‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 122 sur 622 · G"i l'inelli, p. 74 et TJ · texte numérisé non relu

G"i l'inelli, p. 74 et TJ

l'Autriche et contre la France, le principe de l'unité italienne ! Mallieureusement, le vieux roi méconnut sa mission et l'Autriche, dès qu'elle n'eut plus d'intérêt pressant et direct à seconder l'armée sarde, se renferma dans une stricte réserve, ne risquant ses armées que sur les bords du Rhin. Ses ministres, Kaunilz et Tiuigut, si prodigues naguère de belles promesses envers le Piémont, ne répondirent plus qu'avec une ironie quelque peu hau taincà ses réclamations, parfois même avec menace. L'Empereur se refusa à tenir les engagements qu'on avait souscrits en son nom. Un moment même, on décembre 1793, lorsque Tliugut voulut faire porter tout l'efl'ort des armes autrichiennes sur la ligne du Rhin, on sacrifia délil)érément l'infortuné Piémont, comme on le fit des Pays-Bas, et il s'en fallut de fort peu que cet abandon ne fût consommé. Sur les instantes réclamations de Viclor-Ainédée, l'Autriche recula devant cette forfaiture, mais elle entendit l)ien ne plus agir désormais que munie d'un traité en bonne et due forme qui lui garantirait, en retour de son appui, de sérieuses compensations.

Toujours animé du désir d'unifier l'Italie sous sa loi, et plus préoccupé de la démembrer, de la dépouiller ou de l'absorlicr, que de la défendre contre ses agresseurs, le cabinet de Vienne ne voulut plus consentir à des envois de secours qu'en échange d'un traité léonin qui plaçait le Piémont sous l'étroite dépendance de son puissant allié et assurait à celui-ci un avantageux partage des teri'itoircs ou des indemnités de guerre à prélever sur la France après la victoire immanquable des Austro-Sardes.

Contraint par la nécessité, le roi de Sardaigne dut s'incliner et se résigna à envoyer jusqu'à Valenciennes son plénipotentiaire, le marquis d'Albarey, pour y signer, le !23 mai 1794, l'acte diplomatique qui consommait, en réalité, sa déchéance. Les deux armées, autrichienne et sarde, étaient, en vertu de ce traité, réunies sous le coinmaiidcmcnt d'un général autrichien, le baron Alexandre Dewins. A la paix, le Piémont aurait à choisir entre deux propositions : ou bien consentir au partage entre les deux pays des conquêtes laites sur la France, qui ne pouvaient être douteuses, — et dans la pensée desAutrichiens, le lot du Piémont devait se borner àNice et àla Savoie qu'il serait ainsi trop heureux de récupérer, laissantlesurplusà sonallié ; — ou bien, ces territoires étant restitués à la France en échange d'une indemnité eh argent, répartii- la somme considérable, à n'en pas douter, qui en proviendrait, en trois parts égales, dont deux acquises à l'Autriche, bien que le Piémont eût seul fait les frais du marché. C'était s'adjuger la plus grosse portion dans une loterie où l'on courait, il est

vrai, mille risques de ne point gagner. C'était un peu, en efTet, vendre avant l'heure la peau de l'ours', qu'on ne devait pas tuer.

Viclor-Amédée, le désespoir au cœur, dut se résoudre à souscrire à un pacte si cruel pour son pays; il évita toutefois, d'opter incontinent entre les deux allernalives, également fâcheuses et pleines de sous-entendus redoutables, auxquelles l'acculait son peu délicat voisin.

Comme on comprend que devant tant de dédaigneuse arrogance, le secrétaire du roi, Viretli, se soit écrié qu'entre les Autrichiens et les Français, on ne pouvait au juste «savoir quels sont nos pires ennemis * ». Le marquis d'Hauteville, désabusé, dit sait aussi : « Ces 40,000 Autrichiens me font peur, puisqu'ils son chez nous *. »

En subissant, plutôt qu'en acceptant, la mort dans l'âme, les conditions onéreuses de ce concours peu gratuit, le vieux roi nourrissait en secret l'espoir de s'y soustraire. Si fanatisé qu'il fût contre la France et les doctrines révolutionnaires qui le remplissaient d'épouvante, le roi envisageant les résultats de la lutte si peu conformes jusqu'alors à ses espérances, avaitsenti s'émousser son ardeur batailleuse et se refroidir son zèle. Si vives et si justifiées qu'aient été au dél)ut ses anlipatliies, elles avaient fini, comme toutes les passions, par s'user de leur excès même. Non pas que Victor- Amédée eût rien abandonné de sa répulsion violente pour les principes de la Révolution, mais il commençait à s'apercevoir qu'il n"était guère en son pouvoir d'en refréner l'essor, et sans qu'il y pensât peut-être expressément, son esprit se trouvait plus enclin à composer avec les affreuses « carmagnoles » qui les incarnaient, sinon àtransigeravec les principes eux-mêmes. Lamort de Robespierre qui, aux yeux de l'Europe, avait marqué la chute du régime jacobin etl'avènement d'une République plus modérée, avait confirmé le roi dans cette tendance pacifique et le découragement atleignait avec lui cette cour de Turin, « vieille, triste et maussade •* ».

L'état intérieur du royaume était loin d'ailleurs de lui offrir un tableau réconfortant, et il pouvait juger sur sou propre peuple dos progrès que savaient faire ces Jacobins infernaux. Déjà, le 23 mai 1794, à l'heure même où d'Albarey apposait sa signature au bas de l'instrument diplomatique qui emprisonnait le roi, une conspiration démocratique tramée par Barolo, Cerise et de Slefanis,

1. ■< Divisione délia pelle dell' orso » fCarlo Tivaroni, t. I", p. IG).

2. Lettie ilc Viietti au ?»' Déliera, du 19 oct.l79y, citée par Henri Mannonier,p. 34. li. Albert Sorel, t. IV. p'. 34.j.

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