses 1,548 h. n'est plus qu'un squelette de division avec 1,045 h.; elle est décapitée du reste par la mort tragique et mystérieuse de son général, assassiné, près de Fréjus, dans le bois de l'Esterel, le 8 avril 179G.
Par contre, la division La Harpe s'est accrue de 500 h. (8,614 au lieu de 8,140) ; la division Meynier en a gagné près d'un millier (9,526 au lieu de 8,544); la division Augereau s'est renforcée de plus de 1,500 h. (10,117 au lieu de 8,576); enfla, augmentation plus considérable encore, la division Sérurier s'est vue portée de 7,202 h. à 9,448. Seules les divisions Macquard et Garuier sont restées à peu près stationnaires.
Ces prélèvements nécessaires une fois opérés, Bonaparte a dans sa main quatre divisions bien compactes, qui sous les ordres de La Harpe et de Meynier que dirige Masséna, d' Augereau et de Sérurier, vont lui servir uniquement pour les premières opérations. C'est exclusivement avec ces quatre divisions qu'il entreprit la campagne et remporta ses premiers succès. Encore convient-il de remarquer que la division Sérurier, immobilisée d'abord dans la vallée du Tanaro ne participa point aux affaires du début et ne rejoignit les trois autres qu'après les rapides triomphes de Monlenotte, de Dego et de Millesimo.
En additionnant l'effectif de chacune des trois divisions :
La Harpe 8.614 hommes
Meynier 9.526 —
Augereau 10.117 —
On arrive au total de . 28.257 hommes qui reprc-
Etat de situation, sans date, classé au 20 germinal IV, 9 avril 1790 (Arcli. G.).
L'ARMÉE <b
sente exactement, à un millier d'hommes près, les forces qui franchirent les Apennins avec Bonaparte. Lorsque la division Sérurier (9,448 h.) eut fait sa jonction, cela fit un total de 37,70o h. dont il faut déduire les pertes éprouvées dans les premiers engagements. En évaluant donc à 35 ou 36,000 baïonnettes l'effectif de l'armée agissante d'Italie en avril 1790, on serre d'aussi près que possible la vérité '.
Chiffre bien faible, presque dérisoire, en comparaison des exploits accomplis par cette poignée dhommes ; surtout lorsque l'on songe que l'armée fut prise en quelque sorte en flagrant délit d'organisation, en pleine ébauche du second amalgame !
Et encore en sus des armées régulières de la Sardaigne et de l'Autriche, cette armée avait à lutter journellement dans ce pays ruiné où elle traînait depuis de longs mois son énervante inaction, contre les bandes de Barbets qui l'infestaient. Ces Barbets, moitié soldats, moitié bandits, déserteurs de l'armée Sarde, miliciens ou paysans révoltés, débris, à ce qu'on prétend*, des anciens huguenots de France réfugiés dans ces gorges ou des Vaudois, colorant leurs forfaits du beau nom de patriotisme, ces Barbets s'attaquaient aux hommes isolés, aux détachements peu nombreux, et les égorgeaient. Ils pillaient les convois insufflsamment accompagnés, rançonnaient les voyageurs et trouvaient dans la population, soit grâce à la terreur qu'ils inspiraient, soit par l'appât du gain, des asiles silrs, voire même des complices, qui les dérobaient à toutes les recherches. Leur audace et leur cruauté étaient devenues fameuses. Leurs deux chefs les plus connus,, Ferronne et Cantino,
1. Dans une lettre au Directoire du 28 déc. 179G, Bonaparte dit lui-mAme : «Je suis entre en campagne avec 24,000 h. d'infanterie » (Arcli. G.). Si l'on délalipic des 28,2oT 11. déconipti s ci-dessus, les canonnicis et les absents, le nombre des fantassins ne doit pas, en olfet, avoir dépassé de beaucoup 24,000 hommes. Pour le total de l'armée, les Mémoires de Masséna (t. II, p. 13) indi(|ui'nt 37, 775 li.; le g«' .loniini (t. VllI, p. 57) in(li(pie 42,000 h. ; le c' Plebani estime l'armée à 29,000 h. d'infant., 3,000 de caval., 30 canons (p. 11) ; Tliiers (liv. 33) dit : « Plus de 3fi,000 h. », cliilVre qui, on le voit, se rapproche davantage de la vérité; le g' Pommcrcul (p. 3) cite 50,000 h. sans indiquer s'il ne comiireud que les présents au corps ; le c' lliistow (p. 37) parle de 30,000 à 31,500 h. ; c'est également le chilIVc donné par Napoléon lui-même à Sainte-Hélène; le c' Krebs (p. 368)lixe le nombre des combattants à 35,375 fantas., 3,354 caval., 1,791 artill., sapeurs, etc., soit 40,392 h. 738 cliev. et 20 canons de petit calibre. C'est le cliillre qui nous parait le plus exact. D'après le cap°» J.-G. « Montenoite » (Journ. des Se. Mil., mai 97, p. 200), l'armée aurait compté 60,270 h., le 12 avril ; le ni"' .Marmont, dans ses Mémoires (t. I", p. 145) indique comme total de l'armée active 28,820 fantas., (59 batail.), 4,000 caval., (29 escad.) et 24 pièces de montagne; Daru, dans V Histoire de la Réimblique de Venise {t. V, p. 439) évalue l'armée à 63,500 li.; le g«' Koguet (t. l", p. 218) dit 30.000 h.; Abel Hugo (t. II, p. 73) fixe ce chilfre à 31,000 h. Quant à l'historien anglais, le c' Graham (t. I'% p. 199), il ne craint pas d'évaluer l'armée française à 85,000 h., chiffre tout à fait fantastique qui est relevé justement dans Victoires et Conquêtes (t. V, p. 163), où l'on indique comme nombre d'hommes en ligne, en mars 1796, 34,000 h. Nous ne citons tous ces chillres si discordants que pour mieux faire connaître les cireurs dans lesquelles la plupart des historiens sont tombés et les difUcultés qu'on éprouve à dégager la vérité.