Carlo Tivaroni
Bon. 10
fois affirmée, les susceptibilités de la France s'étaient enfin éveillées et avaient fait naître des intentions rien moins que favorables à la République vénitienne'. Venise savait aussi, à n'en pouvoir douter, que l'alliance avec l'Autriche ne pouvait être qu'un leurre et une duperie, puisqu'une convention, tenue secrète mais connue cependant, signée le 3 janvier 1793, abandonnait ù l'Autriche le territoire vénitien. Certitude ou présomption, cela aurait dû suffire pour jeter Venise dans les bras de la France, seule capable de la sauver. Il n'en fut rien ; on s'en tint seulement à montrer plus de correction dans l'observation de la neutralité.
C'est par là qu'il eût fallu commencer, car ce perpétuel système de bascule, cette incohérence dans les décisions, avaient fini à la longue par lasser à peu près tout le monde, et faute d'une attitude ferme, on n'obtenait dautre approbation que celle de la Russie, peu intéressée dans l'espèce, et dont l'appui semblait bien illusoire. Venise avait cependant d'autant plus de raisons de ne pas irriter la France, de ne pas fournir prise à la moindre critique au sujet de sa neutralité, qu'elle venait de faire la triste constatation qu'elle était liors d'état de se défendre. On a vu combien la levée qu'elle avait tentée en 1794 avait donné de piètres résultats. L'armée qui, sur le papier, montait à 22,000 h., susceptible d'être portée à 47,500 h. ou môme à 60 ou à 100,000 h. n'existait guère que comme cadres, et cette « armée hypothétique était en déplorable état* » ne pouvant mettre en ligne, en février 1796, que 2,100 h. La marine, jadis si prospère, était tout aussi négligée.
Ces considérations, dont nul ne pouvait méconnaître la gravité, modifièrent donc peu à peu le mauvais vouloir du gouvernement vénitien. Le nouveau résident de France, Lallement, un vieillard « bon et loyal' », fut enfin reçu, malgré les conseils impératifs de l'agent anglais Worsley, qui exigeait qu'on refusât de le voir. Les sa"es avis de Valaresso prévalurent heureusement sur les calculs intéressés du gouvernement britannique. En môme temps qu'on recevait solennellement Lallement, on décidait, mais non sans discussion, de renouer avec la France des relations diplomatiques officielles, et le noble Alvlsio Querini fut envoyé à Paris, où le Directoire, La Révellière-Lépeaux en particulier, lui fit un accueil empressé.
La reprise des relations n'apporta toutefois qu'une détente, sans
1. Le ministre San Fermo notamment signalait de Bàle les agissements de la France, mais on dissimula ses rapports au Sénat.