Paul Giiffurel, p. C
2. (;■•! P.oïiK't, t. !•% p. 1 iG et 147. ;i. Cl Kiob*. ].. 301, n. 1.
/i. Atliieii P.iscal. t. IF, p. 39d.
o. G'i Pcllopoit, t. I"-, p. 37, 3'J, et aussi p. 29, 30 et 33.
• L'ARMÉE rl7
« horde » de misérables gueux * ; un « ramas de sacrilèges et d'alliées * ». Les hommes n'avaient pas de tenue, mais de vraies guenilles, des chaussures en paille tressée, des mouchoirs en guise de chapeaux ' ; on eût dit plutôt des condottieri, des reîtrcs ou des lansquenets du moyen âge qu'une armée régulière. « Le soldat est très mal, mais c'est le plus patient, il a de très mauvair. pain, de mauvaise viande salée et point de paye ♦. » Un mois après, l'armée était « toujours à faire peur * ».
Aussi âpres au pillage quardents au combat, ils poursuivaient inconsciemment à travers leur beau rêve de gloire, la satisfaction immédiate des instincts matériels les plus bas, les plus terriblement pressants.
Cette triste situation n'était d'ailleurs pas nouvelle. Le représentant Ritter, commissaire du Directoire, la signalait déjà au directeur Le Tourneur, dans un long rapport du 21 décembre 1795, daté de Savone, où il constatait l'élat déplorable de l'armée". Il l'y dépeint avec une vivacité particulière ; en voici les principaux traits : « Le volontaire y est nu et réduit, la majeure partie du temps, au quart de la ration de pain. Toujours à la merci de la compagnie Lanchère qui a si bien servi jusqu'ici à affamer nos armées... ! sans moyen de transports, sans argent, sauf celui provenant de quelques prises, pillé d'ailleurs parles Génois et autant par les fournisseurs et administrateurs de l'armée. Le service de l'habillement est le plus négligé de tous. »
Reboul, l'ancien député à l'Assemblée législative, devenu agent militaire à Nice, signalait aussi dans un long mémoire ', les « malversations révoltantes » des administrations et la misère qu'elles engendraient chez les soldats. Le représentant Daubermesnil n'était pas plus consolant en résumant ainsi une lettre qu'il recevait de l'armée d'Italie : « L'armée va bien mal; point de pain ; point de viande ; point d'argent, et enfin tout nuds, voilà comme nous sommes tous », tandis que les administrateurs insultent à la misère du soldat, que « tous ces muscadin-s jouent l'or à pleins chapeaux ». Aussi « nos chevaux sont sans four-
\. D'après l'historien italien Carlo Botta, alors médecin militaire dans l'armée sarde. C'est aussi ritnprcssion de M. Victorien Sardou, l'illustre auteur dramatique, qui connaît si bien notre histoire, d'après les souvenirs de son grand-père, alors officier de santé sur le littoral.
'2. ]'icloires et Coiirjue/es, t. V, p. 172.