Curlo Tivaioni, t. I", p
A vrai dire, c'était la minorité de 1 aristocratie génoise seule, une vingtaine de familles nobles ', les oligarques, qui penchaient ainsi en faveur de lAutriche. La bourgeoisie et le peuple étaient plutôt favorables à la France. Ils étaient surtout hostiles au Piémont dont ils redoutaient les entreprises, et aus Anglais dont le ton protecteur et les façons sans-gène leur déplaisaient. Aussi rongeaient-ils leur frein devant l'insolence des patriciens et la politique que ceux-ci leur imposaient.
Gènes d'ailleurs aimait la liberté ; l'esprit y était vif et prompt ; la population active et forte, hardie et prudente, à la fois policée et grossière ; les partisans des doctrines de Port-Royal y étaient nombreux. Les envoyés de France, Sémonville et surtout Tilly, « petit boute-feu insolent, ambitieux, jacobin - », avaient cherché à plaire au peuple, travaillant ouvertement à le concilier à la cause française *. Villars, et Gacault qui venait de lui succéder, le 7 mars, s'étaient appliqués à continuer leur œuvre.
Mais Gènes avait beau penser et sentir différemment ; un club de .Tacobins avait beau y fermenter, depuis quatre ans, chez l'apothicaire Morando *, la minoi'ité qui détenait le pouvoir l'exerçait, comme de raison, au profit de ses intérêts et de ses passions. Gènes, flère de son admirable situation maritime, baignée par les flots bleus de la Méditerranée, orgueilleuse de son beau ciel, du climat enchanteur de sa rivière, de ses S5 lieues de côtes, du Ponent au Levant ; plus vaine encore de ses richesses accumulées, sentait qu'elle pouvait, au moment propice, s'ériger en arbitre du destin, selon qu'elle se déclarerait pour l'un ou pour l'autre des deux adversaires. Cette situation privilégiée assurait beaucoup plus son indépendance que sa double enceinte bastionnée, bien garnie d'artillerie, et la petite armée de G, 000 h. qu'elle recrutait chez elle, y ajoutât-elle, en cas de besoin urgent, ses 6.000 gardes nationaux, ainsi que la levée en masse des 30,000 portefaix, carbonari et ouvriers de ses faubourgs et des 10,000 paysans des vallées de la Polcevera, du Bisagno et de la Fontana Buona.
Il est vrai qu'elle risquait d'être, d'un moment à l'autre, broyée entre les deux belligérants, ou violentée par l'un d'eux, sans pouvoir se défendre. Mais elle comptait bien être secourue en temps opportun par l'autre parti, tant tous deux avaient intérêt à sauvegarder une telle neutralité. Tous deux, tour à tour, empruntaient
1. 11 y avait quatre cent soixante-cinq familles, inscrites au livre d'or de la noblesse, (Paul Gaftarel, p. 'il].