Carlo Tivaroui, p
parvenir à rétablir une cordialité de rapports peu compatible avec les sentiments réciproques des deux pays. Aussi, Lallement se plaignait, le 17 février 1790, qu'on éludât de lui donner les satis^ factions qu'il réclamait et qu'on ne s'occupât que de futilités. A la note de Delacroix, ministre des relations extérieures du Directoire, adressée le l'"' mars 1796, pour demander formellement qu'on cbassât les émigrés et leur chef, le comte de Provence ou comte de Lille, le Sénat ne sut pas répondre avec fermeté. C'était le cas de résister au lieu de céder sur un pareil terrain. Le Sénat, toujours flottant et toujours maladroit, vota, par 156 voix contre47, malgré l'opposition de Francesco Pesaro, l'expulsion du prétendant, au risque d'indisposer la Russie, sa seule approbatrice jusqu'alors'.
Ce n'était donc qu'une réconciliation boiteuse quilaissait intacte la mauvaise impression produite sur le gouvernement français parles procédés antérieurs. Venise, on le voit, avait accumulé à plaisir sur sa tête les griefs de toute nature et attiré la foudre qui s'apprêtait à fondre sur elle, l'année d'après, lancée par la main de Bonaparte.
Plus agressif au début contre la France que ne le furent les deux petites Républiques, le souverain de la Toscane ne s'était montré tel que malgré lui, entraîné dans la coalition par son intime parenté avec la maison d'Autriche, et plus encore sous la pression de l'ambassadeur d'Angleterre qui lui annonçait, sous douze heures, l'arrivée d'une escadre à Livourne*. Fils de l'Empereur Léopold II, neveu par conséquent de Marie-Antoinette, le grand-duc Ferdinand III, n'avait donc pu qu'embrasser la cause des rois, et si, en fait, il avait cédé aux sommations anglaises et sans grande ardeur, il est à présumer qu'il eût quand même, par esprit de famille, suivi docilement lexcmple de ses proches. Son zèle, fort tiède, on le voit, s'était rapidement refroidi. Aussi fut-il le premier, dès le 13 février 1795, avant même la Prusse, la Hollande et l'Espagne qui ne désarmèrent qu'en avril, mai et juillet, à conclure la paix définitive avec la France, plus spontané dans cet acte qu'il ne lavait été pour la déclaration de guerre.
i. CirloTivaioni, t. I", p. 396.
2. Tliiers : Hisloiie de la Révolution Française, livre XXVII.
Il convient sans doute de reporter, du moins en partie, l'iionneur de cette attitude à l'influence salutaire qu'exerçait sur le grand-duc le marquis di Manfredini, son ancien précepteur, resté son principal conseiller.
Manfredini était un homme « dont les démarches paraissent dictées par des vues plus étendues, par des idées philosophiques et une philanthropie générale* ». Il avait conservé un grand ascendant sur son élève et n'avait pas peu contribué à le soustraire à l'influence anglaise, aux prédications impies des émigrés français. Sans qu'il y eût chez le jeune souverain ou chez le ministre quelque penchant pour la République française ou pour ses principes, ils avaient renoncé, soit indolence native, soit désir de repos, à combattre la France, et résolu de signer la paix.
Les relations diplomatiques avaient même repris entre les deux pays avant la conclusion effective de la paix. Dès le 7 février 179o, la République avait désigné pour ministre plénipotentiaire en Toscane, Miot, qui venait de quitter le portefeuille des relations extérieures, et le 20 mai, Miot était arrivé à Florence, avec le jeune Fréville, secrétaire de légation et l'artiste Tinet. Les lettrés, les artistes, les savants, tels que le physicien Fontana; les naturalistes ou mathématiciens Fossombroni, Giovanni Fabhroni, directeur du musée d'histoire naturelle et de la monnaie et Paoli ; l'historien Galluzzi, le fabuliste Pignotti/lui avaient fait fête. Seul, Vittorio Alfieri, le hautain et atrabilaire Alfleri, « il primo Italiano* » le grand poète tragique. « courroucé toujours » fit grise mine à l'envoyé français et ne voulut pas le voir, se drapant dans le rôle de son « Misogallo» où il distillait alors son venin contreles Français, et contre Bonaparte qu'il injuriait du titre de « capitan pitocco*». Il vivait du reste, à Florence, avec la belle et fameuse duchesse d'Albany, Allemande hystérique, prétentieuse et vulgaire*.