Paul Gallaicl, p. 6i a G
L'ITALIE 13'j
anti-française, où l'on souffle l'esprit de rébellion ; où se commettent des horreurs; où trouvent asile « les chefs des assassins encore dégoûtants de sang français » ; où Girola leur envoie des munitions, publiquement; où le gouverneur de Novi les protège ; de telle sorte que la République de Gènes était devenue le « repaire de tous les brigands' ».
Les exigences de la France tendaient surtout à la conclusion d'un emprunt, soit avec l'État, soit avec les banquiers génois, emprunt de o ou 6 millions, dont l'armée avait un extrême besoin. Gênes s'y refusait, malgré l'appui que donnait Spinola, commissaire général à San-Remo, aux demandes formulées par Cacault. C'est à cela que s'employaient toute l'autorité et toute la souplesse de Cacault;, aidé par les divers représentants en mission, notamment par Saliceti. Les chefs de Gènes « ne croyant ni à une campagne en Italie, ni à nos succès », se refusaient à toute concession *.
Enfin, à bout de finesses, épuisé de négociations illusoires, Cacault opina ferme pour qu'un coup de force décidât le gouvernement de Gênes à satisfaire aux pressantes nécessités de l'armée. « Comme il faut 5 à 6 millions à l'armée pour entrer en campagne, il faudra renoncer aux moyens doux ; le mieux serait d'entrer dans Gênes par surprise, loger l'armée dans les belles maisons de campagne des membres du gouvernement, nos ennemis ■\ »
Malgré toute cette belle confiance et, bien que pour donner satisfaction à Cacault et céder à la pression de Saliceti, le général Schérer se fût décidé à prescrire l'envoi de 6,000 h. vers San-Pierd'Arena, on hésitait à recourir, sans transition, aux moyens violents. Saliceti, survenu à Gênes tout exprès, abaissait successivement ses prétentions. L'ardent Saliceti, bien que croyant qu'une « volonté déterminée, jointe à la morale d'un Jacobin » renverse tous les obstacles \ dut en rabattre. Il exigeait d'abord lo à 20 millions, puis 7, puis 5 à 6 millions; il réduisit sa demande à 3 millions *. Il avait beau se promener dans Gènes suivi de Jacobins, il
1. Bonaparte au Sénat de Gènes, de Tortone, 15 juin 1796 ; Bonaparte à Faipoult, do Castiglione, 20 juil. 1796, et Bonaparte à Carnet, de Roverbella, 6 juillet 1796
2. Cacault au Directoire , du 20 mars 1796 (Arch. G., carton 3/19 V).
3. Cacault au miuistre des relations extérieures, de Gènes, 26 ventôse IV, 16 mars 1796 (Arch. AIT. Étrang. et Arch. G.). — Dans cette même dépêche, Cacault indiquait les formes à observer pour faciliter les emprunts volontaires à Gènes : 1» il faut procuration du Directoire passée à un banquier de Gènes, fondée et autorisée par décret du Corps Législatif; 2" que le fondé de procuration passât contrat avec un principal capitaliste pour la somme totale, et celui-ci par son crédit particulier trouverait les fonds. — D'après une dépèche du 29 mars, Cacault assure que l'emprunt n'a manqué que par la faute de certaines maisons dont il a la liste.
*. Cl Krebs, p. 363, note 1 ; Thaon de Revel,p.332. 5. Ibidem,
ne faisait pas peur. Saliccti déclarait enfin se contenter pour le moment de 500,000 francs et accordait un délai de quinze jours pour le versement de 3 millions en sus. Il les eût peut-être obtenus, mais le H mars, Drake accourait de Milan pour attiser le zèle attiédi du Sénat génois, et finalement, le 19 mars, la demande d'emprunt était repoussée' par 12:2 voix contre 20. Le 20 mars Saliceti partait pour Savone afin de rouvrir quand même les pourparlers sur ce nouveau chiffre *, alléché aussi par un propos que le sénateur Cataleone lui avait tenu, propos qui lai faisait croire que l'occupation de Gavi par les Français assurerait le succès de ses démarches ■'.
Il est probable qu'il eût mieux réussi dans ses tentatives, si les chefs du gouvernement génois avaient pu prévoir l'imminence dune vigoureuse campagne en Italie et surtout deviner le succès des Français. Mais ils étaient loin d'y ajouter foi, préférant écouter avec complaisance les propos de Drake qui traitait les Français de fous, de vouloir continuer la guerre sans 'moyens, ainsi que ceux de Mallet du Pan qui représentait l'armée comme « très dégoûtée de la guerre », « plongée dans la crapule », et l'un des généiaux comme considérant le succès impossible en Italie et la guerre comme pouvant y devenir «très funeste* ». Aussi opposaient-ils, malgré l'énergique intervention de Spinola en faveur de la France, refus sur refus aux demandes françaises à quelque taux modeste qu'on les ramenât. Ils purent d'autant moins croire à l'inmiinence d'une véritable campagne que l'annonce de l'arrivée prochaine de Bonaparte fit suspendre le mouvement projeté sur Gavi ou sur Gènes. Ils ne virent dans la marche sur Voltri qu'un procédé d'inlimidalion qui avait raté et non point un acte décisif destiné à clore l'ère des temporisations.
L'Autriche se montrait en somme plus menaçante, plus envahissante, plus arrogante que les Français, puisque ses forces occupaient Novi, le col de la Bochetla qui donne accès direct sur Gènes, ainsi que la petite ville de Gavi. Une troupe de 15 officiers et 80 hommes était même descendue jusqu'à Rivarola. On assurait, en outre, qu'une conspiration s'apprèlait à leurlivrerle fort Sperone qui domine la ville de Gènes et le port =. Beaulieu promettait, il est vrai, dans une proclamation, de ne point attaquer
1. Tliaon de Revel, p. 332. — Saliccti trouva néanmoins à emprunter 7 millions de livres f^cnoises et 40,000 sacs de grain ou farine auprès des négociants génois Fra vcga, Balbi et Carlo Gucrardi, du milanais d'Acquino.
2. Cacault au minist. des rclat. extér., 20 mars 17'JG(Arch. Afl". Étrang. et Arcli. G.).