‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 121 sur 622 · Mallet du Pan : Correspondance, t. I", p · texte numérisé non relu

Mallet du Pan : Correspondance, t. I", p

dut avoir recours aux subsides de l'Autriche, mais pour tomber sous sa dépendance et se résigner à n'être plus qu'un jouet entre ses mains. Le 22 septembre 1792, à l'heure même oùMontesquiou entrait à Chambéry, le roi de Sardaigne concluait, à Milan, le Iraité d'alliance avec l'Autriche '. Cette puissance qui, depuis longues années, régnait sur les riches plaines de la Lombardie, jetait de continuels regards de convoitise sur le Piémont, allant jusqu'à émettre des prétentions sur Novare*, et méditant d'étendre sa domination jusqu'aux Alpes. Aussi se garda-t-elle de repousser les sollicitations de Victor-Amédée et promit-elle tous les secours en hommes et en argent qu'on attendait. Sous couleur de garantir le petit pays de Piémont, l'aigle autrichien étendait sur lui ses serres rapaces, ne risquant ses efTorts pour le protéger qu'à bon escient, excitant son allié à se compromettre à son profit, sauf à l'abandonner sans vergogne dès que son propre intérêt ne serait plus en jeu ou lui dicterait d'autres résolutions.

Ainsi l'Empereur n'envoya qu'un faible corps auxiliaire de sept bataillons, quatre escadrons légers et vingt-deux pièces de canon sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant Strassoldo, qui avait sous ses ordres les généraux-majors Colli et Provera ^ C'est à cet égoïsme, doublé de duplicité, qu'il faut attribuer en grande partie le peu de succès des attaques austro-sardes contre les quelques poignées de Français qui leur furent opposées de 1792 à 1794 et dont on fût facilement venu à bout.

Il ne suffisait pas d'ailleurs à l'Autriche d'avoir exposé gratuitement son allié seul aux coups de la Révolution, elle entendait recueillir seule les bénéfices de l'aide illusoire qu'elle lui portait. Si elle avait daigné accueillir l'alliance sarde contre la France, c'étùt avec l'arrière-pensée que cette union passagère constituerait le noyau d'une alliance générale des peuples d'Italie sous la suzeraineté de l'Autriche. Celte ambitieuse prétention n'avorta qu'en raison de la résistance incoercible des petitsÉtats indépendants, tels que la République de Venise, qui ne voulurent point consentir à cette abdication, et d'ailleurs la papauté, toujours jalouse de l'intégrité de son pouvoir, s'y fût difficilement prêtée.

Mais quel rôle pour le Piémont, quelle entreprise glorieuse et féconde, si Victor-Amédée, empruntant alors ce même plan à l'Autriche, comme on le fit en 1839, avait groupé sous sa bannière toute l'Italie, et, devançant l'heure, avait proclamé, à la fois conlre

1. Le g»' Stein, commjindant en Lombardie, le signait pour l'Enipercuf, le ral-major marquis de Brézé, pour le roi.

2. Carlo Tivaroni : L'Italie sous la domination française, t. h', p. 10.

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