‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 132 sur 622 · Malletdu Pan ; t. 11, \\. 2S · texte numérisé non relu

Malletdu Pan ; t. 11, \\. 2S

bien son territoire, mais cet inconvénient paraissait minime en regard des ricliesses que celte semi-occupation faisait refluer dans ses magasins et du développement qu'elle donnait au commerce génois. Malheureusement pour Gènes, tout y était subordonné au commerce, au gain et aux profits, et l'esprit mercantile lasalt perdre de vue les considérations d'une ferme politique.

Ainsi, alternativement caressée ou menacée par l'un et par l'autre, Gènes sut, au milieu du va-et-vient des adversaires, observer entre eux ce rôle essentiellement délicat d'une parfaite neutralité. Mais, à ce double jeu, elle aboutit à mécontenter également les deux parlis.

Il convient de dire aussi que le principe de la neutralité, si hautement proclamé, avait reçu quelques accrocs, du moins en ce qui concerne la France, qui pouvait, à boii droit, reprocher au gouvernement génois d'avoir laissé égorger, en octobre 1793, l'équipage de la frégate française La il7offes^cctcapturerlebàtiment,par cinq vaisseaux anglais, et cela au milieu même du port de Gôncs, en violation flagrante de la neutralité. Aucune réparation sérieuse de cet attentat n'avait été accordée par Gênes ; tout s'était borné à des excuses que le doge Doria et le Sénat présentèrent du bout des lèvres.

En outre, le ministre anglais Di-ake et le ministre autrichien, le comte Giovanni Girola, ne cessaient de fomenter, à l'abri du pavillon neutre, des machinations contre la France, de concert avec Cazalès et autres émigrés français, avec la complicité certaine des oligarques de la ville. Le gouvernement lui-même n'avait pas craint de bannir plusieurs des familles nobles les plus attachées à la France '. Enfin, le chargé d'affaires de Gènes en France, Mazzucone, était suspecté d'abuser de sa situation pour renseigner secrètement son pays sur les projets des Français *.

En dépit de ces incidents^ la République de Gênes avait, en fait, sauvé du moins les apparences. Elle n'avait pas cédé aux tentatives d'intimidation de Dralce et de Moreno qui voulaient l'obliger à renoncer à la neutralité, et ceux-ci, mécontents, s'étaient retirés à Livourne. Si donc la France nourrissait contre ces nobles des griefs trop fondés, elle avait su los faire taire, au moins provisoirement, faute de se sentir assez forte pour obtenir une réparation éclatante, et affecta, dès lors, de donner l'exemple du respect d'un Etat neutre qui tenait si savammentla balance en parfait équilibre. Bonaparte devait les faire revivre, au moment opportun, et stigmatiser la conduite pleine de duplicité de Gênes, foyer de l'agitation

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